HAGUENAU
et ii*avait pas essuyé de revers. Le centre et la droite, entraînés par le courant de la déroule, n'offraient plus de consistance sérieuse. « Les chefs, écrivait l'accusateur militaire Clément, n*0Qi montré ni tête ni courage. Nos sojdats ne savaient où se rallier. J'ai vu des canonniers pleurant, et je l«s vois encore demandant des chefs. J'ai vu, non une retraite, mais une confusion ; rien n'était ordonné ; peu de monde a fait son devoir. » 6,000 hommes, criant à la trahison des généraux, avaient fui sur le chemin de Haguenau et jusqu'à plus de douze lieues. lis remplissaient Schiiligheim et assiégeaient les portes de Strasbourg. Plus de mille furent ramassés en vingt-quatre heures par les commandants des places; les autres échappèrent à toutes les recherches et regagnèrent leurs foyers *.
L'indiscipline n'avait jamais été si grande. Les officiers, les £;oIdals se divertissaient dans les villes et ne répondaient pas aux appels. Ils passaient le temps à la laverne et rentraient au camp, « énervés par la fureur des libations ». Quelques-uns se querellaient et en venaient aux coups, d'autres ne payaient pas leur écot. La plupart craignaient de faire le moindre effort et de supporter la plus légère fatigue. Il y en eut qui refusèrent d'aller au feu. « La bravoure individuelle, écrivait l'adjudant-général Demont, ne suffit pas ; il faut une parfaite harmonie et un juste ensemble. » Aussi, l'armée du Rhin ne put-elle disputer le terrain aux envahisseurs*.
*■ Clément à BoucboUe, 14 oct.; Dièche à Boucbotte, 15 oct. ; les représentants au Comité, 18 oct. ; note de Legrand (Â. G.) ; Mon,^ du 22 oct.
* Charlemagne à Dupin, 21 oct.; Pichegru à Boucbotte, 13 nov.; Demont au Comité, 16 oct. (Â. G.). Demont (Joseph-Laurent), né à
MO WtSSBUBOUBO
Elle s'élait reiirée dans la soirée du 13 octobre sur Souitz ei Surbourg. Mais Dubois, qui commandait la droite, avait reculé Irop loin ; elle dui occuper uoe seconde posiliOD entre Hagiienau et Biscli-wiiler. Elle teosil ainsi les lignes de la Moder.
Ces lignes, consiruîtes pendant les campagQei> de Turenne, s'étendaient d'ingwiller à Druseuheim et présentaient une suite de redans qui formaient avec les courtines, selon la coufiguralion du sol, un aople plus ou moins droit. Elles éiaient, sur cerlalns points, en aussi bon eiat que les lignes de Wissembourg. Ailleurs, et notamment aus environs de Hagueiiau, elles avaient presque entièrement disparu du sol sablonneux. Situées sur la crête d'une éminence de médiocre élévation, elles dominaient la vallée, fort large et peu profonde, de la Moder; mais elles étaient trop éloignées de la rivière et pouvaient en défendre d'uutiinl moins le passage que la Forêt sainte ou forêt de Haguenau, très rapprochée de la Moder, masquait l'attaque des ennemis. Elles offraient toutefois quelques avantages. L'armée qui les occupait, s'appuyait en môme temps aux montagnes et au Rhin. Au centre, il est vrai, se trouvait Haguenau, et il ne restait des fortifications de la ville que des ouvrages avancés où la cavalerie montait aisément à l'assaut, ua chemin couverte peine reconnaissableet boule-
SsrlronviUe (Seine-et-OiBc), était fils d'un chevalier de SaiDl-t.ouU, ofticier aui fiardes Suisses; EuCCeESiV'-œent cadel au régiment suisse de Vigi^r, EOUB-lieuleaanl, lieuleaaiil, side-iUBjar avec brevet de cipiUine au liceDciemsDl des régimenu Euis^es, adjoint i rêtat-mejor de formée du Rhin (l" oct. 1192), adjudant- Kénéral avec grade de lieulanaut-coloDel (19 mai 1793], ii devait Sire susp.?Dila par Boucbotle, puis remia en aclivilé Bur U propoBilioa de CUrlie. 11 fut
promu ftënéral de brifiade le M pluviâee an Vil et général de diii-
eioB ia H décembie \m>.
Haquknau 2ï1
versé chaque anoée par la bêche ou par le soc de la charrue, une muraille flanquée de tourelles el protégée de dislance en distance par des demi-luDes dont le parapet, formi* de sable mobile, n'avait pas la moitié de l'épaisseur convenable. Mais, à droite de la position, le bourg de Druseubeim, entouré de retranchements bien fraisés el bien palissades, fouruissail sur la Moder uae ■ solide léle de pouL qui facilitait un retour offensif et j l'approvisLouiiemenl de Forl-Lonis. Telles quelles, les I ligues de la Moder valaieul celles de la Lauter oa toute I autre position de la basse Alsace et du Palatlnat entre i Rhin et Vosges'.
Mais Carieuc craignait d'èlre enveloppé par les vainqueurs. Il évocua Haguenau, après avoir faii remuer à deux bataillons quelques [lelletées de terre, et viol établir son quarlier-géûéral à Hoerdt, derrière la Zorn. Il n'avail pas uésumoios lâché Drusenbeim. Sa droite s'adossait à ce poste et s'étendait sur la Zoru par Herrlisheim et OlîeLidorf. Son centre campait parallèlement à la rivière et barrait le chemin de Bischwiller à Stras- . bourg. Ses troupes légères observaient la chaussée de Brumath à Slepbansfeld. Son avaul-garde occupait 1 Weyersbeini '.
Il ne resta pas longtemps dans cette position. Wurmser poussait sa pointe. Le 15 octobre, les Impérieux 1 étaient a Souliz. Ils y célébrèrent une messe solennelle, el, après avoir chanté le Te Deiim au milieu des salves ] de mousqueierie el d'anillerie, ils brûlèrent en un feu I de joie des drapeaux républicains, des echarpes municipales el un gros amas d'exemplaires des décrets de ia
' Noie àe Lp^rand (A. G.]; Gïbler, 13i . lignes ÎDBigDiBaatBi, i nmis (]ui BervaiïQl à gaj^'ner du lompa el à rallier une Brmée ■. ' Dïmonl au Comité, 17 octobco ^11., G.\,
WISaKUBODBG
ConrcDLiuD. Im 1î. ils preDaient possessioa de Ilague- 1. Le IS, Us s'ébrBcloiem pour camper eolre Bdizeiidoff et Kiiegâhaim. Les rapports des éclaircars et des paysans leur avaient fait croire que les Français sV'taicDt déjà repliés derrière la Soulîel, el traoquillement, aans souci, sans précaulioQ aucune, ils mariitui sur Brumath. L'avaal-gardc, commaudée pBi UGGZuros, eDirait à peitie dans le village qu'elle lut saluée par un feu d'artillerie qui parlait du pout, el par une grËle de coups de fusii qu'où lui tirait de toutes les funAlres. Ueszaros recula. Mais l'avant-garde frauçaisc, sortant de Weyersbeini, l'attaqua sur les flaucs, pendant que la cavalerie assaillait ses derrières à Weitbruch et meuBçait de lui couper la retraite. Ua hasard le sauva. Kavanagh avait quitté Soullz deux heures plus tôt que ne le prescriraient ses insltaeUiHM : il eut le temps d'accourir à "Weitlffuch arec l«s brigades Koapoth et Biunner'.
L'acliou élait honorable pour les Français. Si la cava* lerie légère méritait les blâmes de Carlenc, les dragoDS avaient exécuté des charges vigoureuses. Douadieu, capitaine au 14* régiment de cette arme, prit un étendard qu'il offrit dis jours plus tard  la Convention. Deux escadrons du même régiment dégagèrent brillamment uue compagnie d'artillerie volante qui s'était laissé envelopper et qui perdit une de ses pièces.
Mais, comme à son ordinaire, la droite n'avait pas fait son devoir. Dès que Dubois vit le prince de Waldeck marcher à sa rencontre, il abandonna Drusenheim, et à tire d'aile gagna la Wanizenau. Un instant, il avait mis
1 Gebler 13S-136 (îes AutiLchieDs avaUnl 127 homuieB tués ou blesBéa); Demont au Comilé, 13 octobre (A. O.); Jtfea., du £9 octobre 1793; d'EcqtteVA\3,l,l!iV1Û6.
sa division en ordre de bataille daos la plaioe enlr« OfTeadorf et Gambsheim . Soudain, on vioL lui dire"! qu'uu corps considérable filait le loag du Rhia, à deuil lieuee derrière lui. La nouvelle était fausse et invrai— ■ semblable, Dubois déclara la retraite nécessaire. Elle 1 fui couverte par La Boissière, un de nos meilleurs officiers de cavalerie '. La Boî.ssière, a dit un contemporain, se replia n à la lèle d'un petit corps avec cette bravoure et cette ioteiligeuce qui caractériaeat un militaire codsommé, ne cédant de terrain que ce qu'il voulait eu céder, préseniant toujours à l'ennemi une attitude imposante, multipliant ses forces par la fréquence et la rapidité de ses mouvements '. s
Cette reculade de la droite entraînait celle du centre. I Carleuc tint un Conseil de guerre auquel assistaient ^ sept représentants du peuple. Il fallait prendre une résolution décisive, La plupart des conventionnels propo- 1 saient de se jeter sur la route de Saverne. D'autres demandaient naïveraent si l'on ne pourrait pas ranger les troupes en haie sur la chaussée. Le commissaireordonnateur Villemanzy et le chef du génie Clémencet 1 t'emportèrent. Ils opinèrent que l'armée du Rhin devait conserver ses communications avec l'armée de la Moselle, laisser sa gauche à Saverne et placer sur-le-champ, dans la nuit même, sa droite et son centre derrière la Souffel. La place de Strasbourg, ajoutait Villemanzy, a constamment approvisionné les camps ; ses magasins
> La Boiseiâre était noble ; il commBodait naguère le 2' r£{^eiit j <Ie chasBGUis à cheval et il éUit, depuis le 1 oclobra, génânl de hrîgids proTisoicB.
' NolB da LeRrand (A. G.). Leredictenr da Cabinet lopograpliiqua rapporta qu'il ee cendil ù Strasbourg le tG e' qu'il demanJa aupsrava ' les ordces do Dubois ; ■ nouE nous Verrons bientfit dans celte pièce lui répondit le général.
S24 WISSKMBOURa
de vivres et de munitions sont épuisés ; elle ne peut soutenir un siège ; l'abandonner à elle-même, c'est signer à Tavance sa capitulation K
L'armée du Rhin se retira donc le 48 octobre, à huit heures du soir, derrière la petite rivière de la Souffel, sous lu canon de Strasbourg. L'avantrgarde commandée par Gombez, campait à la Wantzenau et détachait uq bataillon au Jardin d^Angleterre. La droite avait pris position à Souffelweyersheim , et le centre, à Vendenheim, à Lampertheim, à Mundolsheim, à Nieder-
> Note inédite de Clémencet ; note de Legrand (Â. G.) ; Lavallette, Mém., I, 130. Voir sur Villemanzy, outre Ségur, Jf^ni , 1834, I, 252 et 415, Invasion prussienne^ 87; Expéd, de Custine, 217; Mayence^ 69, et plus haut, p. 186. Dans cette même soirée du 18 octobre, où il donnait un si s^-ge conseil, Villemanzv étiit pris a Brumath par des hussards autrichiens pendant quHl faisait emballer et charger ses papiers. On l'accusa d'avoir exprès retardé son départ, et le 13 décembre, Dubois -Crau ce, ignorant sa capture, demandait que le Comité de Salut public ouvrît enfin les yeux sur < cet agent vil el bas des Lameth, qui était parvenu à se faire employer •. [Mon.^ du 15 décembre.) 11 est certain que Villemanzy se laissa prendre (cf. les témoignages de Baudot, Mon., 17 mars 1794; d'Eickemeyer, Denkw., 184, dEcquevilly, I, 207-208; de Wurmser, Wagner, 279), qu'il correspondait avec Viomenil et qu'il ne cacha pas à Wurmser la triste situation de l'armée. Mais, dit Legrand, t je n'ai pas rencontré un soldat, un officier, un commissaire. des guerres, un administrateur militaire, qji ne déclarât hautement que Villemanzy joignait à une activité infatigable des talents prodigieux pour la partie si importante qui était confiée à ses soins. Sa facilité, suite ordinaire de l'ordre qu'il mettaii dans son travail, était admirable, et on convient que dans les temps difficiles, l'armée aurait manqué vingl fois de subsistances sans les ressources étonnantes qu'il trouvait là où les autres n'en voyaient aucune. Les représentants du peuple, qui n( l'aimaient pas, n'avaient jamais osé le destituer, dans l'im| ossibilile de le remplacer. > Custine le nommait c un homme de la plus huutc intelligence et grand travailleur » (lettre à Pache, 31 ocl.) et Biron écrivait que bien que « terriblement étourdi » par la journée du 10 août, il était t précieux à conserver » et i avait tout ce qu'il faut ipov.T «aire un bon intendant d'armée • [à Servan, 17 sept, 1792, A. G.).
JfcausbsrgeD. La cavalerie qui formait deux corps, sous ^miettaianii et Lafarelle, occupait ItœDheim, Mittelhauaiiergen et Oberhausbergen. Le quartier-général était à Scliiltigheim et l'ambulaace à la Rohertsau.
Mais celte suite de revers et de retraites avait achevé de rebuter l'armée. Les soldats étaient eutièrementdémolalisés. Un coup de canon les mettait hors d'eux-mêmes ; la plus légère alerte les livrait à la panique; on avait ■une peine extrême à rétablir dans leurs rangs un peu d'ordre et de calme, a II règue, mandait Demont au Gomilé, une facilité à s'étooner du moindre événement imprévu D, et il ajoutait que les entreprises les mieux combinées ne dépendaient plus que du hasard. Garlenc, saisi de désespoir, ne cessait d'oflrir sa démission ; il assurait qu'il n'avait accepté le commandement que dans l'espoir d'être remplacé sous peu da jours, qu'il servirait plus utilement à la tète d'une division, qu'il ne savait conduire une armée. Les représentants ne cachaient pas leur douleur : ils voyaient les troupes u épouvantées par le nombre des ennemis, manquant de confiance aux lumières des généraux, confondant l'incapacité avec la trahison » ; ils jugeaient que le soldat n'avait plus « cette assiette tranquille qui mène aux grandes vertus » ; ils se plaignaient de ne trouver que des chefs igoorants qui faisaient des fautes. Il fallait donc, disaient-ils, employer de puissants moyens ; il fallait réveiller le courage abattu ; il fallait envoyer un bon général et un renfort de douze à quinze mille hommes ; il fallait meltre Strasbourg eu état de dé- Tense; la place serait incessamment assiégée, elle avait vingt-huit mille sacs de graias, mais toute sa provision de poudres était consommée'.
' Demoiil et las représentaats au CQm\l.B,\^ Qi\.', t»\Wit «.^«ùib-B cliolte. li el 20 ocl, (A. G.).
UeurauBemeDl Wurmser perdit du leaips. Oa croyait qu'il fereil le îo octobre un nouvel ellbrt. Il iie boug«i pas: il Ëlttblissait soDquQrtier-géuérBlàBrumath.K piàBk central, dit Ik'raoai, autour duquel son armée formM une espèce du croissanl ' >.
Pourtâul, le iti octobre, à la pointe du jour, Welded assaillit l'arant-garde françeiâe dans lu Waalzenau. L'attaque, rapporte Uemont, se fit n avec une violence el u» vivacité surprenantes ». Tout farorisait les Autrichiens; ils connaissaient le mot d'ordre que leur avait livré 1< domestique de Béril, chef de brigade du 8° chasseurs t cheval ; ils avançaient à la faveur du brouillard ; ils abordaient une position dont lo front était Iropélendu, et des marais, des fossé?, un seul pont à demi-portée de caaoa de le ligne de hetaille, rendaient la retraite des républiceius très difficile. D'ailleurs, les Français ne se gardaient pas, et leur cavalerie t-e mettait en soUo que l'ennemi poussait ses hourras au milieu du village. Ils s'enfoirenl précipitamment en laissant aux mains de l'agresseuf cent soixante prisonniers, quatorze canons et deux obnsiers. Mats le brave Combez les rallia derrière la Souffd et parvint à se maintenir dans le Jardin d'Angleterre.
En môme temps les avant-postes de Meszaros et du colonel prince Hobenlobe se jetaient sur une brigade q<d campait en arrière d'une ligne d'abêtis dans le bols de Beichstett. La brigade fut un iostent refoulée. Mais Desaix la ramena ; après un combat meurtrier, â la troisième charge, il réussit à reprendre le bois de Beichstett d eàaufa, selon le mot de l'époque, les Impériaux jusqui l'entrée de Hoerdt. L'affaire, lit-ou dans les relations an- IrJchienncs, fut sanglante et indécise ',
I Deuont an Comili, ^'ï ocX. \h.. <o^.
HAQUENAU 227
Tels furent les résultats de cette victoire de Wissembourg que les journaux allemands élevaient aux nues. Trois semaines après son triomphe, Wurmser était à Brumatb, et les Français, étonnés de son état de tranquillité absolue, se demandaient s'il ne projetait pas quelque vaste entreprise : il se contentait de couvrir le blocus de Fort-Louis ^
Wurmser comptait s'avancer sur Strasbourg sans rencontrer d'obstacle. Il s'imaginait que les Alsaciens recevraient les Impériaux à bras ouverts. N'affirmait- il pas depuis le mois d'avril les « bons sentiments i de la province? L'accueil que lui firent les habitants de Wissembourg le détrompa. Vainement son fils cassait la municipalité républicaine et confiait l'administration à des royalistes. Vainement on disait une messe solennelle pour le repos de l'âme de Louis XVI. Vainement on exhumait le corps de Mauny,cet émigré fusillé par les carmagnoles, pour l'ensevelir en grande pompe dans le cimetière de la ville. Vainement les patriotes, ceux qu'on nommait les gueux, durent, le bonnet rouge sur la lète, balayer les rues; « ils sont suivis, écrit un gentilhomme, par un caporal -schlague et je trouve la punition charmante ». Vainement les Gondéens qui traversaient Wissembourg avaient ordre de crier Yive le Roi, et lorsqu'ils passèrent devant la maison commune, les princes de Condé, de Bourbon et d'Enghien, debout au balcon, unirent leurs acclamations à celles de leurs soldats. La population demeurait froide et gardait le silence ; pas la
Jfim., 10 nov. (lettre de Milhaud et de Guyardin) ; Saint-Cyr, I, 139; d'Ecquevilly, I, 216; aeach. der Kriege^ I, 234; Gebler, 138; les Autrichiens avaient, dans cette journée, 22 ofûciers et 454 solJats tués ou blessés.
1 Demontau Comité, 30 cet (\. O-V
triSSlUBOUBO moiudre marque d'enlhousiasme, pas le moiadre i seules, les remmes osaient avouer leurs préféreoces^ osrcliiques.
Leatimign^saccusôrenl Wissembourgdecirconspeclion. Hagunaau leur parut moins (iëde ; là du moins, les cœun B'ouvrsiout, s'èchaufTaieut, et le peuple, tout catholiiiue et DUlIcmentgangreué, * pensait à merveilleo . Homniea, femmes, enfants arborèrent sponlanémeat la cocarde bluuclie et se jetèrent aux genous du prince de Coudé pour lui baiser les maiQS. Durant plusieurs jours, d'uae porte à l'aulre, dès que se montrait un Condéeu décoré du brassard, on n'entendait que les cris : Fipe le Soi. Vive Condi, VUe l'arviée des nobles. Vite la noblesse ! La ville, livrée naguère aux jacobins, recouvrait son ancien aspect; ses deux églises étaient rendues au culte; les Btettmeslres, les conseillers, tous les ennemis du nouveau régime, enfuis sur l'autre rive, reprenaient possession de leurs maisons et de leurs biens; les vieux coï tûmes et les longues perruques reparaissaient dans lei mes ; on reconnaissait des visages qu'on n'avait pas vue depuis deux, trois années *.
Mais, lorsque Condé désira réunir sous ses drapeaui quelques milliers d'Alsaciens fidèles, "Wurmser s'emporta : la cour de Vieiiue ne souffrirait sous aucun prétexte quE le prince grossît sa petite armée. Les émigrés comprirei| que l'Autriche voulait s'approprier l'Alsace, Leur colèn s'accrut lorsqu'ils virent dresser sur les routes du Bas Rhin des poteaux où figurait, au lieu des fleurs de lys l'aigle autrichienne. Les habitants partageaient leur in dignaiion. Wurmser venait donc en conquérant, et uoi
' Du Rosier i LinaK». 16 ocl. (A. G.); d'Ecquevilly, 1, 193-198 20i-Z0i ; Romain. H. 416-0% -, ïi-s'A, HagutnaB ntr Zeii dtr Stri lufion, 1883, p. n9; nola àe U?;^»lla.^,^-.^^.
en libérateur I Plusieurs, ouirés, exaspérés, s'enrôlèrent dans les troupes républicaiacs, Comme l'a dit Lavalletle, oo étiiit Français en Alsace et l'on détestait encore plus les Autrichiens que les révolutionnaires '.
A ce sentiment de patriotisme se joignit l'horreur que soulevèrent les cruautés des ma«(e(ia.c rouges. Élevés et organisés â la turque, ils coupaient la tête aux chrétiens qu'ils avaient lues. Leurs ravages, leurs excès de toute sorte firent exécrer le nom autrichien. On ne parlait qu'avec effroi de ces cavaliers aux cheveux noirs, aux pommettes saillantes, au regard farouche, a la laiUe colossale '.
Enfin les Prussiens ne secondaient leurs alliés qu'à contre-cœur et avec leur mollesse coulumière. Brunswick avait rendu visite à Wurmser après la prise des ligues de Wissembourg, Il le félicita, l'embrassa, le nomma le vainqueur de la Lauter, lui dit les choses les plus obligeantes du monde, assura que celte expédiiion était 1( plus sérieuse, la plus belle qu'il eût jamais vue, Wurmser, de sou côté, remercia Brunswick de son as8ia~l tance et l'appela son sauveur ; « les Prussiens, répétait-ilj sont venus â propos et m'ont fait grand bien », Mats,^ lorsqu'au sortir des compliments el des congralulalioi les deux géuéraux s'entretiureut des mouvements ultô- ' rieurs des armées, ils ne s'accordèrent plus. Wurmser invitait le duc à faire des démonstrations sur sa droite, elle duc répondait: «Non seuleraenldesdémonslralional J'alluquerai aussi ; les Prussiens rougiraient de n'ôlre que des spectateurs, s Wurmser insista ; Bruuswick ne
1 LoTBlieLie, jlfCm., I, 131 ; dEcqueviilj, I, 204-203 ; Soull, 1, G9.
■ îauUardt Lehen und Sehickiale, 1796, III, 482 ; Semahcentm ai» dtsi Fildxuge am SJiein, von finem Mil[^licda det danMlùc^QO. preuM, Hheia-irmee, 1S02, p. 54.
S30 WESSEMnOURQ
pourrait- il a-isléger Sarrelouisî Le duc répliqua froidemest que Wa ordres de son roi lui liaient les inoias ; qtill ne saurait dépasser Wœrlh tij engager ses troupes dans des opéralions que Sa Majesté prussienne n'approuverait pas; qu'il prendrait biCDlAt ses quartiers de cantonne' menl, la droite à Kaiserslauiern et la gauche à Spire. Wurmser pria le due de s'emparer des torts de Lichlenbergetdela Petite-Pierre; Brunswick objecta qu'il n'avait pas d'arlillerie de siège. FourlaDl, il envoya le généralmajor duc de Weimar reconnaître la contrée; mais le duc de Weimar rapporla que les forts de Lichtenberg et de I la Pelile-Pierre éiaieut défendus chacun par cinq cents républicains et aboitriammeiU pourvus de vivres el de munitions. Finalemenl, Brunswick consentit à détacher de son armée un corps de six mille hommes qui bloquerait Laudau '.
II D'y a rien à espérer des Prussiens », maolail Wurmser à Ferraris, ils ne veulent rien faire du tout,
• sie woUen gar nichts thun •, et il annonçait qu'ils traîneraient en longueur lu siège de Landau, comme celui de Mayence. Ferraris et Thugut partageaient l'avis du vieux général '. Ferreris disait tristement que les Prussiens étaient résolus à ne plus agir, qu'on ne pouvait plus f. considérer pour quelque chose a l'armée de iJrunswick, qu'on ue devait même pas demander à de tels alliés une
• coopération quelconque n, et il conseillait à Wurmser d'assurer aussitôt ses quartiers d'hiver. Thugut flétrissait dans ses dépêches a l'inactlviié > de Frédéric-Guillaume, sa « conduite vraiment inouïe >, ses a procédés
» 2eissberg, I, 329, ÏSO, SU, 11.1..
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réiroltants » ; mais il mêlait aux invectives de noires prévisions. N'est-il pas à craindre, écrivait-il, que les Français, revenant à la charge avec des forces infiniment supérieures, n'obligent Wurmser d'abandonner TAlsace et « ne nous privent de tout le fruit d'une campagne qui a coûté tant de sang et tant de dépense » ? Il devinait juste.
FÎN.