C. Jehan de Douay. clerc et conseiller
Maître Thomas Van Loo, licencié es loiz, et Jean de Douaj, clerc, «(aient, croyons-nous, conseillers p^ionnaires. — La commune dTpres avait donc des conseillers pensionnaires dès 1358-1359 et même dès 1356. Cest là UD fait à noter. — Diaprés les comptes de 1356-1357, maître Thomas touchait alors un traitement très élevé, deux cents livres, et Jesn de Douay recevait un salaire de soixante-quinxe livres qui fut augmenté plus tard.
Sources. A. 1, 2, B. etC Car t. de St^Martin (acte 6 décembre 1858). » A. 1, 2, B. Àrch, Yp. Inv. 588. (anno 1359). » ^5 et 6. CarL du Béguinage d'Ypres. Collection de l'auteur.
— (Actes NN. 51 et 52. 7 juillet 1359). » 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9. Même Cartulaire, N'* 53 (acte du 1' dimanche du mois d*Août 1359).
On voit que plusieurs echevins de Tannée antérieure étaient restés en fonctions. d*aprè8 des chroniqueurs, en violation des privilèges de la commane, et cette violation aurait été une des causes de l'émeute. Cette assertion «st erronée car, d'après la charte de 1228 (Ârch, Tp. Inv, 43), une paitie des echevins pouvait rester en fonctions deux années de suite. ;?) Voyet Yfriana, t. IV. p. 53.
Cockerulle, Louis de Maie se hâta d*accourir à Ypres au mois de juillet 1359, dès qu'il apprit que des « malveillants s*y étaient rebellés et voulaient faire des constitutions contre lui. » Le prince avait amené à Ypres, sa jeune fille Marguerite* « duchesse de Bourgogne (i) », espérant peut-être que la vue de la jeune héritière du comté calme/'ait les émeutiers; cet espoir fut déçu !
Dès le 26 juillet (lendemain de la fête de saint Christophe) (s), le comte était à Ypres. Des a conspirations » et rassemblements tumultueux, composés spécialement de tisserands et de foulons se formèrent aussitôt en divers erldroits de la ville; dans ces réunions agitées on remarquait Pierre de Vi*oede, Claeys de Ketelaere, Alard Lodebuc et Jean Pinck ; alors déjà, « ces instigateurs de rémeute » qui bientôt poussèrent le commun à commettre les crimes les plus barbares, excitaient les gens des métiers à se mettre en révolte ouverte.
Cédant aux instigations de ces « esmonveurs du commun, » les tisserands M foulons se rendent en masse devant la demeure du prince, sans doute devant a la motte le conte, » plus tard nommé le château du Zaelhof; là, ils font en tumulte « plusieurs requêtes merveilleuses ; » ils demandent à pouvoir abattre les portes de la ville et réclament le droit de nommer eux-mêmes, comme autrefois, les chefs-hommes
(1) On a vu que Marguerite de Maie avait épousé le jeune doc de Bourgogne, Philippe dit de Rouvre ou le petit Duc*
(2) La fête de St. Christophe, le 25 juillet. La jeune princesse se trouvait alors (en 1359] à Ypres; Martin Hoedins la nomme « Ducesse de Bourgogne •; c'est donc avant 1359, et non en 1361, comme le dit M, Kervyn, que Marguerite de Maie épousa Philippe de Rouvre.
de leurs métiers. Louis de Maie effrayé n'osa pas repousser ces « requêtes; » il autorisa les émeutiers à « abattre les huis des portes de devers la ville, » puis à o faire vingres, decres et capitaines de leurs mestiers. »
Les prétentions croissent rapidement quand souflle le vent révolutionnaire. Ces premières concessions ne satisfirent point nos mutins; dès qu'elles sont accordées, les révoltés en exigent d'autres et crient <c à une voix qu'ils vouloient avoir et'aroient toutes teles constitutions et ordenanches, com ils avoient eu dou temps Jacques de Hartevelle et convenoit que ensi fuist fait. »
Ces réclamations unanimes, « à une voix, » ne révèlent-elles pas la véritable cause de l'émeute ? C'est, on n'en peut douter, parce que le prince avait confisqué certains droits et franchises, accordés aux gildes ouvrières par « le sage homme de Gand », que les grands métiers d'Ypres, — tisserands et foulons — s'étaient rebellés, avec l'espoir de reconquérir toutes ces « constitutions et ordenanches données par Jacques de Hartevelfe ».
La destruction des portes devait faciliter aux révoltés l'exécution de leurs projets. Ces « huis » étaient les vantaux des portes ménagées dans le rempart qui séparait la ville proprement dite — la cité [infra castrum) — des faubourgs, habités presqu'exclusivement par les classes ouvrières. En temps d'émeute, ces portes restaient fermées même le jour« afin d'empêcher ainsi les nombreux ouvriers habitant extra castrum, de venir se Joindre aux émeutiers de l'intérieur de la cité. C'est donc |K)ur pouvoir obtenir en tout temps, même la nuit, laide et l'assistance de ces nombreux travailleurs fau-
bouriensi que les tisserands et foulons, peu nombreux dans la ville même, réclamèrent la destruction des « huis des portes » et c'est, — faut-il le dire — afin d'avoir pour chefs leurs complices les plus énergiques que les mutins exigèrent le droit de choisir eux-mêmes les capitaines de leurs métiers.
Les concessions faites par le comte permirent ainsi aux émeutiers d'exécuter immédiatement leur plan de campagne. Les portes de la ville sont mises en pièces ; une multitude des faubouriens envahit la cité; les rassemblements tumultueux sont de plus en plus nombreux puis de plus en plus menaçants; les métiers s'assemblent dans leurs gUdehuusen^ y choisissent « à leur volonté vingres, decres et capitaines » et font élire partout « à leurs plaisirs » des chefs-hommes dévoués à leur cause, en remplacement de ceux précédemment nommés sous ia pression ou avec le concours des échevins.
Aussitôt, sous la conduite de ces nouveaux capitaines et des instigateurs de l'émeute, les gens de métiers marchent sur « la maison dou besant, 0) en laquelle le capitaine des sergents de par le advoet et eschevins et li sergent sont résident et li quel wardent le pais de la ville; » ils envahissent ce corps de garde et bureau de police de la commune, en chassent les « paisierers, » les sergents et leur chef-homme, nommés par réchevinage, puis les remplacent par un capitaine et des sergents qu'ils choisissent, « comme il leur pleut » dans les corporations des tisserands et des foulons, leurs complices. — Telle fut la première scène de ce drame populaire.
\) Pour le B«fant, voyez Tpriana, t. I. p. 214.
La situation devenait de plus en plus inquiétante; Louis de Maie ne se crut plus en sûreté à Ypres ; il aurait pu y être retenu prisonnier, comme son père à Bruges, en 1325, et sa fille Marguerite serait peutêtre gardée elle-même comme otage ! le comte fit donc partir secrètement la jeune duchesse de Bourgogne, et quand elle fut sauvée, il s*enfuit lui-même « pour péril et doubte de sa vie, » pendant la nuit du 27 au 28 juillet.
lÀ position de nos magistrats fut dès lors des plus difficiles; Tappui du comte leur faisait défaut ; leurs sergents étaient dispersés et les métiers occupaient même le Besant ! le 28 juillet, après la fuite du comte, les échevins et les membres du grand conseil s'étaient réunis en leur « cambre sour la Halle, » pour aviser aux mesures à prendre, quand ùes clameurs du dehors troublèrent leurs délibérations. Les échos de ces clameurs populaires ne tardèrent pas à retentir de plus en plus distinctement dans cette a cambre de conseil. » On n'en pouvait plus douter, les métiers s'étaient emparés de la Halle aux draps ! la c€ cambre deschevins » était ainsi menacée, peut-être cernée! bientôt elle fut envahie par les émeuliers.
Dès qu'ils se trouvent en présence des <c seigneurs de la loi », les insurgés réclament, ou plutôt exigent, les clefs du beffroi ; la remise de ces clefs devait avoir les conséquences les plus graves; les métiers, maîtres du donjon communal, pouvaient faire sonner les cloches du beffroi « à leur plaisir et volonté, quand ils le volroient, » et appeler ainsi en waepenynghe toutes les gildes et corporations ouvrières de la commune. Les trésors et les archives de la ville, conservés et toujours gardés, avec tant de soins, dans la « cambre
de la trésorerie, sour le bieflfroit, 0) » se trouveraient ainsi à la disposition des émeutiers; ces trésors ne seraientils pas immédiatement pillés ? Les chartes les plus précieuses, garantissant les droits de la communauté, pouvaient être lacérées! nos magistrats cherchèrent donc d'abord à résister aux prétentions des envahisseors du siège scabinal, mais pressés et menacés par la foule, forcés de céder enfin, « ils baillèrent et délivrèrent les clefs » du donjon communal aux chefs de Témeute.
Aussitôt <ir ces esmouveurs du commun » organisent la waepenynghe; ils installent au haut du beffroi, dans le Clockeluuders huus{ij,des guetteurs ou gardes (^u^ar^^y à leur dévotion, et placent dans le Basant « dont ils sont maistres, en un escring, un cor pour faire corner à leur volonté. >) Déjà les nouveaux guetteurs du beffroi avaient reçu ordre de sonner — quand « ce cor cornerait, » — les cloches pour aller en armes, c'est-àdire pour appeler les métiers armés sur la place. On . confectionne ensuite de nouvelles bannières; on distribue de nouvelles « parures » (costumes); Claeys de Ketelaere, en sa qualité de chef, en reçoit une, plus belle que les autres ; enfin on donne le mot ou cri de ralliement à tous ceux qui ont mission de guider les insurgés.
Tout est prévu I tout est préparé. Alors « le cor du Besant corne; » les gardes du beffroi sonnent la cloche d*alarme pour <* aller en armes; » les gens des métiers se réunissent sous leurs nouvelles bannières, plantées devant le beffroi et la Halle. Le rassemblement s'opère promptement et en bon ordre ; la waepenynghe est organisée et les métiers armés se disposent
(I) Voyez TprianOy t. I. p. 179.
\2, Voyez Tpriana, 1. 1. p. 19.
à rester en permanence sur la place, jusqu'à ce quUls obtiennent le redressement de leurs griefs.
On a vu comment les grands métiers — les tisserands et les foulons, — débordant la bourgeoisie, entrèrent en scène; durant cette seconde période de la révolte, ils se bornèrent à faire des démonstations d*abord tumultueuses, puis armées, conservant une attitude menaçante, toutefois sans effusion de sang, et plutôt défensive qu'offensive ; mais bientôt . le flot populaire brise ses digues, les grands métiers sont débordés à leur tour par la plèbe (le eoininun)^ constamment excitée par les quatre meneurs dont on a cité les noms. Alors commence le troisième acte du drame lugubre dont nous avons à rappeler ici les scènes sanglantes.
Le 15 août, les métiers étaient encore rangés sous, leurs bannières devant la Halle, aucune concession nouvelle ne leur avait été faite: « li menus communs » perdent alors patience; d'accord, croyons-nous, avec les petits métiers, ils prennent l'offensive et déployent» ouvertement le drapeau de la révolte. Le lendemain (16 août), les échevins et leurs conseillers {Raeden van Camere) s'étaient de nouveau réunis en leur « cambre sou r le Halle, » quand bourdonna tout i coup la cloche d'alarme ; bientôt se renouvellent, mais dans des circonstances plus dramatiques encore, les scènes du 38 juillet précédent. Les révoltés, conduits par leurs chefs, « en armes, à bannières desployées et à clokes sonnans, » envahissent « à main armée et à espées saekés (i), » le siège scabinal, « pour tuer et mourdrir les leurs dits seigneurs delà loy; » ils auraient pu massacrer ces magistrats sur leurs
.1) Glaives uns.
sièges, mais la soif de For dominait les iosiincts sauvages de ces a mauvais meurdriers ! » Leurs chefs se décident à rançonner les victimes avant de les immoler ; ce seize de ces seigneurs ou plus » sont arrêtés; toutefois huit — les moins riches sans doute — sont relâchés bientôt» mais les huit autres et Jehan de Douay, clerc de Téchevinage, sont jetés en prison.... peut* être dans la tour du beffroi. (?)
De telles violences auraient pu déterminer les bourgeois notables et les grands métiers à prendre les armes pour rétablir Tordre.
En vue de cette éventualité, les chefs de Tinsurrection avaient, déjà avant le 16 août, envoyé un des leurs, Pierre de Vroede, à Gourtrai, pour y recruter d'autres « malfaiteurs. » Quand il y apprit Tarrestationdenos magistrats, de Vroede, connaissant les instincts rapaces de ses complices et désireux d'avoir sa part de butin, se hâta de quitter Gourtrai avec les « malveillants » qu'il y avait recrutés et de « chevaucher à Ypres. »
Dès qu'il arrive avec sa bande à Ypres, ordre y est donné à tous les ouvriers de cesser leurs travaux. La grève est bientôt générale, elle se prolonge pendant près de quinze jours, et, durant ces deux semaines, les grévistes « demeurent en armes et à bannières. » Les chefs de Fémeute, ainsi soutenus, n^ayant plus rien à redouter, donnent suite à leurs horribles complots.
Après trois ou quatre jours de détention, les magistrats incarcérés avaient demandé à être jugés, ou tout au moins à savoir pour quels prétendus crimes on les retenait en prison ? On leur avait répondu qu'ils étaient accusés d'avoir mal géré les affaires de la commune, en dilapidant ses finances. G'étaient là des ac-
cttsatîons sans fondement: nos magistrats le prouvèrent sans peine, en rendant compte « des receptes et mis de la ville* » avec toutes les quittances à Tappui.
Bien que leur justification fût complète, les détenus ne virent pas s'ouvrir les portes de leur prison, ils y furent retenus sous de nouveaux prétextes ; on les accusa notamment, — comme, en 1303, les magistrats de cette époque, — d'avoir, ce dou temps passé, » extorqué, au détriment des plébéiens, des sommes qui, préten* dait-on, s'élevaient à sept mille livres monnaie de Flandre; on ne se contenta point de demander compte de ces sommes, on en exigea le remboursement immédiat ; puis, on promit aux prisonniers de les mettre en liberté s'ils consentaient à payer cette rangon ; en cas de refus, on les menaça d'une mort terrible : de les <c dépêcher tous par pièches. »
Sept mille livres, c'était une somme considérable; nos magistrats hésitèrent un instant à payer une telle rançon, mais les révoltés avaient eu soin de choisir leurs victimes dans les classes les plus riches de la commune ; les détenus réussirent à réunir a les deniers » exigés; ils consentirent enfin à les verser entre les mains de leurs geôliers « par forche... bien qu'ils n'y fuissent de riens tenu et pour doubte de leur vies à sauver. »
Quand « ces deniers ensi reubés et tensés » leur sont remis, les chefs des insurgés, au lieu de les restituer au commuuy les partagent entr'eux: a ils en eurent chascun leur part;» puis sans tenir aucun compte de leurs promesses, ils refusent de mettre leurs victimes en liberté ; en les retenant en prison, ils méditent déjà contre ces malheureux de nouvelles « tenseries i> et même des traitements barbares.
Après avoir reçu sa part de butin, Pierre de Vroede était retourné à Gourtrai pour y chercher de nouveaux renforts; Tarmée des flamands occupait alors cette ville; malgré la défense faite par les magistrats de Gand et de Bruges, de Vroede réussit à embaucher un certain nombre des « soudoyers dou pays de Flandres et à les mener à Ypres. »
Gjp renfort accrut encore l'audace des révoltés Yprois. Aux « reuberies et spoliations » succédèrent alors des massacres. Georges Belle, avoué de la ville, arrêté le 16 août, était resté emprisonné; il avait été enfermé, croyons-nous, dans la prison du beffroi (i), étroit cachot, oii Ton jetait les prisonniers politiques ; on voit en effet par nos comptes (%) qu'il fut payé (en 1359) deux livres « de dépenses de j homme tenu et prins sour le belefroi et de ij scerwetters ». Immédiatement, après le retour de Pierre de Vroede, les soudoyers du pays de Flandre et d*autres « mauvais meurdriers » escaladent (28 août), le donjon de la commune, s*en rendent les maîtres, <c à forche d'armes, » arrachent l'avoué George Belle de son cachot et le mettent à mort pendant la nuit, après lui avoir fait subir les plus cruels supplices. Mais ce crime n'a pas assouvi leur soif de sang, ils font encore sortir de sa prison un autre détenu, Wautier Pieter, et ce le découpent par pieches ! »
Au mois d*octobre suivant, nouveaux massacres après de nouvelles extorsions.
Les autres magistrats, incarcérés le 16 août, bien qu'ils eussent payé, on Ta vu, une forte rançon, con-
(1) Voyez Tpriana, U I. p. 20.
(2} Compte de la ville, 1359.
Uouaient à être détenus; les tisserands exigèrent à leur tour de ces prisonniers, le payement d*une somme de cinq mille livres. Cette somme est encore payée. Quand les victimes de la vindicte populaire, riches jadis, sont ainsi dépouillées de tous leurs biens et qu*il ne reste rien à leur a reuber, » le sang coule de nouveau. Un potier, depuis longtemps incarcéré, et coupable d*un grand crime, est mis en liberté, à condition de remplir désormais l'office de bourreau. Le 4 octobre, pendant la nuit, on se réunit en foule, à main armée, au son des cloches et à bannières déployées. Les seigneurs Jehan de Dixmude, Jean Stassin, échevins, et maître Jean de Douay, clerc de la ville^ sont amenés devant la populace ; aussitôt le potier, mià en liberté, leur coupe la tête, « sans loy et sans jugement, sans adveu de seigneur ne de bailliu ; » puis un des chefs de Témeute, Claeys de Ketelaere, fait flotter sur leurs cadavres le drapeau sanglant des révoltés !
Cette exécution nocturne, à cloches sonnantes et à bannières déployées, fut une des scènes les plus horribles et les plus lugubres,dont la grande place dTpres, si souvent ensanglantée cependant, a été le théâtre au moyen âge. Néanmoins, ce drame effrayant ne devait pas encore avoir ainsi son dénouement immédiat. Louis de Maie avait envoyé à Ypres un nouveau bailli 0), avec mission de chercher à y rétablir Tordre.
(1) Le nom de cet officier du comte ne nous est pas connu. D'après 006 meilleures chroniques, Rogier Van Lichtervelde avait été nommé liaut'baUli d'Ypres, le 27 mars 1356, mais il ne remplissait plus, croyonsnous, ces fonctions, en 1359. Le réquisitoire de Martin Hoedins dit, en effet, que le bailli dont il s'agit ici, était (en 1359), « asses nouvel-
De nombreux malfaiteurs étrangers infestaient alors la ville: c'étaient les complices les plus audacieux et les plus redoutables des insurgés Yprois : on les voyait à la tête de toutes les émeutes; ils avaient joué les rôles les plus odieux dans les scènes criminelles du 28 août et du 4 octobre.
Le nouvel officier du comte voulut délivrer la commune de ces étrangers dangereux; il en fit donc arrêter et mettre en prison plusieurs, entr'autres, Jacques Graben et Jean Wille. Le bailli espérait que le corps communal étant ainsi purgé, les bonnes gens de la bourgeoisie et des grands métiers pourraient le remettre dans son état normal.
Ces (c forains » ne jouissaient pas, comme les bourgeois, du privilège de n*ètre justiciables que des échevins d*Ypres; d ailleurs, ils étaient accusés de crimes de « lèse seigneurie, » et pouvaient dès lors être Jugés par la justice du comte; celui-ci, en tous cas, avait le droit d'évoquer Taftaire. Le bailli était donc décidé à <c délivrer ces mauvais conspireurs forains à Monseig^ de Flandres, pour en faire justice à son plaisir. » Les échevins, intimidés par les clameurs de la populace, auraient peut-être acquitté ces grands coupables, mais les rebelles ne se faisaient aucune illusion sur le sort réservé à leurs complices du moment où, remis au prince, ils seraient traduits devant une cour seigneu* riale. Les révoltés résolurent de chercher à sauver à main armée les fbrains incarcérés par ordre du bailli.
Le 11 novembre, le « cor du Besant corne » de nou-
lement venu en la vile d'Yppre. » Il remplaça probablement Rogi«r Tan Licbtervelde, mais son nom ne figure pas 8or les listes de nos hautsbaillis, peut-être parce qu'il fit uo très court séjoiir à Ypres (?).
veau, puis la cloche du beffroi bourdonne : aussitôt ie commun se rassemble en masse; il assiège « la prison du bailli à force d'armes et à bannières desployées et à dokes sonnans ; » il en brise les port^ ; contre « le gré et volonté du dit bailliu qui représentoit le seigneur, » il ravit les forains « de forche hors de U prison et les met au délivré. » Alors, la foule exaspérée, toujours à bannières déployées et à cloches sonnantes, assiège la maison du bailli lui-même, y pénètre, arrête cet officier du seigneur, et Texpulse ce à force, hors de la ville. » Une espèce de battue est ensuite organisée : les « bienvoellens », c'est-à-dire les partisans du prince, sont traqués comme des bêtes fauves et chassés en masse de la cité.
La populace est maîtresse absolue de la place ; plus de bailli, plus depaisieres au Besant, même plus de bonnes gens: tous ont été chassés, donc plus de résistance possible; durant plus de dix-huit mois, les révoltés gouvernent et régentent la commune !
Que se passa-t-il à Ypres durant ce long espace de temps? les rebelles victorieux se rendirent-ils coupables de nouvelles extorsions ou d'autres crimes? on rignore, car on ne possède aucun renseignement précis à cet égard; on constate toutefois par des actes que réchevinage fut renouvelé en 1359 comme à l'ordinaire, et qu'il resta en fonctions jusqu'au mois de novembre 1360 (i).
(1) Voici les noms des échevins que nons avons retroufés dans les actes seabinaoz de novembre 1359 à novembre 1360« 1. Lambert de PftHchendaele.
2m Pierre de Vos.