‹ Woodstock (volume 2)Chapitre 9 sur 22 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

w Sur ma foi , ce langage eit tout nouveau pour moi;

» Ma langue o’est pas faite i ces accents bizarres ,

» Et ne peut prononcer des phrases si barbares.

, » Elles peuvent avoir du me'rite cl du poids ; *

» Mais elles sont pour moi ce que fut autrefois » Pour le jeune David de Saül la cuirasse «

M Une inutile armure , un pesani embairas. »

Pendant ce temps Markham Everard continuoit à marcher vers la Loge en suivant une des longues avenues qui traversoient la forêt , et dont la largeur varioit au point que les arbres , tantôt unissant leurs branches , répandoient une obscurité totale , tantôt s’écartoient comme pour livrer passage à quelques rayons de la lune , et quelquefois , s’éloignant davantage , formoient de belles clairières tapissées de verdure et éclairées d’une lumière argeptée. Les divers effets que produisoit cette clarté délicieuse sur les vieux chênes dont elle doroit plus ou moins complètement les feuilles d’un vert foncé, les branches mortes et les troncs massifs auroient attiré l’attention d’un poète ou d’un peintre.

Mais si Markham pensoit à autre chose qu’à la

scène pénible dans laquelle il venoit de jouer un rôle, et dont le résultat paroissoit être la ruuie de toutes ses espérances , c’étoit aux précautions qu’il ét oit à propos de prendre en faisant ce voyage nocturne. Les temps étoient dangereux; .le désordre régnoit partout , les routes étoient couvertes de soldats débandés , principalement du parti royaliste, qui faisoient de leurs opinions politiques un prétexte pour troubler le pays et se livrer à des brigandages de toute espèce. En outre un grand nombre de braconniers, race toujours à redouter, infestoient depuis quelque temps la forêt de Woodstock. En un mot le temps et l’endroit étoient assez dangereux pour que Markham Everard, indépendamment des pistolets chargés qu’il avoit à sa ceinture , marchât l’épée nue sous son bras , afin de ne pas être pris au dépourvu si quelque péril se présentoit.

Il entendit la cloche de l’église de Woodstock sonner le couvre-feu à l’instant où il traversoit ime des petites clairières dont nous venons de parler , et le son cessa lorsqu’il arrivoit à un endroit où le sentier, se rétrécissant, le laissoit presque dans des ténèbres complètes. En ce moment il entendit quelqu’un qui siffloit en marchant ; et le son s’approchant peu à peu , il lui. fut aisé de reconnoître que la personne qui le produisoit avançoit de son côté. Il ne pouvoit guère

lao

croire que ce fût un ami, car le parti auquel il appartenoit regardoit comme profane toute espèce de chant et de musique, à l’exception de là psalmodie. Si un homme a le cœur joyeux, qu’il chante des psaumes; c’éloit un texte qu’il plaisoit à ces fanatiques d’interpréter aussi littéralement que plusieurs autres. Cependant le sifflement continuoit trop long-temps pour que ce pût être un signal donné à des complices, et l’air en étoit trop joyeux pour qu’on pût soupçonner le voyageur de quelque mauvais dessein. Bientôt, cessant de siffler, il se mit à chanter, et entonna à gorge déployée le coiqilet suivant, que les anciens cavaliers avoient coutume de chanter en montant la garde pendant la nuit :

M Aux arnwi ! cavaliers» aux arme»!

» A IklKchut point de quartier;

» Kt qoVn vous voyant Olivier

» Étouffe de rage et d’alarmes. »

— Je connois cette voix, dit INIarkham en désarmant le pistolet qu’il avoit pris à sa ceinture. Le chanteur continua :

m Faites rentrer dans la ponssicre

*> Cet amas de vils ennemis. »

— Ilola! s’écria Markham, qui va là? Pour qui êtes-vous ?

— Pour l’Église et poiu* le roi, répondit une voix qui ajouta sur-le-champ : non, non! diable! je me trompe; je voulois dire contre l’Église et le roi, c’est-à-dire pour ceux qui ont le dessus; j’ai oublié comment on les nomme.

— C’est Roger Wildrake, à ce qu’il me semble.

— Lui-même, de Squattlesea-Mere , dans le comté humide de Lincoln.

— Wildrake ! on devrait plutôt vous nommer Wildgoose ’. Il faut que vous vous soyez humecté passablement le gosier pour entonner des airs si convenables aux circonstances!

— Sur ma foi , l’air est assez joli. Il est vrai qu’il n’est plus fort à la mode , et c’est vraiment dommage.

— Qui pouvois-je m’attendre à rencontrer ici si ce n’est quelque enragé cavalier, aussi ivre, aussi dangereux que le vin et la nuit les rendent ordinairement ? El si j’avois récompensé votre mê;lodie d’une balle dans le crâne?

— Ma foi, Markbam, c’eût été un vielon de payé, et voilà tout. — Mais par quel hasard venez-

‘ Jeu de mots qu’il est impossihfe de faire passer en français. JViïdrahe signifie an déhanché, un extravagant , un jenne homme qui jette sa gonrme ; wildgoose veut dire oie sauvage; wild-drake signifieroit un canard sauvage mâle. ( Note du Traducteur,)

VOUS de ce côté ? — J’allois vous chercher à la hutte du garde,

— J’ai été obligé d’en sortir; je vous en dirai la cause plus tard.

— Quoi ! le vieux cavalier chasseur a-t-il été bourru? Chloé avoit-elle de l’humeur?

— Ne plaisantez pas ainsi, Wildrake. — Il n’est plus de bonheur pour moi.

- — Du diable! Et vous le dites si tranquillement ! Morbleu! retournons-y ensemble, et je me chargerai de plaider votre cause. Je sais comment il faut s’y prendre pour chatouiller les oreilles d’un vieux chevalier et d’une jolie fille. — Dieu me damne, sir Henry Lee, lui dirai-je, votre neveu est un peu puritain, je n’en disconviens pas; mais, malgré cela, je soutiens qu’il est galant homme et joli garçon. — Miss Lee, dirai-je ensuite, vous pouvez penser que votre cousin a l’air d’un tisserand chanteur de psaumes avec ce vilain chapeau de feutre , cet habit brun tout uni , cette cravate dont le bout ressemble à une bavette d’enfant, et ces grandes bottes pour chacune desquelles il a fallu la moitié du cuir d’un veau; mais qu’il ait un bon castor enfoncé de côté sur sa tête, un plumet qui convienne à sa qualité, une bonne lame de Tolède à son côté, qu’elle soit attachée à un ceinturon brodé , avec une poignée damasquinée , au lieu de cette lame de fer qui forme la garde de ce

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pesant André Ferrare mettea-hri une langue bien pendue dans la bouche, et ventrebleu, Miss Lee, dirai-je

— Paix , Wildrake , trêve de fadaises ! dites-moi si vous n’avez pas trop bu pour pouvoir entendre quelques mots de raison.

— Si je le puis ! je n’ai fait que vider quelques pots de vin avec ces coquins de Tètes-Rondes , ces soldats puritains, àWoodstock. Et du diable s’ils ne m’ont pas regardé comme le meilleur républicain de la compagnie, tant je me tordois le nez en leur montrant le blanc de mes yeux. Pouah ! le vin même avoit un arrière-goût d’hypocrisie: je crois pourtant que le coquin de caporal a fini

par avoir des soupçons; mais les soldats ils ont

été jusqu’à me prier de prononcer une bénédiction sur le dernier pot.

— C’est justement à ce sujet que je désirois vous parler , Wildrake. — Je suis sûr que vous me regardez comme votre ami?

— Fidèle comme l’acier. Camarades au collège et àLincoln’s Inn, nous avons été Nisus et Euryale, Thésée et Pyrithoüs, Ores te et Pylade, et pour finir par une touche de puritanisme, David et Jonathan tout ensemble. Les opinions politiques même, ce germe de division qui sépare les

' ?(om d'an armarier célèbre , et qo'on donnoit aux lames qu’il labriqooit. {Note du Trad^)

amis et les parents , comme un coin de fer fend le chêne le plus dur, n’ont pu venir à bout de nous désunir.

• — - C’est la vérité; et quand vous suivîtes le roi à Nottingham, et que je m’enrôlai sous le comte d’Essex, nous nous jurâmes en nous séparant que, quelque parti qui fût victorieux, celui de nous qui y seroit attaché protégeroit son camarade moins fortuné.

— A coup siu , ]\Iar]vham , à coup si'jr ; et vous avez bien exécuté votre promesse. Ne m’avez-vous pas sauvé de la corde ? Ne vous dois-je pas le pain que je mange ?

— Je n’ai fait pour vous , mon cher Wildrake, que ce que je suis sûr que vous auriez fait pour moi si la chance des armes eût toufné autrement. Mais, comme je le disois, c’est ce dont je voidois vous parler. Pourquoi rendre plus difficile qu’elle ne devroit l’étrc la tâche que j’ai entreprise de vous protéger ? Pourquoi vous jeter dans la compagnie de soldats ou de gens parmi lesquels vous ne pouvez manquer de vous échauffer et de vous trahir? Pourquoi courir le pays en beuglant de vieilles chansons de cavalier, comme un soldat ivre du prince Rupert , ou un fanfaron des gardes du corps de Wilmot ?

, — Parce que je puis avoir été l’un et l’autre* tour à tour, comme vous le savez, Markham.

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Mais, morbleu! faul-il que je vous rappelle toujours que notre obligation de protectionmutuelle, notre ligue offensive et défensive , comme je puis la nommer , doivent s’exécuter sans aucun égard aux opinions politiques ou religieuses d’aucune des deux parties contractantes , sans qu’aucune d’elles soit tenue de se conformer en rien à celles de l’autre?

— Vous avez raison ; mais il y avoit cette réserve indispensable que celui qui atiroit besoin de la protection de l’autre se confonneroit aux circonstances de manière à ne pas rendre inutiles et même dangereux les efforts de son ami pour le protéger. Or vous ne passez pas un seul jour sans faire quelque escapade qui met en danger votre propre sûreté et le crédit dont je jouis.

— Je vous dis, Marc, et je dirois à l’apôtre votre patron, que vous êtes trop sévère à mon égard. Vous avez pris des leçons de sobriété <;t d’hypocrisie depuis l’instant où vous portiez des jupons jusqu’à celui où vous avez pris le costume de Genève, depuis votre berceau jusqu’à ce jour; c’est donc une chose qui vous est naturelle; et vous êtes surpris qu’un brave garçon, franc, honnête, qui a été toute sa vie habitué à dire la vérité, surtout quand il la trouvoit au fond d’un flacon, ne puisse atteindre tout d’un- coup à une perfection comme la vôtre ! — Corbleu ! les choses

ne sont pas égales entre nous. Autant vaudroit qu’un plongeur exercé, qui peut sans inconvénient retenir son haleine sous l’eau pendant dix minutes, reprochât à un pauvre diable d’être prêt à y étouffer au bout de vingt secondes. — Et après tout, le déguisement étant si nouveau pour moi, il me semble que je ne le porte pas trop mal.

— Mettez-moi à l’épreuve.

— A-t-on reçu quelques autres nouvelles de Worcester ? demanda Everard d’un ton si sérieux qu’il en imposa à son compagnon , qui luiTépondit pourtant d’une manière tout-à-fait conforme à son caractère.

— Oui. — De chiennes de nouvelles. Cent fois pires que les premières. — Tout est à la débandade. — Noll a certainement vendu son âme au diable; mais il viendra un temps où il faiulra qu’il la lui livre : c’est toute notre consolation actuelle.

— Quoi ! est-ce ainsi que vous répondriez au premier habit rouge qui vous feroit la même question ? Je crois que ce serôit le moyen d’avoir un prompt sauf-conduit pour le corps-de-garde le plus voisin.

— Oh ! mais je croyois répondre à mon ami Markham, sans quoi j’aurois dit : — Excellentes.

— Une merci du ciel. — Une manifestation de la puissance divine. — D’éternelles actions de

grâces à lui rendre. — Les malveillants ont été dispersés de Dan à Beersheba. — Ils ont été taillés en pièces, frappés à mort, depuis le lever du soleil jusqu’à son coucher.

— Avez-vous entendu parler des blessures du général Thornhaugh ?

— Il est mort, — c’est une consolation du moins,— le chien de Tête-Ronde ! — Un moment ! ma langue va trop vite; je voulois dire l’excellent et pieux jeune soldat.

— Et que savez-vous du jeune homme, du roi d’jlcpçse , comme on l’appelle ?

Rien , si ce n’est qu’il est chassé comme un daim sur les montagnes ; puisse Dieu le sauver , et confondre ses ennemis ! — Morbleu, Markham, je ne puis porter ce sot masque plus longtemps avec vous ! Ne vous souvenez-vous pas que dans les parades que nous jouions à Lincoln’s Inn,

— quoique vous n’y prissiez pas grande part,

— je m’aCquittois toujours de mon rôle aussi bien qu’aucun de nos camarades , à ce qu’il me., semble, quand le moment de la représentation étoit arrivé; mais j’étois constamment détestable lors des répétitions? C’est la même chose aujourd’hui. Je reconnoijs votre voix, et j’y réponds avec mon ton naturel ; mais en compagnie de vos amis nasillards, vous m’avez vu me tirer d’affaire passablement.

— Passablement tout au plus ; et cependant tout ce que je vous demande , c’est d’être modeste et de garder le silence. Parlez peu, tâchez de vous défaire de votre habitude de jurer, et placez votre chapeau de niveau sur votre tète.

— Oui, c’est là ma malédiction. J’ai toujours été remarqué pour la manièi’e élégante avec laquelle je mets mon chapeau de côté. — ; 11 est cruel que le mérite d’un homme devienne son ennemi.

— Vous devez vous souvenir que vous êtes mon clerc. . ■ . ,

— Secrétaire. — Que ce soit secrétaire, si vous avez quelque amitié pour moi.

— Il faut que ce soit clerc, — pas auti-e chose , — simple clerc. — Et souvenez-vous d’être docile et spumis.

— Mais il ne faudroit jvas me donner vos ordres avec tant d’ostentation et de siq^ériorité, maître Markham Everard. Songez que je suis votre aîné de trois ans. — Je ne sais en vérité comment je dois le prendre.

— Vit-on jamais une plus mauvaise tête! —Par égard pour moi si ce n’est pas pour vous-même, forcez votre folie à entendre raison. Songez que je me suis exposé pour vous au blâme et à mille risques.

— Oui , vous êtes un brave garçon, Markham,

et je ferai pour vous tout ce que je pourrai faire. Mais souvenez-vous de tousser , de faire hem ! quand vous -me verrez prêt à sortir des bornes. — Et maintenant où allons-nous cette nuit?

— A la Loge de Woodstock, pour veiller aux propriétés de mon oncle. Je suis’ informé que des soldats s’en sont mis en possession. — Et cependant , comment cela peut-il être, si vous les avez trouvés à boire à Woodstock?

— Ï1 y avoit avec eux une espèce de commissaire, de mandataire, je ne sais quel drôle, qui étoit allé à la Loge. — Je l’y ai même entrevu.

— En vérité ?

— En sainte vérité , pour parler votre langage. En traversant le parc pour aller vous joindre, il y a tout au plus une demi-heure que je vis une lumière dans la Loge. — Venez de ce côté, vous la verrez vous-même.

— A l’angle du nord-ouest ? Elle vient d’une fenêtre de ce qu’on appelle l’appartement de Victor Lee.

— Eh bien, ayant servi long-temps dans les voltigeurs de Lundsford, je connoissois les devoirs d’un éclaireur. — Du diable, me dis-je à moi-même, si je laisse une lumière en arrière sans en avoir fait la reconnoissance. — D’ailleurs, ^Markham, vous m’avez tant parlé de votre îjôfté cousine,

WooMTooL. Ton. I. ' . 9

que je n’aurois pas été fâché de la voir un instant. - •

— Inconsidéré! étourdi incorrigible! à quels dangers vous vous exposez , et quels risques vous faites courir à vos amis , par pure légèreté ! — Mais voyons , continuez.

— Par ce beau clair de lune, je crois que vous êtes jaloux, Markbam Éverard! mais vous n’avez pas sujet de l’être, car, moi qui cbercbois à voir la belle dame, j’avois une cuirasse d’honneiu* qui me mettoit à l’abri de ses charmes ; et comme elle ne devoit pas me voir, vous comprenez qu’elle ne pouvoit faire de comparaisons qui vous fussent désavantageuses. Enfin, de la manière dont l’aventure se termina, ducun de nous ne vit l’autre.

— Je le sais parfaitement. Miss Lee avoit quitté la Loge long-temps avant le coucher du soleil , et elle n’y est pas rentrée. Mais , après une telle préface, me direz- vous ce que vous avez vu ?

— Pas grand’chose. Senlément , ayant monté sur une sorte d’arc-boutant, — car je grimpe aussi bien qu’aucun chat qui ait jamais rôdé dans les- gouttières, — r et m’accrochant aux vignes qui tapissoient le mur, je me postai en un endroit d’où je pouv.ois voir l’intérieur de l’appartement dont vous parlez.

' — Et qu’y ave&’Vons vu ?

W<JODSTOCK.

— Pas grand’chose, comme je vous Tai déjà dit; car dans le temps où nous sommes, ce n’est pas merveille de voir des goujats faire ripaille dans les appartements des nobles et des princes.’

— J’ai vu deux drôles occupés à vider d’un airgrave et solennel une cruche d’eau-de-vie, et à dévorer un énorme pâté de venaison, qu’ils avoient placé sans cérémonie sur la table à ouvrage d’une dame, et l’un d’eux essayoit les cordes d’un luth.

— - Les misérables profanes ! C’étoit celui d’Alice ! ' • .

— Bien dit, camarade! — je suis charmé de voir qu’il soit possible d’émouvoir votre flegme.

— Mais ces ipcidents de la table .et du luth ne sont que des embellissements ajoutés à mon récit, pour essayer , s’il ôtoit possible, de tirer d’un être sanctifié comme vous l’étes quelque étincelle des sentiments de la pauvre humanité.

— Et quel étoit; l’extérieur de ces deux hommes ? •

— L’un était un fanatique à figure sournoise, portant un chapeau à larges bords , de longs ha? bits , en un mot , semblable à ce que vous êtes tous , et j’ai supposé que c’étoit le mandataire ou commissaire dont j’avois entendu parler dans la ville. — L’autre étoit un gaillard trapu et vigoureux, qui portoit un couteau de chasse à sa ceinture , et qui avoit à côté de lui un gros gourdin.

WOOUSIOCE.

— Un drôle à cheveux noirs, à dents blanches , et à physionomie joviale. — Je l’ai pris pour quelque garde, du parc.

— Il faut que ces deux hommes soient te favori de Desborough, Tomkins le Fidèle, et Joçelin Jo- Irffe, garde forestier. Tomkins est le bras droit de Desborough. C’est un indépendant , et il a des dons du ciel , comme il le dit lui-même. "Bien des gens pensent que les dons qu’il reçoit font plus pour lui que la grâce , et j’ai entendu dire qu’il a abusé de certaines occasions.

— Du moins, il mettoit celle-ci à profit; et la cruche s’en ressen toit, lorsque, comme si le diahle l’avoit voulu, une pierre que le temps avoit détachée du vieil arc-boutaùt céda sous mes pieds. Un maladroit comme vous auroit réfléchi si long-temps sur ce qu’il avoit à faire qu’il auroit suivi la pierre avant d’avoir pris son parti; mais moi, Markham, je sautai comme un écureuil, et m’accrochai ferme à une branche de lierre. ~ Peu s’en fallut que je ne reçusse une balle pour mes peines; car le bruit avoit donné l’alarme aux deux convives. Ils accoururent à la fenêtre, et me virent en dehors. Le garde courut à son gourdin, le fanatique saisit un pistolet, — Vous savez qu’ilsont toujours de, pareils textes suspendus à leur ceinture à' iôté d’une petite Bible à fermoirs. — Je les régalai tous deux d’une

WOODSXQCK.

espèce de hurlement , accompagné d’unç grimacé infernale. — Il est bon que vous sachiez que je puis grimacer comme un babouin : je l’ai appris d'un baladin français qui pouvoit faire de ses n^âchoires un casse-noisettes. — En même temps, je me laissai couler doucement sur le gazon, je me glissai sans bruit, en rampant dans l’ombre, le lon^ du mur, et je . m’éclipsai si bien à leurs yeux que jç suis convaincu qu’ils ont cru que j’étois leur parent, le diable en personne qui venoit leur rendre visite sans avoir été appelé. — Ils ont eu, vous dis-je ^ une fière peur.

— Vous êtes cruellement téméraire , Wildrake ! — Et maintenant que nous allons à la Loge , s’ils vous reconnoissoiejït ? .

. — Eh bien, ai-je commis un crime de haute trainson en les regardant ? Personne n’a payé une pareille curiosité depuis le temps de John deCoventry ' , et si on lui fit rendre compte de la sienne, sur ma foi, j’ose dire que ses yeux avoient été mieux régalés que les miens. Mais rassurez-vpus , ils ne me

' Eonr expliquer cette xUiuioQ noos croyons devuir citer en note œ que sir Walter Scott dit dans la Fie de Dr^den ( tome I*' , «et- IV.) , au sujet de sir John Coventry.

« Les rencontres ou les assaillants profitoient de Pavaulage dn nombre n*étoient pas rare. On les tronvoit tout aussi loyales qne le duel iegnlier. Quelques-unes de ces rencontres ressembloient beancoup à de vé-

reconnoîtl’ont pàs plus qu’un homme qui n’auroit. vu votre ami Noll que dans un conventicule' de saints ne reconnoîtroit le même Olivier à cheval , chargeant à la fête de son escadron couleur d’é- 'erevisse, ou plaisantant ét vidant une bouteille avec le poète' profane Waller.

— ^Chut! Pas un mot d’Olivier, si vous faites quelque cas de votre vie et de la mienne. Il ne ' faut pas plaisanter du rocher sur lequel on peut échouer. — Mais nous voici à la porte, et nous allons troubler les plaisirs de ces messieurs.

A ces mots, levant le pesant marteau, il le fit retentir contre la porte massive.

— Rattatatou ! dit Wildrake , voilà une belle alarme pour vos cocus de Têtes-Rondes. Et dansant en mesure, il se mit à fredonner à dèmi-voix

la marche qui portoit ce nom : ‘

•* ^ m Venez cocus, approchez Tétes-Rondes,

» Et dansez tons sur Tair de ma chanson »

— De par le ciel ! cette folie passe toute .permission ! s’écria Everard en se tournant vers lui d un air courroucé.-

’ritables àssassinats. Ih célèbre afTaire de John de C^ventry en offre nn exemple ; plnaietin jeunes gens de qualité loi tendirent nn goet-apens et loi fendirent le nez , parce qu’il s’étoit permis de gloser sur les intrigues do roi dans les coulisses des théâtres. Ce fut ce qoi donna lien an fameux statut contre la mutilation et'les blessures , appelé Vacte de Coteutry.' » ( Note de V Éditeur. )

WOOUSTOCK.

— Pas' du tout, pas du tout, répondit Wildrake;cen’estqu’une légère expectoration comme celle qui précède une belle harangue. A pré^nt que je me suis débarrassé de ce flegme, je yais. être grave pendant une heure entièi'e. -, ^4 1 Tandis qu’il parloit ainsi, on entendit mancl^i'. dans le vestibule, et l’on ouvrit le guicbiet'ÿ mais en retenant la porte par le moyen d’une, chaîne ^ de crainte d’accident. On vit paroître ài r^tféç le visage de Tomkins , et derrière lui celùi*de Jocelin , éclairés par une lampe que Je derriipr. tenoit à la main. ■

— Que voulez-vous ? demanda Tomkins4 . [

— Je veux entrer sur-le-champ, répondit Everard. JolifFe, vous me connoissez? ■ •

— Qui, Monsieur, répondit Joc.elin, et je vous ou'vrirois de tout mon cœur;mai»:vèus voyez que je ne suis pas le maître des>c.lefs.— Voilà celui qui doit donner des ordçqp ,jçi. -r- Dieu du ciel ! dans quel temps nous 'vi\<0it%! . . . ; .

— Et quand monsieur,.qui,'ye crois, est le valet de maître Desborough..,i. • ,

— L’indigne secrétaire de Son Honneur, s’il vous plaît, dit Tomkins. ‘

— Vous aviez raison, Markham, dit Wildrake à l’oreille de son ami; je ne veux plus être secrétaire. Le nom de clerc aura quelque chose de plus noble. •

WOOOSTOŒ.

—Si vous êtes secrétaire de maître Desborough , dit Everard à l’indépendant , vous devez me connoître, et savoir quel grade j’occupe;- et je présume que vous n’hésiterez pas à me recevoir pour cette nuit dans la Loge, moi et celui qui est à ma suite. ‘

— Certainement non, répondit Tomkins; cer-tainement non, c’est-à-^ire si Votre -Honneur ne croit pas pouvoir se loger plus convenablement à l’auberge de ta ville qu’on appelle fortinconsidérément l’auberge de Saint-George. Votre Honneur sera logé ici d’une manière fort peu coihmode; nous y avons déjà reçu une visite de Satan qui a pensé nous faire mourir de frayeur, quoique l’odeur du soufre soit dissipée. . ■ .

— Cette histoire pourra trouver sa plaCe, monsieur le secrétaire,.dit Markham, et Vous pourrez l’amener à propos dans votre premier sermcm. Mais je n’admettrai aucune excuse pour me retenir ici au froid et au vent; et -si vous ne me recevez pas tout-à-l’heure d’une manière convenable, je ferai nqon rapport à votre maître de votre insolence à mon égard.

Le secrétaire de Desborough n’osa faire une plus longue opposition. Desborough ne devoit son importance qu’à sa quaKté de parent de Crom-well , et l’on savoit que le lord, général, qui jouissoit déjà alors d’une autorité presque souveraine , avoit

admis très'intimement dans ses bomies grâces les deux Everard, père et fils. Il est Vrai qu’ils étoient presbytériens et qu’il étoit indépendant; et quoiqu’ils partageassent ces sentiments de morale pure et de religieux enthousiasme qui diStinguoient» à peu d’exceptions près , le parti parlementaire , ils n’étoient pas disposés à s’exalter jusqu’au fanatisme que tant d’autres affichoiént à cette époque. Mais on savoit parfaitement que quelles que fussent les opinions religieuses personnelles de Cromwell , elles ri’étoient pas toujours une digue qui s’opposoit au cours de ses bonnes grâces, et qu’il répandoit ses faveurs sur tous ceux qui pouvoient lui être utiles, quoiqu’ils sortissÜtt, pour employer le langage du temps, des ténèbres de l’Egypte. Everard jouissoit d’une grande réputation de prudence et de sagacité; d’ailleurs il étoit d’une bonne famille; il possédoit une fortune considérable , et son adhésion donnoit de la considération au parti qu’il avoit embrassé. Son fils s’étoit distingué en portant les armes , et avoit toujours obtenu des succès. Il s’étoit fait remarquer tant à cause de la discipline qu’il maintenoit parmi ses sold ■ s que par labravoure qu’il déployoit dans l’action, et par son humanité après la victoire. On ne pouvoit négliger de pareils hommes quand tout annonçoit que le parti qui avoit amené la déposition et la mort du roi étoit sur le point de se

WOODSTCK*.

diviser pour le partage des dépouilles. Cromwell témoignoit donc une grande faveur aux deux Everard; on leur supposoit tant d’influence sur lui que M. le secrétaire Tomkins le Fidèle ne se soucioit pas de s’exposer, pour une bagatelle, au ressentiment du colonel Everard en lui refusant l’entrée de la Lo^j)our y passer la nuit. -

— Jocelin, de son côté, déployoit toute son activité. Il augmenta le nombre des lumières , jeta plus de bois sur le feu, et les deux étrangers se trouvèrent introduits dans l’appartement de Victor Lee, nom qu’on lui avoit donné d’après le portrait suspendu au-dessus de la cheminée, comme nous l’avons déjà dit.

Il se passa plusieurs minutes avant que le colonel pût reprendre sa contenance ferme et stoïque, à cause des émotions que lui causoit la vue d’un appartement dans lequel il avoit passé les heures les plus heureuses de sa vie. Il y retrouvoit le cabinet dont il avoit vu si souvent avec transport la porte s’ouvrir quand sir Henry Lee lui donnoit des leçons sur l’art de la pêche, et lui montrait les lignes, les hameçons et les matériaux pour faire des appâts artificiels alors encore peu connus. Il y revoyoit cet ancien portrait de famille qui, d’après quelques expressions singulières et tnystérieuses de son oncle , étoit devenu pour lui ,

WOODSTOCK. lîg

dans 'wn enfançe, iin objet de curiôsité et de crainte; et il se rappeloit que, lorsqu’il étoit seul dans cette chambre , l’œil du vieux guerrier peint sur cette toile sembloit toujours fixer sur lui un regard pénétrant, en quelque endroit qu’il se plaçât, et que son imagination enfantine étoit troublée par une phénomène qu’elle ne pouvoit expliquer.

• A ces souvenirs il s’en joignoit mille autres plus vifs et plus chers, qui haissoient de la tendresse qu’il avoit conçue dès sa plus tendre jeunesse pour sa jolie cousine Alice quand il l’aidoit à apprendre ses leçons, qu’il lui apportait de l’eau pour arroser ses fleurs ou qu’il Faccompagnoit pendant qu’elle chantoit. Il se rappela même que > tandis que sir Henry les regardoit tous deux en souriant avec un air d’affection et de bonne humeur, il Favoit entendu une fois se dire à luimême à demi-voix : — Et quand cela seroit , ce ne seroit un malheur ni pour l’un ni pour l’autre. Que de rêves de bonheur ce peu de mots lui avoient fait faire ! Mais ces visions brillantes s’étoient dissipées au son de la trompette guerrière qui avoit appelé sir Henry sous les drapeaux du roi, et son neveu sous ceux de la république; ce qui venoit de se passer dans cette journée achevoit de prouver que le succès même que Markham avoit obtenu comme soldat et comme homme

1 4o WPODSTOCK.

d’état sembloit opposer un obstacle invincible aux vœux de son cœur.

Il fiit tiré de sa rêverie par l’arriVée de Jocelih , quij étant peut-être un buveur aguerri, avoit fait tous les préparatifs nécessaires avec plus de célérité, et d’exactitude qu’on n’auroit dû l’attendre d’un homme qui avoit passé toute la soirée comme lui.

Il venoit, dit-il, demander quels ordres le colonel avoit à lui donner pour la nuit. Désiroit-il prendre quelque chose?

— Non.

— Son Honneur vouloit-il coucher dans le lit de sir Hénry Lee ? il étoit .déjà préparé.

— Oui.

— On donneroit au digne secrétaire celui de miss. Alice.

— Non ! si tu veux conserver tes oréilles !

, — Et où donc placer le digne secrétaire ?

— Dans le chenil, si bon te semble! s’écria Markham, — Mais (ajouta-t-il en s’avançant vers la porte de la chambre à coucher d’Alice qui donnoit dans cet appartement, qu’il ferma au double tour, et dont il prit la clef) — personne ne profanera cette chambre.

— Son Honneur a-t-ü quelques autres ordres à me donner?

— Non, si ce n’est de me débarrasser de cet

honune.. — Mon clerc restera avec moi ; — j’ai des lettres à lui. dicter. — Un moment! — Tu as remis ma lettre ce matin à miss Alice?

— Certainement.

— Dis-moi, mon bon Jocelin, qu’a-t:«lle dit en la recevant ?

— Elle a paru fort affligée, Monsieur; et je

crois même qu’elle a pleuré un peu; — oui vraiment, elle m’a paru fort affligée.

— Et quel message t’a-t-elle donné pour moi?

— Elle ne m’a donné aucun message pour Votre Honneur. — Elle avoit commencé à dire : — Répondez à mon cousin Everard que je ferai part à mon père des propositions amicales de mon oncle dès que j’en trouverai l’occasion, mais qüe je crains bien que...... Là elle s’interrompit et

ajouta : — J’écrirai à mon cousin, et comme il sera peut-être tard avant que je puisse parler à mon père, vous viendrez chercher ma lettre demain matin après le service. J’allai donc à l’église pour tuer lé temps ; mais en revenant ici j’y trouvai cet homme qui venoit de sommer mon maître d’en déguerpir^ et hon gré mal gré il fallut que je le misse en possession de la Loge. — J’aurois bien voulu pouvoir prévenir Votre Honneur que le vieux chevalier et ma jeune maîtresse alloient probablement vous surprendre au gîte; mais il n’y a pas eu moyen.

WOODSTOCH.

— Tu as fait pour le mieux, mon bon Jocelin, et je ne t’oublierai pas , répondit le colonel.

S’avançant ensuite vers les deux clercs ou les secrétaires qui s’étoient attablés amicalement , et qui faisoient connoissance aux dépens de la grande cruche placée sur la table ; — Et m^ntenant, mes maîtres , leur dit-il , permettez-moi de vous rappeler que la nuit est déjà bien avancée.

— 11 y a encore au fond de la crùche quelque chose qui fait tijc-tac, répondit Wildrake.

Le colonel au service du parlement d’Angleterre toussa plusieurs fois, et si sa bouche ne proféra pas de jurements contre l’impudence de son compagnon , je n’oserois répondre de ce qui se passa dans son cœur. — Eh bien, dit-il en voyant que Wildrake venoit de remplir son verre et celui de Tomkins, buvez ce dernier coup , et retirezvous.

— Ne seriez-vous pas charmé d’abord, Monsieur, dit Wildrake, de savoir comme quoi cet honnête homme a vu le diable ce soir par un carreau de cette fenêtre; et comme quoi il pense qu’il a une ressemblance admirable avec l’humble serviteur et l’indigne clerc de Votre Honneur? — — Ne voudriez-vous pas entendre cette histoire. Monsieur, en buvant un verre de cette eau-de-vie, que je puis vous recommander ?

— Je n’en boirai pas. Monsieur, répondit le

colonel avec sévérité; et j’ai à vous dire que vous en avez déjà bu un verre de trop, M. Tomkins; je vous souhaite une bonne nuit.

— Un mot d'édification ne sera pas déplacé avant de nous séparer, dit Tomkins en se levant de table. Et, s’appuyant sur le dossier d’une chaise, il se mit à tousser comme pour se disposer à prononcer une exhortation pieuse.

— Excusez-moi, Monsieur, dit Markbam d’un ton grave ; vous n’êtes pas assez maître de vousmême pour prétendre guider la dévotion des autres.

— • Malheur à ceux qui refusent d’écouter..'..., dit le secrétaire des commissaires en sortant de l’appartement; mais le bruit que fit la porte en se fermant empêcha d’entendre le reste de la phrase, ou peut-être n’osa-t-il la ' finir , de petir d’offenser le colonel.

— Et maintenant, fou de Wildrake, va te coucher; tu trouveras ton lit dans cet appartement, dit Markham en lui montrant une porte qui conduisoit dans la chambre à coucher de sir Henry.

— Quoi! vous gardez donc pour vous celui de la jeune dame? Je vous ai vu en mettre la clef dans votre poche.

— Je ne voudrois ni ne pourrois y dormir; je ne puis dormir nulle part cette nuit ; je la passerai sur ce fauteuil; j’ai fait préparer du bois pour

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entretenir le feu. Bonsoir , et puisse un bon sommeil dissiper les fumées de l’eau-de-vie.

— Les fumées! tu me fais rire de mépris, Markham ; tu n’es qu’une soupe au lait’; tu l’es de père en fils; tu ne sais pas ce qu’un honnête garçon est en état de faire le verre à la main.

— Tous les vices de sa faction se sont, réunis sur ce pauvre diable, se dit le Colonel à lui-même en jetant ün regard de côté sur son protégé, tandis qu’il gagnoit l’appartement indiqué d’un pas qui n’étoit pas très-ferme; il est téméraire, ivrogne,, débauché, et si je ne puis le mettre en lieu de sûreté pn le faisant embarquer pour la France, il causera certainement sa perte et la mienne; cependant il est bon, brave, généreux, et il auroit bien sûrement fait pour moi ce qifÜl attend de moi en ce moment. Et quel mérite pouvonsnous nous attribuer , si nous ne tenons la promesse que nous avons faite qu’autant que nous sommes certains qu’elle ne pourra nous être préjudiciable? Cependant je prendrai la liberté de m’assurer qu’il ne m’interrompra point pendant le reste de la nuit.

A ces mots il alla fermer la porte de communication qui séparoit les deux chambres; et, s’étant promené quelques instants dans la sienne •d’un air pensif, il s’assit dans un fauteuil, arran-

gea sa lampe pour qu’elle donnât plus de clarté, et tira de sa poche un paquet de lettres.

— Je les lirai encore une fois, dit-il; peut-être en m’occupant des affaires publiques, parviendrai-jé à rendre moins accablant le poids de mes affections personnelles. Gracieuse Providence! quelle sera la fin de tout ce qui se passe! Nous avons sacrifié la paix de nos familles, et oublié lès désirs les plus ardents de nos jeunes cœurs, pour délivrer de l’oppression le pays dans lequel nous sommes nés, et cependant chaque pas que nous avons fait vers la liberté n’a servi qu’à nous faire apercevoir de nouveaux périls, des dangers plus effrayants ; comme celui qui gravit une montagne escarpée se trouve, à mesure qu’il s’élève, dans une situation plus hasardeuse.

Il s’occupa alors assez long-temps à lire différentes lettres d’un style aussi ennuyeux qu’ambigu , dans lesquelles cetix qui lui écrivoient , tout en plaçant devant lui la gloire de Dieu et la liberté de l’Angleterre comme • l’uniojue but de toutes leurs actiolis, ne purent j .malgré toutes les circonlocutions auxquelles ils avoient eyi recours, empêcher le clairvoyant Markham Everard de reconnoître que l’intérêt personnel et des vues ambitieuses étoient le principal ressort qui les faisoit mouvoir.

WoopêToat. Tom. i.

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