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WM,. RALPI MEREDITH 311
gique : ‘‘ Bien qu'il y ait eu des faiblesses dans la direction de nos écoles dans les districts français, il ne faut pas oublier que nous devons exercer beaucoup de libéralité vis-à-vis de nos concitoyens français. Notre but suprême doit être d'établir une seule langue dans nos écoles : la langue anglaise. Je suis donc opposé à l'usage de livres dans les deux langues, tel que proposé par M. Ross, parce que cela aurait pour effet de perpétuer l'enseignement français parmi nous, -- ce À quoi nous ne pouvons pas songer.”
Nous croyons avoir résumé les points saillants des discours de M. Meredith dans la fameuse campagne de 1890. Le chef de l'opposition fut éloquent et fit partager aux masses ses convictions, mais pas assez pour leur faire croire que le gouvernement Mowat était indigne de leur confiance. Ou plutôt, pour exprimer notre pensée plus clairement, disons que les influences combinées d’un parti au pouvoir et de toutes les forces gouvernementales étaient trop fortes pour céder devant les assauts d’une opposition dont l’organisation était loin d’être parfaite. Puis M. Meredith avait à lutter contre cette fatale accusation de fanatisme et de bigoterie qu’on avait lancée et exploitée contre lui. Sur tous les Austimgs de la province, au coin du feu, dans les rues, il était ouvertement accusé d’avoir délibérément entrepris une croisade contre l'Eglise de Rome, et de ne faire qu'un avec M. D'AIton McCarthy et le parti des ‘‘droits égaux,” dans leurs efforts pour faire triompher le protestantisme et enlever Îles privilèges accordés aux catholiques. Il était inutile d’invoquer le beau caractère de M. Meredith, l'absence absolue, chez lui, de toute animosité personnelle et la modération admirable qu’il apportait dans l'expression personnelle ou publique de ses vues ; inutile aussi de rappeler aux masses les éloquents appels à la tolérance faits par M. Meredith durant la campagne : on ne lui pardonna pas d’avoir accepté un programme qui apparaissait au peuple comme une contradiction flagrante des notions de liberté prèchées par M. Mowat.
Citons ici un extrait du discours prononcé par le chef de l'opposition devant un auditoire de London : ‘Sous l'œil de Dieu, dans cet univers soumis à ses lois, les hommes peuvent aspirer à parvenir au royaume éternel par des chemins que ni le prêtre ni les ministres n'ont tracés. Au nom de la religion, au nom de la liberté, au nom des devoirs les plus sacrés d’un bon citoyen, je proteste contre les appels que l’on fait aux préjugés religieux à l'encontre du respect et
de la tolérance que les sommes politiques doivent à tous leurs concitoyens.”
Rien n'y fit, et sir Oliver Mowat est aujourd’hui premier ministre d'Ontario, au lieu de William Ralph Meredith. C’est peut-être pour le mieux, car sir Oliver a l'amour du pouvoir, tandis que M. Meredith a déclaré, et très sincèrement, qu’il n’est pas ambitieux d’y arriver.
Les honneurs politiques lui sont venus de toutes sources sans qu'il les ait recherchés, son unique et constant effort ayant été de mériter la confiance que le grand parti conservateur d'Ontario a si cordialement et si implicitement placée dans son zèle, son dévouement et ses capacités. La lutte a souvent été amère, et les situations, toujours difficiles. La victoire n’a pas souri au chef de l'opposition ; mais il a gagné d’autres lauriers : les sympathies, le respect et les dévouements qui l'entourent, une immense popularité, et une place marquée depuis longtemps sur les banquettes du trésor à Ottawa.
En effet, le nom de Meredith a été souvent mentionné comme celui d’un futur ministre fédéral. La presse a proclamé ses titres à cette promotion, et de nombreux amis ont plaidé la nécessité de son transfert dans la politique du Dominion. M. Meredith paraît croire que son devoir est au milieu de ses amis d’Ontario, dans le champ plus ardu et plus stérile de ia politique provinciale. Malgré cela, l'opinion publique semble avoir foi dans sa nomination prochaine comme ministre de la justice, dans l'éventualité de la retraite de sir John Abbott et du choix de sir John Thompson comme premier ministre. Des considérations d'ordre personnel et public pourraient, cependant, induire M. Meredith à rester à son poste actuel. Ce serait regrettable pour le Dominion, qui a besoin d'hommes de caractère dans ses conseils généraux.
En dehors des stricies lignes de parti et du programme conservateur, M. Meredith a des idées très avancées sur beaucoup de choses. Il favoriserait l'élection de beaucoup d'officiers publics aujourd'hui
nommés par le gouvernement, et il s’objecterait à toute exemption de taxes. Pour appuyer ce dernier point, citons un extrait de son discours de London, en date du 16 décembre, 1889 : ‘‘Je dis que les propriétés d'une Eglise ou d'un ministre d'une Eglise devraient être sujettes à la taxe, tout comme celles d’un marchand, ou du plus riche ou du plus pauvre citoyen faisant affaires dans ce pays. . .. Nous avons besoin d’un changement radical dans notre système de taxation,
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car il y a dans le statut telles et telles exemptions qui devraient en disparaître dans l'intérêt du peuple.”
Il est incontestable que le suffrage universel dans Ontario fut imposé au gouvernement Mowat par M. Meredith qui, de plus, a inspiré, proposé ou fait passer presque toutes les mesures des dernières vingt années, concernant les classes ouvrières.
Que pouvons-nous dire de plus ? L'homme que nous venons de décrire est un grand Canadien. Il croit dans son pays, dans son avenir, dans ses progrès et dans la force de ses institutions. Ontario est, à ses yeux, la plus brillante étoile de la constellation des provinces canadiennes, de mêine que le Canada est la plus brillante étoile de la constellation des colonies anglaises.
Personnellement, M. Meredith est entouré par ses amis et ses partisans de cette chaude affection que seul commande le magnétisme possédé par les meneurs d'hommes, magnétisme dont, plus que tout autre, sir John était imprégné et qui le lia si intimement, en amitié et en politique, avec le chef conservateur provincial. Il s'exprime avec une facilité qui ne le cède qu’au charme et à l’éloquence de sa parole. Son extérieur distingué et sympathique contribue grandement à porter la conviction et fait croire à sa sincérité. Si ses luttes politiques n'ont pas toujours été couronnées de succès, les amitiés qui se sont multipliées autour de lui, la haute réputation qu'il s’est acquise, et la place éminente qu’il a su conquérir parmi les hommes sur lesquels le Canada doit compter dans sa marche ascendante vers un brillant avenir, valent mieux que les plus brillants succès.
J. CASTELL HOPKINS.
Toronto, 13 septembre, 1892.
(Traduction de Louis-H. Taché.)