SCÈNE PREMIÈRE
OLIVIA, scu'r; puis ESSEX.
OLIVIA, assise a droite.
Ce que je voulais est arrivé! J’ai creusé un abime cuire William et moi! J'ai affranchi pour toujours ce cœur qui ne m’aimait pas, et il u’y a plus pour moi de retour possible vers le passé, (sc levant.) Ce fut de la jalousie, de la vengeance, de la folie peut-êire... Enfin, j’ai choisi moi-même cette route, et je me suis fait cette destinée!... Pourtant, je ne me sens pas la force d’aller plus avant dans la trahison!... fjuand je suis arrivée à S'ratford, quand j’ai pensé que je pouvais tout à coup me trouver en face de William, oh! je me suis enfuie la rougeur au front, la houle au cœur!... Mais ce n'est pas assez d'avoir quitté lord Essex et d’être revenue seule à Londres... cette maison est! la sienne', je ne dois pas y rester!... Je quitterai l’Angleterre, j’irai où uie conduiront le remords et le désespoir!... Oui! je veux parlir, partir sur-le-champl
(Elle se retourne et se trouve en Lice d’ Essex, qui vient d'entrer sut les
dernières paroles.) Vous, milord, vous à Londres!...
Je vous y ai suivie.
OLIVIA
Mais c’est fouler aux pieds votre obéissance de sujet, votre devoir de soldat; c’est vous exposer à toute la colère de la reine!...
essex.-
Olivia, le soir de notre arrivée à Stratford, pourquoi m’avez-vous quitté sans une parole, sans un adieu?...
!>U WILLIAM S H A k S I* E A l< K
OLIVIA
Il faut repartir, milord, ou voir la reine, el vous excuser pies d’elle. Songez-y donc, vous avez tant d’ennemis!.’.. Qui sait, mon Dieu, s’ils ne connaissent pas déjà vo!re retour, s’ils ne vous en font pas un crime capital I...
ESSEX
Hépondez-moi...
OLIVIA
Ne vous souvenez-vous plus que ce marquis de Winchester vous a voué une haine mortelle? N’entendez-vous pas la foudre à l’horizon? ne sentez-vous pas le sol Lcmbler sous vos pieds?
Je vous ai demandé pourquoi vous m’avez quitté, vous n’avez point répondii.
OLIVIA
Hubert!.., voulez-vous vraiment le savoir?
ESSEX
Oui.
OLIV I A
Eli bien... en nie trouvant à Stratford, à quelques pas de eelui qui ne sait rien, qui ne soupçonne rien, j'ai senti le remords me déchirer l'Ame, et je ino suis enfuie comme une criminelle !... (Mouvement ii'Es-u’x.) Est-ce que vous n v pensez jamais, à William?...
ESSEX
Moi?
OLIVIA
A ce William, qui est la noblesse et la loyauté même !... Toutes ses paroles, à lui, sont des liens sacrés, tous scs serments des oracles; jamais le sourire des fourbes n’a souillé ses lèvres, et son coeur est aussi loin de la fraude que le ciel l’est de la terre!... Courbons la tête, baissons les yeux, car nous ne sommes plus dignes de prononcer son nom...