ACTE
fait signe à Suzanne, et nous nous sommes enfuies toutes les deux au fond du jardin, sous le grand mûrier que vous aimiez tant ! là j’ai lu voire pièce : c'ctait l’histoire d’un pauvre vieux roi que l’ingratitude de ses filles finit par rendre fou.>. le roi Lear! Oh ! que c’est beau ! que c'est touchant ! Comme il faut être bon pour avoir écrit ces pages, comme je serais heureuse de ressembler à Cordclia !... Suzanne, qui est bien petite encore, ouvrait de grands yeux en m’écoutant, et je crois qu’elle ne comprenait pas beaucoup, mais lorsque je lui ai dit que c’était un livre de milord père, elle s’est mise à pleurer et s'est jetée à mon cou I Çe livre , je le relis tous les jours, je le sais par cœur, je dors avec, lui ! Notre mère est bien triste, mais elle a une grande bonté, une sainte tendresse, et jamais elle n'oublie de nous faire prier pour vous ! Adieu, mon père chéri, Suzanne et moi. nous vous couvrons de baisers... Mais pourquoi ne vous voit-on jamais 9 Venez! venez ! Oh! quand viendrez-vous?... » (il éclate en sanglot!.)
ÉLISABETH, à put.
Ce qu’il vient de lire m’a émue jusqu’au fond de l’âme.
WILLIAM
Ah! madame... grâce!... je veux partir...
WINCHESTER, a part.
A merveille! La reine saura tout!
ESSEX, à lui. même.
11 part! (Apercevant Olivia.) Elle ici !
OLIVIA, à part.
Comme il m’a vite oubliée!...
ÉLISA BITH.
Allez donc àStratford, monsieur Shakspeare; la reine vous donne volontiers congé, mais à la condition que le père ne retiendra pas le poète trop longtemps loin de Londres, (a winciiesier.) Milord, je veux, avant de m’éloigner, voir ces deux tableaux d’ilolbein arrivés récemment de Bâle; pendant ce temps, M. Shakspeare pourra faire ses adieux à son ami. (passaut devant Olivia.) Quel est ce jeune homme?
WINCHESTER
Un élève de M. Shakspeare, celui qui joue ses héroïnes.
ÉLISABETH
Ah! (a Winchester .) Venez, marquis! (Elle sort avec Winchester par la galerie, de tableaux.)
WILLIAM SHAK.SPEARE
ESSEX
Alors, William, vous allez être bien heureux.
WILLIAM
Oh oui ! bien heureux !
OLIVIA
Sans moi !... loin de moi !...
WILLIAM, allant & Olivia.
Mais je serai bientôt de retour... A la joie qui me transporte se mêle une douleur poignante, c’est qu'en partant je laisse ici une moitié de mon cœur!... Milord, vous êtes la loyauté même, et il n’y a pas une tache sur notre amitié!... vous savez combien j’aime Olivia ; vous savez qu’elle est nécessaire à ma vie comme l’air, comme le soleil!... eh bien, je remets ce trésor entre vos mains... Protégez-la, milord, je vous la confie!
ESSEX, I rouble.
A moi, William!
WILLIAM
Et maintenant je pars!... Olivia, Robert, aimez-moi, pensez
à moi... (il embrasse Olivia, série les mains d’Essex, etsort vivement par le fond.)
OLIVIA
Parti!... il est parti!... Vous le voyez, milord, il ne m’aime pas, il ne m’aimera jamais! 11 me quitte sans un regret, sans une larme!
ESSEX
Il vous reviendra.
OLIVIA
Trop tard, milord, car j’aurai mis un abîme entre lui et moi.
ESSEX
Un abîme?... Olivia, que voulez-vous dire?
OLIVIA
11 ne m’aime pas; eh bien! qu’il me haïsse, qu’il me méprise, mais qu'il m’oublie !
ESSEX
Calmez-vous, Olivia, remettez-vous... Ne voulez-vous pas me donner la main? (Mouvement d oiivia.) Est-ce que je vous fais peur?
OLIVIA, à pan.
Oh! que je souffre!