PREMIERS RAPPORTS AVEC LES AIXILIATRICES
« Je t'écrirai de Paris, et je le «lirai si je tais le voyage d'Italie. N'oublie pas VAvc Maria pour Alix. « Je t'embrasse et je t'aime de tout mon cœur. »
A SA SŒUR
« Paris, 9 juin ISfiT.
« Tu peux écrire chez M. LecotTre, ma chère Marie, car je resterai probablement chez lui pendant tout mon séjour à Paris. J'ai été aujourd'hui recommander ma chère Alix aux prières des Auxiliatrices du Purgatoire. Ahl ma chère Marie, quelle profonde impression j'ai rapportée de cette visite, et quelle inoubliable vision que cette noble et sereine figure de religieuse entrevue dans l'humble parloir du couvent. Grande et belle sous son austère vêtement noir, peut-être plus jeune que moi, il y avait sur son visage, aux lignes pures et aux yeux lumineux, une telle expression de douce mansuétude que j'ai mis tout de suite ma main dans la sienne, en lui ouvrant mon pauvre cœur désolé. Gomme elle a compris mon chagrin, comme elle m'a bien montré le ciell Elle parlait, et je ne me lassais pas de l'écouter; et ses lèvres bienfaisantes laissaient tomber, goutte à goutte, le baume divin qui seul peut panser la plaie toujours saignante de monàme.
« Elle n'a pas voulu me laisser faire une retraite dans l'état de désolation oii je me trouve, et m'a dit Id'aller d'abord à Rome, et de revenir ensuite la voir.
« Je suis sortie de cette entrevue emportant un calme, une religieuse paix que je ne connaissais plus depuis la mort d'Alix.
172 ZÉNAÏDE FLEURTOT.
«< Chose singulière! je pense constamment à cette femme à la voix grave et douce, que je ne connaissais pas hier; il me semble que je ne saurais plus l'oublier. Quelle influence aura-t-elle donc sur ma destinée?
« Adieu, je vous embrasse; à bientôt de mes nouvelles. »
A LA MÊME
« Paris, 12 juin 1S67.
(( Ma chère Marie,
« Je suis exténuée, bien que sortant très peu, mais la chaleur est si grande et la moindre course à Paris est si longue, que la fatigue vient toute seule.
u Tu me dis que Francis se plaît beaucoup au collège, ce qui me rend bien heureuse. Toutes mes connaissances parisiennes partent pour la campagne, je vais donc être délivrée des courses et pouvoir vivre tranquillement. J'en profiterai pour aller à mon cher couvent voir mère Marie de ***. Quelle place cette religieuse tient déjà dans ma vie, elle, la dernière venue! Il ne me semble plus être seule de par le monde, depuis que je la connais.
(( Je vois toutes sortes de personnes à propos de mon voyage d'Italie, et je ne sais ce que je déciderai. »
A LA RÉVÉRENDE MÈRE MARIE DE LA PROYIDENCE, '^ Fondatrice des Auxiliatrices du Purgatoire.
« Paris, 1" juin 1867.
« Madame, « Je voulais aller vous rendre compte de ma visite
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au R. Père Olivaint; mais j'en suis empêchée par l'arrivée de mon frère et de ma belle-sœur, auxquels je dois chercher un gîte.
« J'ai été très satist'aile de mon entretien avec le R. Père.
« Il m'a renouvelé l'otlVe d'une retraite; et je ne manquerai pas de la faire, que j'aille ou non à Rome.
« .J "obéis très consciencieusement aux ordres de mon médecin: je vais, je viens, pour rétablir entièrement ma santé: mais le fond reste le même. Sans rien préjuger de l'avenir, j'ai la ferme intention de m'associer à vous : ce qui me sera d'autant plus facile qu'il est plus que probable que je resterai habiter Paris, si je trouve un couvent qui veuille me recevoir pensionnaire à un prix raisonnable.
« Plus tard, je lespère. Dieu me fera connaître clairement sa volonté: et je mourrai peut-être auxiliatrice?
<( Mes premiers moments libres vous seront consacrés. Vous voudrez bien maider de vos conseils et de vos prières, achever l'œuvre que vous et mère Marie de *** avez commencée.
« Recevez, madame, l'expression de ma vive et respectueuse reconnaissance. ■>
A SA SCELR
- ParU. irt juin 1867.
(- Ma chère Marie, « Je reçois ta lettre et j'y réponds sur-le-champ, car je vais sans doute partir pour l'Italie avec Monsoio^neur TArchevèque et une amie de Mme Craven.
174 ZÉXAÏDE FLEURIOT.
« Je suis enchantée que Francis continue à se plaire à son collège ; c'est la chose importante.
((Je verrai certainement le Saint Père et jobtiendrai des indulgences bien précieuses ; il y en a qu'on ne peut avoir que pour ses parents vivants et morts; je les demanderai tout d'abord.
« Je pense faire d'excellentes relations pendant ce voyage, qui me distraira un peu, sans me faire oublier, hélas 1 mon orand chaorin.
(( J'espère aussi remporter une bonne bénédiction pour moi et les miens.
(( D'un autre côté, on me propose la direction d'un journal; cela me permettra de remettre l'équilibre dans mon budget, un peu obéré depuis que j'ai fini de payer les dettes de notre pauvre père. Xous n'avons plus qu'à vivre en paix maintenant de ce côté, portant les croix quotidiennes. Nos défunts sont plus heureux que nous, assurément.
(( Je vois toujours ma chère mère Marie de *** et elle m'a promis de m'écrire à Rome.
(( Je suis fâchée que tu te sois foulé le pied, car l'exercice t'est bien nécessaire; enfin, résigne-toi à ce repos forcé, et écris-moi si tu vas mieux.
(( Une dame irlandaise m'a trouvé un logement à Rome. Voici quelle sera mon adresse : Chez Mlle Langdate, Via délia Vite, 58, 3^ Piano. »
A MONSIEUR DE KERÉVER
" Paris. 21 juin 1861.
(( Je pars ce soir, mon bien cher ami, et je ne veux pas (juitter Paris sans vous en donner avis. Le délai
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pour mon passeport ma empêchée de profiter de roccasioii de Monseigneur FArchevêque et de Mme de Ladoucette, ce qui m'a bien un peu contrariée. Ce soir, je me dirige vers Tltalie sous la protection de M. l'abbé Sire, directeur du séminaire Saint-Sulpice, un homme très savant, qui va porter au Pape la Bulle sur l'Immaculée Conception, traduite ])ar lui dans toutes les langues.
« Vous vous étonnerez peut-être de me voir faire un voyage si coûteux qu'il m"a fallu.vendre la propriété de quatre de mes ouvrages pour pouvoir l'effectuer.
« Que voulez-vous? il faut bien que j'essaie de reprendre quelque force et un peu d'intérêt à la vie.
« En définitive, tout me manque! Votre famille était devenue la mienne: donc, c'est chez vous que j'aurais voulu goûter le repos de l'affection : et voilà que d'affreux vides se sont produits, et que chez vous, chez vous c'est-à-dire chez moi, je n'ai qu'une pensée : AJixl Donc il faut que je voyage, puisque je ne puis ine faire à sa disparition.
« Je vous aime tous personnellement de tout mon œur. Si quelqu'un de vous souffrait plus que moi, j'essaierais de m'oublier pour le consoler. Actuellement, je suis submergée parle chagrin: et, jusqu'à ce juc le temps ait endormi cette cuisante douleur, il 'aut que je m'éloigne de ce pauvre pays qui m'est si 3her.
; « Mais il est l)ien entendu que je vous reste attachée H fidèle. Que l'un de vous souff're dune façon ou l'une autre, je veux qu'on me l'écrive. J'accourrai, je ^oiis appartiens à tous: alors vous me retrouverez ce lue j'étais, car je pourrai vous êlre utile. Je regrette.
mon bon et vieil ami, de renouveler votre peine qui est celle quim'accable; maisjai voulu vous dire franchement, sincèrement, ce qu'il en est. Entre nous, il ne peut y avoir l'ombre d'un malentendu, nous avon«, trop aimé et trop souffert ensemble.
« Adieu, je penserai beaucoup à vous tous à Rome, ai-je besoin de vous le dire? Je veux m'imprégner de la seule espérance qui ne trompe pas.
« Embrassez vos chers enfants pour moi, en plus Francis, pour lequel vous continuerez d'être affectueux et bon. Il m'en coûte beaucoup de le laisseï ainsi; mais je suis seule à en souffrir, car à cet âge. on ne sait rien regretter longtemps.
« Croyez à ma sincère et profonde affection. »
P. -S. — *' A propos de mon voyage à Rome, je voie toutes sortes de grands personnages qui me témoignent une sympathie très vive. J'ai rendu visite à h marquise de Blocqueville. fdle du maréchal Davout prince d'Eckmiihl ^ dont le salon est un des plus litté raires et des plus artistiques de Paris. Le R. Pèn Félix, de la Compagnie de Jésus, avait bien voulu m( donner une carte d'introduction près d'elle, sachant que j'allais à Rome, et quelle y avait beaucoup d(| relations.
l. En mémoire de son père. Mme la marquise de Blocquevill fit un legs de 300 000 francs pour élever un phare de i""" classe l'endroit le plus dangereux des côtes françaises. La nobl dame, dans son testament, donnait ainsi raison de ce don gène reux : « Les larmes versées par la fatalité des guerres, que j' redoute et déteste plus que jamais, seront ainsi rachetées pa les vies sauvées de la tempête. » Le phare d'Eckmuhl s'élèv aujour<rhui sur la pointe de Penmarc'h dans le Finistère.