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William Milne Edwards

Nous devons expliquer en quelques mots le but et la portée de cette publication.

Nous l'avons appelée «Bibliothèque scientifique rétrospective», parce que notre intention est double : d'une part, nous voulons que cette Bibliothèque soit franchement scientifique, avec des faits et des détails utiles encore à connaître aujourd'hui; et, d'autre part, nous avons l'intention de n'admettre que des travaux devenus absolument classiques et consacrés par l'admiration universelle.

A notre époque, en cette fièvre de production hâtive, on se dispense trop d'avoir recours aux auteurs originaux. Une analyse, presque toujours inexacte et tou-

jours insuffisante, voilà ce que demandent le lecteur superficiel, l'étudiant, et même le professeur. Quant à se reporter aux ouvrages fondamentaux et originaux, on n'y pense guère , et peut-être n'y pense-t-on pas parce que rien n'est plus pénible que d'aller consulter les vieux documents bibliographiques.

Ainsi, pour prendre l'exemple du premier ouvrage que nous publions ici, il n'est pas facile de pouvoir lire Lavoisier dans la forme originale. La grande publication in-quarto du ministère de l'Instruction publique est fort coûteuse, et d'ailleurs à l'heure actuelle elle est tout à fait épuisée. Quant aux mémoires de l'Académie des sciences, qui donc peut les avoir chez soi? Alors, comme on ne peut lire Lavoisier que dans les bibliothèques publiques, on ne le lit pas, ce qui est bien simple et à la portée de tout le monde. Il s'ensuit que presque personne n'a lu Lavoisier; et c'est assurément grand dommage.

Nous voulons changer, dans la faible mesure de nos forces, cet état de choses. Il faut que tout étudiant, tout travailleur, puisse connaître les maîtres de la science autrement que par des citations de dixième main. Pour être un homme de bonne société, il faut fréquenter les gens de bonne société : eh bien! pour apprendre à penser, il faut fréquenter ceux qui ont pensé profondément, ceux qui, par leur pénétration, ont régénéré la science et ouvert des voies nouvelles.

lu manuel, c'esl un très l livre et probablement

un livre nécessaire; mais il faut Bortir du manuel, et le meilleur moyen d'en sortir c'est de se reporter aux ouvrages des maîtres. Que dirait-on d'un peintre qui ne voudrai! étudier les tableaux de Rubens ou de Raphaël que d'après des photographies? Encore les photographies donnent-elles d'un tableau une image plus exacte que l'analyse d'un mémoire de Lavoisier, do Lamarck, ou de Harvey, vu de Bichat, ne fait connaître la pensée (le Lavoisier, ou de Lamarck, ou de Harvey. ou de Bichat.

Nous n'avons pas voulu l'aire de cette publication une œuvre de luxe. Nous avons préféré la mettre à la portée «le tout le monde. Le prix de chacun de ces petits volumes est toul à fait modique, si bien que chaque étudiant, pour une dizaine de francs, va pouvoir posséder à peu pies tout ce qu'il a besoin de connaître en fait de science parmi les auteurs passés. Si cela lui donne le goût d'en lire davantage, et d'aller consulter les œuvres complètes, et non les fragments étendus que nous donnons, rien de mieux: mais ce s.ia un vrai luxe d'érudition, voire môme un luxe assez rare, et m>tre Bibliothèque rétrospective sera, croyons-nous, suffisante pour la grande majorité' des jeunes gens.

Quoique l'édition soit à lié- bas prix, nous n'avons rien négligé pour la rendre correcte. Je tiens à renier-

cier mon ami M. Alexis Julien, qui m'a assisté dans mon entreprise, ainsi que les imprimeurs et les éditeurs qui y ont donné tous les soins nécessaires.

Les premiers volumes sont surtout consacrés aux sciences biologiques et médicales. Plus tard nous espérons l'étendre à d'autres sciences; nous pourrons aussi, sans doute, au lieu d'extraits de livres, donner des extraits des mémoires les plus importants qui, dans le passé de la science, ont fait époque. Mais au début nous donnerons seulement les grands écrivains scientifiques de la biologie : Lavoisier, Harvey, Bichat, Haller, Lamarck, Laënnec, Legallois, Hunter et William Edwards.

Charles Richet.

William-Frédéric Edwards naquit à La Jamaïque en 177k et, peu de temps après, sa famille étant venue se Qxer à Bruges, il y passa La plus grande partie de sa jeunesse; il y débuta dans La carrière scientifique comme professeur d'histoire naturelle à L'école centrale de cette ville, et il y publia vers L807 une Floredu dèpartementde la Lys. En L808, il vint a Paris pour achever ses études médicales; en 1814, il présenta à L'Académie des sciences un travail Sur la structure de l'œil, i't il soutint .i la Faculté de médecine une tlièse estimée Sur V inflammation de l'iris. En 1815 et lsin, il ni, en commun .ivre Chevillot, une série de recherches chimiques très intéressantes sur les Combinaisons du manganèse avec les alcalis, et vers la même époque il commença ses expériences sur V asphyxie. Un premier Mémoire sur ce sujet, lu a L'Académie en lslT, fut bientôt suivi d'un travail sur ^influence que la température exerce sur ^économie, sur l'influence vivifiante de l'air et .<ur la transpiration. En 1820, l'Académie lui décerna le prix de physiologie récemment fondé par M. de Monty on, et, en 1821, ses Rechetches sur la respiration et sur l'influence des saisons sur l'économie animale Lui valurent pour la seconde fois celte récompense honori- Qque. En 1824, il publia L'ensemble de ses recherches physiologiques dans un ouvrage qui est intitulé De

(1) L;i biographie que nous donnons ici est extraite e|t> la tiquer que -"ii frère William a consacrée à M. II. Milne Edwards, L'auteur d'un livre admirable : Leçons sur /,, physiologie et Vu, min mit- comparée de l'homme, et ii>'s animaux.

l'influence des agents physiques sur la vie, et qui est remarquable par la lucidité de l'exposition et la logique des argumentations aussi bien que par l'importance et la nouveauté des faits (1). Une traduction anglaise de ce livre a été publiée par MM. Hodgkin et Fischer. On doit aussi a W. Edwards un Mémoire sur la contraction musculaire; des recherches sur l'alimentation ; des expériences sur la germination, ainsi que divers travaux sur les Caractères physiologiques des races humaines et sur quelques questions de linguistique. Il entra à l'Institut comme membre de l'Académie des sciences morales et politiques en 1882, et il mourut à Versailles en 1842.

(1) C'est un fragment de ce livre que nous reproduisons ici.

LA

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