‹ Zéphyrin Guillemin [microform]Chapitre 24 sur 155 · M:lr. lanll · texte numérisé non relu

M:lr. lanll

>9ki' <iiiill«'iiiiii

frères .snccomber siMis le eouj) des nerséentioiis. Eu moins de cinq ans, (iiiatre missionnaires ont été Jetés dans les térs: Tun est mort à la suite des mauvais traitements et les autres n'ont été délivrés qu'après une longue et douloureuse captivité.

« il y a moins d'une année que M. Cliapdelaiue, son catécbiste ft une jeune veuve cliargce dv l'instruction des femmes païennes, su(HX)mbaieut au milieu des plus affreux suj»plices, en invocpiant le nom de ,Iésus-Ohrist.

« Entin, au moment où J'écris ces lignes, nous avons encore 18 chrétiens dans les fers, et [)armi eux trois sont soumis chaque Jour aux épreuves les plus douloureuses; tantôt l'on remplit leur prison d'une épaisse fumée pour les étoutt'er, tantôt on les suspend au phuRdier i>ar les nuiins, leurs ])ieds touchant à peine la terre, et dans cet état on les Ira [)pe Jusqu'à ce que la «h)ulenr les fasse évanouir, afin de leur arracher de l'argent, ou tout au nu)ins une parole d'apostasie m la religion ([u'ils ont embrassée!

« ^lais <-e n'est i)as (.-ncore là, nos très chers frères, le ]»lus grand snjet de nos douleurs: ce qui nous atHige le plus, et ce qui m'engage aujourd'hui à recourir à votre tendre charité, c'est de voir que sur cette terre immense confiée à nos soins, nous n'ayons pas encore une église élevée à la gloire du vrai Dieu, et destinée à recevoir les prières des tidèles.

« Hélas! dirai-Je (ju'à Canton ville immense ouverte à tous les Fluropéens et (\u\ compte i)lus d'un million d'habitants, les .\.nglais ont un tem[)le magnifique, les Américains deux vastes chapelles, les ^Mahométans une sujierbe nu)S(|uée, les Chinois quantité de p.igodes: il n'y a (pie le Catholicisme qui n'ait i)as su implanter sur cette terre infidèle un monument de Foi; comme s'il était la seule proscrite parmi les religions de la terre, ou (pie ses tidèles n'eussent point assez de force pour le protéger.

« Lorsqu'il y a S ans, nous sommes venus })rendre possession de cette terre, à ])eine avons-nous pu disposer en chapelle une des pièces de notre pauvre habitation, et dei>uis cette él)o(pie, nous n'avons point d'autre lieu pour rassembler nos tidèles, célébrer les divins mystères et administrer les Sacrements.

<i Les protestants se rient de nos douleurs, et nos pauvres tidèles en sont dans l'abattement et la consternation.

« Quand ils viennent dans la capitale de la })rovince, en voyant l'humble état de notre culte, ils se demandent pourquoi la religion catholi(pie (^st ainsi dans l'abaissement et comme dans la poussière f pourquoi le culte du vrai Dieu est l'o])i)robre et la risée des sectes dissidentes, tandis que les temples protestants et païens brillent de l'éclat de l'or et de

t'Iiapitrc IV -Mai Iettr«' "iiiix «■lir<^li«Mi.«*

Tardent ; et ces pauvrey chrétiens, retouniant ensuite «lan^. leur contrée, emportent avec eux les impressions fâcheuses qu'ils ont reçues dans la capitale!

« Que nous ayons au contraire une église à Canton, (]ui pourra dire le bien immense qui en résultera pour la religion et en particulier pour la proi)agation de l'Pîvan^ile.

« ?]n jetant les fondements de cet édifice, nous prendrons en quelque sorte possession de cette terre qui Jusqu'ici, avait résisté à tous nos elîbrts. On comprendra (jue la relijiion chrétienne n'est plus une religion proscrite et méprisée ; nos chrétiens seront heureux de voir la maison du vrai Dieu s'élever dans une des premières villes de l'Empire, sous les yeux mêmes du gouverneur de la province ; ils aimeront à fixer leur demeure autour de ses murs, et les païens eux-mêmes se sentiront attirés à la religion du Sauveur, à la vue du res])ect dont on l'environne et de la considération qu'elle mérite.

« Lors(iue nous visitons nos chrétientés é])arses, nos pauvres fidèles élèvent à la hâte un autel, dans un des coins d'une chambre, souvent même au milieu d'un hangar, d'une étable où se trouvent réunis i)êle-mêle les chrétiens et les animaux domestiques ; et c'est sur cet autel improvisé, parmi cet entourage, (pie le missionnaire, privé de tout, fait descendre l'adorable victime du salut.

« La messe une fois terminée et l'action de grâces accomplie, on se hâte de faire disj)araître l'autel, et nos chrétiens se mettent de nouveau à causer, à rire et à manger en ce lieu, comme ils le faisaient auparavant ; et ils resteront ainsi pendant cinq ou six mois, c'est-à-dire jusqu'à la nouvelle visite du Père, sans avoir un lieu pour se réunir.

« Or, comment avec cela inspirer à ces pauvres néophytes des sentiments de piété ! Comment leur donner une idée de la grandeur de nos mystères f Comment contrebalancer à leurs yeux l'ettét que produit le paganisme si riche, si pompeux dans ses cérémonies f Non, la chose n'est pas possible !

« J'y ai pensé bien des fois, et i)lus j'y réfléchis, plus je me confirme dans cette vérité : sans chapelles, nous n'aurons jamais de culte extérieur, et sans culte extérieur, il est im])ossible d'implanter la religion dans ces pays infidèles. -

« Je sais que, dans l'état de persécution où nous sommés, il nous serait difficile d'avoir des chapelles apparentes ; inais à côté de rhal)itation d'un chrétien, dans l'enclos de sa maison, qui nous empêcherait d'élever un modeste oratoire, ignoré des imïeus, fréquenté seulement de nos clirétiens f Nous serions surtout heureux d'ériger une humble chapelle à l'apôtre des Indes et du Japon, au glorieux St. François Xavier, dans rîle à demi déserte où il termina sa féconde carrière.

Mgr <»uill«'iiiîii

« ^\ni!s ne eraigiums pas de le dire, de tous les moyens de ]>ropa»>ei' et de conserver la reli,i;ion chrétienne en ces ])ays, l'érection de (inehjnes chapelles est p\ideninient un des meilleurs, celui (pli entretiendra le i)lus t'acilenuMit parmi nos chrétiens, l'esprit <le Foi et de pieté. Sans cela nous aurons beau taire, jamais nous n'aboutirons à rien.

« Kntin, en élevant des chai)elles au culte du vrai Dieu, nous ne saurions perdre de vue ces jtauM'es entants (pie nous avons i'é«>énérés à la vie de la «ii'Ace, et (pii n'ont ])as une seule école chrétienne pour y recevoir les premiers princii)es de la religion et des sciences.

«, Obliges de f'récpienter les écoles i)aïennes, mêlés aux enfants idolâtres de leur Age, ils sont contraints de se prosterner devant d'infâmes idoles de pierre ou de bois, et s'imi)règnent, dès leur première (Mifance, <les malheureuses <loctrines du pa-

ganisme.

« ('ombien de fois ce désordre nous a fait gémir, et com- )>ien nous désirerions vivement y apporter un pronii)t remède!

« Avec (]iielques aumônes de plus, il serait facile, à côté de la cliai)elle, (Tétablir un endroit où, sous la surveillance d'un maître chrétien, ces jeunes enfants viendraient recevoir riustruction religieuse et scieutiticpte dont ils ont besoin; et ainsi, nous aurions l'avantage de conserver leurs nueurs dans leur première iimoceiiee, et en même tem])s, nous nous ménagerions i)armi eux plusieurs sujets d'élite, (pii seraient plus tard nos coopérateurs et nos auxiliaires dans la belle (cuvre de la propagation de l'Evangile.

« Telles sont, nos très chers frères, les vo'ux et les projets que nous formons pour cette partie de l'Eglise de .lésus-Ohrist conliée à nos soins.

« Avant de les exposer à votre charité, il était juste que nous en lissions part au Chef suijrême de l'Eglise.

« Au récit de nos misères et de nos espérances, son coMir ])aternel s'est ému pour cette Eglise du Kouang-tong si pauvre et si persécutée. Non seulement il a voulu consacrer de ses mains vénérables son nouvel évéque, mais encore, bénissant tous nos projets, il nous a engagé avec bonté a consacrer les (pielques jours que nous avions encore à passer sur le sol de la patrie, à recueillir les offrandes (pie la ])iété des lidèles voudra bien nous remettre ])our travailler h notre œuvre.

« Je viens donc, nos très chers Frères, ai)puyé de l'autorisation du ])remier Pasteur de l'Eglise, et a\'ant de retourner en Chine, solliciter en toute simplicité, mais avec confiance, les secours de votre charité en laveur d'une Mission (pii couimence et qui n'a encore rien.

l'hapilro IV -Sa lettre ••aiiv < lirviicii»»"

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« Et afin (le mieux nous faire eoiniu'endre ises iniineiises besoins, je ne eraiiulrai i)as de vous (Uniiier ici un (H)ui't apeiru <le nos l'aibles ressources et de leur emploi.

« J/alloeation (|ue nous reee\'ons de l'o'u\re de la Propai^ation de la Foi, et «jui doit nous servir pour 1857, s'élè\'e, dédu(^tion faite des frais de transport et d'échange, à la somme de 1<S(;()() francs.

« Or, avec cette somme, il faut, 1": qu'un évêque et 11 missionnaires pourvoient à leur entretien, qu'ils i)ayent nourriture, lo^enunit, vêtements, cuisinier, catéchistes et voyages. 2": il faut pourvoir à l'entretien d'un petit séminaire. .'î": payer le loyer de la maison centrale qui est à Canton et (jui sert d'asile à la plupart des missionnaires (pii se ren<lent <lans Tintérieur de la Chine. 4": subvenir aux accidents imi)révns et aux déi»enscs «in'il nécessitent; ainsi, l'année dernière, il nous a fallu donner SOO francs pour le rachat de M. Jacquemin, l'JOO francs pour secourir les chrétiens de M. ('ha])delaine.

« Enfin, au moment où J'écris ces lignes, comme Je l'ai dit, nous avons IS iirisonniers chrétiens à entretenir ... Et comment, a\ec des besoins si étendus et des siunmes aussi restreintes, songer A <pudque <euvre tant soit [K'U considérable, pour tionch'r la religion (Unis ces pays infidèles?

A La chose n'est pas possible!

« Aussi ai-Je vu tel missionnaire (|ui, pour se ménager quel- «jnes ressources de jdus, réduisait son modiipu' rei»as du soir à une seule éeuellée de riz et à un [kmi «le pois'^on sec.

« Un autre est resté, pendant (piatre m<tis, ex])osé à la jiluie et aux injures du temi)s, [>arce qu'il n'avait pas de (pioi réi)arer h' toit de sa pauvre demeure. Vu autre enfin, Jeté dans l'île de llaïnan, n'a eu pendant longtem]»s (pi'un lépreux pour le servir, parce (ju'il ne devait lui donner d'autre salaire <iue sa nourriture.

« Je n'ajourerai i>as, (jue dans l'incendie (pii eut lieu dernièrement i\ Cantiui, les flammes ont dévoré mon mo<leste bagage de missionnaire, et qu'en retournant bientôt «lans ce l>ays, Je n'y trou\erai rien de ce (jne J'y avais laissé, en sorte que l'on peut dire, «jue tout seaible se réunir pour faire de notre Mission la plus pauvre et la jdus éprouvée qui fût Janniis. (')

« Ce])endant, malgré cette gêne excessive, tant qu'il s'est agi de nous personnellement, nous n'avons rien voiUu <leman-

(1) Cette situation liiiucntalile il'il y a GO ans, s'est heureusement uiudifiée aujourd'hui, (1918) depuis que la sa<^e éeonomie de Mgr Chausse a permis de constituer un ca])ital suttisiint pour fonder et soutenir les œuvres. Ce .•apital d'environ 330. 0(K) ])iastres (DOO.OOO francs) a dôjà servi à doter la Mission nouvelle de Swa-

low (liMI) [i.ir le vers"iii 'lit d'un 1 ïpvs de sou total, -"it - 11o<mio oiastres.

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^ly:r iiîiiilItMiiiii

«ItT. persuades oDunne Notre-Seiiiueur nous W dit assez, <|iie la |>aii\ ivtt'^ est le plus bel apanaj;e du inissionuaiiv. Mais auj<)ur<rhui (jue uous avons dé eliar^és du soin spé(*ial de cette Misîsion, nous eroi rions niauipier ;i notre devoir dinê- «|ue, si nous ne vous taisions connaître les besoins de cette intéressante partie <le rEy,lise.

<v Ali! tandis «jue le sol heureux de notre patrie se couvre chaque .it)iir de monuments religieux, <]ue ses temples sont ornés avec la dignité qui convient au culte du vrai Dieu, n'est-il i>as juste «lue uous pensions un peu à ces peui)les infortunés (pii sont encore sous le Joug du i>aganisme et qui ne pourront en sortir (pi'en i»roportion des secours q\w nou» leur ai)])orterons ?

« Bien des t'ois, nous sommes touchés <le la \ ie des missionnaires, de leurs sacritices, de leur dévouement à la cause de Dieu: nous nous demandons si nous ne pourrions pas leur venir en aide pour propager rbhaiigile en ces pays inlidèles.

« Ohl voici une belle occasion, nos très chers frères, pour suivre ce picu\ élan de votre charité. Soyez-en [>ersuadés, ce que vt)us aurez fait pour la conversion (h\s païens. Dieu ne le laissera pas sans récomi>ense.

« Et i>our nous, voulant autant (pTil est en notre pouxoir, ac<iuitter la dette de la reconnaissance, chaiiue semaine, i»endant l'espace de KX» ans, nous ferons célébrer une blesse ])our nos bienfaiteurs et leur famille, dans cette église (pi'ils nous aideront à fonder sur cette terre arrosée <lu sang des mart \ rs.

« I*ui>, si notre (puilité de missionnaire, si nos traxaux apost«>li(jues nous donnent (juchpies faibles nu''rites devant Dieu, volontiers nous les partagerons avec nos |)ieu\ bienfaiteurs. »

Fait à IJome ce '-Mi , Janvier 1S,")7

♦f» Zepli.vi in. cvrinit* <lc l'vbislia, prét'et iq)osU>li<]iU' (lu KoiiMiiii-loim. (lu Ivoiiiui",-Si et dt- Hin'ii;iii

("et api)el ne sera (lu'une préface aux i)rédications [dus émouvantes ([ue le ju'élat va faire, aju-ès son départ de l'Italie.

Il quitte Home à hi tin de mars et va d'abord à Fribourg, puis en France où les évêques lui laissent toute liberté de (piêter en fa\eiir de son église.

On garde encore dans les villes ofi il passa, le souvenir lie sa i>arole pleine d'onction (jui touchait même les plus prévenus : « C'rtdit, dit un témoin, loie parole d'apôtre. »

Mais les bourses ne se déliaient pas aussi vite (]iie l'eût

4'liit|>itr4> IV -M« vi!«iil«' si \îh»<>1«mmi III.

(léisirc le (iiiêteur. Il compiil (|ii'il In lia il IVaitiKM- ù ht [Mu-te principale, à celle des Tiiileriç>s.

Aussi, prenant en c<Hisi(létati(>n ra\is ([ne lui (hninèrent (îeitaiues personnalités liant placées, l'éxêipie résolut d'obtenir une audience de Nafioléon III et de Tintércsseï' à ses j)i-ojets.

(l'était osé, mais opi)ortnn. Donc il l'osera!

Il pensait d'ailleurs que l'intervention IVanco-an'»lai.se ù Canton, lui «tonnait un certiiiu droit d'inter\ iew avec le chef de la nation: «J'ai cru, dit-il lui-même, que c'était un devoir et une convenance d'aller présenter mes ltomma(/es à l' l'Jmpereur. ».

L'audience eut lieu le dimanche de la Fête-Dieu l<sr)7.

Le prélat l'a racontée en ces termes:

« Reçu en audience particulière, Sa lAIaJesté lut t(Mite surprise (rai.>prendie de nu» boucla' <ju'à Canton, <:lé populeuse d'un million d'habitants, caïutaie d'une |)i()vince de 1() millions où les Anglais et les Américains avaient de iiui,î;niti(puvs factoreries et de splendides bâtiments, ia b'iance n'était i<'j)résentée <pie ])ar deux missionnaires reb'\iiués <lans un pau\re hangar, et bien peu cUiJables <lans eette position «le «lonner au peuple chin«)is une idée Juste et «'ouxcnable «le la nièr(^-i>atrie.

« Dans son otonnement et «lans la i)eine «ju'il en éprou\ait, l'Emi)ereur me deman<hint avec bonté ce <|u'il \ aurait à faire pour remédier îV un état si déplorable: « Sire, lui rép«>ndis-Je, comme il n'y « pus de commerce Dytnçais à Canton ./ ([ne la France n'y est connue que par ses missionttaires catholiques^ si Votre Majesti' voulait y Ijâtir une In Ile cylise qui porterait son nom en rappelant le souvenir de la France et de r expédition qui s'y fait, l'exécution de ce projet serait peut-être e.e qu'il y aurait de mieux pour réaliser les vues de Votre Majesté.

— Oui, iit le prince, cette idée oie paraît juste et en même temjis d'une exécution facile ; mais combien pensea-vous, Monseiyneur, qu'il faudrait y consacrer f

« C^ette demande «le l'Emi>ereur à hupielle Je ne m'étais pas tout d'abord attendu, m'embarrassa. iSe v«)ulant indicpier ni une somme trop forte qui aurait pu effrayer, in une soninie trop faible dont plus tard J'aurais eu à regretter l'insudisance, j'hésitai un instant, et m'excusai en disant A Sa jMaJesté qu'Elle me prenait un peu au dépourvu, «pie Je n'avais point songé à cette grave (]uestion, et que du reste la chose «lé])eiidait en grande partie de l'imp«)rtauce que Sa Majesté voidait y mettre.

— Non, reprit l'Empereur avec bonté, dites-moi simplement ce que vous en penses.

— Fh hien Sire, pour faire quelque chose de dujne et qui réponde aux vues de Votre Majesté, il faudrait toujours, ce me

yts*' («Il il le mi II

semble nue s<)mme de 'J à trois cent )itille frdiirs. A iwr cela, nous ferions, Je crois, (jnelque chose de beau et de conrouible.

— Eh bien, oui, dit rKin])f ivur, (ont cela peut se faire. Enroiiez-moi là-dessns nu petit m<h)ioin', puis rerene: dans hnit jours, et nous prendrons ttne détermination dépnitire ?i cet ('</ard.»

-Pavais donc huit jouivs devant moi })oiir ai»ii"- <>i" Dieu m'avait donné à la Cour deux })ei>onnages bien capables de me venir en aide et sur le dévouement desiinelsje ]>ouvais comi>ter: M. le Manjuis de 'roulon<>eon aide de camp de l'Empereur, nu)n comi)atriote et ancien condisciple de Fribour^u, puis ]\r.""' la ^Nlanjuise de la Tour-Maubour<>, dame d'iionneur de rimpératriee. Jouissant à la Cour d'un i>rand crédit persiuiuel et toute dévouée à Fceuvre des Glissions.

* .le n'eus (pi'à leur exposer l'objet de nui demande pour les «ia^ner à ma cause et m'assurer leur puissant a[)piii.

« L'Impératrice Elle-même, toucliée du récit «pie je lui avais fait de la mort de M. Cliapdelaine et des autres martyrs, de nos ditticultés et en même tem[)s des progrès de la Foi au milieu de ces peuples infidèles, m'avait ])romis son coucours, et en a\ait i>arlé <lans le sens le plus favorable à l'Empereur.

« fie pouvais donc me reposer sur de tels appuis et espérer (pu* ma demande serait l'axorablement accueillie.

« Le mémoire envoyé, et les huit jours écoulés, je retournai à Taudience de l'Em])ereur, pl<Mn de couiiance dans le dé- \ ouement et le sa\ oir-faire de mes protecteurs, mais surtout en recomunindaut à Dieu uiu' démarche d'une si iiraxc importance.

« Dès que l'Empereur m'ap(M\'Ut, me laissant à peine le tem])s de lui offrir uu's honinia<;es: «J^Jh bien oui, Monseif/neur,

me dit-il nwi- un liraciciiN sonrii-ç, koh.':^ anrow une ('/jJise à Canfoic. j'i'ii ai parlé a/i.r iiiinislrrs (l'il fo/t.s <icccplenf cette liroposlfloïc r Impcral ricc -s' n ivfrrc.ssc aussi, ef t.'ous pouce?: campter tout (l'abord sur oo/j mille fram-s ipd nous seront rcutis fi mesure que les traça h. >■ acauccront . Si plus tard, il faut u ajouter quelque cltose, cous me troucere?: toujours prêt à cous seconder. Mais^ ajouta- î-il. cous-même, dans vos courses en France, cous recueillere-: sans douJe quelques secours jxiui' cette œuvre. Tout cela léuni, cous donnera le mot/en d\tcoir une belle étjltse i^f Canton-, et Je m'en, réjouis pour la France, pour le succès de cotre ministère et pour la jtropa- (fation de V Ecarajile en ces contrées».

tSicc, lui rcpoiidis-je, j'e ferai tout ce qui sera en mon

pnncoir. pour réjiondrc au.c mes si diijne^ et si élevées de

V(>tr( Majcstr. Mais pcat-etre /y aurait-il oica'e une cJiose

<'lia|»ili'(' l\ - ^ia viMiic à \a|><il«'M>ii III.

SO

ïiéci'fi^'di''' j)()>ir ((s-snrt'f le sm-ri's tic ci'fli- Ix-llc ciil reprise. Af/anf paii!ié pi'è's (h ili.r ann à Oditon. co^inaissaitf iKirfdifrmc.iiJ /efi localiféfi el les iiui'nrs de ce/ le cite. Je. deiuaiKh' CAmime dei'lùèn.' j/rdee à Voirc Maje-slè (h' roiiloir bien ii/e iicrmcflre de rliolfsir inoi-iiièiiie pour ré(/li-'ic. rem phtcenieiif et le tjeirrc du jibiit ijiii me parti ftr(u'<'ut le i>lii.-< courcuablcs en .so/ et le pin. s propres a j)ro<linre nu hcl effet xnr nos (Jhinois'\

— (^'est Jante, lit iKin j)ei'enr; si j'\tr/ris à cojJiiiKfinler une année, j'e ii\m eJ/art/ej-fris pas nu éreipie; (it/ant if hdtir nite éylir'ie, ce n'est pas à nu f/énéral (pie Je m'adresserais, niais bien à rérèipœ da lien. Je rais écri/-c nn l)iiroii Gros (') <le se' mettre en rapjwrf arec roas pour décider enseiitbleee.s di.Jfcreiites (piestions'".

« Et (U* fait, coinme Je l'ai appris plus tard, l'Kiuin'rcur écrivit en ce sens à son ambassadeur en Chine.

«Je eoni[)ris immédiatement l'impression (pie prodnirait sur le baron Gros nne détermination aussi traneliée, et Je ne sais si de là ne viendrait pas !'éloi<inement .pie ce diplomate a toujours ténioi<>né pour la eonstruetion de notre église.

»Mais enfin, e'était un détail sur lecpiel Je ne i>ouvais .i;nère taire d'observations à l'Kniperenr.

« ¥A ajji'ès tout. Sa Majesté était bien libre <rassii»ner à cliaeiin le rôle qu'Elle Noulait liu eonlier dans ees ^raves altàires.

« -l'avais l'assuranee, non stMilement de pou\<»ir un Jour enlever une éjH'lise à Canton, mais cneor<' de la bâtir dans les conditions les ])lus in'opr<'s à en assurei' la solidité et la beauté.

« J'avais en outre les bénédictions s[»éeiales du Clief de l'Eglise.

<' Il ne me restait plus (pi'un derni(n" devoir à remjdir, celui de \isiter les familles de nos missioiniaires, atin de les consoler de l'absence de ceux dont elles pleurent l'eloljuncment, comme aussi <le portci- à ces mêmes confrères le salut ^\v leurs proches et des nouvelles du foyei- <pi'on ne peut cuiblier».

Fort de l'a]>pui des Tuileries, l'é\'é(|ue entreprend ses tournées en France t^t en Bel<>i(]ue, intéressant les fidèles ;i l'icuvre (pii \a l'absorber toute sa \ ie.

Au mois de Juillet, il se trou\ c a \'annes, d'où il rend un ct)nii)te détaillé de sa |)remière \isite à rEni])ereur et de ses courses, dans une lettre à sa cousine: «N'oilà, dit-il, bien des choses faites et des pays parcourus <lepuis ma dernière lettre.

« .r'ai été reçu à l'audience de l'Empereur, le dimanclie de

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la Fote-Dieii Je lui ai parlé fort au loii^ de l'état de nos JNlissiouîs en général, de notre Mission en particulier, de l'intiueuee que les Anglais, les Américains et les Russes ont obtenue en ce pays et du seul moyen qui reste à la France de la contrebalancer un peu {)ar ses missionnaires.

« Sa ^lajesté m'a paru prendre un intérêt sensible à tout ce que je lui divsais. En sortant de chez Elle, j'ai été présenté à l'Impératrice qui a été pleine de bienveillance. Elle a voulu aussi connaître l'état de nos ]Missions; puis Elle a fait venir le petit Prince pour me le i)résenter et me prier de le bénir.

« En sortant, Elle a voulu Elle-même me reconduire jus(iu'ii la deuxième pièce de ses appartements; et, après s'être informée de mes projets et de l'époque de mon déi)art, Elle a ajouté (prElle espérait bien (jne je ne i)artirais pas, sans hd faire le plaisir d'aller la l'oir encore une fois.

«. Ai)rès l'audience, je me suis mis en route j»our mes courses.

«,1e n'ai pu prêcher à (^aen, parce qu(^ c'était le jour octave de la Fête- Dieu et (pril y avait des processions toute hi journée; mais j'ai trouvé en cette ville, iWs personnes (pii ont pris vivement j'i cieur les besoins de notre Mission, en particulier M."' et M.' le comte de Bourmont.

« On me presse de retourner en cette ville pour y faire uu sernu)n qui, m'assure-t-on, sera suivi de bonnes otîïandes.

« J'ai vu, dans le diocèse de Coutances, la famille <le notre i)auvre P. Chapdelaine; à S.' Hrieuc celle de notre cher P. Le Turdu. Tu peux croire combien j'ai éti' re(;u avec attendrissement par ces bonnes familles si heureuses d'a[)preudre de ma bouche des nouvelles de leurs tils ou de leurs frères bien-aimés.

« Me voici aujourd'hui à A'aiines, chez les P. P. Jésuites parmi lesipiels j'ai trouvé plusieurs de mes anciens maîtres. Deniain soir, je partirai [xmr ^"^antes oii je passerai deux jours, puis je continuerai ma route, jusqu'à ce «lue je vous revienne. Mes quêtes ne sont pas abondantes; pourtant je trouve toujours quelque chose.

« Mais voici de nouvelles ujisères ({ui tombent sur notre Mission.

« La dernière lettre que j'ai reçue de Chine, m'apprend qu'un de nos missionnaires est mourant, (lu'un autre a été arrêté et jeté en prison».

L'ne nouvelle encore plus grave, parce qu'elle affectait l'existence môme de la Mission française, le remplit d'iuquiétu-

C'hapilry IV - Le voncurdal l'orlii^iiis

(le: le Portugal revendique à nouveau la pro\inee ecelésiasti- (jue (In lvon;mg-t()ng, an (U^triiuent de sa j)r(>[)re Juridietion: •* Voici, t'crit- 1, (/(le le Port /((/al retneiif imcore sur los aj/ai- /v'.v th' fj-cn p-ttroiHKje, (H Hoiuc^ Je ne ,s<(,i,s- roïiiirieiif, Inl a fail (lea propositions (pii, ni elleh- ,ho)iI accej>f('es, /ujiif niincr de fond eu roiub/e plNsieid'.s Mifisious.

C'est ri'ainteid lameidablc; mais un espoir <pii nous reste encore, c'est que le Fortifiai lia pas voulu. Ju.squ'à présent, aijiéer ces propositions, quelque acaidageuses qu'elle lui fassent.

Mais commeut Rome s' est-elle exposée au dam/e'- de les voir (uxepter, et par-là même de renverser rouvnKje d'un (jrand lunubre d'années, onvraife cimenté par les sueurs et le samj (le nos missionnaires, et (pli, par les mesures prises, serait perdu, pour u)i temps indéfini. / - ■.■

J)eniandons à Dieu qu'il éloi(/ne un tel coup de nous.

A la prenùrre nouvelle de ce Concoi'dal , reçue ces joarscl, j'avais presque envie de discontinuer mes courses; mais, (lueUpie part ([ue je sens, au Kou((n(j-Sl seiilenicitl oh ù Canton, nous n' aurons pas moins In'soln de secou.rs pécuniaires, cl il était toujours dans Vordre que je visitasse les familier de nos nùsslonnalres.

Je vais malnlenanl écrire à Rome, pour faire connaître les tristes conséquetices du Concordat, et éloifjner de nous, s II u a moyen, un coup aussi JdcJtenx.".

(^)n'était-ce donc (jne le C'Oneordat au(]uel t'ait allu.sion Tavise prélat ï

Kt coinnient expli(iuer le revirement (jui semblait s'être produit subitement dans la politi(]ue du \'atieun, et dont le rc^sultat était si préjudicial>le nux intérêts de sa Mission?

Lui, (jui venait d'obtenir du chef de l'P^tat tran(;ai8, la certitude de bâtir une église à Canton, se verra-t-il maintenant exclu de cette même ville?

Alors que le Pape venait île le continuer dans sa charge de })rétét apostolique de (leux i>rovinces, ira-t-il demain, le continer dans celle qui, outre son isolement de llonglvong, n était disposée qu'à tuer ses prophètes!'

C'était pourtant le cas qu'il redoutait.

Eu voici l'explication.

M. (luillemin, avons-nous dit, n'était pas encore arrivé en France, que déjà, par un bref du <s août 185(), IMe IX l'avait, à son insu, nommé évêqne de Cybistra et préfet apostolique des deux Kouang.

Ce bref ue lui fut comniuni(iué à Paris que le 10 décembre suivant.

Mais bien avant cette c(uninunication, se débattaient à Lis-

M^r tiiiilloiiiiii

hoiiiu' les articles (Vuu Concordat par Ic«nicl on cherchait à tranciicr h's ditticiiltés de Juridiction entre h's é\èchés jk)!*tuiiais (h' l'Inde et U's \icariats a|>ostoli«iues (h- ce! te j»éninsuh', comme aussi enti*' Tévèché de IMacao <'l h» prélecture (h' M. (Juilli-min.

Fit, avant même que ne se terminal la solution de ces liti.ues. Pie IX avait cru devoir dési<iner (Juillemin, avec caractère épiscopal, à la tète d'une ^lission «h)nt la Juridiction et les limites étaient encore tliscutées. (').

Or, 27 Jours après son sacre, révoipie <U' Cybistra aurait pu lire (hins le texte du Concordat sii»né à Lisbonne (21 février IS,-)?) i)ar le cardinal di Pietro, les trois articles suivants:

Art. 1 \' — Il est con\enu <iue la i>i"o\ince du Kouau<i-Si ue sera pas comprise désiu'mais dans la juridiction episc()])ale de Macao, ni i>ar consé(pient dans le Patronat, Sa Sainteté se réserxant de prendre librement dans cettt> province, pour l'utilité des tidèles, toutes U's mesures (pT l'aile estimera convenables et nécessaires.

Art. y — Le Saint-Père se réser\e d'vu nix'w de même à renard de l'île de Hon«4-Kou,ii, hupielb', bien (pie comprise «laiis la proN ince du Kouani>-t<.)n ii', sera distraite de la Juridiction é])is»'t)j>ale de INIacao et restera hors dn Patronat.

Art. NI — Lu consé<pience, doréna\ant, la juridiction <le ré\'èché (le Macao, ainsi (pu' le Patronat en Chine, comprendront le territoire (pii lui jippartient d'après les Bulles respecti\<\s, à sax'oir: 3lacao, la pro\ ince du l\ouan,<i-ton<>' et les îles adjacentes, excepté seulement la pro\'ince du Ivonan<>-Si et l'île de lionii-Kon.u'. (').

Ces trois articles modirtaient donc la teneur du décret du 11 nuii 1S4S ainsi conçu: « Les provinces du Koiianu-ton^ii-, du Ivouan^-Si et l'île de llaïnan soumises au diocèse de Macao constitueront une mission dont sera char<ié le Séminaire des ^fissions Ltraniières, de telle ta(;on cependant, «(ue ponr le moment, (H's pays ne soient [)as censés disjoints de leur diocèse.»

Le nou\eau texte di Pietro, tout en lil)érant complètenuMit le Kouauii-Si de la Juridiction de ^lacao, ne donnait à (ruillemiu aucun dn>it sur le Kouan^-ton,u'; il en était, [)eut-on dire, tout à fait exclu.

L'évè<pie de\ait donc renoncer à éxaniiéliser non seulement la \ ille de Canton, nuus toute la province (jui en res-

(l) Pie IX avait a^'i ainsi, dit Ijauiiav. ■■]Mmi- iitfiruier i^a v.)lontc clo no j)<is l.iis-

SiT dans l'ai (anildii les iiiMviuce.s (jni t'aisai<'nt enci.i-c 2)artit' du diocèse de Maeao.

{-) i,'e ^'oiicordat ne fut ]>aa ratitié en LSÔ7. mais seidenient en IS.")!): et il ne

tu' i.i:;.a[s a;i]iii.[ué.

4'liH|»itr<' I V - \<^KO<'iiilioii^> àk l{oiii4>

>j(>rt, h y bâtir par coiiséiiiUMit <les églises t't iuO'mm' n y séjourner.

L'on ('on(;«)it (pU' |)«ireilk' mesure adininisti'atix c ait éniotionnc le prélat, hier encore si assur«^ de uarder Tiiérita^e spirituel <iu'il était venu ('on<iuérir <le si loin.

Klle attira de sa part, <les observations respectueuses mais lérmes, <pii lurent j<»intes à celles (pie \inl lorniulerà KNuru', M. Albrand supérieur <lu Séminair«' de la rue du liac :« Sur h' drs'ir de (i iiilIcDtiii, écrit Laiinay. M. Alltroiid ndrr.ssd inie lettre an Cardiiint Harmilto pour <tllire< ^prciatmicut fioïi attcutloii sur lo Koiu(ii()-toii() vt te Koiuiinj-S'i .

" Ci'tte li'tlvi' fnt romlse. à .son destina ta ire le i^!f mars IsTyH; elle répétait tes attéj/afiovs /iréréiteafi's an sajr.t (ta détaissriiiciii dans fiu/aet on aralt taissé ces prori nres^ rf tes itiffirnlfés (pie rcneont reraienf 1rs cneriers érani/ét/'i/aes poar traraitte.r an sent /\onan(/-iSi. on if n\// arail (pic fort pai de ehréficns^ pas de stafiini tnm ètatttic, anrnn port pcrinettaiil de 1 c(inuiin ni(pier ■ directement arec Ilonipl^iniip antaul (Tottstaetcs anipnentés par la i/randi' hostilité des aniariii's chi noises.

■' Le Cardinal Barnabo es.s-ai/a de rassurer réré(pie en lui écriront: *' Vous êtes toujours préfet apoHU)h'(jne de la Mission dn /\(>nan(/-toj/ij et lions espérons ijne Jamais cette Mission ne rons sera enleréc; diriijezda dirne arec zèU\ mais foiifefcis sans rien faire ipii puisse porter omJiraije an Portnijal , et en rons occupant plii>i spéeial ment de la Mission dn KonanipSi, 'pii ne fiera Jamais soustraite à rotre aiiiorité'\

" A ce conseil, ipii piniraif paraître nn peu sinipilier en le rapprochant dn texte dn concordat di Pietro, le préfet apostoliipie^ sans parler dn KonaïKj-tmitp répondit " ijié il ne saurait oh. résider an Konanij-Si, ipie ses missiimnoires an nomtjre de dix. v'i/ trouve mient pas place et (pie plnsienrfi d entre eux, sinon tous, seraient tiientôt arrêtés par les mandarins, comme l'ara il été M. Chapdelaijie'' (').

" Piii-'-., craignant ipie sa. lettre ne produisit pas assez iV impression et désireux d une solution rapide et précise, il reprit le chemin de Rome. Il expliqua an Sonrerain Pontife de rire voix, et arec pins de chaleur enc<o-e que précède minent, les périls crées par le ( 'o/n-ordat, quoiqu'il ne fnt pas rati- Jié, et F impossibilité où il se croyait de snirre les insf méfions de la Propagande''.

Sa parole insinuante et ses raisons ]>lurent au Pape (pu lui «loiina gain de cause.

Par un bref daté du 17 se])tembre 1.S5.S, l'ic IX décrétait

(1) A. M. E. Notes sur les clutses du Knuaitçi-Si.

li-niirr ixti sujet de lu Mission ihi h'ouaiig-toïKj rt

.Mifi' 4iiiiill4^iiiiii

" ijHe le Kof(aii(/-toN(/, le Kouang-S( et Ilaïnan ne formaient plus qu'une préfecture apostolique dont le soin était confié à Mgr Guillemiu à Vexclusion de tout autre-'.

'• Par cet acte, reniarciiie L-iuiuiy, Rome ne tranchait pas encore absolument la question^ puisqu'elle ne démembrait pas ces contrées du diocèse de Macao, mais elle parait aux difficultés pratiquerai'' . . .

L'évêque, heureux de ce résultat, emporta le bref" du Pape et quitta Kome à la hâte.

Ya il était temps: " Le Cardinal Aiitonelli, écrit-il, (pii était tant dévoué à la cause du Portnrpd, aqyprenant le contenu du Bref qui m^arait été remis par la Propagande, en fut virement contrarié et me fit chercher à Rome pour me reprendre la pièce en question.

*' Prévenu du danger auquel nous étions exposés: " Partez immédiatement me dit r Hmiuence linrnabo, vous n'avez pas un moment à perdj-e''!

Une demi-//eure après, vies paquets étaient faits, et Je gagnais en toute vitesse Civitta-YeccJiia. où heureusement se trouvait une corvette française qui ne semblait attendre que mon arrivée pour lever Va)icre et s'éloigner.

" J'y fus reçu cordicdement , et quelques instants après, quittant le rivage d'Italie, f échappais aux recherches de VEminence Antonelli: notre cause était sauvée''!

L'évêqu'' uiissionuaire pouvait donc niaiuteuant rega«>uer eu paix sa patrie d'adoptiou, après deux ans d'abseuoe.

]Mais, avant de l'y suivre pour assister aux graves événements qui se passent en Chine, jetons un coup d'œil rétrospectif sur ses débuts apostoliques et sur sa psychologie.

Venu tard dans sa Mission (il avait 35 ans) M. Guilleniin semble n'y avoir mis le pied que pour la fonder; car elle n'existait pas avant lui.

Ce n'était pas seulement un sol en friche; c'était aussi le vieil héritage d'un autre possesseur (^Nlacao) à qui il fallait le ravir habilement et honorablement, au nom du Pape. Il lui fallut le prendre, hélas! comme on prend une forteresse, à l'assaut.

Sa victoire, il la cimenta, bien malgré lui, avec les sueurs et le sang de ses frères. Lui-même y consacra toutes ses veilles, tout l'effort de son activité, toutes les ruses de son esprit, tous les élans de son c(Piir.

Tour à tour professeur, secrétaire, économe, catéchiste, missionnaire, maçon, finalement quêteur et diplomate, il vainc tous les obstacles, s'adantant à toute fonction, .*

pli

circonstances, et les yeux toujours fixés sur son étoile. 11 y croyait sans supertifion.

('Iiai>ilr<' IV- .Son porlrtiil.

Non en ambitieux, mais en mystique éi)ris d'ordonnance sui>éiieure.

Il avait foi dans la logique éternelle et dans la vertu etlicace de la Rédemption qui lui confiait sa part d'action dans l'entreprise des Ames, en Orient.

Il était venu ici, moins par goût que j>ar énergie productive, moins par vocation que par impulsion de l'Ksprit.

Les indcidents de sa carrière juscpi'à l'épiscopal sont déjà curieux, tant par les inattendus et les revers, que par les chances et les succès.

Désigné pour Tclieng-tou, il aborde à Canton; entouré des mêmes ennemis qui enchaînent ou tuent ses collègues, il reste indemne, comme il arrive souvent aux grands chefs, dans les mêlées; Juste à l'heure où sa f<»rtunc chancelle, il part à point i)our la soutenir.

(^'est un virtuose de l'opportunité et de la mise au i»oint.

VA il semblait que ce fils des champs, s'élevant diplomate et gentilhomme par la seule poussée de la destinée, en soutenait le rang contre la destinée elle-même.

Eu tout il fut grand.

Et il fallait qu'il le fût, <l'abord pour charmer les Pai)es et les Césars; mais surtout pour braver l'opposition et les outrages.

8a Foi l'a dirigé jusqu'ici, autant cpie ses lumières ; elle va maintenant faire de lui une victime consciente du devoir.

Aussi prend-il pour devise, pent-être par intuition, les deux mots qui résumeront moins son jjro^rnmme <|ue la raison même du rôle incompris de sa vie: « In morte vita. » (')

Son physique répond parfaitement d'ailleurs à ses attributs.

En octobre 1857, sa famille le fit peindre par un ami, M. Baille; c'est le seul portrait qu'on ait de lui vivant, f)

Il est debout, et en tenue de clumir, les avant-bras croisés. Svelte f) et bien pris, le front haut, l'oil clair et doux, le nez droit dominateur, la mâchoire impérieuse, il y a])paraît Jeune, chic et vigoureux.

Sur sa figure osseuse mais agréable, erre un sourire de latente sérénité qui en adoucit les angles.

Il y a du masque de lîichelieu dans ce profil énergique et hautain, et c'est en vain qu'on y surprendrait la trace de l'indolence ou de l'irrésolution.

(1) Ses armes étaient : Coupé :iu 1 de pourpre au monogramuie de ME <l'ary,'ent; au 2 d'argent, au tombeau de St François Xavier, au naturel.

(2) C'est le porti'ait reproduit en tête de ce volume.

(3) Mgr Gnillemin était de haute taille (Im 78 environ); il avait la barbe et les cheveux châtain clair, les yeux Vileus, la voix de ténor léger, la démarche pressée mais diirno.

lli:'i' (îiiilUMiiiii

("est une [(liysionomie ti'tvs éveillée de Ltitiii, mais avee des traits (roi'iiiiiip Fiaïuiue: elle trahit la méthode et la elaité.i

'l>lle «nielle, on peut la considérer lon,iiteni])s sans eiiiiiii, comme on admire une de ces statues <>()thi([ues dont le regard serein, <lét<)urn('> du passé, plonge dans l'avenir.

L'ÔNecpie de <\\l)istra est tout entier vrai dans ce i)ortrait.

Nous ^dl<^ns maintenant pren<lre avee lui le chemin <iui le ranu'nie, d'étape en (^ta])e, rià -lerusalem, au centre de son ai)ostolat, en lui laissant encore une fois tout rhonncnir du récit.

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