BOSTON ET L'UNIVERSITE DIIARVARD
Un Frère élégant. — Physionomie de Boston. — Engouement pour la science. — La métropole des L'niversités américaines. — L'éducation à Harvard. — Triomphe du foot-hall. — Entrée libre! — Un cimetière bostonien.
C'est de Montréal ([iie je me rendis à Boston , l'Athènes des États-Unis. Comme je fis pendant la nuit le trajet qui sépare les deux villes, je ne pus me rendre compte de la physionomie du pays que je traversais.
Le seul souvenir que j'aie gardé de ce voyage, c'est qu'en quittant le Canada, — il était dix heures du soir et on allait se coucher, — le train fut envahi par une armée de douaniers. Fort heureusement ils se montrèrent polis; après avoir enregistré les déclarations des voyageurs ils se retirèrent sans avoir fouillé personne.
Autant j'avais été choqtié de leurs ^îrocédés en arrivant à New- York, autant, ce soir-là, je les trouvai convenables et pleins d'égards. Je ne sais même pas trop si les douaniers français se seraient tous comportés avec cette délicatesse.
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Gràce à une bonne couehelle d'en has (|iii nie l'ut octroyée dans le sleeping-ear, je pus nie reposer comme dans mon propre lil.
J'avais pour voisin d'eu face un gentleman fort distingué , portant un costume d'une fraîcheur et d'une élégance parfaites, parlant indilVéremmenl l'anglais et le français et ([ui, très obligeamment, se mit à ma disposition pour tous les bons oflices qu'on se rend entre voyageurs, lorsqu'on est à l'étranger. .le causai assez longuement avec lui ; je fus frappé de la variété de ses connaissances et en même lenqîs de la rare indépendance d'esj)rit avec hupielle il jugeait les hommes et les choses d'Amérique, (hiel ne fut pas mon étonnement et ma joie lorscjue j'appris (juc c'était un simple Frère de la Doctrine chrétienne!
Le lendemain malin, quand on se réveilla, on avait elTeclué la majeure partie du trajet. Après la toilette faite, on se mit à observer le pays; les terres étaient bien cultivées et les maisons devenaient plus fré- (pienles : ou se sentait dans le voisinage d'une grande ville. En eiïel , vers neuf heures, nous arrivions en gare de Boston. Le Fi-ère et moi nous nous précipitâmes vers le restaurant le i»lus jjroche de la gare : déception cruelle, c'était un établissement de kinpérance ! Nous étions condamnés à l'eau glacée. Maïs il y a des accommotlements avee la vertu américaine connue avec le ciel: siu- nos instances réitérées, le patron nous (il ser\ ir une bouteille de cidre cl nous pûmes nous i-estaurer sans liop de dommage pour notre eslomac.
Le repas terminé, on se sépara et chacun se mil ii visiter la ville.
Il n'y a pas de cité qui soit plus fîère d'elle-même que Boston. Elle s'intitule modestement <( la huitième merveille de la création ». De fait, c'est bien l'une des villes les plus curieuses et les plus pittoresques des États-Unis. C'est d'abord la plus ancienne, puisqu'elle fut fondée en 1 630 , par des puritains venus de la ville anglaise de Boston. C'est aussi la moins régulière , en ce sens que les rues ne se coupent pas à angle droit comme partout ailleurs ; elles sont même si tortueuses et si enchevêtrées qu'on prétend que ce sont des vaches qui, en se promenant, ont dessiné le plan de la ville. Personne d'ailleurs ne s'en plaint, et ce que la cité perd en symétrie et en régularité, elle le gagne largement en pittoresque et en imprévu. Une promenade à travers les rues de Boston repose très agréablement de la banalité que rencontre le touriste dans la plupart des autres villles de la Nouvelle -Angleterre. Au centre se trouve un vaste parc dont on ne parle qu'avec orgueil. Les Bostoniens prétendent même qu'il Aaut le parc Central de New-York.
Les églises sont tort nombreuses; elles appartiennent toutes au style gothique, mais elles sont construites en briques d'un rouge vif qui est du plus disgracieux eiîet. Plusieurs même ont leur façade couverte de lierre ou de vigne sauvage. Les Américains trouvent cela plus coquet ; mais je suis sûr qu'ils riraient bien de nous si nous nous avisions de tapisser ainsi le portail de Notre-Dame. Qu'ils adoptent ce genre d'ornementation pour leurs maisons ou leur villas, rien de mieux ; mais quand on rencontre toute cette verdure sur les murs d'une église , il est impossible de ne pas trouver cette décoration puérile et même un peu ridicule.
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Boston, on le sait, est la ville savante des États- Unis. Quand on veut apprécier un homme, à New- York, on demande: ■< (hie vaut-il? » c'est-à-dire quelle est la somme de dollars qu'il représente? A Philadelphie , on dit : « D'où vient-il ? » c'est-à-dire quelle est sa famille et (piels sont .ses ancêtres? A Boston, où l'on se pique de science, la question est tout autre ; on demande : « Que sait-il?» Et, en effet, nulle part les étahlissements d'instruction ne sont ni plus nombreux ni plus llorissants. Les bibliothèques et les cabinets de lecture y abondent ; les écoles professionnelles y sont innombrables et la ville fait pour ces dilTércnls établissements des sacrifices pécuniaires qui ne sont égalés nulle part.
Hommes et femmes rivalisent d'ardeur dans l'acquisition de la science. Les femmes y sont même, m'at-on dit, plus ardentes que les hommes; ce sont elles surtout (jui assistent aux lectures ou conférences, et les sujets les plus difficiles sont incapables de les rebuter. Que disent les maris de cet engouement? Je l'ignore ; mais je sais bien que si j'étais à leur place, je ne permettrais pas qu'une femme se mêlât de métaj)hysique. Soigner son mari, élever ses enfants et veillei" à tous les détails du ménage : voilà qui vaut infiniment mieux que d'étudier l'idéalisme de Kant ou de dis.scrter sur l'impératif catégorique. Sur cette question, je suis convaincu (jue c'est le bonhomme Chrysale (pu a raison. Les habitants de Philadelphie assurent fpie pour avoir froid il suffit de causer avec une jeune fille de Boston. Je n'ai pas fait l'expérience de ce procédé frigorifique, mais je serais assez porté h croire h son efficacité , et les Bostoniennes sont
aussi pédantes et aussi entichées de science qu'on l'aflirme.
Les monuments historiques ne sont pas rares dans cette ville. Il y a d'abord Fanueil Hall, vaste salle où se tint rassemblée populaire qui précéda la guerre de l'indépendance américaine. Dans un autre quartier se trouve Bunkers Ilill, colline peu élevée où se livra la première bataille entre les colons anglais et la métropole. Enfin il est à remarquer que le quartier des résidences, entièrement distinct de celui du commerce, offre des hôtels de toutes formes qui sont construits avec beaucoup d'élégance et dégoût. Ce soin de l'habitation s'explique par l'amour tout particulier des Bostoniens pour leur home. A la dillcrence des autres Américains, qui sont nomades, qui se déplacent si facilement , les Bostoniens se plaisent chez eux et cherchent à rendre leur habitation aussi agréable que possible.
Je n'eus pas le temps d'étudier la ville en détail, car je reçus l'hospitalité au grand séminaire situé aux portes de Boston, à Brighton. Ce séminaire, splendidement construit au milieu d'une vaste propriété qui appartient à l'archevêque, est dirigé par les Sulpiciens. J'ai dit ailleurs ce que sont leurs confrères de Montréal. (]eux de Boston ont la même piété, la même politesse exquise et le même empressement auprès de leurs hôtes ; mais en plus il faut leur reconnaître je ne sais quelle liberté d'esprit et d'allures qui évidemment est encore plus caractéristique aux Etats-Unis qu'au Canada. D'ailleurs le supérieur du séminaire de Boston est Américain d'origine ; c'est dire qu'aucune hardiesse ne lui fait peur, et que pour lui l'idéal du prêtre n'exclut
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en aucune façon la passion de la libellé et Taniour de tous les progrès '.
Grâce à un très obligeant Sulpicien qui voulul bien se faire mon guide, je pus visiter l'université dllarvard qui est dans le voisinage, à (Cambridge. C'est enquehpie sorte la métropole des luiivcrsités américaines : elle a été fondée en 1030.
En France, quand il sagil de créer quelque grand établissement scienlificpie, on a recours à un architecte qui est chargé de tout l'ensemble du travail ; mais, comme on lui mesure parcimonieusement le terrain, et (pi'en toute chose nous sommes férus de centrahsalion , l'artiste se tire d'embarras en construisant queUiuc énorme bâtisse semblable ii une caserne, et où sont entassés; pêle-mêle, les services administratifs, les salles de cours et de conférences, les laboratoires et les bibliothc(pies.
A Harvard, rien de pareil : c[u'on se représente une immense propriété de plusieurs milliers d'hectares, dessinée en parc anglais, où les pelouses allei-nent avec les bois, et sUr toute cette vaste surface, c(u"on jette au hasard sans régularité aucune, mais avec une variété qui n'est pas sans charme, trente ou quarante constructions de forme et de style très divers et alîectées chacune à une destination spéciale, et l'on aura une itlée assez exacte de celle belle Université. 11 faut ajouter (|u'en dehors de ces bâtiments qui sont des palais, il y a, eu ixirdure sur le territoire de il iii-
' Ce prêtre émincnl. M. Rex, est mort il y a deux ans. Sa disparition a été une fjrande perle |)our la oompa{,'nio de Sainl-Siilpice. — Le supérieur actuel est M. Iloj;an, ce prêtre si distingué qu'ont connu et apprécié tant de prêtres parisiens, lorsqu'il était professeur au séminaire de Saint- Sulpice, à Paris.
versitc , de nombreuses et très coquettes maisons, habitées par les professeurs. Et si enfin on veut bien se représenter une population de deux ou trois mille adolescents ou jeunes gens, courant librement à travers ces bois et ces pelouses, assistant aux cours, faisant du canotage et du cheval, ou se livrant aux douceurs du foot-ball, on conviendra qu'une université de ce aenre est tout un monde, ne ressemblant en rien à nos facultés si étroites, si mesquines el d'allure si administrative.
De tous les bâtiments d'Harvard, celui qui attire le plus l'attention, c'est le Memorial-Hall; il a été élevé par les anciens élèves à la mémoire de ceux de leurs camarades qui ont péri dans la guerre de Sécession ; c'est une fort belle construction en briques rouges, dominée par une superbe coupole qui lui donne de loin l'aspect d'une cghse. A l'intérieur sont d'admirables boiseries dessinées en ogives , et dans les arcatures desquelles on a placé des tables de marbre noir, contenant les noms de ceux qui sont morts. Audessous de ces nombreuses listes je relève celte touchante inscription :
Oplima h:cc est consolatio purentibus Quod tanta Reipublicx prœsidia genuerunt.
« Ce doit être la meilleure consolation des parents, de penser qu'ils ont donné de si vaillants défenseurs à la République. »
Tout à côté de cette vaste salle, dont le caractère religieux et funèbre est si saisissant , et qui est richement décorée de vitraux , de rosaces et de drapeaux ,
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se trouve une autre salle non moins vaste, mais qui a une destination moins héroïque : e'esl le rérccloire, qui est aménai;é })our huit cents élèves. L'uniformité est loin de présider aux agapes de ces jeunes gens. Dans ce pays où la liberté n'impli(iue pas toujours l'égalité, chacun s'arrange comme il veut, sûr de ne choquer personne et de n'éveiller aucune jalousie. Les élèves se groupent donc par corporation , suivant les ressources dont ils disposent ; ils lournissent une cotisation (pii n'est jamais inférieure à (juatre dollars par semaine, ils choisissent un cuisinier et ils règlent euxmêmes leur menu comme ils l'entendent. Il y a parfois une énorme dilTérence entre le régime de deu.x tables voisines ; ici on fait maigre chère, là on sable le Champagne et l'on savoure les mets les plus délicats: personne ne s'en plaint ; c'est à chacun de savoir se contenter de ce qu'il a.
Le long des murs, on remanjue les portraits des anciens professeurs ou des .Américains célèbres qui ont été élèves d'Harvard. (]cs bustes et ces tableaux sont, pour cette jeunesse, un exemple et un encouragement dont je ne nie i)as reflicacité ; je me demande seulement s'ils ne seraient pas mieux à Iciu- place ailleurs (pie dans un réfectoire? J'ai visité également la salle de théâtre, <pii sert non seulement pour les représentatif)ns dramali(pies, mais encore pour toutes les grandes solennités acadéini(|ues. Elle est, comme toutes les autres, ornée de belles boiseries et éclairée à la lumière électrique. Au-dessus de la scène, je lis en gros caractères la devise de l'Université : Clirislo et Ecclesiœ. Pour l'Eglise et pour le (Ihrist.
Celte devise prouve que l'éducation religieuse n'est
pas négligée à Harvard. Il y a, en effet, une vaste église, située à peu près au centre des bâtiments, et qui est fréquentée le dimanche par les élèves cfui appartiennent aux diiïérentes sectes protestantes. Ils jouissent du reste d'une pleine lil^erté pour tout ce qui touche au culte, et ils peuvent aller individuellement dans telle église de la ville qui leur fait plaisir. Mais si la plus large tolérance est de règle, de manière à respecter complètement la liberté de conscience , l'administration universitaire entend bien ne pas se désintéresser des choses religieuses. Ainsi, chaque année, elle fait venir des orateurs de renom qui son chargés de faire devant les élèves une ou plusieurs conférences sur la Révélation ; ces conférences sont extrêmement suivies. Tout dernièrement l'orateur qui a été choisi pour faire ce genre de prédication était M^'' Keane , recteur de l'université catholique de Washington. Il paraît que son succès a été immense. Ce prélat passe pour être encore plus éloquent que M-'' Ireland, le célèbre archevêque de Saint-Paul.
Je n'ai pas le temps de donner ici une description complète de tous les bâtiments dont se compose l'université d'Harvard: il faudrait parler de la bibliothèque, vaste construction en forme d'église , qui contient de trois à quatre cent mille volumes ; de la faculté de médecine, de celle de droit, de l'école dentaire; il faudrait aussi parler des musées et des vingt autres palais qui ont été construits pour répondre aux besoins multiples des élèves. Qu'il me suffise de dire que j'ai été frappé de la bonne tenue et du confortable qui régnent dans les amphithéâtres et les salles de conférences. Chaque élève a une petite table et un siège
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fixes ;hi sol , et tous ces })iipilrcs rangés en demi-cercle mOnt paru être le dernier mot tie la propreté, de l'éléirance et de la commodité.
Longfcllow.
Les exercices physiques sont, naturellement, fort en honneur h Harvard; aussi le gymnase mérite -t-il une mention toute spéciale. Je n'ai jamais rien vu cjui fût organisé avec une pareille entente des détails. Tout autour de la salle sont de petites cabines dans les- ([iielles entrent les élèves au début de la séance. j)Our
quitter leurs vêtements et revêtir leur maillot et leurs flanelles. Chaque cabine est munie d'un lavabo, de brosses et d'épongés, de manière que les enfants puissent faire une toilette complète à la fin de leurs exercices.
La salle où ils manœuvrent est tellement vaste que plusieurs centaines d'élèves peuvent y évoluer ensemble; la piste qui longe les murs équivaut au sixième du mille, soit un peu plus de trois cents mètres.
Les agrès de gymnastique sont innombrables : partout des cordes lisses ou à nceuds, des trapèzes, des perches, des barres parallèles et de véritables collections d'haltères. Un médecin préside aux dilîérentes manœuvres ; c'est lui qui indique à chacun les exercices qu'il doit faire pour développer tel ou tel membre, ou pour remédier à telle ou telle faiblesse , et quand tout est terminé, c'est encore lui qui veille à ce que les élèves soient épongés, frottés et vêtus dans les meilleures conditions d'hygiène.
Dans une petite salle d'honneur , qui se trouve tout près des appareils de gymnastique , on a collectionné les photographies des élèves qui ont été vainqueurs dans les différents matchs , et en même temps on a mis sous vitrine les balles, les gants et les raquettes qui ont été les instruments de la victoire. A vrai dire, il m'a semblé que tout cela sentait un peu trop le cabotinage, et je me suis demandé si ce n'était pas ce fâcheux exemple qu'on avait imité en France en appelant l'attention publique, comme on l'a fait, sur les différents sports que pratiquent nos écoliers. Il est excellent et même indispcnsal)le ([u'on se préoccupe
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de réducation du corps comme de celle de râmc. Mais on dépasse ceilainemeut le but ({uand on donne à ces exercices physiques une pid)licilé et une prépondérance (|ue n'obtiennent pas les exercices intellectuels.
L'université d'Harvard est prodigieusement riche ; les fondations diverses dont elle hénélicie mettent à sa disposition un revenu de plus de cincj millions de francs. Ses ressources sont telles, cpi'elles permettent de diminuer de moitié le chillVc de la pension des élèves. Il en résulte que, pour une somme relativement restreinte, les enfants peuvent y recevoir une éducation libérale fort soignée.
Enfin, ce qui a excité chez moi un profond étonnement, c'est (jue, dans ces ditTérents bâtiments, il n'e.xiste i)as un seul gardien : le public y entre librement ; il visite comme bon lui semble les salles et les collections, sans courir le risque de rencontrer à chaque porte un monsieur galonné qui vous dit :
« Ou ne passe pas ! »
En France , jjour un édilice moins considérable , nous aurions une nuée de concierges, d'huissiers et de gardiens ; en Aniéricjue, les objets artisticpies les plus précieux sont, connue les ci-ocodiles de notre jardin des Plantes, i>lacés « sous la bonne foi et la protection (lu public ». Décidément je crois (pie lors(pril s'agit de liberté, les Américains sont nos maîtres, et. à cet égard, nous aurions beaucoup de choses à leur em|)ruutei'.
Outre son université, la petite ville de Cambridge possède deux curiosités (|u'un toiuiste ne doit pas négliger.
C'est d'abord l'ormeau sous lc(piel s'est placé
Washington, le 3 juillet 1775, pour prendre le commandement des troupes américaines. On a protégé l'arbre par un cercle de tôle et par un banc de pierre qui contourne le tronc. Un peu plus loin, on montre l'église que fréquentait le grand homme. Je comprends le respect et la vénération dont les Bostoniens entourent ces deux monuments. Un peuple s'honore toujours quand il garde intact le culte du passé.
En sortant de Cambridge pour revenir à Brighton on me fit visiter l'autre curiosité de la ville, je veux dire le cimetière. Il est difficile de rien imaginer de plus gracieux. Évidemment , pour les Américains , la mort n'a rien de lugubre. J'avais déjà rencontré, au cours de mon voyage , des enterrements dans lesquels je n'avais pas été peu surpris de voir de fort jolies toilettes et des robes rouges, bleues ou couleur lilas. Mais la vue du cimetière de Boston ajouta encore à mon étonnement. A vrai dire, ce n'est pas le séjour de la mort , mais l'une des promenades les plus riantes et les mieux fréquentées de la ville. Les pelouses gazonnées , les lacs et les quinconces y sont savamment disposés pour l'agrément des yeux. Partout aussi des tombes fort soignées, bordées de buis et couvertes de fleurs. On me montre en passant le monument du poète Longfellow, sur lequel je relève cette inscription :