SCÈNE II
Les Mêmes, moins OLIVIO.
M. PUBLIC
Je le trouve ravissant, moi.
M. C IUT ic.
Bah! quelque vaurien!. .
Vous, d’abord, vous n’êlcs jamais content de rien... ni de personne! Quel homme pour trouver tout malt...
m. cm T ic.
Et vous pour trouver tout bien.
M. PUBLIC
Tout vous ennuie !
m. cnitic.
Tout vous amuse!
WILLIAM SHAKSPEÀRR
M. PUBLIC
J’aime mieux mon défaut que le vôtre !
M. CR1TIC
Du reste, vous n’êtes pas contraint d’être aussi sévère que moi, vous n’avez point mission de sauvegarder le bon goût et la morale, vous n’exercez pas un auguste et pénible sacerdoce !... vous n’ètes pas critic.
M. PUBLIC
C’est vrai, mais je suis public.
M. CRITIC
Vous répétez cela si souvent, que le sobriquet voils en est resté : on ne vous connaît plus dans Londres que sous le nom de monsieur Public.
M. PUBLIC
Eh! comme vous, sous le nom de monsieur Critic !...
M. CRITIC
C’est que ma Revue...
M. PUBLIC
Laissez donc là les grandes phrases ! Votre Revue, mon cher, c'est une boutique comme la mienne. Je vends des caleçons, des gants et de la flanelle ; vous vendez des lignes imprimées, et Dieu sait, de nos deux commerces, lequel est souvent le plus honnête.
M. CRITIC, sc levant.
Monsieur Public, vous le prenez sur un ton...
M. PUBLIC
Monsieur Critic , je le prends sur le ton qui me convient, et ma langue n’a pas peur de votre plume, entendez-vous?
M. CRITIC, d’un ton radouci.
Voyons, mon cher monsieur, raisonnons un peu sans aigreur, sans colère. Qu’est-ce que Set Henslowe?... Voilà, par ma fol, un beau gaillard pour un directeur de spectacle. D’où cela sort-il? je vous le dem mde. Nierez- vous qu’il soit un âne, son théâtre un bouge, sa troupe mauvaise et son répertoire exécrable!... v
C’est là votre opinion?
A CTL l
M. CltlTIC.
Certes !
M. PUBLIC
Eu conscience ?
M. CRITIC
Oui.
M. PUBLIC
Pourquoi donc alors dites-vous le contraire dans te Mercure ?
M. CIUTIC.
Par excès d'indulgence !
M. PUBLIC
O saint homme! allez!... vous me faites hausser les épaules !... Mon opinion, à moi, c'est que sans être un aigle, le bonhomme Henslowe se donne beaucoup de peine pour notre amusement; que son théâtre est encore le meilleur de Londres ; que ses ouvrages ont du moins pour eux la bonne volonté, et que ses acteurs font leur possible pour être supportables ! Je ne suis pas un lettre, moi, je ne sais pas le grec, je n’ai pas étudié à Oxford; je suis un bon boutiquier tout rond, tout naïf, préférant le théâtre à la taverne. J’y vais avec le parti pris de m’y amuser. Je suis heureux de m’y délasser un peu du commerce, et je ne regrette jamais l'argent que je donne pour une pièce nouvelle. Eh! mon Dieu, avec tout cela, je ne suis pas aveugle, et j’ai mon jugement comme un autre. Certes, les pièces que je vois ne sont, la plupart du temps, ni très-bonnes, ni très-bien jouées ; mais quand je pense au mal que se sont donné, pour me divertir, ces pauvres diables d'auteurs et de comédiens, ma foi, je me sens désarmé et mes grosses mains applaudissent d’elles-mêmes !
M. CIUTIC.
A votre aise. Adieu! r-
M. PUBLIC, en passant à tlroile.
Bonsoir!
L’ignorant!
Le pédant!
M. CRI T IC, à pari.
M. PUBLIC