‹ William Shakspeare drame en six actesChapitre 56 sur 61 · SI · texte numérisé non relu

SI

ARSÈNE

Non.

ANTÉNOR

Si.

(il lui parle ho» A l'oreille.) arsène, parlé. Ce n’est pas vrai.

ANTÉNOR, parlé. Je VOUS ai VU.

ENSEMBLE

Peut-on mentir ainsi !

) ■ colère m'embrase Contre un tel animal; La foudre tous écrase!

Vous Mes un brutal.

AtisÈNE. Trente- cinq minutes à attendre, c’est gai... Je parie qu’il a écrasé mon foie gras.

antéxor. Je me Ikbe bien de votre foie, moi ! arséne. Vous vous fichez!.. tous tous fichez!.. (a part.) Ce jeune homme ne m'inspire que peu de confiance, je ne lui prêterais certainement pas vingt-cinq centimes sans hypothèque.

anténor, de même. Ce vieillard ne me revient que médiocrement ; je ne voudrais pas être son cousin au vingt-quatrième degré-., fût-il Réaumur.

ARSÈNE, resardAut le de nuit d’Antéaor. Mais, Dieu me pardonne, Monsieur, vous vous tes emparé de ma sacoche, et vous m'avez glissé la vôtre.

anténor. C’est vrai, Monsieur, c'est vrai. Je vous rends voire bien; mais, après tout, ce n’est qu’une légère erreur.

arsène. Oh! ne moussez pas tant, jeune homme. Vous êtes bien mis, je le sais; mais on 1 vu des malfaiteurs qui portaient des gants vert puni me.

anténor. Pour qui dites-vous cela. Monsieur?

arsé.nf.. Pour les coupeurs tic bourse, Monsieur. anténor. Très-bien! mais malgré le plaisir que j’ai à vous entendre, je dois vous avouer que je préférerais être sur la

route de Passy, car on m'attend, Monsieur. J-elais invité à dîner, comprenez-vous?

arséne. Et moi, j'ai du monde à dîner, Monsieur, et j’anportais du foie gras et du champagne, Monsieur, et tout cela va manquer, Monsieur, et ma femme va me croire dévalisé, comprenez-vous?

ANTENOR. Dévalisé? à votre Age?..

arsene. Comment! à mon âge? Mais vous ne savez donc pas qu’il y a deux mois à peine j’ai été victime d’un vol. anténor, tan» i’é«>ui«r. Hanneton, vole, vole, vole.

Arsène. Oui, Monsieur, un audacieux bandit s'était introduit dans ma salle à manger à l'aide d'une -pince, ou monseigneur , comme disent ces brigands, et il m'avait dérobé toute mon argenterie... bris de clôture, effraction. Article 38 1 du Code pénal.

anténor, uni l’écouter. Malbrougfa s’en va-t-en guerre. arsènk. On le pince, Monsieur, on l'incarcère... J'allais enfin le connaître et prouver à tous que mes suppositions étaient fondées, car, je vous le dirai en confidence, je suis convaincu en ce moment encore que mon voleur n’c*t autre que le célèbre Corbicbard, déjà connu par plusieurs meurtres; tout à coup mon gaillard s’évade. v heureusement la justice informe, j’ai son signalement, et...

anténor. Pardon, Monsieur; mais ic dois vous prévenir que j’ai pris en grippe les histoires de voleurs et ceux qui les raconteut.

arsenk. Tant pis, je vous aurai narré...

anténor. Jouez-vous le piquet ?

arsene. Non, ma femme iiw défend de jouer.

anténor. Votre femme, ah! bah!

aiisene. Cette exclamation me prouve que vous n’ètc3 pas marié.

ANTÉNOR. Hélas!

ARSÈNE. VOUS l'èteS?

anténor. Mais non, c’ost-ce qui me désole. Et dire que je n’ai plus d'espoir!

ARSENE, lira ni ton mouchoir. VOUS AVCZ tout perdll?

anténor. Monsieur, si c’est une plaisanterie, je la trouve de mauvais goût. Après ça je comprends, vous n’avez qu'à vous occuper oc votre foie... Tenez, laisscz moi, j’ai besoin de me recueillir (il sWed.)

arséne. Je vous laisse, jeune homme; je 'respecte votre douleur. (Tirant nu journal de «a pocha.) Je vais lire la gazette, mes voleurs me réclament.

anténor, k pan. Ne plus la revoir... en épouser une autre. arsene. J'en étais sûr, le gaillard faitcncorcdcs siennes. (Li»ani.) «Notre cbm mune a été récemment le théâtre d’un horriblcatlcnLit: le nommé Corbicbard, entretenait depuis quelques jours, sous le costume d'un marchand de coco, unromracrcc criminel avec In fille du garde champêtre dont il avait déjà deux enfants. L'infortuné garde ayant eu l'imprudence d’en porter plainte, la fureur de ce faux marchand de coco ne connut plus de bornes, il s'arma d'un pistolet à deux coups qu’il déchargea à bout ponant sur le père de la mère de ses enfants... Heureusement que dans sa précipitation il avait oublié de charger son arme, ce qui atténua singulièrement la violence du coup. On espère sauver les jours de la malheureuse victime... le coupable s'esl dérobé à toutes les recherches...» Corbicbard, toujours Curbiehard.

ANTENOR, impatienté. Ail ÇÀ 1 quVsl-CC OUC c'cSl qUC Cûrbicliajd. arséne. Ce que c’est? ( Rmot. ) Ah! ah! ah!

Air.

Voyez h-bas, dans la campagne.

Un bandit passer chaque soir.

Couvert d’un vaste manteau noir; l.a terreur partout l’accompagne;

Chacun rcdonlc son abord,

F.t son reparti «tonne la morl.

Trvmbki, trembles, l'écho répéto La nom maudit «le ee pillard ;

Tremblez, tremblez, jeune fillette,

Car ce baïutit, c'est Corbicbard.

Voyez là-bas «Lins ta nuit sombre Un homme qui passe en rampant Dans le taillis, comme un serpent.

Guettant sa proie nu sein de l’otnbre.

Il va, tigre «Itéré «le sang.

Refroidir le premier passant.

Tremblez, tremblez, etc., etc.

Voilà.

ANTENOR, tonpiraat. Heu!

arséne. Ma romance vous a attendri'? j’en étais sûr.

ANTÉNOR. Pas dll tout arsene. Commenl?

UKR MINUTP. TROP TARD.

AXTÉNnn. Je songeais S mes propres infortunes; ah ! je suis bien malheureux.

arsene. Eh bien! vous allez me couler cela tout à l'heure. Je sors pour un petit instant.

anténor. Comment? Encore!..

arsene. Mais non. je tais,., acheter le Figaro. anténor. Je l*»i dans nu poche, je vous le prêterai. . Figurez-vous Monsieur, que je suis victime de la plus déplorable fatalité.

arsène. Ah ! ali !

anténor. Je vous avouerai d’abord en confidence que ju suis poursuivi; chut!...

arsene, * part. Poumiivi, chut !.. Bigre, il m'inquiète. (r«ui.) Pardon, mais si je vous demandais d’abord votre nom. anténor. Je réponds à celui d’ Au ténor.

ARSÈNE. Anténor, quoi?

anténor. Anténor... trois étoiles...

arslne. Trois étoiles! Ce renseignement est insuffisant, mais je m'en contente. Au revoir, cher Monsieur, je suis à voua dans un instant, (il vtui sortir.)

anténor, le rcii-naat. J’ui fini... Mon père habite Rouen. Monsieur, mes premières années se passèrent près tic lui cl de ma mère que je n'ai jamais connue, puisque j’ai eu le malheur de la perdre la veille de ma naissance. Quand j'atteignis ma vingtième année, mon père eut la fatale idée de me choisir une profession; il m'envoya à Pa«j, dans l’étude d'un pharmacien de scs amis, où je fus installé en qualité de troisième ckrv.

arsene. Tiens! Passy! justement j’y demeure. Excusez cette interruption, qui m’est arrachée par l'amour sacré de la [«trie. ( anténor. Je ne vous excuse pas, je continue... Un jour que j'étais dans l'exercice de mes fonctions, je pilais des amandes douces, une jeune fille entra dans la boutique, accompagnée de sa tante ou de sa cuisinière.

arsene. Abrégez, abrégez.

anténor. J'abrège.

Air t

Ah ! quelle était belle en i.a candeur!

Pour parure était sur sou cœur Une simple fleur.

O beauté divine.

Son triple jupon Lui donnait la mine D'un petit ballon.

Ange ou démon, fée attrayante Aux tendres accents.

Pour toujours (a vue enivrante A troublé mes sens.

Le front pile et lu cœur pleia d'éiuoi.

Un iuslaot, sans savoir pourquoi,

Je demeurai coi,

Quand sa voix eliOric • Dit ccl mots si doux :

De la magnésie

Pour trois francs dix sous.

Ange ou déinou, etc., etc...

arsére. U fin, s'il vous plaît.

anténor. Je dois l'avouer, je restai stupide. Pendant ce temps mon patron servit la poudre demandée, et l'étoile de mou rêve fila.

Arsène. Avec la tante ou la cuisinière, c'est convenu. anténor. Depuis eut instant infortuné, je me mis à sa |wursuile, je la cherchai partout, et bien m'en prit, grand Dieu! car un soir, au Ranetag...

aasèse. Vous l’aperçûtes avec sa tante?

ANTÉNOR. Non.

ARSÈNE. Ou sa cuisinière?

ansénor. Eh non t c'était sa mère.

ARTÉNE. Très-hieo, très-bien, (il l'approche de la porte.)

ANTÉNOR. Ou allez-vous, donc?

arséne. Je vais acheter la Patrie.

anténor. Je l ai dans ma poche, je vous la prêterai... Je m'élance, je l'invite pour la première; elle accepte, ie l’entraine, je lui dis : Ange, je t’aime; elle rougit, je la prends pur la taille, ça l’apprivoise; bref, je fis tant et tant que nous échangeâmes nos gages. Mais, bêlas! la mère survint, et nTurr.ielin sa progéniture. L'étoile de mon rêve refila. Pour la seconde fois je restai stupide.

arsene. Il faut y prendre garde, ça deviendrait une habitude.

anténor. J'arrive à laUreux. dcnoùun nt de celte aventure. ARSENE. Enfin !

anténor. Mon pèrqgn 'avait écrit que j'eusse à épouser sous le plus bref délai la fille d'un de scs amis dont je me souciais fort peu... Vous sentez que Passy était pour uioi un paradis, que je n'aurais jamais quitté, à moins d'être tl niqué à la porte; c’est ce nui arriva. Mon iwtrou voyant que je n étais capable de rien faire, me tint à peu près ce langage : « Maître Anténor, puisque vous ne voulez plus piler, files, p arsêne. Je ne vous demande pas ce que vous fîtes. anténor. Vous avez raison, car je vais vous le dire. Je me lançai dans les lettres de change... Bientôt arrivèrent les huissiers, cl le journal de ma vie devint une saisie à jet continu. aiisene. Si j’eusse été à votre place...

anténor. Ah! « m’aurait rendu un fameux service, mai* vous n’y étiez malheureusement pas.

arséne. Si donc j'eusse été & votre place.

ANTÉNoa. C’eut été alors moi qui vous eusse donné le conseil que jo vous dernaode...

arsene. Si donc... Ah! sacrebleu! laissez-moi tranquille, je vais acheter ta Presse... (u w n eu courut.)

Page 1