SCÈNE II
WILLIAM, seul.
Comment! ce n’est pas encore fini?... Cependant, je dois avoir fait dix lieues... au moins!... J’ai couru à travers la ville, sans idée, sans but... J'ai pris au hasard toutes les rues qui se présentaient à inoi; je me suis égaré à plaisir dans ce vaste labyrinthe... Une force irrésistible me ramène à cette porte! Où en sont-ils maintenant?... Est-ce applaudi ou sifflé?... Sifflé, pardieu! l'ouvrage est mauvais!... Ah! cette œuvre qui ne m’appartient plus, comme je l’anéantirais si je pouvais le faire I... Comme je vois maintenant tous les défauts, toutes les longueurs, toutes les faiblesses qu’il n’est plus temps de réparer!... J’ai beau m’approcher... on n’entend rien, on ne devine rien!... Y a-t-il rien de plus sinistre au monde qu’un pareil silence?... Si j’entrais?... dans l’enfer, ou dans la tombe plutôt!... Est-ce que je ne rêve pas?... Est-ce que c’est vraiment ma pièce qu’on représente à cette heure devant deux mille spectateurs, devant l’élite de la noblesse et du peuple, devant la plus grande souveraine du monde? Non! ce n’est pas ma pièce qui se joue, c’est ma destinée, c’est mon pain, c’est le no.n que portent mes enfants!... Si je réussis, quelle gloire! Mais si j’échoue, quelle honte! Il n’y aura pq§ assez de huées, de sarcasmes pour moi... et je tomberai, c’est certain, j’ai toujours eu tant de bonheur!... 11 est impossible que de telles émotions n’abrégent pas la vie d’un homme!... Ah ! j’ai la fièvre!... (Bruit «u- voix au loin.) N’importe! je vais rester ici, et quand on sortira, je surprendrai quelques nouvelles!... (Bnnt rapproché.) N'ai-je pas entendu?... j’ai dans les oreilles toute une infernale nichée de serpents! (buiu très-fort.) Ces cris!... ces rires!.... qu’est-ce que cela?