L’OFFICIER DF. POLICE
Gomment pourrez-vous ramener l'ordre et la paix dans toutes les contrées de la Grèce ?
LYSISTRATA
Le plus facilement du monde.
l’officier de police.
Mais comment? Je suis curieux de l’apprendre.
LYSISTRATA
Gomme, quand notre fil est embrouillé, nous faisons passer la bobine à travers l’échevoau et de ci et de là; de même, pour la guerre, nous ferons passer de ci et de là des ambas- \
sadesqui débrouilleront les affaires.
l’officier de police.
Qu’est-ce qu’elle dit? Mettre fin à la guerre avec du fil et des bobines ! Pauvre folle!
LYSISTRATA
Si vous n’étiez pas fous vous-mêmes, vous sauriez faire en politique ce que nous faisons pour nos laines.
L’OFFICItR DE POLICE.
Comment cela? Voyons !
LYSISTRATA
Nous commençons par laver la laine pour en séparer le suint; vous devriez faire de même; ensuite nous la battons à coups de baguettes ; vous devriez aussi, à coups de baguettes, vous debarrasser des gredins et des scélérats. Ceux qui, noués en boules, s'accrochent aux honneurs, il faut les carder brin à brin et leur crêper la boule; et puis, les jeter tous également au panier. Étrangers domiciliés, ou du dehors, pourvu qu’ils soient amis et rapportent au trésor public, je les carderais tous indistinctement, Quant à nos colonies, par Jupiter! qui sont jusqu’à présent des pelotons séparés, je voudrais tirer jusqu’ici le fil de chacune d’elles, et n’en faire qu’un seul, en former une grosse pelote, et en tisser pour le peuple un manteau 1 !
1. C’est-à-dire que les tributs, au lieu de couler dans telle ou telle dépense spéciale, devraient être directement versés dans le
ÉTUDES
l’officier de police.
N’est-il pas étrange qu’elles prétendent battre et pelotonner tout cela, elles qui ne prennent point part à la guerre?
LYSISTRATA
Eh! misérable, elle pèse sur nous d’un double poids: d’abord nous enfantons des fils qui vont faire la guerre loin du pays. . . .
l’officier de police.
'Tais-toi, ne rappelle pas nos malheurs 1 !
LYSISTRATA
Ensuite, au lieu de nous amuser et de jouir de notre jeunesse, nous couchons seules : nos maris sont au camp !. . . Passons sur ce qui nous regarde; mais les filles qui vieillissent dans leur lit solitaire, je pleure quand j’y pense! l’officier de police.
Et les hommes, ne vieillissent-ils pas?
LYSIS'I RATA
Quelle différence! l’homme, à son retour, eût-il des cheveux gris, trouve aisément une jeune femme. Mais la saison d’une femme est courte, et, si elle la laisse passer, elle ne trouve plus de mari, et reste assise, à consulter le sort....
La vérité de ce dialogue et de ces peintures n’est- elle pas admirable?
Battue par le raisonnement comme par les armes, la police se voit forcée de céder. Les femmes chantent victoire. Ensuite, par la bouche de leur coryphée, elles donnent à la ville d’utiles conseils. Et pourquoi pas? e Que je sois née femme, qu’importe? si je sais remédier à vos malheurs! je paye ma part de l’impôt en donnant des h’ommes à l’État ! »
C’est là un argument très- sérieux, quoique jeté dans une comédie. Michelet ne dira pas mieux ; « Qui est.
Trésor, afin que le peuple tout entier en fît un emploi profitable. C’est la centralisation des finances. Ici Aristophane, contrairement à son habitude, émet et patrone une idée qui appartient à l’avenir, non au passé.