ACTE PREMIER
BENOITE, dolente.
Mais j'ai tant, taut d'amitié pour vous, monsieur le maître!
L'amitié, c'est bon; du bien au soleil, voilà qui vaut mieux!
BENOITE, >e redressant.
Eh ! n'ai-je pas encore la terre de Fonjouve et ses beaux châtaigniers, les plus beaux du pays, les plus lourds de récolte ?
LANDRINIER, froid.
Ne nous égarons pas ! Fonjouve est l'héritage de Xavière et non pas de vous, et tant qu'elle est vivante, Vous n'y pouvez prétendre! Ainsi, vous n'avez... rien!
BENOITE
Affreuse fille, enfant de malheur!
Pendant ce qui suit, Prudence se montre un instant, aux écoutes. LANDRINIER.
Écoulez.
Quand vous avez à la maison
cette enfant malingre et chétive qui peut mourir demain et vous faire maîtresse de ce superbe bien de Fonjouve, comment allez-vous confier cette enfant, sottement, votre fortune enfin, votre unique espérance en un beau mariage, au doyen, à Prudence, qui la dorloteront et qui vous la rendront fraîche et vaillante pour cueillir cet héritage!
Vous êtes folle, en vérité !
BENOITE
Je ne puis pourtant pas tuer Xavière!...
LANDRINIER, hypocrite, doucereux.
Comme Vous me comprenez mal !
Xavière peut mourir, voilà tout. Brisons là, Je vous reparlerai demain de tout cela.
Il s'éloigne et disparait au fond.
BENOITE, seule, songeuse.
Cet homme me ferait me damner pour lui plaire.
Elle sort.
PRUDENCE, sortant de sa cuisine, l'œil anime, le poing tendu.
Les gueux!... Ils veulent donc vraiment tuer Xavière... Oui, gueux! Je dirai tout à Monsieur le doyen; et vous n'êtes pas encore mariés !
Elle rentre au presbytère.