‹ YvonneChapitre 4 sur 36 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

YVONNE, JEAN-MARIE, LOYSE, cachée.

Bonjour, vu Loyse ?

jean-marie, arrivant.

mademoiselle Yvonne ! Vous n’auriez pas

TVONNE

Si fait ! elle vient de passer !

JEAN-MARIE

Elle vous a parlé de moi ?

Ah ! bien oui ! Elle filait comme le vent.

jean-marie, essoufflé, s'asseyant.

Vous permettez, n’est-ce pas, que je me repose un peu près de vous? Cette diablesse de fille m’époumonne ! Quand je lui parle mariage, elle se moque ! Quand je lui parle d’amour, elle se moque encore ' Et quand je ne

* Yvonne, Jean-Marie, Loyse (cachée).

dis rien, elle m'appelle gros niais en se moquant toujours et en se sauvant.

Pauvre Jean-Marie 1

JEAN-MARIE

Pauvre ! vous l’avez bien dit î Ce que je crois, voyezvous, c’est qu’elle ne me trouve pas assez de bien pour nous mettre en ménage. J'attends... Je suis fatigué d’attendre. Comme disait magrand’mère : Le plus tôt , c'est le mieux , et comme elle disait encore :

Mieux vaut plein les mains d’amour Que des richesses plein le four l

Tu la crois avaricieuse ?

JEAN-MARIE

Elle? je ne sais point! Ses parents ? oui !... Mais elle aussi peut-être ? On ne connait guère le cœur des femmes. Ça tourne comme le vent !

loyse, à part .

Ah I le petit traître!*

JEAN-MARIE

Je crois bien qu’on m’a appelé!

loyse, apparaissant .

Certes oui, je t’appelais! Car «traître» est bien ton nom ! Et je t’écoutais!... Ah ! tu me crois avaricieuse !

Je n’ai point dit cela. J’ai pensé : Peut-être bien que oui! Peut-être bien que non 1

* Yvobiô, Jtan-Matie, Loys«.

LOYSE

Avaricieuse ! {Elle lui dorme tin soufflet ,) Tiens ! tu ne diras pas que je ne t’ai jamais rien donné ! Voilà mes largesses qui commencent !

yvonne, avec reproche*

Loyse !

JEAN-MARIE

En voilà de l’amour! [Pleurnichant.) Eh bien I oui, tu es avaricieuse ! Et coléreuse encore par-dessus le marché ! Et tu ne seras jamais ma femme !

loyse, riant .

La belle punition !

JEAN-MARIE

Et tu as l’audace de rire de moi quand je pleure ?

LOYSE

Dame ! tu pleures si bêtement.

JEAN-MARIE

Bêtement ! bêtement ! Est-ce qu’on peut pleurer en faisant le gentil ! Tiens, Loyse, à vrai dire, je ne t’aime plus !

LOYSE

Moi, je ne t’ai jamais aimé.

JEAN-MARIE

Ah ! jour de Dieu! tu mens, car tu m’as dit souvent le contraire 1 Tiens, au bois, l’autre jour encore, près du petit ruisseau, pas loin du chêneaux loups...

LOYSE

Assez, Jean-Marie ! Tu as rêvé tout cela !

* Loyse, Yvonne, Jean-Marie.

JEAN-MARIE

Rêvé?— A preuve qu’en passant Peau tu es tombée dedans, que tu t’es mouillé tes jupons, et que ta mère t’a rudement secouée, le soir, quand tu es rentrée!

LOYSE

Ta langue est trop longue, Jean-Marie ! Fais-y attention !

Ta mémoire est trop courte, Loyse ! Tiens! je te déteste.

LOYSE

Et moi donc !

Enfants que vous êtes, vous vous adorez ! A quoi bon ces injures et cette dispute ? Etes-vous fous de vous quereller ainsi, au lieu de vous aimer sans bruit!

C’est sa faute !

LOYSE

JEAN-MARIE

C’est la sienne !

Dites que c’est la vôtre et ce sera vrai. — Demandez plutôt à la vieille Naïk qui vient ici !

LOYSE

La sorcière !

JEAN-MARIE

Elle m’ennuie, cette vieille ! Elle sort toujours le soir, comme les chouettes !

Eh ! vieille Naïk! oü allez-vous, de ce pas ?

(.Entrée de N aï h.)

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