REPRISE ENSEMBLE
(Avec accompagnements de couteaux et de verres.)
Sans argent, rentrer le matin, etc,
( Giroflée se rassied.)
ZAMORE, criant.
Bravo, Giroflée!... il faut rire !... il faut boire !... (ri boit.) Vive lafolie !... vive Giroflée, ma petite femme !...
L’EMPAILLÉ, la bouche de plus en plus pâteuse.
Je suis très gai, palsambleul je suis bon diable... j’ai de l’argent! je veux aussi chanter! j’ai une très-belle voix, (il chante.) Nous avons-t-y bu.
Nous avons-t-y ri Chez la mère Grivelle,
Nous avons-t’-y bu,
Nous avons-t-y ri...
C’est ça du plaisir!...
(Il est tout-à-fait gris. — Zamore qui s'est accoudé sur la table s'endort.)
GIROFLÉE, se levant.
Allons, voilà les têtes parties maintenant! ils sont tout-à-fuit gris ! (Elle gagne le milieu du théâtre.)
l’empaillé, se levant une bouteille à la main et s’adressant à Zamore
qui dort.
Oui, je te donnerai mon château, chère petite et mes quinze mille livres de rente! ils ne voient pas ça, mais je suis cousu d'or et je leur fais toujours payer tout... les imbécilles! ah! excepté ce dîner ci, mais il est bon... on en parlera sur le Turf! lant {iis, faut-être généreux... Qui est-ce qui veut cent louis ? (a zamore.) Veux-tu cent loins?... je m’en moque de cent louis, moi !... je suis un monsieur très comme il faut! (S’approchant de Girotlée, sa bouteille à la main.) Voux -tu des trois cenl^ louis? hein ? (Giroflée le repousse, il va tomber sur le divan.)
• Uiro Z 3 more, l*Epipiill£.
Il déraisonne... Zamore dort...
ZAMORE, rêvant.
Giroflée!...
Rêve à notre mariage, sans doute? oui, nous serons bien heureux ! (s’approchant de Zamore.)" Ce cher ami!... (Elle se penche pour l’embrasser et aperçoit la lettre qui sort de sa poche.) Tiens, la iettre de ses parents... (Prenant doucement la lettre.) Braves gens!... je les aime déjà comme si j’étais leur fille 1 lisons... n’ai-je pas le droit de lire les lettres de mon mari?
l’empaillé.
Zamore, moi je veux te prendre ta Giroflée... je le peux... je suis très-joli... je suis le plus joli !
C’est singulier... je n’ose lire... pourvu- que ses parentsn’aient. pas d'autres projets... Dame! je ne suis pas un fameux parti... je ne saurai que l’aimer et le rendre heureux... Mais, malgré sa famille, jamais I
L’EMPAILLÉ, chantant.
Nous avons t’y bu.
Nous avons t’y ri Chez la mer’ Grivelle...
Allons, maintenant que mon parti est pris, lisons... (Elle ouvre la lettre.) Que vois-je? une page blanche... pas une ligne d’écriture!... Et voilà les lettres qu’il prétendait recevoir de sa famille ! il me trompait, il me trompe encore sans doute. Ah ! monsieur Zamore !... nous allons voir... à nous deux, maintenant !
ZAMORE, rêvant.
Giroflée, il ne faut pas m’en vouloir... je t’aime tout de même !
L’EMPAILLÉ
Il est drôle, ce petit vin-là !... je le trouve caressant, comme si je ne l’avais pas payé !... et quand je pense que c’était pour séduire Giroflée !
giroflée, à part, regardant Zamore, qui commence ù s’éveiller.
Il se réveille! oui... C’est cela... (liant, et allant à l’Empaitlé qui s'assoupit.) Monsieur l’Empaillé! (Lui secouant le bras.) Âionsieur l’Empaillé! vous m’aimez donc'toujours ?
* Giroflée, l’Empaillé, Zamore.
** L’Empaillé, Giroflée, Zamore.
SCiîNE XII.
l’empaillé, se levant, eu trébuchant sa bouteille à la main. Vous dites? si je... oh ! oui, belle tigresse I oh ! oui !... et si vous n’aviez pas eu la mesquinerie de me préférer ce Zarnore...
ZAMORE, s’éveillant tout-à-fait, à part.
Hein ? (il fait semblant de dormir et prête l’oreille.)
GIROFLÉE, à part, le regardant du coin de l’œil.
II m’entend ! allons... (Haut, à l’Empailié.) Il m’avait offert «a main... mais maintenant ce mariage est impossible... (Montrant la lettre.) Sa famille S’y oppose... (Mouvement do Zarnore.) Elle lui destine une autre femme...
zamore, à part.
Qu’entends-je ?
l’empaillé.
Ah bah 7
Oui, je viens de voir tout cela dans la lettre qu’il a rei,ue tantôt...
zamore, à part.
Aïe !
GIROFLÉE, avec intention.
Une lettre, qui m’impose à moi aussi des devoirs que je saurai comprendre.
zamore, à part.
Elle sait tout.
l’empaillé.
Je palpite en vous écoutant.
GIROFLÉE, feignant de lire la lettre.
Air : du Carlin de la Marquise.
On lui dit de quitter Paris,
Où l’on connaît trop sa conduite,
D’aller chercher dans son pays One femm’ dign’ de son mérite ;
On lui dit que qui trompera A son tour s’ra trompé peut-être...
Bref, je crois qu’il profitera De ce qu’on lui dit dans la lettre.
Oui, je crois qu’il profitera, etc.
( Elle froisse la lettre et la jette à terre, du côté de Zamore.)
zamore, à part.
Elle se moque de moi 1
giroflée.
Ainsi, monsieur PEmpaillé, me revoilà libre. (zamore, sans être vu de Giroflée, se penche et ramasse la lettre.)
l’empaillé, avec transport.
Pas un mot de plus... je vous saisis I (Déposant sa bouteille à
terre, près du divan, et tombant aux genoux de Giroflée.) 0 brise printanière !... je me couronne de myrthes ! Ah ! couronnezmoi de myrthes, Giroflée !
Eh bien! s’il en est ainsi... si vous voulez m’épouser?
ZAMORE, à part.
Je comprends tant.
l'empaillé.
Vous épouser?... moi!... avec mes aïeux!... ah bath!... tant pis f... Cupidon l’exige!
ZAMORE, à part.
A mon tour!... (Haut et feignant de lire la lettre.) « Post- « scriplum. - Il faut en finir avec les folies de jeunesse et te « marier; si tu aimes une femme et qu’elle soit digne de ton « amour, épouse-là, et sois heureux. »
GIROFLÉE, vivement à 7-amore.
Que dites-vous ?..,
ZAMORE, montrant la lettre.
Le post-scriptum.
l’empaillé, sans sc relever.
Le post-scriptum!... eh bien! que nous fait à nous, grand Dieu ! ce post-scriptum ?
ZAMORE, mettant la lettre sous les yeux de Giroflée.
Vous n’aviez pas tout lu.
L’EMPAILLÉ, toujours à genoux, à Giroflée.
Mon adorée, n’oubliez pas que je suis à genoux, que je souffre et que je demande une réponse.-
ZAMORE, se mettant de son côté, aux genoux de Giroflée.
Moi aussi, Giroflée, je suis à genoux... moi aussi, je demande une réponse.
GIROFLÉE, à Zamore.
Non... vous m’avez trompée !
ZAMORE
C’est fini, je le jure!... Allons, Giroflée, soyez bonne... vous m’aimiez...
Avant la lettre.
•zamore, se relevant vivement.
Ah! quand on fait des mots, c’est qu'on pardonne!... Demain je fais publier nos bans à la mairie.
Et votre famille ?
l'empaillé, se relevant.
Oui, ta famille ! i