SCÈNE II
la sorcière, entrant par la gauche .
Que Dieu vous tienne en joie, mes belles amies!
Grand merci !
LOYSE
Oui, et que le malin t'emporte!
LA SORCIÈRE
Oh! oh! comme vous y allez, ma gentille Loyse.
Sois moins dure pour cette vieille!
LOYSE
Comment ! Voici des mois et des mois qu’elle t'annonce le bonheur, et te voilà tout en larmes ! Et moi, qu’elle avait voulu rendre jalouse, je suis très heureuse avec mon mari ! Et vous croyez que cela ne mérite point quelque colère !
Laisse en paix cette pauvre vieille !
la sorcière, à Loyse.
Eh! mauvaise graine! J’ai toujours dit ce qui était vrai. De quel droit me malmènes-tu ainsi?
LOYSE
Du droit que j’aurais de prendre ton bâton et de te caresser les épaules, suppôt de Satan, si je ne respectais ta vieillesse ! Et c’est encore un beau préjugé de respecter
* La Sorcière, Yvonne, Loyse.
** La Sorcière, Loyse, Yvonne.
de vieilles mauvaises langues comme la tienne, et des corps vermoulus comme le tien!
LA SORCIÈRE
Eh bien ! je vous l’annonce, malgré tout, les choses iront bien.
LOYSE
Ne dis pas cela, vieille entêtée; tes présages de bonheur' amènent l’infortune ! Rentre vite et disparais!
LA SORCIÈRE
Et n’allez-vous pas me jeter de l'eau bénite, comme à Belzébuth lui-même!
LOYSE
Oui, vieille diablesse, et il en faudrait plus d’une tonne pour te nettoyer l’âme!
LA SORCIÈRE
Au revoir, mes enfants.
LOYSE
Non, adieu l Nous avons bien autre chose à faire que d’écouter tes menteries!
[La sorcière sort.)