ET LES FAKIRS
Lorsque j'étais dans la ville de Bénarès sur le rivage du Gange, ancienne patrie des brachmanes, je tâchai de m'instruire. J'entendais passablement l'indien; j'écoutais beaucoup et remarquais tout. J'étais logé chez mon correspondant ûmri; c'était le plus digne homme que j'aie jamais connu. Il était de la religion des hramins, j'ai l'honneur d'être musulman : jamais nous n'avons eu une parole plus haute que l'autre au sujet de Mahomet et de Brama. Nous faisions nos ablutions chacun de notre côté, nous buvions de la même limonade, nous mangions du même riz, comme deux frères.
Un jour nous allâmes ensemble à la pagode deGavani. Nous y vîmes plusieurs bandes de fakirs, dont les uns étaient des , dire des fakirs contemplatifs, et les autres, des disciples des a:. gymnosophistes, qui menaient une vie active. Ils ont. coin: une langue savante, qui est celle des plus anciens brachmanes, et, dans cette langue, un livre qu'ils appellent le Vcid<im. C'est assurément le plus ancien livre de toute l'Asie, sans en excepter
■le passai devant un fakir qui lisait ce livre. « Ah! malheureux infl s'écria-t-il, tu m'as fait perdre le nombre des voyelles que je comptais et de cette affaire-là mon Ame passera dans le corps d'un lièvre, au lieu d'aller dans celui d'un perroquet . comme j'ava m'en llatter. » Je lui donnai une roupie pour le consoler A quelqu-