‹ Zénaide FleuriotChapitre 12 sur 79 · REVERS DE FAMILLE · texte numérisé non relu

REVERS DE FAMILLE

et laNocat. ri faisait ainsi allusion à notre parenté avec eux.

'< Tu sais que l'abljé Royou était le beau-frère du journaliste Fréron immortalisé moins par le haineux quatrain de \'oltaire que par sa lutte héroïque avec les ncyclopédistes.

Après la mort de Fréron, l'abbé Royou prit la direction de son journal L'Année litlpralre, et fonda ensuite, en 1790, LAmi du roi, des Français, de l'ordre et de la vérité. Bravant jusqu'à la mort des périls sans cesse renaissants, il continua à combattre pour son Dieu et pour son Roi.

u Mme Laënnec, âgée, comme son mari, de plus de quatre-vingts ans, était une demoiselle Urvoy de Saint-Bedan: j'allais deux fois la semaine lui lire le journal. Quelque peu originale, elle n'avait pas voulu renoncer aux costumes de sa jeunesse, et s'habillait encore comme sous Louis XVI ; elle portait des robes [ de soie à ramages, des corsages à pointe et des jupes I à paniers . de petits chapeaux ronds entourés de I mignonnes roses et des souliers de satin à hauts j talons. Aussi aviez-vous beaucoup de plaisir à la ' voir quand elle sortait : mais cela était rare.

" .Je m'aperçois que je m'éloigne de mon sujet, j'y i reviens. Tu continuais à être aimable et très bonne, ' surtout pour les petites sœurs qui t'avaient suivie de près: ardente au jeu, tu faisais bruyamment le militaire dans le jardin, dans la cour, voire même dans les chambres ; et je t'assure qu'on obéissait « au Général o. Oautres fois, vous faisiez des processions oii rien ne ! manquait ; tu dois sûrement te rappeler certaine étotïe ■ de soie verte à grandes fleurs satinées, magnifique et

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très épaisse, qui vous servait à la fois de chasuble et d'étendard.

a Ta marraine, Zénaïde Le Coniac, se maria à M. Marquer; tu assistas à la noce, et je vois encore ta joie et ta fierté de pouvoir signer ton nom siu' le registre de la sacristie.

«J'allai ensuite passer trois mois en Normandie: mais, lorsque je revins, je trouvai notre mère complètement épuisée; elle avait défaillance sur défaillance, et le médecin prescrivait comme seul remède Tair de la campagne. Elle dut se résoudre à quitter Saint-Brieuc, en me confiant la maison (j'avais alors vingt-cinq ans et demi); toutefois il fut décidé que maman temmènerait avec elle pour être moins seule au Palacret.

(( L'air du pays natal avait beaucoup amélioré la santé de notre mère, et vous revîntes toutes deux à Saint-Brieuc après les vacances, ramenant la gaieté et le bonheur à la maison.

u Tu ne retournas plus chez Mme Charlemagne, qui m'en voulut beaucoup de l'avoir retirée de son école, juste au moment où tu pouvais lui faire honneur. Elle avait peut-être raison dans ce grief; mais il fallait te préparer à la première Communion. Le couvent de la Providence était alors en vogue, j'y avais été, j'en connaissais presque toutes les religieuses; cela militait en sa faveur : tu y entras donc, et plusieurs de tes compagnes te suivirent. Bien que travaillant mollement, tu faisais des progrès, grâce à ton extrême facilité; les religieuses vous conduisaient aux exercices du Catéchisme, auxquels je me rendais de mon côté : tu étais toujours dans les honneurs.

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< Enfin la promiôre Communion arriva : tu at-com- ]>li< co^ifrand arto iwcc une foi, un sérieux, une piété jiu-dessus (le ton Age. Tu étais tellement impressionnée, qu'en communiant et surtout après être retournée à ta place, tu répandais d'abondantes larmes; un peu inquiète de te voir si émue, je t'engaiicais à ne pas tant pleurer. mai< lu m'avouas ensuite (pie ces larmes étaient si douces que tu n'aurais pas voulu les empêcher de couler.

« Après la messe, comme tu me le racontas toimême, il doit bien t'en souvenir, une religieuse qui t'affectionnait particulièrement vint te prendre parla main et te conduisit devant une statue de la sainte ^'ierge qui s'élevait dans le jardin du couvent. « Ma chère enfant, dit-elle tendrement, vous venez de recevoir pour la première fois 1-e divin Maître, ne voulezu vous pas promettre à sa sainte Mère d'être toujours son enfant aimante et fidèle? — Oh I oui, je le veux, répondis-tu avec ferveur, les yeux brillants d'enthousiasme, et pour toute la vie! » La religieuse te fit agenouiller, et en quelques paroles touchantes te consacra tout spécialement à la sainte Vierge, lui demandant de te garder jusqu'à l'heure de la mort sous sa protection.

« Tu sais mieux que moi, ma chère Zéna, combien la prière de la bonne religeuse a été exaucée.

« L'après-midi, l'évêque monta en chaire, fil une instruction ; je crois que vous fûtes confirmées le même jour: vint ensuite la procession. Avec ta robe blanche, ton air modeste et recueilli, tes beaux cheveux d'un blond châtain sous ton voile de tulle brodé, tes grands yeux bleus attendris, tu étais vraiment angélique : et

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Ion me faisait sur ma petite sœur mille compliments qui me charmaient. Mon père et ma mère n'avaient pas assisté à cette belle cérémonie, l'un ayant été forcé de s'absenter pour une afTaire importante qu'il ne pouvait remettre, l'autre étant toujours souffrante; ce fut donc moi qui eus, après toi toutefois, la joie intime de ce grand jour. Tu continuas d'aller à la Providence, et l'année se passa sans événements. Tu pouvais avoir de douze à treize ans, quand les religieuses firent jouer une petite comédie aux pensionnaires du couvent. Le lendemain, votre maîtresse vous en fît le récit en classe, et le donna comme sujet de composition. Bien que tu n'eusses pas vu la pièce, puisque tu étais externe, tu m'apportas le brouillon de ton devoir que je trouvai si bien fait, si spirituel, si juste dans les dialogues, que je le lus à mon père et à ta marraine; ils riaient aux larmes, et ta marraine déclara que tu aurais le prix : ce ne fut pas toi cependant, ce fut Mlle de B***. Mais tes aptitudes littéraires s'étaient révélées, et continuèrent à s'affirmer; tu étonnais tes maîtresses par tes petites compositions, et l'on t'avait, tu t'en souviens, surnommée a Bernardin de Saint-Pierre » à cause de l'imagination brillante et poétique, du style facile et élégant, qu'on remarquait dans tes narrations. Tout le monde à la maison était enchanté des succès de <( notre petit « Bernardin », mais j'avoue que pour ma part je n'avais pas la moindre idée que tu écrirais un jour.

« Tu étais encore élève au couvent de la Providence quand mourut la mère Saint-Gildas, cette religieuse que tu aimais tant et qui te portait elle aussi une réelle affection; on la disait instruite, distinguée et

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