‹ Zéphyrin Guillemin [microform]Chapitre 143 sur 155 · II. Œuvres matérielles · texte numérisé non relu

II. Œuvres matérielles

1. Concession d'un terrain à Canton. La ville de Canton, renfermant pour le moins un million d'habitants, capitale d'une

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province de 30 millions, l'honneur de la Eeligion et le snceès de notre ministère, demandaient (jue là aussi, nous eussions un terrain convenable, assez grand pour recevoir une église, nt>tre demeure et les ditf'érentes (eu\res de la Mission..

Or, en JS58, au temps de la guerre Frauco-chinoise, la ville et toute la province de Canton se trouvant an pouvoir des troupes fran^'aises, et l'un des articles du traité, rendant au catholicisme les anciens terrains qui lui avaient été enlevés au temps des persécutions, j'ai pu indiquer, tant dans la ville de Canton que dans la province, 40 pro})riétés qui se trouvaient dans ces conditions.

Mais, au lieu de les réclan>er, chacune en i>articulier, ce (pii eût été fort long et ditticile, il me parut plus convenable et plus expéditif de ne demander au (Jouvernement Chinois qu'un seul terrain, pouvant servir de compensation i)0ur tous les autres. Et comme alors, l'ancien palais du Vice-roi était couvert de ruines et regardé comme un terrain néfaste, parce que sur lui était tombée la première bombe lancée sur la ville, c'est aussi l'un de ceux que j'indiquai, et celui que nos Commandants, de concert avec les mandarins, jugèrent à propos de nous accorder. INTais, que de i)eines et de ditticultés avant d'arriver à ce résultat!

11. Différentes oppositions. D'abord notre Procureur général à Kong-Kong, M. Libois, connaissant mes projets que je n'avais l)as cru devoir lui cacher, les désapprouvait hautement, et cela non seulement devant nos misisionnaires, mais encore devant les Commandants français résidant à Canton, et qui savaient bien me le dire à l'occasion!

De son côté, M, Albrand, supérieur de notre ï^^éminaire de Paris engageait nos missionnaires à « ramener dans les voies de la prudence et de la sagesse leur vicaire apostolique dont les prétentions exagérées comproniettaient l'avenir de la Mission. »

Heureusement que la nuijorité des confrères ne suivirent pas les avis de M. Albrand; en particulier cini] des plus anciens et des plus capables partageant complètement ma manière de voir, me secondèrent grandement dans la lutte que j'eus à ce sujet.

m. Opposition du Baron Gros. Entin le Baron Gros ministre de France en Chine, n'était pas présent, lorsque la transaction fut conclue.

Kevenant quelque temps après à Canton, et voyant le beau terrain qui nous avait été accordé pendant son absence, il s'irrita, disant que Sa Majesté Xapolé<m fil serait avertie de cet-

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^te négociation fâcheuse à tout point de vue. {voiries détails cités plus haut, page 146.)

IV. Eglise de Canton. Sur un si bel emplaeeniont, ;ui milieu de cette ville si populeuse et si importante, où l'on voit dos pagodes et des bonzeries d'une beauté remarciuable, il convenait que là aussi, il y eût en l'honneur du vrai Dieu, un temple capable de représenter nn rayon «le sa gloire aux yeux de ces pauvres païens, prosternés aux pieds de leurs idoles, et c'est aussi l'idée que J'ai cherché à réaliser; mais ici encore, <jue de ditticultés et de peines, pour accomplir un pareil i)rojet!

a. Argent. Il fallait d'abord une somme considérable. Or, lors de mon ])remier voyage en France, ayant pu voir l'Empereur Napoléon III, et lui repi'ésenter combien dans cette ville de Canton, il serait imj)ortant d'avoir une belle église, élevée en l'honueui' du vrai Dieu, et qui, en même tem])s, serait un souvenir de l'expédition fran(;aise, et une nouvelle gloire pour Sa Majesté, j'en reçus d'abord la somme de 300 mille francs, puis une 2'\ fois 100 mille et enfin une 3". fois 100 mille, sommes qui, jointes à celles que j'ai pu recueillir, me permettaient de tenter quelque chose de grand et d'imposant.

b. Plans. Il fallait en 2" lieu, un plan digne et convenable, et je désirais surtout une église ogivale, comme devant faire plus d'impression sur les Chinois. Or, dans mes différentes courses en Europe, visitant avec soin toutes les églises gothiques, et prenant dans chacune d'elles, les dirtérentes parties qui me paraissaient le mieux s'adai)ter à iu)s ])rojets, j'en fis faire un dessin général que je présentai à M. Viollet-le- Duc, qui me le rendit avec ces paroles gracieuses: "Oui, faites exécuter ce plan; vous en serez content, et pour moi, je serais fier d'en être l'auteur!"

c. Architectes. Avec des plans, il fallait également des liommes de l'art pour les exécuter; et sous ce rapport, faisant venir successivement de France deux architectes habiles, et qui m'avaient été recommandés, tous deux nous quittent quelque temps après, pour aller à Hong-Kong et en Cochinchine, réaliser des bénéfices [dus considérables; et alors, l'ouvrage, arrivé à peine à la moitié, retombe à la charge du pauvre évêque qui s'en tirera comme il pourra.

Il s'agissait surtout de la construction des voûtes, chose si importante et si difficile à exécuter dans ce pays; mais néanmoins, grâce aux études de physique et de mathématique que j'avais suivies autrefois au Collège de Fribourg, chez les Pères Jésuites, ces i)remières notions me permirent de conti-

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uiier l'ouvrage commencé, sans qu'on s'aperçut trop de l'absence de nos premiers architectes.

d. Ouuriers. H nous fallait ensuite des ouviers, et dans un pays, où ces sortes de tra^aux sont à peu prùs inconnus, c'était à nous tout naturellement à les tonner et à les diriger.

Or, bien que nous en ayons eu jusqu'à 400 à la fois, l'ouvrage s'est toujours fait d'une manière régulière et convenable. Bien i)lus, nous avons pu leur faire comprendre qu'en travaillant à l'église du vrai Dieu, ils devaient également l'honorer et le servir dans leur cœur, pour avoir part à la récompense réservée à ses fidèles serviteurs; et la plupart, pour ne i)as dire tous, ont courageusement renoncé au culte <les idoles, pour embrasser la Religion et recevoir l'eau sacrée de la régénération.

e. Matériaux. Enfin, il nous fallait <les matériaux; et, ayant ouvert une carrière de granit sur les bords de la mer, ;\ 40 lieues de (-anton, nous y prenions déjà dei)uis deux ans, les pierres dont nous avions besoin, lorsqu'un jour, le Vice-lioi de Canton me fait savoir (pie des ordres de son gouvernement nous défendent désormais de faire nos approvisionnements ou ce lieu. Sou Excellence ajoute qu'Ellc regrette cette m(\sure, mais qup venant du ministre lui-même, Elle ne peut la modifier en rien. De là, la nécessité pour moi d^aller jusqu'à Péking, pour y traiter cette grave question,

/. Voyage à Pékîng. Arrivé à la Capitale du Céleste Empire, et exposant à notre Ministre pléniiîotentiaire, le but de mon voyage: « Hélas! cher JMonseiqueur, me fait celui-ci, vous venez en un bien mauvais moment! Déjà j'ai tant d'affaires sur les bras, qu'il m'est impossible de m'occuper de la vôtre en ce moment. ^Nhiis, ajoute-t-il, comme dans deux jours, il y a conseil des ministres, si vous le voulez, je vous y conduirai; ]»uis, ayant ici, un de nos jeunes interprètes, M. de Belcour, bien au courant de la langue mandarine, je vous le donnerai ])our vous assister, et alors tous deux, vous tacherez de vous en tirer le mieux qu'il vous sera possible! »

(Voir la suite de ce récit dans itn des j^récédents chajntres imij. 278).

h. Dimensions de l'église. Aujourd'hui presque achevée, au moins pour les grands travaux de maçonnerie, construite dans le style ogival, en ])ierres <le granit, avec une belle façade, deux tours, trois nefs, un large transept, douze chapelles latérales, de belles grandes fenêtre.^ dans le sanctuaire, la grande nef et les

C'Iiapltro XVI -Son in<^iiioir<>

les

chapelles, comptant 200 pieds de lon^-, 100 pieds de lar^e et (54 pieds d'élévation sons voûte, notre é<>lise, je ne crains ])as de le dire, pent entrer en comparaison avec les j>lus belles églises ogivales de France dn 2" ordre, et même, tous nos olliciers de marine et les voyagcnis (pii \iennent la \ isiter, n'hésitent pas à lui donner la i)rétéreiice sur S."' Olotilde de Paris. An moins, bâtie dans le môme genre, a-t-elle de i)lns (pie cette rivale, 12 chapelles latérales.

/. Son efFet moral. Mais c'est surtout an point (le vue religieux, que sa valeur se fait le mieux sentir, et qu'elle peut servir davantage à la [>ropî>gation de l'Evangile an milieu de ces pays infidèles. Surpris de cotte construction «pTon regardait autrefois comme une cliiuière, aujourd'hui h.vs ('liin<»is ne la considèrent [>lus <pu' eonime l'.<euvre de Dieu et sur laquelle se trouve emi)iejnte la trace de sa main tonte puissante: Digitus Dci est hic! IS'on siMilement ils n'es(U'aient se l)ermettre la moindre injuic ou la nH)ii!(lre inconvenance enxcrs elle, mais encore dans les malheurs publics ou les é[)reu\-es particulières de la vie, comme dans les incendies, les maladies, tous, païens et chrétiens se tournent vers elle, et viu'vt lois, nous les avons vu rcM-evoir i>res<iue immédiatement la récomi)ense- de leur pieuse confiance en Dieu.

Aussi, j'aime à le dire dans le sentiment de n(»tre reconnaissance envers le Seigneur, c'est l>ien la plus belle j)ierre que nous puissions mettre à l'établissement du christianisme.

V. Orphelinats. Avec une église, il iallait bien aussi dans la ville <le Canton, «pielcpies établissements, ékivés plus si)écialement dans l'intérêt de la pojuilation, et pour lui montrer le but qui nous amène au milieu d'elle.

xVussi, aidé de l'ceuvre de la S" Knlance (pii m'a largement remis la somme <le 100 mille francs pour cet objet, j'ai pu élever derrière l'église, deux beaux et grands orphelinats, entourés de galeries, de cours et de jardins, et (jui sont bien évidemment les plus belles constructions de la ville de Canton. Ces deux établissements, dont l'un nous sert aussi de séminaire, produisent un bon etî'et sui- la i)opulafion <pii voit le bien réel et désintéressé (pie la religicm chrétienne ai)i)(>rte au milieu de ces contrées.

VI. Cimetière. Avec l'église et nos or])helinats, il fallait bien également un lieu spécial i)our recevoir la dépouille- dé nos chrétiens. Or, à une lieue de la ville, au pied des niontagnes.

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se trouve une petite voilée qui était jadis la propriété *le la IMissioii, et (pii lui avait été enlevée au temps des persécutions.

Pendant l'occupation de ('auton, ayant pu recouvrer ce terrain et l'Murandir de moitié, nous en avons fait le lieu de notre Cimetière. Entouré d'une liaie vive et d'une double rangée de pins toujours verts, il présente à l'entrée un beau portail en uranit et à trois coujpartiments, avec <les vases en fonte et une croix aussi en granit (jui domine tous les environs. Ce terrain pour les morts, ne compte pas moins de îîOOO pas de circonférence.

Au centre de la vallée, s'élève le mausolée qui recouvre les restes de nos soldats et [)our la constnu'tion duquel, l'em- [)ereur Napoléon JIl a bien xouln me donner la somme de 25 niille francs. (')

Formé de 4 colonnes et d'une rtècLe (jui, avec sa croix, s'élève à hi hauteur de M) pieds, il renferme à l'intérieur un bel, ange en fonte de <s jùeds de liant, les ailes à demi déployées, montrant d'une main le Ciel, et de l'autre, déposant une couronne sur les restes des guerriers qui reposent à ses pieds monument simple, nniis gracieux et qui a l'approbation de tous les artistes et connaisseurs qui le visitent.

A l'extrémité de la vallée, se trouve un petit village avec sa chapelle et 4 ou cinq familles chrétiennes, chargées à la fois de la garde du cimetière et de la culture de quelques terres que nous avons achetées dans les environs.

Enfin, chaque année, à la fête des morts, il se tait en ce lieu une procession solennelle à laquelle assistent toujours 4 ou 500 chrétiens et autant de païens, attirés par la curiosité de ce touchant spectacle! j'y célèbre la Messe en plein air, au i)ied du petit monument, et je ne saurais dire combuMi cette cérémonie faite d'une manière si grave et si pieuse, produit bon effet sur tous ceux qui en sont les témoins!

Vil. Tombeau du P. Prouana. A l'extrémité opi)osée de la ville, se trouve un tombeau élevé par l'Empereur Kang-Hi, eu mémoire d'un missionnaire rJésuite, le P. Provana, qui jadis avait joué un rôle important à la cour de Pékin.

Construit en granit, le mausolée porte une belle inscription latine et chinoise.

Ayant pu obtenir du gouvernement Chinois la restitution de ce tombeau, et des terres adjacentes, nous en avons fait

(l) Lo monument perdit d'abord son anye de fonte, lors des pillages de 1884 et finalement, fut lui-même très mutilé par la foudre eu 190G.

<'hapitr«' \VI - Son ni('nioir«>

un lieu" de promenade i)()ur nos élèves du Séuiiuîure, en attendant que nous puissions y établir une petite maison de campagne ou pour mieux dire un lieu de repos et de tranquillité pour nos missionnaires et nos élèves, eliose nécessaire dans ces pays brûlés par les ardeurs du soleil.

VIII. Chapelles dans la Prouince. En 1<S48, la Mission, dans toute son étendue, possédait à pcMnc 4 ou 5 clia]»elles délabrées et servant a tous les nsa.ues ])rofanes de la vie.

Aujourd'hui, nous en comptons une centaine, clia<|ue missionnaire en nyant au moins 3, <iuel(iues-uns davantage, toutes étant propriétés de la Mission, ne servant (ju'au culte religieux, et pourvues d'objets nécessaires h la célébration du service divin.

A côté de la cbapelle, se trouve la chambre du missionnaire et celle du catéchiste, avec leurs dépendances: cuisines, petit jardin, le tout pîiuvre, mais bien tenu.

IX. Chapelles de Sancian. Et parmi toutes les cliai)ellcs de l'intérieur de la Province, <|u'il liie soit permis de citer en particulier les deux chai)elles érigées dans l'île de Sancian, l'une en style gothique, sur le tonibeîiu de St Franeol.v; XnvicM-, l'autre en style grec au milieu du ]>lus ])roche \ill;ige.

La bénédiction de ces cluipelles se lit avec tant d'entrain et un si grand concours de la part des habitants, que le grand Juge de PIong-Kong, Mac-Donald, tout stupéfait, et m'adressant la parole devant tous les assistants: «Monseigneur, me dit-il, c'est le plus beau succès que vous ijuissiez esi)érer, et quoique protestant, je vous en fais mon compliment bien sincère! » '^ ■'..■'':-■ '■:--:'' :- ■

Un missionnaire y étant à poste fixe, il fallait aussi lui bâtir un presbytère convenable ot une école jtour les enfants de ses catéchumènes déjà au nombre de MH).

X. £coIes dans la Prouince. En 1S4S, la Mission n<' jtossédait que 3 ou 4 écoles à peine fréquentées chacune par une dizaine de pauvres entants.

Aujourd'hui, nous en com})tons î)l, parmi les(juelles 74 .sont pour les garçons et l'ôpour les tilles: ce qui nous donne 2 écoles au moins par missionnaire, (puîhjuefois 8 et 4, et ce (pli pro<luit un bien réel dans la Mission.

L'école une fois bien établie, nous ])ermettous volontiers aux enfants païens d'y assister, mais toujours en nombre inférieur à celui des enfants chétiens: ce qui est pour eux, une occasion de s'instruire des premières vérités du christiainsme.

XI. lYles rapports auec les Mandarins. Dans l'intérêt de la Foi et de notre ministère, je tâche de rendre mes ra]q)orts avec

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les mandarins aussi dignes et aussi convenables que possible. Non seulement j'évite tout ce qui pourrait les froisser et amener quelque conflit entre nous; mais encore, je ne manque aucune occasion de leur donner toutes les marques de considération et de bienveillance que je sais pouvoir leur faire plaisir.

Déjà, on a vu la manière dont je me suis présenté devant les ministres de Pé-kin, et l'on a vu l'accueil qu'ils ont bien voulu faire à ma demande.

Deux fois, dans les rues de Canton, allant eu palanquin et rencontrant le Vice-Roi qui venait dans le sens opposé, accompagné de son brillant cortège, je descends de ma chaise, pour le saluer; et alors, touchée de cette déférence. Son Excellence fait arrêter son palanquin, et me saluant à l'Européenne comme je l'avais saluée à la façon chinoise. Elle me présente gracieusement la main que je reçois avec une profonde inclination: ce qui fut généralement remarqué, et fit une bonne impression sur toute la population !

Dans d'autres circonstances, je n'ai jamais manqué de lui envoyer mon petit présent, objet européen tl'une certaine valeur, comme:

l." Une montre en or et à répétition.

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