SCÈNE ir
ZAMORE
Eh ! là bas !
GIROFLÉE, lui donnant la pipe.
Voilà, jaloux 1
ZAMORE
Madame, agréez l’expression de ma considération la plus..- (il fume.)
Avez-vous bien dormi, voisin?
ZAMORE
Comme s’il n'y avait pas de piano dans la maison ! (il apporte le tabouret de piano au milieu du théâtre.) J’avais tant rigolé hierà la Closerie des Lilas.
Et moi donc ! dix-neuf contredanses sans compter les redowas, polkas, mazurkas, et autres schotichks !
Giroflée, voilà ce que j’appelle des excès 1
Oui, je vous conseille de parler, vous qui avez encore failli aller coucher au violon hier ! Toujours des querelles, des affaires ! Ai-je eu peur quand je vous ai vu empoigné par les surveillants du jardin.
ZAMORE
Giroflée, mes contemporains sont injustes à mon égard... je pinçais un rigodon décent... voilà un surveillant qui me dit : Jeune homme, soyez circonspect... — As pas peur, que je lui réponds, vous ne connaissez pas Zamore... je suis troubadour léger, mais je respecte les lois et je les chéris... z’a mort ! Ce fonctionnaire reste ébahi.
Là-dessus vous envoyez la jambe en l’air devant mon vis-àvis qui se penche...
ZAMORE
Mal à propos...
Et reçoit le coup de pied en pleine figure...
ZAMORE
Je lui dis : prenez donc garde! Au lieu de me faire des excuses, il se fâche. Pour le calmer je lui adresse un second coup de pied, plus bas, poste restante... Le gardien de tout à l’heure,, que j’avais humilié par la supériorité de mon éducation, me saisit au collet... Tumulte, bagarre ; chœur final! mes amis prennent parti ponr moi, on sé bouscule et me voilà parti sur ie chemin du violon avec cet imbécille dé l’Empaillé qui avait trouvé moyen de se faire appréhender, sans avoir rien fait, comme d'habitude^
Digitiz
Ah! ali! ah! ce pauvre garçon, il est si godiche 1 croyezvous vraiment qu’il soit sous cloche ?
ZAMORE
C'est son privilège, le melon et lui y ont (chantant.) des droits... superbes... Je reprends mon récit palpitant.
Ah ! j’ai la chair de poule 1
ZAMORE
Une fois dehors, le souvenir de ma Giroflée me donne de la force, je vous appelle et...
Menteur ! je n’ai rien entendu.
ZAMORE
Je vous ai appelée tout bas, par discrétion... faut pas compromettre les femmes ! Bref, je passe la jambe à mes gardiens; ils s’assoient et j’arrive ici d’un élan, poursuivi par leurs cris de détresse et par le remords de n’avoir pas fait mettre de housses à leurs fauteuils ! du reste tout s’était passé selon les plus simples formules de la politesse.
GIROFLÉE, lui donnant une petite tape.
Grand chenapan, va I comment peut-on aimer un vaurien comme ça ?
ZAMORE
Je vous le demande, Giroflée ? Ah ça! mais je vous ai invitée à déjeuner, passons à la caisse ! (il fouille dans sa poche.-) Cinquante centimes, quelle dèche... nous sommes gueux comme des poètes...
GIROFLÉE, gaiement après avoir bu une tasse de lait.
Eh ben! qu’est -ce que dit la chanson?
Air det Gueux de Béranger.
Les gueux, les gueux,
Sont les gens heureux ;
Ils s’aiment entre eux. *
ZAMORE
Vivent les gueux !
seul, le riche se ruine...
Pour éviter son destin,
Gais enfants de la débine.
Nous commençons par la fin.
* Zamore, 1 Giroflée.