‹ William Shakspeare drame en six actesChapitre 22 sur 61 · EG LA MOU R · texte numérisé non relu

EG LA MOU R

Non, de par tous les diable*! foin de ces ouvrages sérieux!

FASTIDIOUS.

Vivent les combats d’ours !

EGLAMOUR.

Je n’aime que les drôleries, moi, les badineriez; je rtfe m'amuse qu’à cela; il faut, pour me plaire, que Jeannol ait sa Jeannette... et un joli couplet pour finir!... D'ailleurs, la présence de la reine, que nous ignorions, et celle de l'inévitable, de l’inséparable, de l’insupportable Essex, nous empêchent de faire tapage ce soir; restons donc à fumer eu plein air!... Ûïmé! que ces vauriens d'acteurs sont détestables!...

BRISE

Et la pièce donc? *

EGLAMOUR.

Dieu me damne si j’en ai écouté un seul mot, mais je suppose qu'elle est fort ennuyeuse. Je n’ai pas vu Le commencement, je ne liens pas à voir la fin.

BRISE

Ni moi.

PASTIDIOUS.

Ni moi.

EGLAMOUR, Milbol.

Soyez témoins, cavalicri, que je dédie ce bâillement à l'auteur de la pièce.

WILLIAM, l« Mbit |4i la latll«, l« bit toarat* **r lai-mcu* et l'iuied i u> k* acte.

Bonjour, milord I

EGLAMOUR.

Qu’cst-cc?

WILLIAM

C’est moi, un gentilhomme campagnard, en quête d’élégantes toilettes et de belles manières; je viens, sans trop de façons, vous asseoir à mes côtés pour vous contempler à mon aise, pour prendre de* leçons de bon goût et de politesse... Oiuié! combien je vous trouve adorables! vous êtes si jolis que vous paraissez laids!...

EGLAMOUR.

Monsieur I... {u m i*w.)

WILLIAM, m Ictml «Mil.

Écoutez un peu... Laid* cl ridicules 1... (Mo«v«meai Oh! mais pour les gens du commun, seulement : quant aux connaisseurs... j’en suis un... ils restent en extase et ne sauraient trop vous admirer... Les voilà donc ces barbes dont on m’avait fait, au fond de ma province, une description si merveilleuse! les voila! Vous, milord, vous la portez en grattoir; vous, en éventail; vous, eu bêche; vous en haie vive; vous, en laine de canif! Quant au scigueur Kglumour,

WILLIAM SîlAKSPEARE

comme président du club des jeunes commères, il la porte h la dernière mode, en forme de T. (u lui in «owiache».)

ECLAMOUR.

Monsieur cherche une querelle?

WILLIAM

Si cela était, que répondrait milord?

ECLAMOUR.

La réponse de milord serait dans ce fourreau.

Que milord daigne donc l'en tirer.

eclamour.

Rien de plus facile.

WILLIAM, 1 paru

Eh mais! c'est un excellent moyen de me détendre les nerfs et d'oublier ce qui se passe là... Tu n'es qu'une épée de comédien... mais celle main-là va faire de toi une épée de gentilhomme... Allons, messieurs, je suis à vos ordres!

R RI SK.

Mais l'on ne se bat pas comme cela sans savoir à qui l'on a affaire?

ECLAMOUR.

Votre nom, monsieur!...

TOUS

Oui, votre nom!

WILLIAM

Je n’en ai pas!... La Renommée, ma mère, est en mal d’enfant pour m'en donner un.

ECLAMOUR.

N’importe, marchons!... (u* <ü*pnni«Mi p» t« fond, à put**. vu.

tiam le «route reUou par Uem'oue, qui »irnt d’accourir par U <lto.lv.} HENSLOWE.

William! William!... Ah! je le liens donc enfin, je ne le lâche (dus.

Latssez-moi !

HENSLOWE.'

Où voulei-Tous aller?

WILLIAM

Je vais me faire tuerl

B EM SLO WE.

Tuer! Pourquoi?...

WILLIAM

Parce que ma pièce est tombée !...

HENSLOWE.

Tombée?... Ah bien oui! Sa Majesté pleure, le comte trépigne, la cour bat des mains, le peuple jette ses bonnets en l’air; tout le monde perd la tète, jusqu'à mes acteurs. WILLIAM.

Henslowe, vous ne me trompez pas!... (Appündi*K»ai>i* du* u

théâtre.)

HENSLOWE.

Tenez, on entend le vacarme d'ici l

WILLIAM

Mais c'est un bruit de huées !

HENSLOWE.

Dites donc une artillerie de bravos !

WILLIAM

Ah! je ne vois plus rien, je n'entends plus rien...

Mais ce n'est pas tout... Il y a une heure que je cours après tous, la reine veut vous voir, vous complimenter.

WILLIAM

La reine!...

HENSLOWE.

Le comte vous a cherché lui-méme.

WILLIAM

Le comte!...

HENSLOWE.

Venez vite, on va sortir. (u« Lonu rcpwiiKDi « prenant pan *

en qui tuil.)

WILLIAM

Regardez moi, là, dans les yeux, bien en face... Tout cela est-il vrai?... Ma pièce a réussi?... Ne parlez pas, faites-moi signe seulement... C'est vrai?... c’est bien vrai?... Henslowe, vous u'étes pas jeune, vous n'étes pas beau, vous avez un vi-

lain nez barbouillé de tabac... eh bien! je vous adore, Uenalowe , et je vous embrasse comme la plus jolie femme du monde !

ECLAMOUR, mi antre*.

Ah! c’était un faiseur de pièces!... Œil de Dieu! il était temps, ma mignonnelte allait s’encanailler... Je suis curieux de voir la fin de son chef-d'œuvre... Venez, cavalierü... (u#

Véline* nt en riitit dan* I* lliéAtre. Fandttt le r*»l* d« It «cène, Im carçeo* d* h liMtte enivrent Im U blet «t le* «scabreux.)

HENSLOWE, » William qui l'écoute A prion.

Vous ne me quitterez plus, monsieur ChatpLr, je veux faire votre fortune... D’abord, si vous tenez à jouer la comédie, vous la jouerez, je ne m'y op[tosc pas! Le rôle du moine vous sera très- favorable!... Je donne à mes auteurs trois schellings (■our ravauder le» vieilles pièces et les remettre à neuf; je vous donnerai trois guinées, à vous, trois guinées payées d’avance...

WILLIAM, A pan.

Le noble Essex a voulu me voir... il m’a cherché lui-méme.

(L* pubLc ton du lliéitre, Le* monaqurlairc* cl le* unie* coblvt m> ra*|*nt au fond; puii m voit paraître , au milieu 4«0 tord**, la litière nivale qui aiieud A la porte. BoiuiU; le* lord* Eglatnour. Brlvk et Fartidlon» naèlc* A l* fouit.)

ECLAMOUR, aux Lord*.

Arrêtons-nous ici, pour saluer Sa Majesté... cela fera enrager Essex.

HENSLOWE, A William.

A qui pensez-vous là?... Rnjustez-vous donc un peu, pour paraître devant Sa Majesté... Relevez votre moustache, passez le bias sur votre chapeau... Je vais vous présenter, moi!...

WILLIAM

Ne faites pas de sottise...

HENSLOWE.

Vous allez voir avec quel aplomb je parle aux grands... Affaire d'habitude...

WILLIAM

Pour Dieu, pas un geste, pas un mot...

Puisque je vous dis qu’on nous attend... (ta r i*« «t u comto

Eurx paraiMenl *uivi* de dimre d'honneur rl do cenliltlMimmei. ÉlUahfUi port» »i*r la Ule un CTiiimant 1W1 piecrerlet, ivoUiolc d* Dnn«. Lot Comédien* qui viennent de joner Roméo et Julielin M (Toupret autai aux alwrd* de BUcA* FrUr* pour acclamer U Union. )

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