PREMIERE PARTIE
WÏLLY
Réflexions Générales
Après trois mois de lectures, d'études, de recherches et de documentation minutieuses, au moment d'écrire ce livre que je porte tout entier dans ma tête, je sens mon esprit bouillonner de mille pensées tumultueuses. Malgré le plan très rigoureux que je me suis tracé, malgré le soin méthodique et froid que j'ai mis à établir toutes les parties de ce plan, je me demande encore si ce livre ne péchera pas par quelque confusion :
je vois bien devant moi ce que je veux
faire, mais l'homme-écrivain que je vais étudier et raconter est à la fois si simple et si complexe ; il est en même temps si célèbre, si bruyamment, universellement célèbre et si peu connu ; les manifestations de son intellectualité sont si profondément diverses et multiples, — que, devant cette forêt, j'ai l'appréhension de ne pouvoir la pénétrer toute dans son ensemble très ouvert, pourtant m3'stérieux, et de ne pouvoir décrire, en les comptant, ses arbres nombreux, puissants, gracieu:: ou funambulesques, dont les branches souvent s'entremêlent.
« La gloire, a dit, je crois, un des (ioncourt, est vn nom souvent répété ». Quel nom, depuis six ans surtout, a été plus souvent répété que celui de Willy ? A l'apparition de (Jlaudiuc^ tous ceux qui goûtaient la science et l'érudition de M. Henry Gauthiers-Villars, tous ceux qui se plaisaient aux jeux de mots — t'astragales et festons sur une façade dcrrièie laquelle on pense des choses sérieuses; ■ — de l'Ouvreuse, et enfin
l'innombrable multitude de ceux qui lurent Claudine^ ou la regardèrent aux devantures des libraires, ou en entendirent parler : tout ce Monde de mondes différents et sans aucun lien entre eux, tout ce Monde répéta à propos et hors de propos le nom de ^^'ill^•, le répète encore et le répétera toujours...
Est-ce la Gloire?... Eh bien, non ! ce n'est que la célébrité, une célébrité que d'aucuns jugent de mauvais aloi, et M.
Henry Gauthier-Villars, et M. ^^'illy, méritent mieux que cela.
A lire ses livres, tous ses livres, à regarder les nombreux portraits, dessins, caricatures qui ont popularisé ses moustaches et son chapeau à bords plats, à compulser les sérieux et les sincères des cents miliieis d'articles qu'on a écrit sur NMl;}-, je me suis convaincu de ceci : M. Henry Gauthier-Villars, ou AMlIy, n'est pas gai, casjadeur, plaisantin comme on le représente surtout et comme on se l'imagine : il est réellenient grave, pai'fois mé'ancolique et tou;curs très simple : il n'est pas un
effronté roublard, comme tout le monde en est persuadé : il est intelligemment, adorablement naïf; il n'est pas égoïste et méchant, comme beaucoup le disent:
il est bon, généreux, de large et d'excellent cœur, avec trop de confiance ; il n'est pas orgueilleux, comme il en aurait le droit: il est d'une modestie qui, devant son œuvre, lui fait dire très sincèrement et avec tristesse : « Hélas !
j'aurais pu faire autre chose ! fi) » ; il n'est pas complètement heureux, comme nul n'oserait en douter: il sent que le Destin, avec une ironie imitée de la tienne, a fait bifurquer sa renommée sur une voie où il en a été réduit à prendre, systématiquement, le parti de ne pas s'embèrer, et où il s'embête tout de môme quelquefois ; enfin, il n'est pas satisfait, comme les médiocres pensent qu'il l'est et le seraient à sa place : il est encore ambitieux, parce que son énorme célébrité n'est pas la gloire qu'il mérite, qu'il sait mériter et qu'il veut.
[i) Eugène de Solcnière \\'illy
Des écrivains, des artistes, qui comprennent et connaissent Willy lui donnent cette gloire, mais le gros public, qui s'égare souvent, et que mille folliculaires contribuent à égarer, ne connaît pas Willy, le lit sans le comprendre, l'acclame sans l'estimer assez, lui fait une légende qui masque de plus en plus la vérité et crie son nom à tue-tète sans trop savoir pourquoi... Ce public devrait savoir pourtant que, si l'on oublie deux ou trois romans de \N'illy écrits pour obéir au Desti.i e: à Li Fortune, la plupart de ses livres — McHix'sses d'Esthètes^ les 4 Claudine, Miniie — sont d'une psychologie profonde et vraie, sans exemple dans la littéraiure de ces dernières années ; que ^^'illy a un sens critique parfait, un talent d'imagination et de composition, une puissance de style digne d'un grand classique ; et encoîe que l'érudition de \\'illy est aussi étendue et aussi sûre qu'il est possible; et enfin que son ironie est la plus fine, la plus spirituelle, la plus humaine, la moins fioidcmcnt rhé-
Por'.rait-chari;e par T. vaudra
Gerschel, photo.
Mme Colette Willy
îoriciennc que nous connaissions. — Sait-on beaucoup d'écrivains à qui l'on puisse, sans Oatterie, attribuer toutes ces qualités. Et pourtant beaucoup de critiques et de gens de goût pensent cela depuis longtemps qui, à cause de la célébrité de Willj-, n'ont pas eu la sincérité de le dire. Mais tous le crieront un jour, et le public alors connaîtra le vrai Wilh', qu'il voit déformé à" travers les caricatures et les plaisanteries douteuses des journaux satiriques et courtvêtus.
J'arrête là ces réflexions générales ; j'ai peut-être eu tort de les exprimer des le début, car elles se dégageront d'ellesmêmes d'une étude impartiale, froide et approfondie de la vie, du caractère et de l'œuvre de Willv.
La Vie et l'Homme
Henry Gauthier-Villars est né le lo août 1859, à Villiers-sur-Orge, dans le département de Seine-et-Oise, 11 vécut son enfance dans la maison de son père, quai des Grands-Augustins. M. Albert Gauthier-Villars, éditeur, ancien élève de l'Ecole Polytechnique, lui donna le goût des sciences, en même temps que les livres de la maison d'éditions inspiraient à l'enfant l'amour du bouquin et de l'écriture qui fait le bouquin.
Henry fut mis d'abord au lycée Condorcet, nuis au collège Stanislas. Comme tout le monde, il eut son baccalauréat, mais, à l'envers de tout le monde, il savait le latin et le grec ; depuis, il ne les a pas oubliés, ce qui sans doute a contribué à lui bien apprendre le fran-
çais. (i) Sorti du collège, il retourna à la librairie paternelle, afin de s'initier aux
(i;. Citons cette amusante réponse que Willy a faite à l'enquête de La Revue Littéraire dj Paris et de Champagne sur l'emploi du latin comme langue universelle.
Réponse de Willy :
\'ous le savez mieux que moi, les essais abondent, point heureux. Le Prœco latinus est mort, qui rédigé entièrement en latin, offrait à l'adMiration des annonces de couvre-che's désopilantes, chapeaux de qualité supérieure (qualitate niliil est qiiod his par sit) et « bons à l'usage » incontestablement, car : connu durabilitas prœtcr ovincm qitcstioncm collocata est.
Personnellement, je ne verrais aucun inconvénient à ce que les murs de Paris fussent bariolés, Captello adjuvante, d'affiches rédigées dans la langue du regretté Pétrone. L'éléphant et le Turc qui, depuis moult années, proclament leur exclusive dilection pour tel papier à cigarettes, ne s'écrieraient plus : « Je ne fume que le... » mais Nullam aliam nisi papyrum qua.' uomine Nili dicitiir fiimo. Et le visiteur qui s étonne de voir son ami porter i< des chemises pareilles » substituerait au : « Tu as donc fait un héritage ? » l'interrogation : Num tibi hercditas evcnit ut camisias taies induas ?
Et pourquoi, cher Monsieur Aubert, les inscriptions ad hoc ne recommanderaient-elles point aux gens moroses le petit dernier de votre serviteur et la couverture dont l'enrichit Préjelan : In mœrore versati, si apud bibliopolam Albin Miclul festivam fabulam emetis, auciorc Willy, quœ « Maugis amora inansus « dicitur, cujusque operculuni Préjelan lepida graphide oniavit, rideatis.
Oui, pourquoi pas ? — Tout votre...
difficultés et aux joies du métier d'éditeur. Mais le fils ne partageait pas les projets du père, et au lieu de s'essayer à éditer des livres, Heniy Gauthier-Yillars en écrivit. — Il l'ait des vers, des articles de début, contes, nouvelles, critiques, adopte le pseudonyme d'Henry Maugis, publie à petit nombre un livre de sonnets, conférencie sur Marck Twain, traduit de l'allemand deux ouvrages de science photographique, en refond et préface un troisième ; il travaille, entreprend, réfléchit, et commence à s'amuser, pour se distraire lui-même et se moquer des autres, à faire des calembours étourdissants ; il collabore à des journaux de province et à des revues parisiennes d'avant-garde... Et '1 observe en ironiste avisé le monde symboliste qui grandiloque autour de lui.
Ces travaux de jeune homme, ces essais d'un écrivain qui laisse jaillir de son esprit, spontanément, toutes les floraisons dont la Nature et l'Etude ont semé les graines, menèrent Henry Gauthier-Villars jusqu'en iS<Sc).
C'est à cette date qu'il prend un deuxième pseudonyme : « L'Ouvreuse du Cirque d'Eté », et qu'il ouvre la série de ces critiques musicales, impitoyables, clairvoyantes et précises, follement spirituelles et terriblement raisonnables, qui lui ont valu tant de haines, d'amitiés, d'influence, de puissance, et aussi quelques duels. Les premières lettres de l'Ouvreuse parurent dans une revue des plus intéressantes. Art et Critique^ dirigée par Jean Jullien.
En l'Scjo, l'Ouvreuse passe à VEcho de Paris ^ où elle est restée, et là commencent ces quinze années si fécondes, qui vont de 1890 à i{)o5. — Henry Gauthier-Villars subsiste toujours par des livres de science, d'histoire et d'érudition ; l'Ouvreuse persiste pour, envers et contre tous ; et IVilly naît, grandit, devient rapidement illustre. — Entre temps, il avait été secrétaire de la rédaction de la Revue Internationale de musique^ et directeur du Chat-Noir. Pour varier ses plaisirs, il imaginait et exécutait d'admirables mystifications, dont je
raconterai bientôt la plus célèbre et la plus amusante.
Et au milieu de ses travaux, de ses amusements d'intellectuel ironiste et pince-sans-rire, Willy se maria. Il épousa M"'' Gabriellc Colette, fille du commandant Colette, qui vivait dans une province éloignée. En dehors de ce mariage, la vie de Willy est toute dans ses (t'uvres, et j'en ferai mJeux l'histoire au chapitre où je parlerai de l'œuvre diverse et multiple de cet écrivain-protée.
Mais son caractère ? quel est-il ? où est-il ? Dans ses (euvres aussi, et de leur étude il se dégagera. Cependant, je veux l'esquisser d'abord ; le lecteur n'aura c|u'à se rappeler et à faire les applications utiles.
Je commence par citer des fragments d'un portrait de Willy par lui-même :
ils nous aideront à mettre à nu l'âme de cet homme, déconcertant seulement pour qui écoute les mille fausses trompettes de la Renommée, simple et logique pour qui l'écoute et le regarde lui-même.
... J'eusse souhaité — brini, i^'i\iiid, milice — iDie allure fatale et i<S3o; an lieu de faire de moi le beau ténébreux tant désiré, la Nature m'a modelé plutôt boulot, petxant mon visage grassouillet d'yeux dont le bleu lavé rassure — trop — les timides d'abord enclins à s'effarer devant l'illusoire retroussis d'une moustache de va-t-en-guerre.
... Depuis pas mal de temps... Je traduis Wagner en calembours dans les Lettres à TOuvreuse. Ça ne m'amuse pas follement, mais il faut vivre.
Avec le produit de mes romans, qui se vendent bien, f élabore à grands frais des volumes d'histoire qui se vendent moins : les louis que m'ont rapportés Maîtresse d'Esthètes et Un Vilain Monsieur, yV les ai usés, tous, à des achats d'autographes coûteux : comptes du duc d'Antin, correspondance de Stanislas Lec^inshi et de Vauchoux, etc. Il en est résulté un Mariage de Louis XV, de haut embêtement, j'ose le dire.
Et mon âme d'archiviste-paléographe se gaudit au penser que je m'en vais bien-
loi fouiner dans les bibliothèques allemandes, de Munich à Weimar, de Wolfenbiïtlel à Berlin, pour y rechercher les lettres inédites de la princesse Palatine. Le grave bouquin de Charlolte-FAisabeth d'Orléans sera paj-J par la trilogie folâtre de Claudine,
Ma pauvre Jille ! Elle n'est point asse-{ honnête pour ne pas faire parler d'elle. Mais comme les opinions divergent ! Emile Pouvillon tient Claudine en Ménage pour un chef-d'œuvre dangereux, et Mfcterlinck me traite (tout arrive) de « délicieux poète aigu » à propos de ce livre dont (Camille Mauclair aime le « Ion libertin mêlé d'un léger sanglot ». Par contre, le Fêtard décrète: a C'est écrit de bric et de broc » et le Mouvement socialiste méprise mon style « plat comme les bords de mon chapeau ». — Lequel dit vrai. Seigneur ?
Henry GAUTHIER-VILLARS.
Ce portrait, qui est un chef-d'œuvre de style et un document d'une touchante sincérité, je Tai rapproché de ceux qu'ont tracés de Willy les hommes qui le connaissent bien : entre autres M. Eugène de Solenière. — Dans le livre de M. de Solenière, IVillr, j'ai lu cette phrase : « Vous êtes un de ces hommes rares... qui n'out pas seulement un esprit et une verre inlarrissables, mais aussi — sajis ostentation, ni apparat., les imbéciles en riraient — un peu de sentimentalité sincère et beaucoup de bonté »
(Lettre préface. — et celles-ci : « Willj'... résume pour le public l'auteui' i>-ai et je ne sais pourquoi Je ne crois qu'à moitié à cette gaieté afjichée, à ces deJwrs hilares... Souvent., en des soirs intimes^ en des heures de fatigue et de tristesse, lorsque involontairsment on se regarde en dedans, nous avons causé., et je sentais je ne sais quelle rancœur lui monter aux lèvres ; il semblait se souvenir d'idéals de jeunesse, de buts plus abstraits., d'altitudes inconnues aux cervelles mondaines, et, dans un soupir découragé, il
murmurait : « Hélas ! j'aurais pu faire autre chose !..
« Et Je me suis demandé souvent devant le labeur effrayant qu'il fournit, devant l'effort continuel., la lutte incessante dans cette fatalité de combat qui condamne à poursuivre ou à succomber^ si parfois rêvant d'un travail., d'une œuin^e de longue haleine — besogne définitive — notre ami., s'absorbant en luimême, délaissant l'aventure et le hasard boulevardiers., n'irai pas au j'ersant d'une colline verdoj-ante., dans la paix silencieuse, séréniser son cœur et terminer sa journée sous des horizons plus hautains et des ciels plus clairs ».
Or, ces réflexions d'un ami, je les ai rapprochées aussi de certains articles de critique écrits par des hommes de talent en la perspicacité et en la sincérité de qui j'ai foi ; je les ai rapprochées encore de ces mille portraits — photographies, peintures, dessins, caricatures — deWilly que j'ai vus dans les Salons, revues, magazines, journaux, collections de cartes postales... Je me suis souvenu de
iq
mes travaux d'esprit lorsque, à la lecture des différents ouvrages de Willy- Ouvreuse-Gauthier-Villars, j'essayais de me faire la psychologie de l'auteur,.. Et ces études comparées m'ont tellement montré un Willy différent du Willy « omnibus », du Willy populaire, légendaire et accepté, que j'ai voulu ne plus m'en tenir aux documents, et voir par moi-même.
Je n'avais jamais rencontré Willy ; il ne savait de moi que mon nom. Je lui écrivis, lui demandant une entrevue sous prétexte de lui apporter mon dernier roman ; il me répondit quatre mots pour me lixer un rendez-vous; j'allai chez lui.
Et quand je vis cette face intelligente et mâle, au front vaste, au nez énergique et bon, ces yeux bleus souriants, dont la bienveillante ironie est voilée d'une vague tristesse qui veut se cacher, et, m'exprimé-je assez clairement ?... d'une peii?^ indécise de vous faire de la peine^ (mais ne lui en faites pas non plus, car il se met vite en colère et il joint a un
esprit lerriblement mordant une canne agile et une épée sans peur) ; quand je pressai cette main très accueillante, mais franche, sûre et solide ; quand j'entendis cette voix rapide, douce, mais nette carrément dans l'affirmation d'un point précis, me dire des choses très simples et très aimables ; quand j'eus inspecté vivement ce cabinet de travail en fouillis où des images deAA'illy et des images de Colette paraissent — et sont — d'une gravité intense, profonde, cachée et presque douloureuse, à côté des graciles silhouettes de Polaire; oli le soleil baignait de lumière des livres d'auteurs célèbres amicalement et chaudement dédicacés, des papiers couverts d'une écriture fine, rapide, inquiète; quand, enfin, devant toutes ces ph3'sionomies, ces apparences, ces réalités, ces grimaces etces objets, je repassai en un éclair dans mon esprit tout ce que j'avais lu, vu, entendu de et sur Willy, — le vrai Willy me fut révélé. Je compris ce qu'était M. Henry Gauthier-Villars, je compris sa parole : « Le g-éiiie, c'est le talent
■y'*^'-rr
Dessin de Widhopff
des hommes morls », je compris son portrait fait par lui-même, je compris les phrases de M. Eugène de Solenière, — et j'eus à l'esprit, nettement, toutes les réflexions générales que j'ai voulu émettre au premier chapitre de ce livre, et auxquelles je prie le lecteur de se reporter, s'il veut avoir un aperçu, synthétique maintenant, du caractère de Willy.
A ce point de mon étude, les conclusions que j'en tirerais moi-même ne pourraient être que des redites coordonnées. Tout lecteur intelligent les coordonnera lui-même et se fera, de Willy, un de ces portraits-médaillons qui sont tant à la mode maintenant, quoiqu'on ne lise plus beaucoup Les Caractères àQ ce portraitiste de génie qu'était M. de La Bruyère.
Je terminerai seulement ce chapitre par quelques anecdotes et rappels de faits survenus dans l'existence de Willy, et propres à servir d'ornements à sa figure autant que de documents à qui écrira sa Vie, dans l'avenir.
Mystifications, Polémiques, Duels
Willy a été, et le sera sans dou.e encore, un m3'Stificateur exquis : ainsi, dans l'Olympe, les Dieux se plaisaient parfois à berner les hommes età s'en amuser. La plus célèbre des mj'stifications auxquelles s'est plu Wilh' est celle dont furent victimes, à la risée de la France entière, M. Claretie et M. Rostand.
L'on se souvient qu'au moment de M. Rostand à l'Académie, il ne fut bruit dans la presse et dans le monde que du discours en vers que devait prononcer le récipiendaire. Or, le 1*='" Mai hjoS, à la NGiirelle Rcrue^ Willy publia des vers de jeunesse, en les donnant comme des fragments de ce fameux discours du nouvel académicien. M. Claretie eut la naïveté de ;:e laisser prendre à cette amusette, et, dans Le Figaro du 29 mai 1903, il écrivit et signa sans hésiter l'article suivant :
AI. Henry Gaulhier-Mllars a publié naguère dans la Nouvelle Revue quelques vers du discours académique de
Rosland^ pr'uuilij'cuioit écrit en pcrs. Et précisément le poète ^ en cette harang-ue inachevée, rappelait ses souvenirs de la Provence^ de la Méditerranée^ de Marseille :
J'en conviens, vous ave :{ réalisé le rêve Que j'ai conçu, là-bas, tout enfant, sur la grève De Provence où le rythme immortel de la mer Apporte, avec l'odeur du goémon amer.
L'arôme des lauriers et des myrtes d'Athènes, Là j'entendis se i-évciller des voix lointaines De joueuses de Jlùte et d'aèdes pensifs. Souvent, tandis que l'eau brisait sur les récifs, Eclaboussant mon front de sel vif et d'iode. J'ai reconnu les chants d'Eschyle et d'Hésiode. D'autres fois, le mistral faisant rire un galet, J'ai supposé qu'Aristophane me parlait..,
Et il y a de l'Athénien, en effet, cheice Français de pure race ; — de l'Athénien par la grâce et le charme, de l'Aristophane par l'ironie et le caprice. Ilj' a aussi du rêveur de légendes, un inassouvi qui souffre en même temps qu'un enchanteur ouvrant pour nous le Palais des féeries. Il a déchiré ce discours en vers dont un journal de Catalogne et une galette hellénique, l'Athenaï, o«/ recueilli les fragments, comme des pétales de roses jetés auvent.
Jules Clat^etii;.
M™^ Colette Willy
C'est encore Willy qui a montre son goût pour la mystification intelligente par sa biographie de Lemice-Terrieux, parue à la Revue Encyclopédique du i8 Avril 1896.
N'est-ce pas aussi une jolie mystification que la manière dont Willy mit.
fin à une ardente polémique qu'il eut avec M. Mangcot, directeur d'une gazette musicale ? Caché sous un anonymat qu'il rendit impossible à trouer pour voir au delà, il envoya à M. Mangeot, avec prière d'insérer, le sonnet sui\ant, qui devait plaire aux lecteurs et abonnés de la revue musicale :
Kusiqiic, tu inc fus lai palais enchante Au seuil duquel menaieyit d'i)isignes avenues, Nuit et jour, des vitraux aux flamines continues, Glissait une adorable et vibrante clarté.
Et des chœurs alternant, - dames de volupté, Oréades, ondins, faunes, prêtresses nues, — Toute la joie ardente essorait vers les nues, Et toute la langueur et toute la beauté.
Sur un seul vœu de moi, désir chaste i:u Ivi-ique, Ta fertile magie a toujours, o >nusique ! "Bercé mon tendre songe ou mon brillant désir,
E.' quand viendra l'instant ténébreux et suprême, Tu sauras me donner le bonheur de mourir, E,7 refermant les bras sur le rêve que j'aime.
Ravi, M. Mangeot inséra le sonnet.
Mais quelle dût être sa stupéfaction et sa colère, quand il apprit, de Willy luimême, que le sonnet était acrostiche !..
Mais toutes les polémique de Willy ne se terminèrent pas aussi drôlement que celle-là. Car Will}- a eu beaucoup de polémiques ; on l'a rarement attaqué sans qu'il se défendit, estimant, à bon droit, que la réputation et le talent d'un écrivain ne doivent pas être à la merci d'un folliculaire envieux, bête et le plus souvent ignorant des choses dont il parle.
Souvent aussi, A\'illv a attaqué, car il ne déteste rien tant que la médiocrité ou l'incompréhension. — Dans ses lettres de l'Ouvreuse, redoutées à si juste titre, il dit nettement son opinion, sans se préoccuper des contingences. Et comme son opinion n'est pas celle de tout le monde, sa sincérité sans peur lui a valu des aventures.
En voici une, des plus savcu 'euses.
La manière si originale dont ^^'i'l^' fait la critique musicale eut le don de
déplaire à M. Erik Satie, fondateur d'une Eglise. Et M. Erik Satie, courroucé, écrivit à Willy la lettre suivante, tout à fait jolie :
Eglisj Métropolitaine d'Ait Abbatiale, le 2 du mois
de de mai de 1893.
Jcstts conducteur
Erik Satie, parcier et maître de chapelle, à Alonsieur Gauthicr-Villars^ contre l'enflure de Son Esprit et en protection des choses magnifiques.
Monsieur,
Le caractère sacré de l'Art rend plus délicate la fonction de critique ; vous avilissez cette fonction par l'inexcusable irrespect et l'incompétence que vous apportez dans son exercice. Sachez, par Dieu, que toutes les consciences vous réprouvent de vouloir atteindre, pour le ternir, ce qui est au-dessus de vous. Le démoniaque dragon de la présomption vous aveugle. Vous avez fait un blasphème de votre jugement sur Wagner qui est pour vous l'Inconnu et l'Inlini. Pour moi, je puis le maudire tranquillement; mes mélodies dynastiques, mon
expression athlétique et l'ascétisme de ma vie, m'en donnent le pouvoir. Après CCS paroles, je vous ordonne l'éloignement de ma personne, la tristesse, le silence et une douloureuse méditation.
ErICK bAJIE.
Après cette lettre bouffonne, et qui ferait croire à une mystiiTcation sans ce qui arriva neuf ans plus tard, Willy s'amusa de temps en temps du fondateur de l'Eglise Métropolitaine etc. M. Erik Satie digéra mal les justes moqueries de l'Ouvreuse, puisque, le lo avril 1904, l'irascible maître de chapelle provoqua un incident dont les journaux: du 1 1 avril rendirent compte ainsi :
« Hier, au moment où A\'illy entrait au concert Lamoureux. au début de l'exécution de la Symphonie de Beethoven, un Monsieur, qu'il ne reconnut pas, et qui n'était autre que M. Erik Satie, s'approcha -de lui et lui dit :
— Vous écrivez sur m.on compte: des choses CU3 ;e ne j'uis tolérer [lus longtemps.
— • Que voulez-vous que cela me fasse?
répliqua Willy.
« Pour toute réponse, M. Erik Satie lui porta un coup de poing qui l'effleura à l'épaule.
« Willy leva sa canne et frappa à tour de bras.
« Des municipaux accoururent et dans leur hâte renversèrent une dame qui, dans l'aventure, fut la victime la plus touchée...
« On s'empara d'Erik Satie et on le fit sortir.
« Ce matin, rOuvreusc écrit dans l'i?cho de Paris : « ce commencement de la symphonie, je l'aimai entendu, occupée que j'étais à contempler M. Erik Satie recevant des coups de canne ».
« Ce sera, nous croyons, la seule conséquence de cet incident '^.
Et c'en fut, en etfet, la seule conséquence. M. Erik Satie se tenant pour satisfait.
Mais ^^'illy n'a pas donné que de la canne, il a aussi donné de l'épée. et il en a reçu, heureusement sans grand
danger pour personne. Il s'est battu souvent en duel. Voici les rencontres les plus intéressantes, soit par les incidents qui les ont amenées, soit par la qualité des adversaires.
Le 25 octobre 1886, une rencontre eut lieu, pour raisons intimes, entre MM.
Henry Gauthier-Villars et Emile Courtet, dit Emile Cahe. A la deuxième reprise, M. Gauthier-Villars a été blessé au-dessus de l'œil droit superficiellement, puis, plus profondément, à la main droite. Le combat fut aussitôt arrêté.
A la suite d'un écho paru au Gil Blas le 4 mai i8()3, M. Henry Gauthier-Villars se jugea offensé, et envoya ses témoins à M. Lefebvre, coupable de l'écho.
Une rencontre à l'épée eut lieu. A la deuxième reprise, M. Lefebvre reçut un coup d'épée dans la région abdominale ; cette blessure, sans être très grave, était assez importante et mit fin au combat.
En 1895, à la suite d'un article de Will}^, M. Ferdinand Herold qui se jugeait offensé, demanda une rétractation
à Willy, Willy refusa. Le duel eut lieu, à l'épée, Willy fut blessé au bras droit. Les témoins étaient Pierre Quillard, Bernard Lazare, G. Vanor.
Plus récemment, en avril i()o3, AM11\' se battit en duel avec AL Jean de Mitty. Celui-ci se reconnut dans un personnage de Claudine s'en ra, demanda des explications à Willy, qui les refusa. La rencontre eut lieu dans l'établissement Chéri, à Neuilly, ^^'ilIy fut légèrement touché au flanc.
Quelques jours après, le 17 avril, Willy se battait de nouveau, cette fois contre M. Samuel Larray. La rencontre était motivée par un article et un écho,
spirituel et féroce, de Willy au G/7 Blas. La rencontre eut lieu dans la propriété du comte de Chabannes de La Palice.
A la troisième reprise, M. Samuel Larray fut touché au ventre : cette blessure mit fin au combat.
Wilh' a eu encore d'autres duels, antérieurs à ceux-ci, et dont lui-même ne se rappelle pas les détails. Ces nombreuses rencontres sont très naturelles, si l'on considère la multitude de gens que son esprit sarcastique a raillé dans les Lettres de l'Ouvreuse et dans la plupart de ses romans; mais, quoique vif, etpiqoant, et pénétrant au bon endroit sensible, l'esprit de Willy n'est pas malveillant, et les gens d'esprit lui ont répondu de même : les autres se sont tus ou se sont fâchés, selon leur degré de courage, ou de poltronnerie, selon leur désir de réclame ou de tranquillité. Puis, ma foi ! avec Willy, l'épée n'est pas un bon argument., car, à moins qu'il soit tué, et il y a peu de chance, car il sait se défendre — (et qui voudrait le tuer ?) — il lui reste toujours sa plume, avec quoi il a
'f'^fils^H
Dessin
de
Mme w. de La Hire
et aura toujours le dernier mot — et quand Willy veut avoir le dernier mot, gare pour ses adversaires, s'ils craignent le ridicule.
Quand les gens se croient outragés, ils provoquent l'insulteur; mais quand c'est la morale qui croit avoir à se plaindre d'un homme, elle fait signe à une ligue qui traîne l'homme en correctionnelle. Cela devait arriver à Willy. Voici le compte-rendu très complet, que F.
Pascal lit dans le Gil Blas. du procès intenté à Will\' par la ligue contre la licence des rues.
Gazette Judiciaire
Willy en Correctionnelle
Notre excellent collaborateur Willy racontait hier, avec la verve et la bonne humeur .qu"on lui connaît, qu'il avait à répondre aujourd'hui du délit d'outrages aux bonnes mœurs, devant la justice de son pays.
II avait commis ce délit dans la ^'^c en Rose, où il publie un roman intitulé la Maiii'csse du duc Jean. Et dans le fragment incriminé, il décrit assez librement, en effet, une scène de volupté prolongée.
Nous offenserions gravement la vérité si n<ius disions que le joyeux Will}' éproL\'ait une allégresse
particulière à se trouver sur le banc des accusés. Pour la première fois, depuis qu'on le rencontre en public, peut-être, on ne l'a pas vu rire.
Cependant, la neuvième chambre correctionnelle était envahie par un public fort distingué, assez semblable à celui des répétitions générales. On voyait, en effet, dans la salle, MM. Huysmanr, Striensky, Funck-Brentano, George Vanor, Maurice Ordonneau, Emile Berr, Daniel Riche, le dessinateur Doin; les uns cités par Willy, les autres, par Paul Gavault, qui est poursuivi en diffumation par M. Alphonse Lemonnier.
A la lecture de l'acte d'accusation par M. le président Puget, Willy déclare qu'il n'a aucune explication particulière à donner, que ses explications seront présentées par M' Paul Boncour, son défenseur.
M. Striensky vient rappeler au tribunal les sérieux travaux d'histoire que Willy a publiés, sous son nom patronymique de Gauthier-Villars. Son Ma- ) iage de Louis XV est une œuvre historique de grande valeur. M. Gauthier-Villars aurait pu profiter de son sujet pour évoquer des scènes scabreuses. Il s'en est abstenu. Et M. Striensky voit dans cette discrétion, une preuve que M. Gauthier-Villars ne jecherche pas le succès dans le scandale.
M. Funck-Brentano lui rend lemémc témoignage.
— • Vous connaissez, lui demande le président, les romans de M. Willy ?
— L'obligation de me tenir au courant de la production historique, ne m'a laissé le temps, jusqu'à présent...
— Bien bien, dit le président.
M. Huysmans parait à la barre.
— Je connais quelques-uns des romans de Willy. J'y ai trouvé des morceaux fort curieux, fort intéressants, cui ont un véritable intérêt documentaire
sur les mœnrs de notrj epoqi.e" A mon sens, ce sont des œuvres d'artiste.
Cette opinion de M. Huysmans a une valeur toute particulière. On ne peut pas le soupçonner de complaisance aux corrupteurs professionnels. Mais l'austérité de sa vie ne l'empêche pas de concéder une grande liberté aux peintres de nos mœurs contemporaines.
C'est aussi cette opinion qu'ont exposée un certain nombre d'autres écrivains, ùans des lettres que M' Paul Boncour a lues, au cours de sa plaidoirie. On pense bien que les diverses dandines, dont Willy est le père, ont été mises en cause, en même temps que la Maîtresse du duc Jean.
M. Jules Renard écrit à M' Paul Boncour :
Mon cher requérant.
J'ai cru, jusqu'ici, que le premier avril était l'ése.rvé à la campagne où c<nile le ruisseau, où nage le poisson.
C'est d'ailleurs ma première citation à témoin, — Comment m'excuser ? J'en ignore, voulez-vous le faire, avec votre meilleure bonne grâce ^ La moindre amende me ferait de la peine. En échange, je ne craiuô pas de dire que Claudine est une créature délicieuse. La postérité ne chf)isira-t-elle pas entre toutes ses incarnations ? Ce sera son affaire. Moi, par peur de me tromper, je garde les quatre volumes.
Je suis heureux de le dire et de déposer ceci :
Mon fils, âgé de 14 ans, domicilié en ma demeure, a déjà \\.\ Madayne Bovary; je ne dis pas qu'il lira tous les auteurs poursuivis et acquittés, mais il lira tous les auteurs de talent. 11 lira donc bientôt, peut-être Claudine, et j'espire qu'il ne lira jamais aucun nianuel de niaiserie morale. J'ajoute (^ et je
vous remercie de me donner, par votre requête, l'occasion d'avoir un petit accès de fierté paternelle) j'ajoute, pour parler comme dessus, que mon fils ne cesse point d'être au tableau d'honneur de sa classe. C'est un garçon charmant, d'une netteté d'esprit qui m'attendrit et je suis sûr que M. le sénateur Bérenger l'aimerait beaucoup.
Tout vôtre,
Jules Renard.
Autre lettre, de M. Gustave Uzanne :
Mon cher maître,
Je ne connais pas les textes incriminés qui mettent Willy en face de la justice ; peut-être s'est-il fourvoyé sur de petites galères qui ont la réputation de trop faciles bateaux de fleurs. Il est regrettable qu'il soit sorti du livre et des niagazines sérieux pour s'enrôler un instant parmi les francs-tireurs des basses cythèrcs.
Quoi qu'il en soit, Willy, que Maeterlinck qualifia de « véritable poète ému », est à mon sentiment tout autre chose qu'un pornographc. Je respecte en lui l'historien qui nous a donné des ouvrages d'excellente érudition et de saine reconstitution du siècle dernier. Ses perverses Claudiucs sont d'une psychologie sincère dans l'aridité du vice souffreteux et pathologique. Je ne crois pas que ces analyses de fruits verts aient pu intoxiquer les lecteurs. D'ailleurs, la dernière Claudine s'en est allée sans murmure après cent éditions consommées. L'auteur et le public lui ont souhaité bon voyage et, si nous la retrouvons jamais, ce sera peut-être dans un couvent de Rédemption.
Je ne crois pas être suspect de tendresse pour la littérature licencieuse, contre laquelle j"ai récem-
ment mené campagne avec toute l'indignation que je ressentais, mais Dieu sait si j'aurais jamais pensé à voir "Willy traité en écrivain de publications outrageantes, en conteur de ces feuilles dû tolérance contre lesquelles j'appelai le balai purificateur.
e veux croire, mon cher maître, que vous n'aurez aucune peine à prouver aux bons juges, que la plume de Willy, qui s'égara inconsciemment dans des feuilles équivoques, est celle d'une sémillante Ouvreuse de sensations musicales, qui ne relèvent que de l'art le plus élevé et d'un écrivain historiographe infiniment mieux doué pour accomoder le passé à la façon des Concourt, que le présent à la sauce verte.
Croyez, je vous prij, mon cher maître, à l'expression de mes sentiments distingués.
OCT.WK Uz.ANNK.
MM. Catulle Mendùs et Camille Erlanger rappellent aussi dans leurs lettres cordiales, l'aide toute généreuse que Willy a donnée aux jeunes musiciens, dans ses critiques musicales, et ses heureux efforts pour amener le public à goi.ter la musique de César Franck et de Berlioz.
M" Paul Boncour, q ii a dnnné lecture de ces lettres au cours de sa plaidoirie, en a usé fort habilement pour établir dans quelle estime les hommes de lettres tiennent le père de Claudine. 11 s'est attaché à démontrer combien il est dilficile de préciser le délit qui lui est reproché, en homme abondamment informé de toute notre littérature. Il a fait remarquer aussi l'inutilité générale de la répression des outrages aux mœurs par le livre et par l'image, il s'est étonné que parmi tant d'éci i:s répréhensibles, ceux de Willy aient eu -le privilège d'attirer les rij:;cur.s du parquet.
M' Bonciair n'ignore pas que k'S pour^^uites dont
Willy est victime ont cté décidées sur la plainte d'une Ligue privée, que le grand succès des Claudines, a particulièrement offusquée. Et il ne s'est pas fait faute de citer dans la Terre, dans le Journal d'une Femme de chambre, des obscénités plus caractérisées, plus accentuées que celles qu'on peut relever dans la Matresse du duc Jean. Pourquoi les indulgences du parquet envers Zola et Mirbeau, et pourquoi ses sévérités contre Willy ?
Et M° Boncour, en terminant, a avoué qu'en raison même de l'origine des poursuites dirigées contre son client, il n'aurait p.^.s le mauvais goût de solliter pour lui l'application de la loi Bérenger.
Le tribunal a néanmoins condamné Willy à i.ooo francs d'amende et le directeur de la Vie en Rose, à 3.000 francs.
Ce ne fut pas d'ailleurs le seul procès de Will}^ Mais les autres furent des procès d'affaires professionnelles, sans intérêt à relater ici.
Et maintenant, quand j'aurai ajouté que Willy est l'homme du monde le plus actif, qu'on le voit partout au dehors et qu'on le trouve tout autant chez lui, qu'il dort peu et ne liane jamais, si ce n'est dans les bibliothèques et leurs bouquins, j'aurai fait assez pour que l'on comprenne comment ce: homme, à
quarante-six ans, a écrit, sans négliger un seul jour ses occupations extérieures et ses plaisirs de parisien fort invité et recherché, l'œuvre quasi formidable que Je vais étudier.
L'Œuvre
L'œuvre de Willy est considérable.
Sans compter des travaux parus dans des Revues et non encore publiés en librairie, elle comprend plus de cinquante volumes, que l'on peut ranger en quatre catégories :