D’HORLOGERIE
OU REMONTOIR D’ÉGALITÉ
ET
DES ÉCHAPPEMENTS A REMONTOIR Ou à force constante
Les remontoirs peuvent-ils donner aux pièces d'horlogerie une marche supérieure à celle qu’on obtiendrait par des moyens plus simples? et dans certains cas la supériorité de marche vaut-elle ce qu’elle coûte, soit en dépenses, soit en inconvénients de diverses natures?
Ce Mémoire a pour objet l’étude de cette question afin d’éviter aux jeunes gens de se lancer dans des recherches inutiles.
Entrons de suite en matière.
La première idée des remontoirs paraît appartenir à II uygens, en 16"3. On l'attribue encore à d’autres auteurs; le seul point qu’il nous importe de constater est que depuis près de deux siècles ces appareils ont été étudiés par le plus grand nombre des artistes ; que chaque année on voit faire de nouvelles tentatives pour arriver à un résultat satisfaisant sans que le butait été atteint. Toutes les conceptions de ce genre, qui prennent place aux expositions des produits de l’indus-
DU REMONTOIR D'ÉGALITÉ
trio, disparaissent et sont remplacées à l’exposition suivante par d’autres plus ou moins nouvelles destinées au même sort, nonobstant les espérances superbes de leurs auteurs. Comme fait, personne ne contestera ceci, nous en tirerons plus loin une conséquence.
Il est un autre fait tout aussi incontestable, mais moins saillant. Les conceptions de cette nature sont toujours produites par des artistes jeunes, ou par des hommes faits, mais qui, jusqu’alors, s’étaient peu occupés d’horlogerie sous le rapport des moyens propres à donner la plus exacte mesure du temps. Ainsi, par exemple, on peut être un excellent cadraturier, un des premiers faiseurs d’échappements, même un très-bon repasseur dans l’horlogerie civile, ou un habile pendulier du commerce, et n’être pas initié dans la théorie et la pratique des questions qui se lient à l’emploi des remontoirs. De tels hommes peuvent être considérés comme nouveaux toutes les fois qu’ils se livrent à une partie qu’ils n’ont point encore étudiée spécialement, quoique fort habiles dans celle qu’ils exercent.
Un troisième fait. Les artistes de premier ordre n’ont pas recours à de tels moyens, qui ne figurent jamais dans leurs œuvres; cependant, si on va fouiller dans leur passé, on les a vus, jeunes encore, très-ardents pour découvrir ce qu’ils laissent maintenant à d’autres le soin de chercher.
Si les jeunes gens, au lieu de se laisser éblouir par l’espoir de faire quelque merveille, étaient assez raisonnables pour réfléchir sur ces faits, ils soupçonneraient bientôt qu’il y a dans la magie des remontoirs plus d’illusion que de réalité; ils iraient aux informations près des hommes expérimentés, et au lieu de se livrer à des travaux qui doivent être infructueux, ils abandonneraient des chimères pour rentrer dans le vrai.
En effet, si depuis près de deux siècles que les générations successives se sont occupées des remontoirs, rien n’est «sorti de tant de travaux, et lorsque cette matière a passé entre les mains des Lepaute, des Janvier, des Ferd. Berthoud, des Bregnet, des Urbain Jurgensen, des Kessels et de tant d’autres.
ne r.i.'ioNTOi n d'kc.m.ité.
le plus sage serait de se demander s’il n’y aurait pas quelque inconvénient capital inhérent au remontoir, et dont il est impossible de le séparer. Aussitôt qu’on se serait fait eettè question, analysant un remontoir comme nous leferonsplus loin, on reconnaîtrait, en effet, que derrière l’admirable propriété il y a des vices qui sont incorrigibles parce qu’ils font partie intégrante des remontoirs.
Si les artistes célèbres, que nous avons cités, au lieu de s’en tenir simplement à renoncer aux remontoirs, avaient fait connaître le résultat de leurs recherches sur cette matière, les jeunes gens profitant de l’expérience acquise, et pouvant apprécier les vices réels du remontoir, ne se seraient pas fourvoyés dans de telles recherches. Ces artistes ont mérité un juste reproche pour le silence qu’ils ont gardé à cet égard, car c’est ce silence qui a induit tant d’autres à de vaines recherches. On dirait même que, soit pour voir d’autres errer comme ils l’ont fait, soit la petitesse de ne pas vouloir avouer qu’ils ont fait de mauvaises choses, il en est qui paraissent avoir cherché à engager les jeunes gens dans cette voie fausse.
En voici un exemple assez frappant; nous le puisons chez les sommités artistiques et scientifiques :
Janvier, dans son Manuel chronométrique, édition de 1815, page 109, transcrit un Kapport fait par de Lalande à l’Académie des sciences, le 14 février 1789, sur une de scs horloges planétaires. On trouve dans ce Kapport le passage suivant :
« Le moteur est un ressort qui fait dix tours et demi, et dont un quart de tourseulement se développe. Il est remonté tous les quarts d’heure par un grand ressort dont les inégalités ne peuvent influer sur le mouvement. Un remontoir de cette espèce a autant d’uniformité qu’un poids même pourrait en avoir, et l’on n’a pas l’inconvénient des cordons. Le barillet est fait de manière que le ressort ne puisse jamais se développer au-delà d’un quart de tour, que le remontoir ne puisse le reployer que de cette quantité et que les chevilles d’arrêt, venant même à casser, il n'en puisse résulter aucun dérangement pour la mesure du temps. Cette méthode sera
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utile pour les petites horloges astronomiques propres à transporter en voyage et meme pour de grandes horloges qui ont beaucoup de fonctions à remplir, etc. »
On remarque, dans ce passage, que le rapporteur place le remontoir à l’égal du poids sans dire mot des inconvénients qu’il peut avoir, et cependant rien n’en est exempt. Ceci est dit par le célèbre de Lalande, au nom d’une commission composée de MM. Legentil, Leroy, Cassini etde Lalande; on doit croire que la confiance absolue que M. de Lalande avait en Janvier, et l’amitié toute particulière qu’il lui portait, l’a empêché de se servir d’une forme moins affirmative usitée ordinairement par MM. les rapporteurs.
Combien de jeunes gens laborieux, amateurs de leur art, n'ont-ils pas dû être enthousiasmés pour les remontoirs lorsque l’œuvre du célèbre Janvier était ainsi rehaussée par l'approbation de de Lalande et confirmée par l’Académie des sciences ! pour notre part nous y avons eu la plus grande confiance; il a fallu bien des travaux, bien des études, pour reconnaître l’erreur.
Voyons maintenant un jugement porté sur les remontoirs par des savants et des hommes pratiques réunis. Voici dans quelles circonstances. En 1792, époque à laquelle la préoccupation du système décimal dominait peut-être trop, on voulut changer la division duodécimale double du jour pour employer la division décimale. Un concours fut ouvert, de nombreux travaux furent présentés à la Commission chargée d’en faire l’examen, et tout cela n’aboutit à rien. Voici un passage de ce Rapport, il est relatif aux remontoirs :
Extrait d’un rapport sur les questions relatives an nouveau système horaire , fait par le jury nommé par le décret de la Convention nationale, du 4 fructidor an 11, et remis au comité d’instruction publique le 14 frimaire an III, imprimé en pluviôse an IV. Ce rapport est signé par MM. Mathieu l’ainé, Lepaute, A. Janvier, de Belle, Charles, Lagrange, Lepine jeune, et Ferdinand Berthoud.
« Nous ne pouvons approuver l’usage des remontoirs dans
IR REMONTOIR D'ÉGALITÉ
aucune pièce d’horlogerie, parce que c’est une augmentation, de travail qui est au moins inutile et plus faite pour en impd-' ser aux ignorants que pour procurer une justesse réelle, car nous sommes intimement persuadés qu’une horloge astronomique ayant un régulateur oupendule bien établi et exécuté, le reste de la machine, rouage et échappement bien faits et mus par un ressort égalisé par une fusée; qu’une telle" machine égalera au moins la justesse d’une pendule à remontoir telle qu’on la propose, et à plus forte raison sera-t-elle exacte si le moteur est un poids (1), et ceci est également conforme aux principes et à l’expérience. On sait d’ailleurs que dans les machines à remontoir même, il reste le frottement variable, soit des pivots de la roue d’échappement, soit de la roue sur laquelle opère le remontoir; et c’est justement le frottement de cette roue qui, à raison de sa grande vitesse, éprouve le frottement le plus nuisible, et dont la somme égale au moins celle du reste du rouage par son influence sur le régulateur.
« Nous insistons sur cet objet afin d’engager les artistes à proscrire cet inutile travail, et à ne pas se laisser séduire par des avantages apparents qui n’ont aucune réalité. Mais si dans les horloges astronomiques même, cette addition de travail est inutile, à plus forte raison l’est-elle dans les horloges publiques, machines qui ne peuvent ni exiger, ni comporter la précision requise pour celles destinées à l’usage des observateurs. »
Remarquez les dates : En 1189, approbation du remontoir par l’Académie des sciences, ou, pour être plus dans le vrai, par M. de Lalande, sous l’influence de Janvier; en l’an III (5 ans après), condamnation par une commission composée de membres de l’Institut et des artistes les plus éminents de l’époque, Janvier étant du nombre. Cette condamnation est en termes généraux formels. On doit cependant reconnaître
(1) En effet, depuis bien des années on ne citerait pas une horloge astronomique avec peudule à seconde, construite par un artiste en réputation ni eu France ni ailleurs ayant un remontoir. Plus loin nous parlerons de la pendule sidérale de l'Observatoire do Paris.
1)U KKMONTOIIl II' KG A LIT K.
qu’elle porte dans ses termes une certaine aigreur qui pouvait bien avoir été inspirée par des sentiments particuliers.
Cinquante ans d’expérience, depuis la prononciation de ce jugement, l’ont pleinement confirmé, sauf les cas rares dont nous parlerons plus loin.
Malheureusement ce Rapport est resté dans l’oubli, et peu de personnes en ont eu connaissance, tandis que le Manuel chronométrique (1) de Janvier a passé dans toutes les- mains; plusieurs éditions ont eu lieu et nous avons un reproche grave à faire à Janvier, qui devait avoir reconnu plus tard son erreur sur les remontoirs, c'est d’avoir laissé subsister le Rapport telsansaueune note, et d’avoir ainsi induit en erreur sur le mérite des remontoirs. Tout au moins aurait-il dû dire, sous forme dubitative, ce que dit le Rapport qu’il a signé. Le mérite de sa pièce s’en serait trouvé affaibli aux yeux du lecteur, mais Janvier pouvait plus que tout autre avouer qu’à vingt-cinq ans de distance il s’était trompé.
Aucun ouvrage d’horlogerie ne traite la question des remontoirs, aussi il en est résulté que les jeunes gens, amateurs de leur art, espérant trouver dans ce principe des moyens nouveaux, ont fait d’énormes sacrifices de temps, d’argentet d’imagination pour arriver à zéro de progrès.
Hans ce Mémoire, nous essayerons de démontrer qu’il y a dans les remontoirs des vices inhérents à leur nature qu'on ' peut réduire, mais non pas faire disparaître en totalité; que ces vices se cachent aux yeux inexpérimentés tandis que le beau côté des remontoirs brille pour tout le monde et est bien facile à saisir ; que c’est pour cette cause que les artistes les plus éminents, qui se sont occupés de cette question, ont abandonné ce moyen pour porter leurs études sur des points plus essentiels. Nous n’avons ni l’espoir ni la prétention d’empêcher de tomber dans cet écueil certains esprits exaltés. Mais peut-être quelques jeunes gens réfléchiront-ils
(I) Ce petit volume n’est pas entièrement de Janvier, comme on le croit géralement; la plus grande partie est tirée des élrenues clironométriiiucs de Le Roy.
ni' iiKMovroui d’éualith.
avant de se lancer dans cette carrière aventureuse, et auront la sagesse de se dire que, quand les artistes que nous avons nommés plus haut, et tant d'autres, sont d’un avis unanime sur une telle question, il y a folie de la part de celui qui, nouveau dans la matière, prétend arriver à priori au résultat que tous ces artistes reconnaissent impossible en se fondant sur une longue expérience de la matière.
Qu’on se livre à des études expérimentales, à des recherches, rien de mieux ; mais qu’on ne prétende pas avoir résolu la question par cela seul qu’on a fait une pièce à remontoir marchant bien.
Les artistes que nous avons cités ont reconnu que, s’il est vrai que des pièces à remontoir ont bien marché, il est au moins aussi vrai que dans la plupart des cas on pouvait obtenir des résultats supérieurs par des moyens plus simples, et que, dans d’autres, la supériorité de marche ne valait pas ce qu’elle coûtait. Toute la question est donc là. Les remontoirs peuvent-ils donner une marche supérieure à celle qu'on obtiendrait par des moyens plus simples ? Dans certains cas exceptionnels, la supériorité de marche vaut-elle ce qu’elle coûte, soit en dépense, soit en inconvénients de toute nature?
L’est ce que nous allons examiner dans les pages suivantes, et nous espérons que le lecteur prononcera, comme nous le faisons d’avance, en condamnant l’emploi trop fréquent des remontoirs.
Iles remontoirs dons le rouage.
11 y a entre les divers remontoirs un caractère distinctif qui les divise en deux classes; les uns sont placés dans le rouage même, et agissent sur la roue d’échappement ou sur celle qui la précède; quelquefois encore on fait agir le remontoir sur un mobile plus éloigné de l'échappement. Ces remontoirs sont ceux dont nous nous occuperons d’abord. Quant à l'autre classe, d’invention plus récente, dans laquelle
12 DU REMONTOIR D'ÉGALITÉ
le mécanisme interposé agit directement sur le régulateur, nous en parlerons ensuite.
Les formes les plus variées ont été employées pour interposer dans le rouage, entre le moteur principal et l'échappement, un moteur secondaire qui donnât la force nécessaire à l’entretien du mouvement du régulateur d’une manière uniforme, afin d’éviter que les inégalités de force du moteur principal arrivassent à l’échappement.
Ce moteur principal ne servait alors qu’à remonter le moteur secondaire.
Prenons pour exemple une pendule à ressort. On conçoit que si entre la roue du centre, ou de. longue tige, et celle qui la suit on place un ressort dans un petit barillet, et que celui-ci mène la roue qui précède celle d’échappement, que ce petit barillet soit remonté toutes les deux minutes ou toutes les cinq minutes par le premier moteur, les inégalités de celui-ci seront sans effet direct sur l’échappement et le régulateur. -
La marche de la pièce ne sera plus troublée que par les inégalités du moteur secondaire, les frottements des roues qui le suivent jusqu’à l'échappement, et par les résistances variables qu’opposent les pièces d’arrêt et de détente nécessaires à la fonction du remontoir.
Les grandes différences dans la force motrice d’un ressort seront, sans contredit, corrigées par un tel remontoir, mais il reste celles résultant du frottement des roues, ainsi que l'explique le Rapport précité.
Une des choses le plus à considérer dans les remontoirs est la résistance variable dans les effets du mécanisme, car ces effets se produisant près de l'échappement, les moindres différences deviennent sensibles. Sous quelque forme que le remontoir soit traduit, il faut : 1° une pièce d’arrêt qui maintienne le premier moteur pendant que le second se développe; 2° que le second moteur dégage le premier de l'instant voulu pour que la force de celui-ci remonte le second moteur; 3° que la pièce d’arrêt se mette en prise pour arrêter de nouveau le premier moteur. Pour produire ces effets,
IMJ IIËMOISTUIK d'égalité.
même de la manière la plus simple et la mieux combinée, il y a des percussions et des frottements variables avec l’intensité de la force du premier moteur. Plus on éloignera le remontoir de l’échappement, moins ces effets seront sensibles, mais les frottements variables des roues qui seront entre le remontoir et l’échappement se manifesteront d’autant plus; aussi, selon que les constructeurs ont trouvé plus ou moins d’inconvénient d’un côté que de l’autre, on les a vus placer le remontoir près ou loin de l’échappement. Il est impossible de se soustraire à ces deux inconvénients ; on n’a que le choix. Dans tous les cas, les remontoirs exigent une grande surabondance de force motrice qui n’est pas un des moindres inconvénients. Nous en parlerons plus loin.
Dett remontoir» par la sonnerie.
Les remontoirs par la sonnerie sont inférieurs à ceux dont on vient de parler, en raison de la plus grande complication qu’ils exigent; ils ne sont plus employés depuis longtemps par les artistes en réputation dans les cas rares où un remontoir peut être admis. Dans le siècle dernier, ce qui avait séduit quelques personnes était de n’avoir plus qu’un moteur au lieu de deux. Cependant, comme on a reconnu bientôt que la véritable simplification d’une machine consiste non pas à réduire quelques pièces sans valeur pécuniaire et sans difficulté d’exécution, mais à rendre faciles et sûres les fonctions produites par les divers organes qui la composent, on trouva plus simple et plus rationnel d’employer deux moteurs, chacun approprié aux fonctions du rouage qu’il doit faire marcher, que de se lancer dans toutes les combinaisons mécaniques indispensables pour arriver à produire ce moteur à deux fins et à établir le rapport qui doit constamment exister entre ses deux destinations.
C’est principalement par ces motifs, et parce qu’un tel remontoir ne remédie en rien aux inégalités des trois ou quatre
11 1)1 nUMONTUlU u’ÉOALITÉ.
derniers mobiles, que depuis bien des années on a complètement renoncé à ce système.
A force de travail, on est parvenu et l’on parviendra à une construction fonctionnant. On en a vu plusieurs; mais comme, tout compte bien réglé par l’expérience, les inconvénients ont excédé les avantages, les travaux de nos devanciers ont été abandonnés. Le même résultat menace ceux qui, plus tard, ne voulant tenir aucun compte des études faites, de l’expérience acquise, suivront cette voie, se livrant les yeux fermés à toutes les illusions si connues aux inventeurs.
Cela est d'autant plus probable, que la supériorité du remontoir à engrenage, dont nous allons parler, sur celui par la sonnerie est aussi trop incontestable pour qu’il soit permis aujourd’hui, dans les cas où il y aurait lieu à employer un remontoir, d’adopter autre chose que celui qui ligure dans quelques grandes horloges de nos plus habiles constructeurs.
Je conviendrai volontiers que les bronzcs.qui se font aujourd’hui pour nos pendules de cheminée sont tellement bas, que le peu de longueur du pendule (on n’a quelquefois pas 10 centimètres) ne permet pas un réglage aussi parfait que lorsqu’on peut employer 20 à 25 centimètres. Cette circonstance a éveillé l’attention de quelques artistes contemporains, qui ont cherché dans le remontoir le moyen d’obtenir une aussi grande régularité des mouvements adaptés à ces bronzes que si le pendule avait une plus grande longueur. Dans ce cas, la fusée serait le moyen le plus convenable.
Il est à croire que les remontoirs n’y seront point admis, soit à cause des inconvénients que nous avons signalés dans leur nature en général, soit parce que le commerce serait peu flatté d’ètre obligé de faire une étude particulière de ces conceptions nouvelles, et qu’en outre la généralité des horlogers ne serait pas eu état de les comprendre et de les entretenir. (Ici, comme en tout autre circonstance, nous parlons seulement des choses acquises à l’art depuis de longues années, et sans que les artistes qui s’en sont occupés puissent y voir la moindre personnalité à leur adresse.) Ayant fait nous-mème
l)ü U ËM ON TOI U »' ÉGALITÉ.
beaucoup de recherches sur diverses questions d’horlogerie, nous sommes très-disposé à applaudir ceux qui s’v livrent par goût et par dévouement ; seulement, nous voudrions les voir diriger leurs travaux vers les matières présentant plus de chances de succès que les remontoirs.
Sous le rapport des horloges publiques, dans lesquelles le remontoir parla sonnerie a été principalement admis, il faut faire la remarque suivante :
Ce remontoir présente un bon côté qui a du lui faire des partisans; toutes choses égales d’ailleurs, la somme de force qu’il exige est moindre que si l’on divise ce moteur unique en deux parties, l’une appliquée à la sonnerie simple, et l’autre au mouvement muni d’un remontoir que nous supposons ici coûter la même somme de force que celui introduit dans un rouage de sonnerie.
Cela tient à ce que, dans le rouage de sonnerie simple, il faut toujours sacrifier une somme de force pour faire mouvoir la partie du rouage qui sert à modérer sa vitesse, de même que pour le remontoir qui est séparé il faut un rouage modérateur spécial, tandis que lorsqu’on emploie le rouage de sonnerie simultanément pour les deux fonctions, la résistance qu'oppose le moteur secondaire est utilisée et diminue celle qu'il faudrait trouver dans le rouage de sonnerie pour modérer sa vitesse; en outre, il n’y a plus qu'un seul modérateur au lieu de deux qu’il faut employer lorsque le remontoir est séparé du rouage de sonnerie.
Toutefois, et nonobstant cet avantage, on a préféré diviser la puissance du moteur, parce que les rouages de sonnerie exigent déjà beaucoup de force et qu'il fallait encore en ajouter, ce qui chargeait par trop cette partie, tandis que les rouages de mouvements marchant toujours avec beaucoup moins de force, on pouvait y appliquer, sans autant d’inconvénient, une force motrice beaucoup plus grande que celle qui leur suffit en l’absence de remontoir.
1)1 RKMOM'OIR D’ÉCALITÉ.
Dr 1» surabondance de force nécessitée par le
remontoir.
Lorsqu’on construit pour la première fois un remontoir, on pense généralement qu’il suffît de mettre au moteur principal un peu plus de force qu’il n’en faudrait pour faire marcher la pièce sans remontoir, mais on s’aperçoit bientôt qu il faut une très-grande surabondance de force, et qu’elle n’est pas la même selon les diverses dispositions des remontoirs. En voici la raison :
Pour qu’un poids ne coûte pas plus de force à élever à la hauteur d’un mètre, par exemple, qu’il n’en restituera en descendant de cette même hauteur (sauf quelques petites quantités que nous devons négliger ici), il faut que le temps employé pour l’élévation soit égal à celui de la descente. Si, au contraire, ce poids est élevé dans un temps plus court que celui de la descente, la force nécessaire à cette élévation est à la force que le poids produira dans sa descente, comme le temps employé à la descente est à celui nécessaire à l’élévation; mais comme dans tous les remontoirs le temps pendant lequel le moteur principal remonte le moteur secondaire est plus court que le temps pendant lequel celui-ci transmet au régulateur la force nécessaire à l'entretien de son mouvement, il en résulte que tous exigent une force plus grande que celle qui est nécessaire sans remontoir. (Ceci n’est dit ici que comme règle générale; nous ne pouvons pas entrer dans plus de détails sur d’autres causes qui nécessitent une surabondance de force.)
Par exemple, prenons les proportions indiquées par de Lalande au sujet de la pendule de Janvier : le ressort moteur principal agissant de quart d’heure en quart d’heure sur le petit barillet contenant un ressort secondaire qui est le véritable moteur de la machine.
On conçoit que l’impétuosité du ressort principal doit être modérée par un rouage analogue à celui des sonneries, et que le ressort secondaire est remonté par le mécanisme à peu
I)U REMONTOIR D’ÉG ALITÉ
près comme il serait par une main d’homme; ainsi, en admettant que cette fonction s’opère en une minute de temps, ce qui est déjà fort longen pareil cas, et calculant ensuite le temps pendant lequel le ressort secondaire agira sur le régulateur, la différence entre ces temps exprimera en raison inverse l’excès de force que doit avoir le moteur principal sur le moteur secondaire pour que la pièce marche.
Le temps d’action du moteur secondaire est celui pendant lequel la roue d’échappement agit sur la levée pour restituer la force motrice au régulateur, car c’est pendant ce temps seulement que le moteur secondaire se développe; il est égal à la durée totale de l’oscillation du pendule, moins l’arc supplémentaire. Faisons l’arc supplémentaire égal à l’arc de lèvée, celui-ci sera donc exactement une moitié du temps de l’oscillation. Ainsi, le moteur secondaire emploierait à se développer sept minutes et demie pendant un quart d’heure, les autres sept minutes et demie seraient le temps des arcs de supplément. Il résulte de cet exemple que le moteur secondaire emploierait sept minutes et demie à se développer, et le moteur principal n’ayant employé qu’une minute à être remonté, il faut pour le monter sept fois et demie la force réellement employée à l’entretien du mouvement; quelles que soient d’ailleurs les autres proportions qu’on admette, le rapport changerait selon ces proportions, mais le principe resterait le même.
Des échappements à remontoirs.
11 était trop évident que le genre de remontoir dont nous venons de parler ne pouvait corriger que les grandes inégalités du premier moteur, et que les résistances variables qu’occasionnent les fonctions du remontoir, les frottements des derniers mobiles existaient encore et pouvaient altérer la somme de force transmise au régulateur, qu’enfin, si le remontoir avait des avantages dans quelques cas, il laissait beaucoup à désirer.
1)U RK3I0NT01K INÉGALITÉ.
Breguet, dont l'imagination vivo et le goût exquis, excellait, surtout à prendre une idée bonne en elle-même, à la présenter sous un jour très-favorable et à la compléter en lui ajoutant ce qui lui manquait, en faisait alors un de ces genres de perfectionnements qui lui étaient particuliers. Breguet, dis-je, voulut mettre la main au remontoir, en finir avec toutes les combinaisons de ses devanciers et faire le remontoir par excellence. Il conçut l’idée de faire agir le rouage sur un ressort qui , abandonné ensuite à son élasticité , transmettait la force nécessaire au régulateur. C’était la solution du problème. Il construisit son échappement libre à force constante, c’est-à-dire un échappement tel, que le régulateur n’avait qu’à dégager un ressort d’impulsion, il en recevait la force nécessaire à l’entretien de son mouvement. (Voyez Histoire de la mesure du temps, de Ferdinand Berthoud, et le tome 11 des Brevets d’invention.) La théorie la plus exigeante , le raisonnement le plus scrupuleux furent complètement satisfaits jusqu’à ce que l’expérience eût montré et forcé de reconnaître un revers de médaille que l’habile inventeur avait été loin de soupçonner.
Breguet eut la faiblesse trop commune à tous les inventeurs : il communiqua son invention ; elle était si séduisante, que savants et artistes (sauf quelques hommes prudents qui voulaient attendre), chacun en fut émerveillé, la chose était
si belle qu'il ne pouvait même pas y avoir lieu de douter
Mais l’expérience n’avait pas encore dit son mot. Elle vint montrer trois choses désespérantes; l’auteur finit par renoncer à la magie de son échappement. 1" La construction de Breguet exigeait une force motrice en dehors de toute proportion avec ce que les mécanismes d’horlogerie admettent (à une pendule on fut obligé de mettre jusqu'à quatre barillets très-forts); 2° la multiplicité des points de contact dans les organes qui avoisinent le régulateur était un vice radical, parce que les adhérences que contractent ces organes aux points de contact, sont très-variables, et que présenter au régulateur des résistances variables à surmonter, est la même chose, en définitive, que de lui donner un moteur variable
DI' REMONTOIR R’ ÉGALITÉ
dans l’intensité de sa force; 3° enfin, on a reconnu que ce ressort d’impulsion dont on avait cru la force parfaitement uniforme, ne restituait pas une force constante au régulateur; que, par exemple, remonté plus ou moins vivement par la différence de force dans le premier moteur, il ne transmettait pas au régulateur la même somme de force. Des études pratiques sur cette invention si admirable et tant goûtée d’abord, firent voir qu’elle ne pouvait laisser aucun espoir de succès. Breguet fut le premier à mettre tout cela de côté et à n’employer qu’un simple poids, un bon échappement de (Iraham ou à cheville et dans de bonnes proportions, lorsqu’il voulut faire une pendule donnant les meilleurs résultats possibles. Dans les montres ou pièces réglées par un balancier et un spiral, un tel remontoir eût été encore plus vicieux. Depuis la mort du célèbre artiste, sa maison a très-judicieusement continué sur le même principe.
Urbain Jurgensen de Copenhague qui, dans sa jeunesse, avait été très-enthousiaste de l’échappement libre à force constante, avait trop de mérite pour ne pas le condamner bientôt, et c’est ce qu’il fit. Kessels (1), qui avait été témoin et acteur dans les études faites par Breguet sur ce chapitre, se garda bien d’employer de tels moyens. Enfin , aucun artiste, classé en première ligne, n’en a fait usage dans l'horlogerie supérieure, non point faute de les connaître, mais parce qu'ils en voyaient les inconvénients. Les jeunes gens et les artistes, encore peu expérimentés dans ces matières,. en ont seuls essayé et y ont renoncé plus tard , lorsqu'ils ont été éclaii •és par l’observation et l’expérience.
Pour ceux qui ont étudié le caractère de Breguet dans ses œuvres et dans les traditions des horlogers qui composaient sa maison, il est on ne peut plus constant que s’il n’avait pas rencontré des obstacles insurmontables, il eût persisté. Bre-
(I) Kcsse.ls, après avoir travaillé longtemps dans la maison Broguet, et dans le cabinet môme de Breguet, alla se fixer à Altona où il a construit un trèsgrand nombre d’exceltentes pendules h secondes pour des astronomes allemands. Il est mort en 1810, en Angleterre, du choléra dont il avait pris le germe en passant à Paris.
1)U REMONTOIR D'ÉGALITÉ
guet aimait la nouveauté, il cherchait les difficultés pour les vaincre , afin de donner aux œuvres sortant de sa maison un cachet particulier; combien n’était-il pas de choses qui pou vaient se faire d’une manière simple, facile et bonne, et dans lesquelles il introduisait une multitude de difficultés d’exécution, dans le seul but de faire dire à ceux qui les voyaient : « Cela vient de la maison Breguet, c’est bien difficile à faire. »> Tandis que quelques esprits observateurs demandaient : « Quel avantage y a-t-il pour les résultats?.... » Outre son talent propre, Breguet possédait une grande ressource qu’il avait su se créer, et que personne n’a jamais eue en horlogerie, c’est l’excellent personnel dont il était entouré et secondé : capacité, dévouement, tout était autour de lui.
Que viendront donc tenter maintenant certains hommes isolés et réduits à leur propre force ?