BL RACE
re
66 Nr. 4. ARTHUR CHRISTENSEN :
de l’eau de pluie et y mêle un peu de sucre et donne ce mélange à boire à une personne qui souffre d’une maladie
de foie, elle sera rétablie.
{XCURSUS
La chemise de l’homme heureux.
(voir p.20 et 44.)
Je n'ai trouvé aucune version persane de l’histoire de l’homme heureux qui n'avait pas de chemise. La seule variante orientale que je connaisse est un conte tunisien que AUG. CHERBONNEAU a raconté (L’Illustration XVI, 1849) d’après une communication orale, et que REINHOLD KÔHLER a reproduit dans un mémoire sur le motif en question OAufsätze über Märchen u. Volkslieder«, Berlin 1894): Un jeunne homme, fils d’un pacha, tombe malade; le père désespéré s’adresse inutilement aux médecins et aux astrologues; enfin un marabout lui donne le conseil de trouver la chemise d’un homme heureux et d’en revêtir son fils; les gens du pacha se mettent en quête de l’objet désiré, trouvent des gens comblés des biens de la vie, mais aucun d'eux n'est heureux; enfin ils trouvent un homme pauvre, qui est heureux, mais qui n’a pas de chemise. Cette histoire n’est pas un conte à rire, c’est une parabole qui doit montrer la vanité des biens que les hommes estiment le plus, un conte exemplifiant cette sagesse de la résignation qui a été de temps immémoriaux la sagesse orientale. — En Europe, deux petits poètes du 18° siècle
ont utilisé le motif, peut-être indépendamment l’un de l’autre.
Xavass-i-avat. Notices et extraits d’un manuscrit persan. 67
Dans l'édition posthume des Novelle du poète italien GIAMBATTISTA CASTI (né en 1721, m. à Paris en 1803; les »Novelle« parurent en 1804) se trouve un conte jusque-là inédit »La Camicia dell’uomo felice.« La scène est en Perse; un sage a donné au sultan, qui souffre de mélancolie, le conseil d’endosser la chemise d’un homme heureux; puis le conte se développe comme dans la version tunisienne. Ici comme dans le conte en vers »Le roi malade ou la chemise de l’homme heureux« du comte Daru (Paris 1802), le motif est tourné en badinage. WALTER Scorr a emprunté l’histoire à Casti pour en faire une satire politique; »The Search after Happiness, or The Quest of Sultaun Solimaun« (publiée dans »The Sale Room. Le motif a été utilisé au 19° siècle par LANGBEIN (Das Hemd desGlücklichen«, Sämmtl. Schriften, 1855, II, 13, d’après Casti), par HIPPOLYTE DE LORGERIL (dans »L'Univers«, 20 mai 1875, reproduit dans le tome II de son poème »Le Charme« Paris 1885), par un auteur anonyme dans les »Fliegende BlätterQ (t. 75 no. 1893, p. 149, année 1881; il s’agit ici des souliers, non pas de la chemise d'un homme heureux), par l’auteur grec ANNINOS (Eové«, Athen 1885, n° 470), enfin par ANATOLE FRANCE dans » La Chemise« Une version remaniée est donnée par LupwiG AURBACHER dans »Der Talisman« (> Volksbüchlein« 1827).
Dans la littérature danoise, C. BREDAL a été inspiré, par notre motif, à écrire un drame en cinq actes, » Sultan Mahmuds Pilgrimsgang« Le Pèlerinage du sultan Mahmüd« Copenhague 1847). La pièce est écrite en 1834. Dans une notice finale, l’auteur résume en peu de mots l'histoire sur laquelle il a bâti son drame, en ajoutant qu'il ne se souvient plus s’il l’a lue ou entendu raconter. Le pasteur J. C. E. T. Mau, auteur de divers livres d’édifica-
68 Nr. 4. ARTHUR CHRISTENSEN: Xaväss-i-ayat.
tion et de morale, l’a racontée, sans indication de source, dans ses »400 Fortællinger for Skolen og Livet« (400 historiettes pour l'école et la vie«), 1847; n° 319: »Den Lykkelige uden Skjorte«). d’où elle a passé dans une série de livres de lecture danois.
Une version russe, dont la source n’est pas indiquée non plus, se trouve dans le »Russisches Elementarbuch« de L. v. MaRrnirz (Leipz. 1900) p. 32.
Le conte doit avoir été connu en Europe déjà dans le 14° siècle. Il est Ia source, sans doute, d’une nouvelle italienne de SER GIOVANNI (dPecorone«, Giornata 2, nov. 1), qui vivait vers la fin du 14° siècle. R. KôHLER donne (1. c. p. 127 sqq.) un résumé de cette nouvelle, qui a été donnée plus tard en français par G. CHapuis Les facétieuses journées«, Paris 1584, p. 183) et en anglais par ELizA Haywoob The Fruitless Enquiry or Seach after Happiness«, Londres 1747), et dans laquelle le motif est remanié d’une façon originale, peut-être, comme Kôhler a essayé de démontrer, avec des réminiscences de motifs
classiques remontant à des légendes bouddhiques.
Forelagt paa Modet d, 12. Decbr. 1919.
Færdig fra Trykkeriet d. 31. Decbr. 1920.