‹ William Shakspeare drame en six actesChapitre 20 sur 61 · LA MARCHANDE · texte numérisé non relu

LA MARCHANDE

Laissez-ir.oi faire mon commerce, monsieur le sergent... Des livres amusants!... des pamphlets nouveaux!...

WILLIAM, A part.

Pas encore un seul mot de la pièce. .. on ne croirait pas qu'ils sortent de là...

EGLAMOOR, mourut eo« tomwo din» u> (uoupe.

Regarde donc Araanda, est-elle pimpante avec sa chaîne de Venise, son collier de pâte de rose et son éventail à miroir tout garni de plumes!

FASTIDIOOS.

Heureux Egl&mour, elle n'avait d’œillades que pour toi.

EGLAMOUR.

Comme elle perdait son temps, le cher cœur!

WILLIAM, allasl <4 et U.

Indifférence complète sur tous les visages... plus de doute, c'est tombé, honteusemeut tombé... Mais comment, je ne rencontrerai personne qui m'apprenne...

M. CRITIC

Ah! c'est indécent, c’est intolérable, c'est à avaler sa langue!... et je suis à bout de patience!..»

WILLIAM, I put.

De quoi parle-t-il?...

M. CRITIC

Seriez-vous assez bon, monsieur, pour me prêter un coin de voire table?...

WILLIAM

Volontiers, monsieur...

M. CRITIC

0olà ! de l'eucre, utyc plume qt du papier.»»

LE TAVERN1ER

Eh! bonsoir, sir Critlc...

WILLIAM, » part.

Je reconnais le masque.

M. PUBLIC, aimant, é M. Critlc.

Enfin je vous retrouve! Voyons, en bonne conscience, estce là une conduite pour un homme de votre âge? (u i'm****i t gauche, P rt. d-«« tiMv.) Le rideau était à peine fermé que vous quittez votre place avec toute sorte de grands gestes, de grognements sourds, de haussements d'épaules : on remarque, on s’étonne, on vous montre au doigt... Vous redoublez d'efforts pour attirer l'attention, et bousculant tout le monde, vous vous précipitez vei* la sortie, comme un torrent de mauvaise humeur!... Et vous êtes bien fier, sans doute, de cet absurde vacarme : votre vanité fait la roue; vous croyez avoir conquis une seconde Troie... Je vais vous désabuser, moi, sur te résultat de vos allures prétentieuses!... Au lieu de dire avec déférence : « C’est un connaisseur! •* on s'écriait avec dédain :

« Peste de l'éncrgumènc!... » J’ai même entendu des épithètes moins polies, et je vous garantis bien que vous n’avez pas rallié un portefaix à votre opinion!... Y a-t-il du bon sens, je vous le demande, à s'afficher de la sorte?...

M. CRITIC

Je vous plains, vous, de pouvoir supporter tranquillement de pareilles pauvretés.

WILLliM.

Pardon... quelles pauvretés?

M. CRIÎIC*

Eh I la pièce nouvelle!

WILLIAM

Ah!... est-ce qu'on siflle?

M. CRITIC

Pardieu!

N. PUBLIC, « te'JM.

Pas du tout, monsieur; on applaudit, au contraire.

WILLIAM

On applaudit!...

M. PUBLIC

A tout rompre! Voyez mes mains..:

WILLIAM

Vous disiez qu’on sifflait, vous?. ..

M. CRITIC

On en a bonne envie; mais la présence de la reine empêche l'opinion générale de se manifester.

WILLIAM

Ahl vous croyez que... sans la reine... ,

M. PUBLIC

Taisez-vous donc!... S’il y a des mécontents, ils sont en bien petit nombre.

l’auteur jeune.

Je pense le contraire, ne vous en déplaise.

WILLIAM, h part.

Je parierais que c’est un auteur jeune...

l'auteur vieux.

Moi de même, mon cher monsieur...

WILLIAM, à pan.

Et celui-ci un auteur vieux.

l'aujeur vieux.

Moi qui connais le théâtre et qui en ai fait beaucoup, je déclare la pièce mauvaise.

l'auteur jeune.

Moi qui n’ai rien produit encore, mais qui ai là en germe des centaines d'œuvres, je me range de l'avis de monsieur, que je reconnais pour un maître; (au n aaiaut) oui, la pièce est mauvaise.

WILLIAM, «ui A-iicun.

Vous êta sévères.

l’auteur jeune.

Ah! monsieur est un ami de l'auteur?

WILLIAM

Eh! mon Dieu non, je ne suis pas son ami... Je meutirais cependant si je disais que je lui veux du mal.

WILLIAM SIIAKSPEARE

l’auteur jeune.

Après tout, monsieur, nous ne nous occupons pas de l’auteur, nous ne jugeons que sa pièce.

l’auteur vieux.

Quand j’écrivais...

l'auteur jeune.

Quand j’écrirai...

l’auteur vieux.

Je vous certifie qu'aulrefois...

l'auteur jeune.

Je vous promets qu'un jour...

l'auteur vieux.

Si mon temps revenait...

l'auteur jeune.

Quand le mien viendra...

WILLIAM

Eh! messieurs, un peu d'indulgence pour le présent!... ne l’écrasez pas sans pitié entre l’enclume du passé et le marteau de l'avenir!...

M. PUBLIC

Rien dit... Je trouve la pièce bonne, moi! J’ai pleuré avec Juliette, j’ai ri avec Merculio et la nourrice... je suis content! bravo!

M. CRITIC

Vous n’y entendez rien, monsieur Public.

M. PUBLIC

Oui-da, monsieur Critic...

v. CRITIC.

C’est un long havardage sans esprit.

l’auteur VIEUX.

Sans invention.

l’auteur jeune.

Sans poésie.

M. CRITIC

Et sans goût!

l’auteur VIEUX.

11 n’y a pas même le mérite de la méthode.

l’auteur jeune.

Ni celui de la fantaisie.

M. CRITIC

Inc chronique ennuyeuse qui ta tout du long et terre à terre.

l’auteur jeune.

Et puis, tout est copié de l’italien.

l’auteur vieux.

Et de l’espagnol!... J'ai reconnu des vers...

l’auteur jeune.

Et moi des passages entiers...

U. CRITIC

Pour en finir...

WILLIAM

Là, là, un peu de charité pour l’amour de l’art!... Mais vous ignorez donc tout ce qu’il y a de jouissances réelles et profondes dans la bienveillance au doux sourire 1 Allons, mes bons messieurs, un peu de charité, s’il vous ploil!...

M. PUBLIC

Parfait! (U m frotta lot nutai. A ce oioifttiii, troii »w«U il* troapotto m fenl ««icnJre t U porte do Urlln, o* tuai U Buode s'empreoa de r ta lier.) l’auteur JEUNE, Ui A ton cooture.

Je n’aime pas les querelles, moi...

L’AUTEUR VIEUX, de même.

Surtout avec des gens qu'on ne connaît pas.

l’auteur vieux.

Je m’en vais.

l’auteur jeune.

Rentrons, (m niwitM »u u>&u«.)

M. CRITIC, • put.

Je serai mieux au bureau du Mercure pour finir mon article. (H «‘du*».)

M. PUBLIC

Eli! Ciilic, revenez donc, la trompette a souné trois fois,

et le rideau va s'ouvrir... Il no sera pas dit que vous jugtez un ouvrage sans avoir vu la fin...

WILLIAM, nMamiit M. Public.

Laissez-lc doue aller... le mal qu’on dit du poète fait sur son talent ce que le soc fait sur la terre... il déchire et féconde!

M. PUBLIC

Excuscz-moi de vous quitter, mon cher monsieur... vous avez parlé comme un livre, niais Je ne veux pas perdre une ligne du dernier acte, (u nam »u uwai«.)

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