‹ William ShakespeareChapitre 5 sur 38 · VI · texte numérisé non relu

VI

Shakespeare, on vient de le voir, resta longtemps sur le seuil du théâtre, dehors, dans la rue. Enfin il entra. Il passa la porte et arriva à la coulisse. 11 réussit à être call-boj^ garçon appeleur, moins élégamment, aboyeur. Vers 1S86, Shakespeare aboyait chez Greene, à Black- Friars. En 1587, il obtint de l'avancement; dans la pièce intitulée : le Géant Agrapardo^ roi de ISubie^ pire que son frère feu Angulafer^ Shakespeare fut chargé d'apporter son turban au géant. Puis de comparse il devint comédien, grâce à Burbage auquel, plus tard, dans un interligne de son testament, il légua trente^six schellings pour avoir un anneau d'or. Il fut l'ami de Condell et de Hemynge, ses camarades de son vivant, ses éditeurs après sa mort. Il était beau; il avait le front haut, la barbe brune, l'air doux, la bouche aimable, l'œil profond. Il lisait volontiers Montaigne, traduit par Florio. Il fréquentait la taverne d'Apollon. Il y voyait et traitait familièrement deux assidus de son théâtre, Decker, auteur du Guis Hornbook^ où un chapitre spécial est consacré à « la façon dont un homme du bel air doit se comporter au spectacle », et le docteur Symon Forman qui a laissé un journal manuscrit contenant des comptes

rendus des premières représentations du Marchand de Fenise et du Conte d" hiver. 11 rencontrait sir AValter Raleigh au club de /a Sirène. A peu près vers la même époque, Mathurin Régnier rencontrait Philippe de Béthune à la Pomme de Pin, Les grands seigneurs et les gentilshommes d'alors attachaient volontiers leurs noms à des fondations de cabarets. A Paris, le vicomte de Montauban, qui était Créqui, avait fondé le Tripot des onze mille diables; à Madrid, le duc de. Médina Sidonia, l'amiral malheureux de l'Invincible, avait fondé el Puno-en-rostro, et à Londres, sir Walter Raleigh avait fondé la Sirène. On était là ivrogne et bel esprit.

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