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LANGAGE DES BETES

Dialogue des bêtes, COLETTE.

Autrefois les bêtes parlaient,

Sans doute comme tout le monde ;

C'est dire qu'elles bafouillaient.

Mais, dans son amour-propre immonde,

L'homme n'en daignait convenir Disant que toute leur science Consiste à hurler, à hennir...

Sans plus autre signiriance.

Puis, plus tard, et plus récemment, Esope et le bon La Fontaine Se piquèrent superbement D'apprendre leur langue certaine.

Et pendant des jours et des mois.

Loin de nos vanités humaines.

Ils s'exilèrent dans les bois. Coururent les monts et les plaines.

Et là, sous les cieux infinis.

Ou perdus dans les verts bocages, Ils écoutaient chanter les nids.

Et rugir les bêtes sauvages.

•Mais tout ça gueulait à la fois, Et chaque bête en son langage ; Ils revinrent donc tout pantois De leur inutile vovage.

Ils en eurent le dernier mot Cependant et nos chers bonshommes Urent parler les animaux Tranquillement comme les hoir mes.

Sans défaillance et sans repos, Ils leurs prêtèrent, bénévoles, Un tas de saugrenus propos Et des imaginations folles.

Ils glosaient et moralisaient.

Il n'est pas jusqu'aux plus chétivcs Bestioles qui ne disaient Des paroles définitives.

On en vit hàbler grec, latin...

Maître Aliboron, frénétique, Abandonnait son picotin Pour faire de la politique.

Le loup parlait comme Jaurès...

Eléphantide et Rhinocère Etaient, l'un Bias, l'autre Thaïes.

Si c'est permis ! quelle misère !

Non, les bêtes, croycz-le bien,

Ne parlent pas comme nous autres ;

Ce n"est mon patois, ni le tien

Qui leur sert pour leurs patenôtres..

Les bêtes avant tout, surtout, Parlent le langage des bêtes, Que nous ne savons pas du tout.

Et que seule comprend Colette.

Le Journal, 2^ Mai ioo-|.

De Paul Reboux

Ces Dialogues de bétes où M'"'^ Colette Willy a noté les propos que tiennent Kikila-Doucette chat, et Toby, buU bringé, forment un précieux petit volume que j'ai lu avec beaucoup de plaisir. Kiki-la-Doucette, avec ses yeux obliques et couleur de raisin, sa gueulette rose armée de dents en aiguilles. Toby avec sa figure prognathe et carrée, sa peau plissée de crapaud sympathique, sa physionomie renfrognée que dément la bonté du regard, sont deux personnes très réelles, très chat et très chien, qui échangent des paroles délicieusement vraisemblables.

Toby est essentiellement bon garçon. Il est copieux en affections, caressant, lécheur, un peu encombrant. Il a des goûts sans noblesse. Il flatte au besoin la cuisinière pour obtenir des rognures de viandes, et, quand il ne peut réussir auprès d'elle, il ne dédaigne pas de flairer et de savourer à défaut de mieux, sur les routes, des matières telles qu'il mériterait, comme ces personnages de Salammbô^ le titre de « mangeur de choses immondes ». Mais sa cordiale bonne humeur le fait vite absoudre, et si l'on était tenté de lui reprocher un aban-

don, une banalité, une gaieté facile de commis-voyageur, on serait désarmé par sa simplicité bonnasse et par sa franchise.

Kiki, lui, a la pudeur de ses sentiments. On croirait même qu'il dédaigne doucement ses maîtres, d'un dédain de mandarin. Il sait leurs habitudes, leurs manies, s'en étonne parfois, hautainement, mais n'en prend point ombrage, et se croit suffisamment heureux s'il a loisir de peigner, d'une langue rèche, les poils de son ventre, ou de sommeiller, en boule, au coin du feu. Kiki est, jusqu'au bout des griffes, un être de réserve^ de discrétion, de contemplation. Il ne faudrait point méjuger sa vie intérieure d'après le plaisir qu'il prend quelquefois à mâcher un oiseau, à broyer les os délicats, les plumes chaudes, le petit crâne d'où sort la moelleuse cervelle... Kiki n'est pas un sanguinaire ; c'est un puissant. Il a un respect britannique pour les nécessités du confort et les mérites de la force. Et, dès que, d'une gifle aiguë, il a persuadé le bon Toby de son autorité, et l'a mis en fuite, il se concentre dans une noble méditation, pendant laquelle il songe que ses ancêtres, jadis, furent des dieux.

Je négligeais de mentionner Elle et Lui,

seigneurs de moindre importance, qui se croient maîtres de Toby et de Kiki, mais qui ne sont autre chose que les pourvoyeurs de leur appétit et les compagnons de leurs jeux.

Je vous le répète, ce livre est exquis.. Je l'ai lu, et je l'ai relu avec une progression d'agrément. Et pour le charme, l'élégance, le pittoresque, l'ingéniosité, le naturel de leurs discours, je placerai Kiki et Toby dans ma mémoire, tout à côté de Riquet, l'inoubliable Riquet, en la personne de qui M. Bergeret trouva l'humble consolateur de son infortune conjugale.

A tnériqnc Latine.

De Charles Foley

J 'avoue avoir beaucoup goûté les Dialogues de bétes, de M""^ Colette Willy. Chien et chat se font part de leurs impressions avec un naturel qui, certes, n'exclut pas l'art, car les propos qu'échangent le trop aimant Toby et l'égoïste Kiki sont troussés de la plume la plus leste et la plus experte du monde. Tels petits coins de nature semblent écrits à l'aquarelle, avec des pinceaux très fins mouillés de rosée, enduits de rose ou de

bleu dans les fleurs et trempés dans des corolles en guise de godets. A lire certaines lignes, on y croit voir des blutes de soleil ; on croit, à tourner certaines pages, respirer une petite brise de printemps, ou bien un subtil parfum de fraises. Mais l'amusette imprc'vue, c'est que, dans ces pimpants décors, chien ou chat aboient ou miaulent sans plus d'esprit qu'on n'en accorde aux bétes et qu'ils font leurs culbutes et leurs pirouettes en toute ingénuité. J'avoue d'^î^utant plus volontiers ma prédilection pour l'unique joli petit livre de M*"" Willy que j'ai parfois montré peu de goût pour certains vilains gros livres de M. Willy.

Echo de Paris.

De Georges Casella.

Ui) liOi e de M"^- Colette Willy. — Chez l'Auteur. — Entre chat et ctjiep. — Présentations.

M'"'= Colette Willy me fit goûter des confitures de patates et d'autres choses inconnues et fondantes. Je refusai toutefois un mélange odorant qui me parut être formé de marasquin et d'eau de Cologne. Elle s'en

WiLLY ET Colette au Bois de Boulogne

étonne et, peut-être, m'estima moins. Elle me confia qu'il était impossible de se procurer des bananes pourries à cette époque, que dans son atelier figureraient des barres parallèles, un trapèze et des anneaux, que les automobiles qui font des embardées lui donnent des sensations exquises et qu'enfin, jadis, ses cheveux lui tombaient sur les talons... Pendant que j'admirais l'enchainement logiqiie de ses paroles, elle déballa mille photographies. Elle se tenait penchée au-dessus de la table dans une position périlleuse. J'apercevais son profil volontaire sous la coiffe ondulée des cheveux courts dont une mèche tenace frôlait simultanément les deux yeux, ces yeux — ironiques, sincères, — trop fendus vers les tempes ; je devinais la pointe d'un nez mince, fureteur, hardi, le dessin parfait d'une lèvre arquée qu'un pli mobile et gamin soulevait en moue...

Nous étions dans une pièce baroque qui tenait à la fois d'une salle d'attente et d'un cabaret hollandais : meubles larges, bancs massifs, tables trapues, cheminées boisées au tablier de cuivre fourbi, draperies lourdes glissant sur des tringles... Dans un coin,

au-delà d'une baie, ce petit bureau encombré d'objets, où l'encrier voisine avec la boîte à poudre, n'est-ce pas le pupitre où s'élabora Dialogues de Bêtes, œuvre subtile et précieuse ?... Je questionnai M'"'= Colette Willy, dont le visage enfoui dans un album exprimait la plus extraordinaire stupeur. Elle cligna des paupières, s'éloigna de l'album, revint, et comme j'insistai, elle battit des mains et cria :

— Chouette !...

Cela ne laissa pas de me surprendre, et je restai béant quand je la vis courir à travers la pièce, sa jupe courte évasée autour d'elle, les bras en balancier.

— Il a été pris sans que nous le sachions, il a été pris !...

— Kiki-la-Doucette...

Elle me montra une photo où, contre une chaise, un énorme chat, assis, magnifique €t hautain, dardait des moustaches géantes, M'"'^ Colette Willy m'expliqua qu'il se trouvait là par hasard et qu'on l'ignorait.

— C'est un angora, dis-je.

Elle me foudroya d'un regard méprisant et rectifia :

— Chat des Chartreux ; on dit « angora » quand on ne sait pas...

Elle s'anima :

— Kiki-la-Doucette était beau et fort, sa toison soyeuse traînait sur le sable quand je le promenais enlaissedans le parcd'Uriage.

Je disais : « Ici, Chat ! » et il accourait à mon geste. Il marchait avec dignité en balançant sa longue queue paresseuse. Il englobait l'humanité dans un mépris universel. Il y avait du dédain dans ses yeux asiatiques. Il nous aimait avec condescendance.

— Qu'est-il devenu ?

— Il est mort.

La voix de M'"*^ Colette Willy se troubla. Je donnai à mon visage une expression navrée. Cela me valut des confidences :

— C'est notre grand chagrin, ^\'illy le chérissait tellement !... Nous l'avons perdu sans savoir pourquoi. Il maigrit, se dessécha, il devint plat, plat... puis ce fut la lin. N'en parlons plus, voulez-vous...

Elle appela : Toby-Chicn 1 Un bruit de pattes qui grattent, et Toby-Chien apparaît sur le seuil de la porte, les yeux ronds, k les coudes en dehors », de l'étonnement sur sa figure de « crapaud sympathique ».

— Présentez-moi, dis-je.

— Ha ! Toby-Chien venez ici... (Entrée lente deToby, puis saut rapide sur un divan). Bâillez pour le monsieur, faites votre langue frisée (le chien bâilla. Etreintes douces et tendres. O mon tout petit noir, mon cylindre affectueux, mon amour batracien, tu es rond et carré, comme tu es triste, comme tu trembles, comme tu souffres, ôôô ! — Gémissements éperdus deToby, Tristesse générale). Soyons gais. Chien ! ris, chante. Je te mords l'oreille, hou ! hou ! Jappe, Chien ! jappe ! (Aboiements, hurlements, grognements, joie générale...)

Je suis dans l'admiration, mais je ne saurais renouer la causerieinterrompue. Je dis, d'un ton assuré :

— Il a des taches fauves, Toby-Chien.

Regard de côté de M'"^ Colette Willy.

Haussement d'épaules.

— Puisqu'il est bringé... Vous ne savez donc rien !...

— Ah ! il est...

— C'est un buU-bringé. Il est candide et dévoué. Ilm'aime... Je l'ai tellement observé que je sais tout ce qu'il pense. Il m'a dicté chaque phrase de mon livre.

— Il parle, Toby !...

— ■ Bien sûr !

Décidément, j'ai des questions maladroites. Je crains de m'étre perdu dans Tesprit de M"^'^ Colette Willy. Je flatte le bull-hringé. Je le caresse :

— Il est beau, Toby-Chien, il est beau. Toby montre ses dents.

— Il sourit, dit M'"'^ Colette Willy.

Je regardai sourire, avec la plus grande ■estime, ce chien spirituel qui dicta, dans une si jolie langue, sa partie des Dialogues de Bêtes. Je me souvins de ces lignes où Toby-Chien raconte sa maitresse à Kiki-Ia- Doucette : « Je n'ose pas. Elle m'a défendu de venir. Elle est là-bas, au fond de la •combe, avec un grand panier. La rosée tombe et mouille ses pieds, et le soleil s'en va. Mais tu sais comme Elle est : Elle s'assied dansle mouillé, regarde en avant d'Elle comme si Elle dormait ; ou bien se couche à plat ventre, siffle et suit une fourmi dans l'herbe ; ou arrache une poignée de serpolet et la respire, ou appelle les mésanges et les geais, qui ne viennent Jamaisd'ailleurs. Elle porte un arrosoir lourd, qu'ElIe verse en

mille fils d'argent glacé qui me donnent le frisson, sur les roses ou dans le creux de ces petites auges de pierre, au fond du bois. Tout de suite Je m'y penche pour voir la tête du bull bringe' venir à ma rencontre, et pour y boire l'image des feuilles, mais Elle me tire en arrière par mon collier ; « Toby, c'est l'eau des oiseaux ! » Elle ouvre son couteau et vide des noisettes, cinquante noisettes, cent noisettes, — Et oublie l'heure. Gela n'en finit pas. ».

Je m'écriai :

— Toby est lyrique, Toby sait employer le style « sublime »... Il a composé l'Hymne au Feu, qui est une page inoubliable. Ce chant alterné, où Kiki-la-Doucette mêlait sa séduisante voix, fut-il prononcé?...

— Parbleu!... .T'ai vu Toby s'approcher du feu, par les soirs d'hiver, et se laisser ëriller stoïquement. Il souffrait, agitait sa patte devant son visage crispé, mais n'abandonnait pas la place, Il disait : « Oh ! que j'ai chaud î Sois plus doux, feu souverain, vois comme ma truffe séchée se fendille et craque... Mes oreilles ne flambentelles point ! Je t'adjure d'une patte suppliante, je gémis d'une volupté insupportable... Je n'en puis plus, jen'enpuis plus! »

— Comment avez-vous eu l'idée d'écrire ces Dialogues de Bêtes ?

— • Pour dérider mon chat, pour faire rire mon chien, je leur en lisais chaque phrase, mais Jamais je n'ai pensé à les publier.

— Et qui vous décida ?

— Willy... ça l'amusait... j'ai voulu amuser Willy...

A ce moment, un bruit énorme se produisit dans l'antichambre :

— Tonnerre ! ce journaliste va-t-il bientôt lâcher ma femme 1 Que le feu des enfers ! . . .

Et Willy entre, souriant, le chapeau sur le front, la main tendue, il dit :

— Ma femme a du génie, voilà, ma femme a du génie, sacré nom d'un chien !

Gkorges Casella.

De Camille Pert

Déconcertante et curieus.' cette silhouette de femme au corps svelte de gamin qui met indifféremment les habits de femme et d'homme, et sous les uns et sous ks autres paraît également insexuée ; cette tète fine

aux traits railleurs, aux yeux voilés d'un insondable mystère — au regard énigmatique et complexe qui semble bafouer la vie, l'humanité, avec une nerveuse hilarité et une douloureuse angoisse.

Attirant, charmant, vibrant, d'une étrange gaité mélancolique, au frais éclat de rire qui frise le sanglot. Dialogues des bêtes, le petit livre mince et profond que vient de lancer Colette Willy précise de façon singulièrement frappante la personnalité de l'auteur, si fuyante sous l'analyse.

C'est, en ces lignes originales, un sourire discret, espiègle et doux, une ingénuité simple, une rare profondeur tranquille, mêlés parfois à l'accent tremblé, mouillé d'une émotion exquise, émanant de tréfonds insoupçonnés — insoupçonnables si l'on s'arrêtait au masque ironique de l'ensemble du visage que nous offre le hasard d'une rencontre avec Colette Willy, si l'on négligeait de remarquer l'amertume et la douceur aimante de la bouche, l'obstination du regard à ne point se laisser violer, à garder le secret de cette àne captivante...

Dans les Dialogues des bêtes, Toby-chien et le chat Kiki-la-Doucette causent au foyer de leurs maîtres, raisonnent de leur vie res-

treinte, et de celle, tout proche et pourtant distante de ces mystérieux Deux Pattes dont ils dépendent. Et, dans ces âmes philosophes, primitives et compliquées, aux impulsions différentes, le dialogue court, alerte, ou se ralentit, rêveur ; d'une réalité doucement comique, ou d'une poésie pénétrante, à l'irrésistible charme.

Petites âmes de bêtes, élans de vies peutêtre aussi parfaites en leur genre que les nôtres, pensées latentes derrière ces regards humains que lève sur nous l'animal blotti à nos pieds. Colette Willy les a traduites avec une spontanéité, une sincérité,- une grâce, une souplesse qui font de ces quelques pages tout un monde, tout un monument sous sa fragile et modeste apparence de blanc petit volume.

informateur des Gens de Lettres. — 5 Mai 1904.

De Marcel Boulestin

D/a/ogue de Qèies

Une tendre dédicace nous apprend que ce livre a été écrit « pour amuser Willy », et voici qu'il va faire l'admiration étonnée des lettrés, car la langue simple, savoureuse et charmante, révèle des pensers lyriques, amicaux et vraiseniblables.

Nul ne fut plus coupable que M. de La Fontaine, moraliste douteux, que des universitaires en délire louèrent si fort d'avoir fait parler et agir des bêtes comme des hommes. Ce travestissement ne me parait pas digne d'éloges, et il est probable que le bon fabuliste ne comprit pas mieux les animaux que M. de Buffon l'histoire naturelle.

L'on a donc raison de leur préférer Jules Renard et Colette Willy. L'Anglais Rudyard Kipling, historiographe des bêtes indiennes, est, encore qu'exquis, un peu loin de nous. Cependant de Baghera à Kikila-Doucette il n'y a que la distance d'un océan et la différence d'un zézaiement : « A jugle ! » rugit l'une << à z'ongle ! » miaule l'autre. Encore le chat a-t-il la supériorité d'être plus portatif, baudelairien et ex-divinité égyptienne. S'il condescent parfois à l'animalité, jamais ne se ravale-t-il au niveau des Deux-Pattes que nous sommes ; il méprise tendrement nos travaux et nos goûts, et son amour pour lui revêt l'allure d'un caprice de souverain s'encanaillant avec grâce. Il aime cependant et s'en cache comme d'une faiblesse, tandis que Tobychien, cordial et simpliste, nuance sa passion de respect et de confiance.

Avec les yeux hautains de Kiki-la-Doucette, et les prunelles sympathiques de Toby-chien, Colette Willy sut, oubliant qu'elle était femme, regarder la Vie et la Nature.

Gil Blas.

Dans La Vie Heureuse

M""" Henry Gauthier - Villars arrive, cheveux courts, frisés, sur des yeux futés qui s'attristent par instants, mine pointue, jupe courte d'écolière. Et tout de suite nous causons.

Elle s'enfouit dans un amoncellement de coussins multicolores, se lève d'un bond, vire, et sa conversation zigzague comme elle. Et je songe à la justesse de cette comparaison qu'avec une indiscrétion toute professionnelle je viens de lire, inscrite en guise de dédicace, sur un livre de Francis Jammes : « A Madame Colette Willy avec les sentiments qu'on a pour un écureuil en cage ». L'originale cage et le délicieux écureuil I

Elle me parle intarissablement de sa Franche- Comté et de ses chères montagnes, dont elle a toujours la nostalgie.

Elle me parle surtout de ses bêtes, de son chat Kiki-la-Doucette. C'était la bête la plus extraordinaire du monde, il avait l'àme d'un chien, prétend Colette Willy. « Je le menais en laisse, dans le parc d'Uriage, ou à Paris sur le boulevard Berthier, et il me suivait docile, au grand étonnement des populations. Il répondait à propos lorsqu'on l'interrogeait et voyageait toujours avec nous, sans s'effaroucher du fracas des gares, regardant le paysage par la portière du wagon avec un sérieux

imperturbable. Il est mort il y a quelques semaines après quelques jours de tristesse, sans souffrir, comme une bougie qui s'éteint après avoir brûlé jusqu'au bout. Il adorait son maître, près duquel il aimait vivre, et restait des heures entières, plongé dans la contemplation de la plume de Willy courant sur le papier. Willy a eu tant de chagrin de cette mort que pour le consoler et le distraire j'aï écrit les Dialogues de bêtes et esquissé le portrait de ce chat que nous aimions tous ici, même ce Toby que voilà et qui l'a longtemps, longtemps regretté, »

Celui-ci, jeune bull français, fut découvert par Colette Willy dans une écurie. Il ne la quitte jamais, elle l'emmène partout, même au théâtre « ...quand j'ai une baignoire,\bien entendu ».

Je regarde Toby-Chien, il a bien une mine candide et dévouée. Il marche les coudes en dehors, il suit des yeux chaque mouvement de sa maîtresse qui est pour lui le centre du monde. Et je me souviens des paroles qu'il lui adresse dans Dialogues de bêtes : « Ne me chasse pas, je consentirai joyeusement à ne pas dîner, si tu veux m'emmener toujours, partout, même dans le mouillé, même dans le crépuscule qui me rend triste, je te suivrai heureux, mon nez fervent au ras de ta jupe courte... » Mais cet amour des bêtes ne s'arrête pas à Kiki défunt et à Toby-Chien. Colette Willy voudrait avoir chez elle une véritable ménagerie, des chiens et des chats à la douzaine, faire de sa maison à la campagne une arche de Noé. « Là-bas, j'aurai un âne ! un bel âne gris-argent, et aussi une chèvre, que je mènerai moi-même brouter dans la montagne. Je sais bien que c'est très têtu une chèvre ! mais comme je ne la contrarierai jamais !... »

Et elle rêve de grand air, de liberté, de laisseraller champêtre ; elle a choisi pour sa chambre à

Paris une vaste pièce aux murs blancs qui donne sur un jardin dans lequel pousse un grand pommier.

« C'est pour me donner l'illusion que je suis chez moi, dit-elle, dans mon pays ! Ah ! cette vie absurde et éreintante de vernissages, de répétitions générales, comme je la quitterai avec joie pour la solitude de Franche-Comté... dès que Willy voudra. Je n'ai qu'un rêve : vivre à la campagne, et là, dans la solitude de la montagne, "réunir autour de moi tous les animaux domestiques possibles. »

Et c'est d'une âme triste, aux yeux rêveurs où passe quelquefois un rayon gai, avec sa voix chantante, du parler de sa province, qu'elle raconte cela pendant qu'elle se pelotonne dans ses coussins et qu'elle embrasse son Toby-Chien.

POURJWILLY Bibliographie '^

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