‹ Zénaïde Fleuriot, sa vie, ses œuvres, sa correspondanceChapitre 33 sur 89 · Auteur de Notre-Dame de Lourdes · texte numérisé non relu

Auteur de Notre-Dame de Lourdes

s. A, Madame la Princesse

DK SAYN-WITTGENSTEIX-BERLKIÎOURG

née IvANowsKA

« Au hasard de nos pas silencieux, nous suivîmes les étroites allées de cette cité mortuaire. La tombe que nos yeux cherchaient ne tarda pas à s'offrir à notre regard. Elle était d'aspect très simple.

u Rien qu'une dalle faisant à peine saillie au-dessus du sol. A la tète et aux pieds, l'anagramme des catacombes : Pro Christo, ^.

« A gauche et à droite, la première et la dernière lettre de l'alphabet grec, l'alpha et l'oméga, A et li, symboles de celui qui est le commencement et la fin. — Aux quatre angles, la colombe du déluge, portant (Ml son bec le rameau d'olivier, image de l'âme échappée aux eaux bourbeuses de ce monde, et rentrant dans l'Arche du Paradis.

« Une couronne princière et les armes d'une famille étaient dessinées au trait sur le marbre.

u L'inscription, surmontée d'une croix, était celle-ci :

Ici repose dans la palx

Carolyne

Princesse de Sayn Wittgenstein

DE LA Famille Iwanowsky

Née le viii Février 1819 Morte le ix Mars 1887.

« A la suite de ces mots était gravée, comme résumé de toute une vie, une courte devise dont il serait impossible de traduire le latin concis et antithétique. Elle faisait pressentir la montée de douleurs et le chemin d'angoisses par lesquels l'âme, qui avait laissé

là sa dépouille, s'était élevée à la souveraine clarté et à la triomphante paix des hauteurs :

Per angusta, ad augusta.

« Je n'avais jamais vu de mes yeux mortels celle dont les ossements gisaient en ce tombeau; mais rarement mon cœur fut plus ému que lorsque nous nous agenouillâmes, tous trois, à côté de cette dalle funèbre.

<( La patricienne, dont les ossements gisaient en cet obscur sépulcre, avait été un noble et beau génie qui s'était employé au service de Dieu.

« Dans le domaine de l'intelligence et du savoir, rien ne lui avait été étranger. Une telle universalité faisait, depuis environ dix ans, ma stupeur croissante.... Deux ouvrages d'elle, considérables comme étendue, et plus encore comme portée, avaient été imprimés sous ses yeux. Mais elle avait voulu qu'ils demeurassent, de son vivant, ignorés du public. Non seulement ils ne furent mis en vente chez aucun éditeur, mais on ne les tira qu'à quelques exemplaires d'épreuves, pour être communiqués, dans le secret, à de très rares amis.... Bien que nous ne nous fussions connus que par correspondance, je fus honoré de ce don et de ce témoignage d'affectueuse confiance.

« Pour des raisons puissantes, superflues à exposer ici, l'un de ces ouvrages, en vingt-quatre volumes in-8«, ne pourra voir le jour, suivant les ordres testamentaires de l'auteur, qu'un quart de siècle après sa mort. Ces volumes sont déposés en un couvent de Bohême, dans une chambre scellée.

c< L'autre livre était un traité, ou plutôt une série (le traités, sur les devoirs et les pratiques de la vie chrétienne en notre temps. Rien de meilleur, que nous sachions, rien de plus viril, de plus vrai, de plus efficace, de plus irrésistiblement bienfaisant, n'a été fait en ce siècle, dans cet ordre d'idées et de sentiments.

u Ce livre si irréprochable au fond et si salutaire, ce livre dans lequel nous nous étions nourris d'une substance vivifiante et divine, n'était cependant pas exempt (notre conscience littéraire nous le disait) de diverses imperfections de forme. Nous avons sollicité le droit de retoucher, de remanier l'œuvre, transposant, ajoutant, retranchant, avec la même indépendance et liberté que s'il s'agissait de nos propres manuscrits, incessamment re visés et corrigés.

u La princesse de Hohenlohe a eu la bonne grâce de nous autoriser à entreprendre cette collaboration posthume à l'œuvre de sa mère, croyant, écrivait-elle, « que ce sont les bons anges qui nous ont inspiré ce « dessein ».

« Dieu veuille qu'elle ne se soit pas trompée.... »

Tout dernièrement, nous lisions dans le numéro du 15 avril 1896 des Eludes religieuses^ revue mensuelle publiée par les Pères de la Compagnie de Jésus, un remarquable article bibliographique, où le R. P. Van den Brûle, signalant le livre de M. Lasserre, s'exprime en des termes qui manifestent une profonde admiration pour les œuvres de la princesse Wittgenstein.

« Ce que l'on peut dire, en général, de ces œuvres, dit l'éminent jésuite, c'est que, par l'universalité des

connaissances, et par l'élévation et la profondeur du génie qu'elles supposent, elles produiront sur plus d'un lecteur l'impression qu'elles produisirent du premier coup sur M. Lasserre : une surprise grandissant jusqu'à la stupeur.

« J'ai donc ouvert le livre, et voici que je n'ai plus le courage de le fermer; et que, le relisant malgré moi, je voudrais le transcrire tout entier pour les lecteurs des Études. Il faut cependant nous borner. Un ami de M. Lasserre avait pu dire que, dans le texte original, le style était lourd, tudesque et chaotique. Sans en détruire les beautés, M. Lasserre l'a mis en excellent français.

« Et c'est pourquoi, ami lecteur, prends ce petit livre d'or, et lis-le : 7'olle et lege. Médite-le, surtout, dans les heures de solitude apaisée, et pratique-le dans tes journées de vie mondaine ou de vie chrétienne.

« Je te le promets : tu y puiseras du charme, d'abord, le désir de t'élever ensuite ; et pour finir, la perfection que Dieu réclame de ta faiblesse.

« N'est-il pas vrai que tout écrivain qui recommande un ouvrage aimé prétend avoir découvert et présenter au public, « une perle »? Je puis donc bien le prétendre à mon tour. Et je le fais au point de te dire : Ami lecteur, cette perle est une des perles merveilleuses dont a parlé l'Evangile, car avec elle, s'il te plaît, tu peux acheter le Royaume des Cieux. « Van den Brûle S. J. »

La princesse de Sayn Wittgenstein n'est plus une inconnue pour le lecteur; et la correspondance intime

VOYAGK A ROME. 185

qu'elle eut avec Zénaïde Fleuriot, durant vingt ans, de 1807 à 1887, ne lui paraîtra que plus intéressante. Nous laisserons au style de la princesse « le tudesque el le chaotique », plutôt que d'y retoucher, au risque de lui enlever son originalité, dans des pages écrites au courant de la plume.

Nous n'avons retrouvé qu'une vingtaine de ces lettres, mais presque toutes celles que lui écrivit Zénaïde nous sont parvenues, voici comment.

Après la mort de son illustre amie, en 1887, Zénaïde avait pensé de suite à redemander ses lettres à Mme la princesse de Hohenlohe, sa fille S qui lui fit les réponses suivantes : elles expliquent la présence de ces précieux documents parmi ceux que nous avions à classer.

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