‹ Zigzags autour de nos parlers; simples notesChapitre 4 sur 5 · LES LANDES DE GASCOGNE · texte numérisé non relu

LES LANDES DE GASCOGNE

«C’est a peu pres comme si Ton disait: «J’ai « vu le homme qui sortait de le logis ...» Les imprimeurs et les typographes etaient pourtant naguere entre les meilleurs defenseurs de la langue.»

Contractons done toujours a le, de le et de les, meme quand l’article fait partie d’un titre. Et, devant un mot, nom propre ou autre, commengant par une voyelle ou par une h muette, elidons Ya de l’article la, Ye de l’article le ou de la preposition de.

II n’y a que quelques mots dont les voyelles initiales ne souffrent pas 1 Elision: onze, onzieme, ouate, oui, uhlan, yacht, yatagan, yole, yucca. D’ apres l’Academie, quelques-uns ecrivent meme: de V ouate.

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Dans la ligne de

On entend dire un peu partout, au Canada frangais: ce n’est pas dans ma ligne, pour signifier: ce n’est pas ma partie, ma profession, ma speciality, ce n’est pas de ma competence, de mon ressort, de mon rayon.

Vous chercheriez en vain cette locution dans le dictionnaire de l’Academie et les autres lexiques de l’usage: elle ne s’y trouve pas.

D’autre part, nos puristes la denoncent comme vicieuse. Quelques-uns la tiennent meme pour un anglicisme.

Et pourtant, n’est-elle pas frangaise ?

£mile Faguet, dans ses Propos litter air es (2 serie) a publie une etude sur Francisque Sarcey. Apres avoir raconte comment Sarcey etait devenu collaborateur d’About au journal le XIXe Siecle , Faguet, qui fut aussi de la maison, ecrit: «Et quelle liberte, quelle independance, quelle autonomie personnels ! Nous faisions tous tout ce que nous voulions: «Oh ! pourvu qu’ils aient du talent)), disait About. II etait tres persuade que c’etait l’essentiel. Un jour que Sarcey voulait faire entrer Weiss dans le journal et qu’About, qui n aimait pas Weiss, on n’a jamais su pourquoi, s’y refusait sous le pretexte que Weiss

n’etait pas dans la ligne du journal, Sarcey eclata d’un rire enorme et levant au del ses bras courts: «La ligne du journal !» s’ecria-til; et entrant du cabinet directorial dans la salle commune, sans fermer la porte: «La ligne «du journal ! Mes enfants, About vient de me «parler de la ligne du journal !» — Ah ! la bonne Republique que le XIXe Siecle de 1873 !»

Faguet ou About admettaient, on le voit, qu’un ecrivain fut ou ne fut pas dans la ligne d’un journal. De toute evidence, cette fagon de dire ne saurait, a elle seule, justifier la locution ce n’est pas dans ma ligne. Mais elle devrait mettre la puce a l’oreille a nos puristes. Voici, d’ailleurs, un autre texte qui eclairera sans doute leur religion.

Le critique dramatique de V Opinion de Paris, M. Etienne Rey, a publie le 13 juin 1925 un article sur l’acteur Lucien Guitry, qui venait de mourir. J’y trouve le passage qui suit: «Au fond, ce qui a manque a Guitry, c’est un auteur de sa classe, ce sont des oeuvres dignes de lui. Bernstein, seul, lui a donne dans la Griffe, dans Samson , dans I’Assaut des roles sinon a sa mesure, du moins dans sa ligne.))

A V Opinion, on ne se fait done pas faute

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d ecrire d un role qu’il est dans la ligne d’un acteur. Or cette revue a justement pour redacteur en chef M. Jacques Boulenger, dont la competence dans les questions grammaticales est bien connue.

Que faut-il en conclure ?

Que, malgre les affirmations peremptoires de nos Noels et de nos Chapsals, il semble correct de dire: Le travail que vous me demanded d’executer n’est pas dans ma ligne; ou encore: Le role que certains de nos puristes se sont donne n’etait pas dans leur ligne.

Bouquet

Dans le langage courant, le mot jleur designe la partie de la plante qui se developpe en general apres les feuilles, s’epanouit en une corolle souvent odorante, ornee de couleurs plus ou moins vives, et, apres une existence passagere, est remplacee par le fruit. II y a des fleurs de parterre, et des fleurs des champs; un arbre, comme une plante, se couvre de fleurs; on cueille une fleur et on la porte a sa boutonniere ou a son corsage.

Fleur peut aussi se dire, par extension, des Plantes d’agrement que l’on cultive pour les fleurs qu’elles donnent. Ainsi, on seme, on

plante, on arrose des fleurs; on a des pots de fleurs sur sa fenetre ou dans son parterre.

Un bouquet est un assemblage de fleurs liees ensemble. Lorsqu’on assemble plusieurs roses, plusieurs pivoines ou diverses sortes de fleurs, on fait un bouquet. Mais la jeune fille qui attache, par exemple, un ceillet rouge a la boutonniere de son cavalier ne lui donne pas un bouquet. Pour qu’il y ait bouquet, il faut avoir lie ensemble plusieurs fleurs. Si une fleur sert a former un bouquet, elle ne saurait constituer, a elle seule, un bouquet. C’est done a tort que l’on donne quelquefois chez nous, comme on le fait d’ailleurs dans le Berry, la Bretagne, le Nivernais et le Poitou, le nom de bouquet a l’unique fleur qui se porte a la boutonniere ou au corsage.

De meme, si Ton peut, en frangais, appeler fleur la plante a fleurs que Ton cultive pour l’agrement, il n’est pas permis de lui donner le nom de bouquet.

Cette fagon de parler, generate chez nous, est tres repandue dans les provinces de France. Comme au Canada, on seme, on plante, on arrose des bouquets dans le Berry, la Bretagne, le Maine, le Nivernais, la Normandie,

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l’Orleanais, la Picardie, la Saintonge, la Touraine et l’Anjou. En ces deux dernieres provinces, ainsi que sur les bords du Saint-Laurent, on prononce quelquefois bouquette. Et, comme chez nous, les bouquets ne sont pas toujours des plantes a fleurs. En plusieurs provinces, les bouquets sont tout simplement des plantes d’ornement cultivees dans les jardins ou en pots, qu’elles donnent des fleurs ou non.

«H y a les amateurs de roses, ecrivait Alphonse Karr dans son Voyage autour de son jar din, il y a les amateurs d’auricules, il y a les amateurs d’ceillets, il y a les amateurs de dalhias, il y a les amateurs de camelias, il y a les amateurs de renoncules, il y a les amateurs d anemones ! Ce sont les seules fleurs; les autres s’appellent des bouquets, et il faut voir de quelle maniere on prononce le mot bouquet. ))

Nos gens ne divisent pas de cette fagon. Pour eux, — il en est ainsi pour le vulgaire en Saintonge et dans le Berry, — le regne vegetal se classe en deux categories: les bouquets et les herbes, ou plutot l’herbe. Et encore ! Ne donnent-ils pas assez souvent le nom de bouquets aux mauvaises herbes qui croissent dans les champs ? Mais c’est probablement

parce que ces mauvaises herbes se couvrent generalement de fleurs. Ils appellent bouquets blancs celles dont les fleurs sont blanches, les marguerites des champs surtout, et bouquets jaunes celles dont les fleurs sont jaunes.

Nos gens donnent aussi le nom de bouquet a la tete d’arbre ou au bouquet de branches qu’ils mettent sur le faite d’une maison, d’une grange, quand ils ont fini d’en poser les chevrons, et parfois quand ils ont fini de la construire. Lorsque la construction ou le levage s’est fait par corvee , la mise en place du bouquet est le signal des divertissements; car une corvee se termine rarement sans un bon repas, une sauterie ou quelques libations. Cette coutume de clouer un bouquet au faite des batiments dont on vient de terminer la charpente ou la construction nous vient de France. En effet, je releve dans le Dictionnaire des patois de la Moselle la locution Eraser le boquet (arroser le bouquet), avec la signification d’«offnr a boire a l’occasion de la construction d’une maison». Et M. Georges Dottin, dans son Glossaire du parler de Plechatel (Haute-Bretagne), ecrit: « Quand ils ont monte la charpente d’une maison, les charpentiers vont chez

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les voisins porter des chevilles et les prier de venir les placer. Ceux-ci, en se rendant a rinvitation, emportent avec eux autant de pots (deux litres) de cidre qu’ils ont accepte de chevilles. Au sommet de la nouvelle charpente, on attache des bouquets que Ton place en chantant des chansons plus ou moins appropriees a la circonstance.» En tout cas, bouquet a le sens de cime des arbres, dans le Haut-Maine. «En emondant les sapins, on a soin de laisser au moins quatre couronnes et le bouquet (la pousse des cinq dernieres annees)», ecrivait Thoury dans les Usages ruraux de Montfort-le-Rotrou.

Mettre le bouquet se dit au figure, dans nos parlers, pour indiquer qu’un ouvrage est termini Quand on vous annonce qu’on a mis le bouquet, vous devez entendre qu’on a fini la besogne dont on a ete charge.

Nos gens emploient aussi les locutions avoir le bouquette, tenir le bouquette, auxquelles ils donnent l’acception de: l’emporter. En France, dans le langage familier, pour signifier qu’une chose est la plus belle ou la meilleure en meme temps que la derniere, on dit: c’est le bouquet. Selon toute probability, les locu-

tions canadiennes avoir le bouquette, tenir le bouquette, se rattachent a la locution frangaise c'est le bouquet.

Piler

Dans le langage academique, le verbe piler n’a qu’une acception, qui est: reduire en petits fragments par un choc repete. Ainsi, on pile des amandes, des drogues, du sucre, du poivre.

Dans le langage familier, piler du poivre s’emploie aussi pour: pietiner sans avancer, se fatiguer pour faire peu de chemin.

Chez nous, piler du poivre se dit d’un jeu ou deux personnes, se tenant face a face par les mains et pieds contre pieds, tournent sur elles-memes en pietinant.

En outre, piler se prend dans deux sens que ne lui reconnait pas l’Academie.

II se dit pour empiler, mettre en pile. Nos gens ignorent le verbe empiler. Ils pilent des planches, des madriers, des pieux, des billots, des croutes, du bois a pulpe, et meme des trente-sous. Au fond, piler est aussi bien forme qu 'empiler. Ne dit-on pas en frangais tasser comme entasser pour: mettre en tas?

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II ne manque a piler que d’etre consacre par l’usage.; mais c’est l’important, c’est tout. ((L’usage est le maitre, l’arbitre, le tyran des langues», ecrivait Vaugelas.

Dans nos parlers populaires, piler sur est usite aussi pour: marcher sur, mettre sur, mettre le pied sur, appuyer le pied sur, fouler aux pieds. On pile sur sa robe, ou plutot on pilait sur sa robe (car avec les modes en cours. . .), on pile sur le pied de son voisin, les doigts d’un enfant qui se traine a terre, on pile sur un bouquet, une plante, etc.

Dans ce sens, piler est a la fois archaisme et provincialisme.

II etait usite dans la vieille langue. Godefroy et La Curne, dans leurs dictionnaires, en donnent plusieurs exemples tires de textes tres anciens: «Jaquemart Dabechies, pour avoir feru, batu et pille as pies Hannequin Corion»; — «Haquinet Mantiel, dit Mantelet, . . . pour oultraiges d’avoir donne deux ou trois cops de poing a Raoulin de Fillieres et le rue par terre ... et le pille deux ou trois fois du piet»; — « Piller aux pies les ymaiges»; — «Si d’aventure, un homme bat sa femme. . ou la pile du pie.» Les locutions piller aux

pieds, piler des puds , equivalaient a: fouler aux pieds.

Piler sur s’emploie couramment dans la Normandie, le Bas-Maine et l’Anjou, et dans des circonstances semblables a celles ou on l’emploie ici. Voici quelques exemples tires de glossaires normands: «Vous pilez sur ma robe» ; — «Ne pilez pas sur cette plate-bande» ; — «I1 m’a pile sur les pieds»; — «J’ai pile sur mon patelot» (en montant en wagon); — «Dessus queule herbe as-tu pile ?»

Beaucoudrey, dans le Langage normand au debut du XXe siecle, rapporte le fait suivant, qui remonte a 1605. Le grand fabricant de toiles de Caen, Graindorge, venait de commettre une bevue en s’adressant a Henri IV. L’officier de ville, Londel, lui presse le pied pour Ten faire apercevoir. Mais Graindorge ne comprend pas l’avertissement, et il dit a l’dfficier de ville: «Londel, pourquoi me pilestu sur le pied ?» Cette question est toujours courante, chez nous du moins: les maladroits, les gaffeurs, comme on les appelle aujourd’hui, ne manquent jamais de la poser a qui leur presse le pied au lieu de leur crier: «Gare la gaffe !»

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D’une personne susceptible, jalouse de ses prerogatives, on dit, chez nous comme dans 1’ Anjou: «I1 ne faut pas lui piler sur le pied !» Et cela la peint en pied.

Garir du segret

Garir du segret ou, si vous le preferez, guerir du secret, c’est l’art de celui que l’Academie appelle un empirique.

Je dis: <d’art»; je devrais plutot dire: le don. Car garir du segret, ou guerir du secret, est un don. Et un don peu commun, reserve a quelques rares privilegies. Un don qui s’acquiert par tradition de famille ou au hasard de la naissance. Les enfants posthumes, de meme que le septieme gargon d’une meme mere, sont reputes avoir le don de guerir du secret. Ce septieme enfant male porterait comme embleme de sa puissance une marque sur le bras, une fleur de lys au palais ou sous la langue. Mais, de toute evidence, peu de gens y sont alles voir; car on n’est pas d’accord sur le point de savoir s’il peut, ou non, y avoir interposition de filles dans la serie des enfants males.

L empirique est de tous les temps et de tous les lieux; probablement parce qu’il sait (!)

sans avoir jamais appris, oil parce que le mystere dont il entoure ses pratiques a l’irresistible attrait de l’inconnu.

L’empirique porte differents noms, suivant les pays ou il opere.

Au pays de Quebec, il s’appelle r’bouteux, rammancheux ou soigneux.

En Normandie, il se nomme rebouteux, ossier ou guerisseux.

En Touraine, on le dit panseux de sorts. (Au quinzieme et au seizieme siecle, panser et penser signifiaient soigner.)

Dans le Berry, c’est le rebouteux, le remigeux, ou le panseux de secret. L’empirique pause de secret ou pause du secret. «Elle pansait du secret, ecrit George Sand dans un de ses romans berrichons, c’est comme qui dirait qu’au moyen du secret, elle guerissait les blessures, foulures et autres estropisons. » Et ailleurs: « Cette femme qui pansait du secret, s’en faisait bien un peu accroire, car elle vous otait les maladies que vous n’aviez jamais eues, telles que le decrochement de V estomac, la chute de la toile du ventre (du diaphragme), etc.)) Qu,and, en certains endroits du Canada, on parle de la toilette de V estomac, s’agit-il aussi du diaphragme ?

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Pour guerir du secret, dans le Berry, le Blaisois et le Vendomois, il faut etre marcou. Le mot marcou est derive de Marculfe, nom d’un saint ne a Bayeux et mort en 558, qui guerissait les humeurs froides, les ecrouelles, et qui aurait communique le pouvoir de les guerir aux rois de France. Dans l’ouest de la France, on dit: marquet, pour designer un enfant qui vient au monde avec un signe, une marque sur le corps. Dans le Berry et le Vendomois, le marcou est le septieme enfant male d’une meme mere, sans fille interposee. Dans le Blaisois, pour etre marcou il faut etre le septieme gargon d’une famille ou il n’y a pas de fille.

Dans 1’ Anjou, on donne a l’empirique le nom de conjureux. «I1 est presque inutile, ecrivent les auteurs du Glossaire des patois et des parlers de V Anjou, de dire qu’on a la plus grande foi dans les conjureux, dont les pratiques et les formules mysterieuses se transmettent de generation en generation, comme des secrets importants. Il y a des gens qui conjurent les brulures, d’autres les entorses, d’autres le mal de ventre, d’autres les morsures de viperes, les anthrax, appeles vartaupes, etc., et il ne manque pas de personnes qui vous affir-

ment serieusement qu’elles ont eprouve ellesmemes un notable soulagement a la suite des invocations des conjureux, sans que ceux-ci aient, d’ailleurs, pratique aucune manoeuvre, applique aucun remede. Seulement, la condition essentielle du succes est une foi robuste de la part du patient. C’est la, en effet, le point important. Ceux qui savent a quel degre le moral peut reagir sur le physique ne douteront pas que ces affirmations sont sinceres autant qu’elles sont desinteressees . . . »

Et ces auteurs ajoutent: «L’art des conjureux consiste a faire certaines passes, accompagnees d’incantations, sur les maux qu il s’agit de guerir. Souvent aussi, ils prescrivent quelques remedes. Du reste, ils font de leur science un secret impenetrable, pretendant que, s’ils le revelaient, ils perdraient par cela meme tout leur pouvoir. — II faut dire encore que, dans la croyance populaire, leur puissance de conjurer est dans certains cas un don naturel. C’est ainsi que les enfants qui n’ont pas connu leur pere (enfants posthumes) n’ont qu’a toucher les dartres et les verrues ou a souffler dessus pour les faire disparaitre. Nos rois ne touchaient-ils pas les ecrouelles ? — Quoi qu’il en soit, on va en-

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core faire conjurer les panaris, les entorses et foulures, les velins d’ eau (maladies inflammatoires attribues a un refroidissement), les morsures de viperes, les brulures, les hemorrhagies, la colique des betes et des gens. II y en a qui conjurent des abeilles et arretent les essaims dans leur vol.))

Dans l’Anjou, le septieme des gargons nes d’une meme mere est repute avoir un don. Comme le notent les memes auteurs, «il ne s’agit nullement d’une allocation gouvernementale, mais d’un pouvoir mysterieux, d’ailleurs mal defini, consistant a guerir, par le seul attouchement, certaines affections. . . L’embleme de ce pouvoir est une fleur de lys que 1 affiau (1 enfant) privilegie porte sur le corps. A Montjean, ce signe est sous la langue et l’on peut y aller voir; au Longeron, il reside sur un bras, mais on ne dit pas lequel. On n’attribue aueune importance a l’interposition d’une ou plusieurs filles dans la serie des enfants males.))

II serait oiseux d’insister. Nos fleurs de lit, comme les appellent les bonnes gens, sont tout simplement des fleurs de lys angevines; nos soigneux ont une etroite parente avec les conjureux de l’Anjou, les marcoux du Berry ou de 1 Orleanais; et 1 art de garir du segret ou de

guerir du secret nous vient non moins surement du Berry.

Garir du segret ! Cette fagon de parler est deux fois archaique.

Garir, qui est encore courant dans les parlers populaires de l’Anjou, du Berry, de la Champagne, du Maine, du Nivernais, de la Normandie, de l’Orleanais, du Poitou, de la Picardie, de la Saintonge, est la forme primitive de guerir. On l’a relevee dans les ecrits les plus anciens, notamment dans la Vie de saint Alexis, dans le Roman de Renart, dans le Roman de la Rose, dans la Chanson de Roland, dans le Roman de Rou. Elle etait encore d’usage general au seizieme siecle. Amyot, Des Periers, Montaigne l’employaient. On connait le mot celebre du medecin Ambroise Pare: «Je le pansai, Dieu le garit.)) Mais, au dix-septieme siecle, garir, qui etait la forme savante, ceda le pas a la forme populaire, a guerir. Vaugelas observait dans ses Remarques sur la langue frangoise: ((Autrefois on disait l’un et l’autre et plus tost guarir que guerir-, mais ceux qui parlent et ecrivent bien disent toujours guerir et jamais guarir.)) Et Thomas Corneille ajoutait dans ses Notes: «M. de la Mothe le Vayer veut que garir soit aussi bon

que guerir, qu’il appelle effemine, et d’enfant de Paris, qui change a en e. On a parle ainsi autrefois, mais presentement on ne dit plus que guerir et guerison.)) Et depuis cette epoque, garir ne s’emploie plus que dans la langue des paysans ou le style du terroir. Moliere, en sa comedie le Medecin malgre lui, le met dans la bouche du paysan Lucas: «Un medecin qui a guari je ne sais combien de maladies)), dit-il, pendant que Sganarelle prononce guerir. Et J. Le Houx ecrit dans ses Chansons du Vaude-Vire:

Voulez-vous me garir de la berlue ?

En un verre bien net Faut seulement mettre devant ma vue De ce bon vin clairet.

Dans secret, le c s’est longtemps prononce g, ainsi qu’il se prononce encore dans second. De fait, c est au dix-neuvieme siecle seulement qu’on a definitivement adopte la prononciation actuelle en k. II n’est done pas etonnant que nos gens disent segret.

Segret est encore usite couramment dans les parlers du Bas-Maine, du Berry, de la Bretagne, du Nivernais, de la Normandie, de l’Orleanais, de la Picardie, de la Saintonge, Dans la Touraine, on prononce segre et dans l’Anjou, segrete.

Segret a le sens de pratique secrete, de sorcellerie, dans la Touraine et le Berry.

Dans le Bas-Maine, le segret, lit-on dans le glossaire de M. Georges Dottin, est la «formule a laquelle est attache le pouvoir de guerir telle ou telle maladie. Le secret peut se transmettre, mais il faut qu’il passe d’un homme a une femme et reciproquement. Si l’alternance de sexe n’est pas observee, le sorcier communique son pouvoir, mais le perd luimeme. Si le sorcier fait connaitre son secret a une personne d’un sexe autre que le sien, il conserve son pouvoir, tout en le communiquant. On guerit par secret les dartres, les brulures, la fievre. Apres des incantations consistant en des mots cabalistiques et en certains signes faits sur le malade, le sorcier coupe une branche d’arcassier (dont la longueur est egale a la taille du malade) et la met a secher dans la cheminee. Quand la branche est bien seche, le malade est gueri.»

Mais, je me hate de l’ajouter, il n’est pas besoin d’etre sorcier pour guerir, ou du moins pour soigner par secret. Il suffit de trouver quelques naifs a la foi robuste, et le nombre en est presque infmi. C’est pourquoi l’on voit, et Ton verra longtemps, des ignorants, des

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medecins meme (il y a des charlatans dans toutes les professions), endormir l’humaine souffrance avec des secrets magiques, des remedes infaillibles et connus d’eux seuls. Dans Knock, une comedie de Jules Romains, le personnage principal, un medecin, aime a proclamer que “tout homme bien portant est un malade qui s’ignore». Ne pourrait-on pas dire aussi justement que la plupart des malades sont des gens bien portants qui s’ignorent ? Dans bien des cas, l’art de guerir est celui de rassurer, d inspirer une confiance patiente. C est la le beau talent des soigneux, c’est toute la magie de ceux qui garissent du segret. Leurs tisanes et leurs emplatres, comme leurs passes et leurs invocations, sont pour la frime.

Mepris de cour

Cette locution appartient au vocabulaire des gens de justice. Vraiment, elle ne leur fait pas honneur. Kt il avait presque raison ce puriste grincheux de chez nous qui ecrivait il y a une trentaine d’annees: «Si l’on y songeait un instant, on ne dirait jamais d’insanites semblables.»

Qu’entend-on par mepris de cour ?

Au palais, on donne ce nom a toute action

oil omission qui est injurieuse a un tribunal ou a un magistrat. Ainsi, vous vous rendez coupable de mepris de com lorsque vous troublez l’ordre des seances d’un tribunal; lorsque, assigne a temoigner en justice, vous negligez de comparaitre ou vous refusez de repondre aux questions qui vous sont posees. La partie interessee peut alors demander au tribunal de vous declarer en mepris de corn (comme en termes galants ces choses-la sont mises !) et de vous condamner a sejourner, jusqu’a preuve de votre resipiscence, dansune geole publique, que Ton traite ordinairement de ((prison commune)).

D’ou vient la locution mepris de com ?

De I’ anglais, c’est certain; ou plutot du vieux frangais par l’intermediaire de l’anglais.

Dans l’ancienne langue, ou les mots contemnement et contemps avaient le sens de mepris, le mot justice celui de tribunal ou juge, et le mot court , celui de siege de tribunal, on employait contemnement de justice avec l’acception de refus de comparaitre sur une assignation ou d’executer ce qui est ordonne par le juge. De contemnement de justice, les Anglais ont fait contempt of court, que nos legistes ont, a leur tour, traduit par mepris de com.

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En France, on se sert maintenant de differentes tournures pour exprimer l’acte que nos gens de robe appellent mepris de com. Voici quelques locutions que j’ai cueillies au hasard d’une petite incursion dans des lois frangaises: ((desobeissance a un ordre du tribunal)); — ((outrage a la magistrature, a un magistral) ;— ((outrage envers un magistral) ; — ((outrage fait, adresse a un magistral; — ((outrage commis a l’audience envers les membres d’un tribunal)); — «delit d’audiencew; — ((infraction d audience)); — (dangage injurieux ou outrageant pour le tribunal)); — «troubler 1’ ordre des seances du tribunal)); — «publier des ecrits portant atteinte a 1’autorite du tribunal)); — «commenter de fagon injuste des poursuites pendantes». J’ai meme releve mepris de com comme equivalent de contempt of court dans une traduction de l’ouvrage Parliamentary Practice, de May, traduction faite par un professeur a la faculte de droit de l’universite de Dijon.

Mepris de com est une locution mal formee, comme le seraient mepris de tribunal, mepris de justice, enseignement de frangais. On dit fort bien: le cours de frangais; mais il faut dire: l’enseignement du frangais. «La raison

de cette difference dans l’emploi de l’article, ecrit M. Gustave Guillaume dans le Probleme de V article et sa solution dans la langue frangaise, c’est que le mot enseignement cache l’idee verbale d’enseigner, idee qui porte sur le regime frangais, alors que le mot corns est purement nominal.)) De meme, le mot mepris, dans mepris de com, cache un verbe:le fait exprime c’est qu’on meprise la cour, ou mieux: le tribunal, le juge, la justice. II faut done dire: mepris de la cour, ou mieux: mepris du tribunal, du juge, de la justice.

Et qu’on ne vienne pas pretendre que mepris n’a pas le sens d’injure. La Fontaine, dans sa Vie d’Esope le Phrygien, ne s’est pas fait faute de l’employer avec cette signification. «Xanthus, ecrit-il d’Esope, l’avait envoye en certain endroit: il rencontra en chemin le magistrat, qui lui demanda ou il allait. Soit qu’Esope fut distrait, ou pour une autre raison, il repondit qu’il n’en savait rien. Le magistrat, tenant a mepris et irreverence cette reponse, le fit mener en prison.)) Littre et Bescherelle, dans leurs dictionnaires, citent cette derniere phrase de La Fontaine comme exemple de l’emploi de la tournure tenir a avec le sens de: regarder comme. L’Academie,

elle, donne l’exemple: «I1 tient ce propos a injure.)) A vrai dire, tenir a mepris, tenir a injure, n’est-ce pas bonnet blanc et blanc bonnet ?

D’ailleurs, plusieurs traducteurs des lois anglaises font usage de la locution mepris de la cour. Mais mepris de la justice semble preferable: justice a un sens plus large que cour, il s’entend et des tribunaux et des officiers et magistrats qui sont charges d’administrer la justice. Je le proposerais comme equivalent de contempt of court si j’avais voix au chapitre. C’est d’ailleurs l’equivalent qu’adopte M. Meignen dans son ouvrage le Code du cinema : «Si celui-ci ne se soumet pas immediatement (a l’injonction), ecrit-il a propos de lois anglaises, il est poursuivi devant les tribunaux correctionnels pour debt de contempt of court — mepris de la justice.))

Sous vot’ respect, sous le respect que j’vous dois

Nos gens manquent rarement de s’excuser quand, devant une personne qu’ils respectent, ils viennent a parler d’animaux ou de travaux de la ferme, a mentionner des objets auxquels ils attachent une idee de mepris, ou tout simplement a employer quelque terme, quel-

que locution du terroir. Pour eux, c’est la une loi tres stride de la civilite.

De toutes les formules d’excuse dont ils emaillent leurs discours, les plus courantes sont: sous vof respect, sous V respect que j vous dots, au respect que f vous dois. Elies sont, en quelque sorte, les lieux communs de la civilite rustique, tout comme le j’ai Vhonneur de est le lieu commun de la civilite officielle.

Ecoutons, par exemple, un interrogatoire, le premier venu.

— Quelle est votre profession ? demande le magistrat.

— Ma profession . . . Au respect que j’vous dois, je suis habitant, de pere en fils.

— Vous connaissez l’accuse, n’est-ce pas ?

— Si je l’connais !'. . . Y a ete eleve a cote de chez nous. . . Sous vot’ respect, monsieur le juge, on a joue a saute-mouton ensemble.

— L’avez-vous rencontre dimanche dernier ?

— Ben, voici. J’sortais d’la maison, vers les cinq heures, . . . sous 1’ respect que j’ vous dois, j’allais soigner les animaux,... quand j’ai vu venir a moi un homme. . .

— Quel air avait-il ?

— II avait Fair ben.

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— Qu’entendez-vous par la ?

— Ben, m’as dire comme on dit des fois, y devait s’et’ mouille les pieds; car, sous vot’ respect, monsieur le juge, y avait la face du visage comme une forsure (fressure) . . .

Et dut l’interrogatoire se poursuivre une heure durant, les reponses ne seraient pas moins assaisonnees de sous Vrespect que j’vous dois, d’au respect que f vous dots et de sous vot ’ respect.

La comparaison dont use notre temoin dans sa derniere reponse me remet en memoire un mot que Philippe-Aubert de Gaspe rapporte dans ses Memoir es. Un cultivateur de Sainte- Anne-de-la-P erade, le capitaine Gouin, conduisait notre ancien gouverneur lord Dorchester par un froid tres rigoureux de janvier, lorsqu il s aperfut que le nez de Son Excellence prenait une teinte de fromage a la creme. ((Excellence, s’ecrie notre cultivateur, sous le respect que je vous dois, vous avez le nez gele comme un greton.»

L Academie admet les formules sauf votre respect, sauf le respect que je vous dois. Le mot sous, dans nos locutions sous vot ’ respect, sous l respect que f vous dois, est-il une alteration de sauf ? Henri Estienne nous ap-

prend qu’au seizieme siecle, les courtisans disaient: sauf meilleur avis, au lieu de: sous correction, «qui sentait probablement trop son parlement». A-t-on autrefois, employe sous avec le sens de sauf ? Ce qui est certain, c’est qu’au seizieme siecle, sauf se pronongait sau, et meme sa. De sau a sous, il n’y a pas loin. En tout cas, on releve sous vof respect et sous le respect que fvous dots dans les parlers de l’Anjou, du Berry, de la Normandie, de la Saintonge, de la Lorraine, et au respect que fvous dois dans ceux de l’Anjou.

Comme chez nous, les locutions sous vot ’ respect, sous V respect que fvous dois, sauf le respect que je vous dois, sauf votre respect, ainsi que quelques autres formules equivalentes, sont fort utilisees dans les parlers populates de France. La-bas comme ici, le paysan les emploie tres frequemment lorsqu’il s’adresse a des personnes de qualite. Les ecrivains, les auteurs comiques surtout, ont remarque cet exces de civilite rustique, et ils n’ont pas manque de le preter a leurs personnages pour provoquer le rire. Ainsi, Cyrano de Bergerac, dans le Pedant joue, fait dire a un paysan: «Dame ! aussi elle avait la voix, reverence parler, aussi finement claire qu’eune yau de ro-

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che». Dans le Medecin malgre lui de Moliere, un paysan croit devoir s’excuser de parler d un apothicaire: ((J’avons dans notre village un apothicaire, reverence parler, qui li a donne Je ne sais combien d’histoires.» Et dans Gil Bias de Le Sage, un domestique emploie une formule non moins plaisante pour annoncer un poete. ((Madame, dit-il, un homme en linge sale, crotte jusqu’a l’echine et qui, sauj voire respect, a tout l’air d’un poete, demande a vous parler. »

On le voit, les formules de civilite, sous la plume des ecrivains servent quelquefois a aiguiser des epigrammes. Mais dans la bouche des campagnards, elles ne visent qu’a excuser un langage roturier, a adoucir un terme jailli de la glebe.

Qualifie

C’est un anglicisme, a-t-on dit, que d’employer qualifie avec l’acception de: competent, apte, possedant les aptitudes, les qualites requises.

L’Academie, il est vrai, non plus que Littre, Bescherelle, Guerin, Larive et Fleury, Hatzfeld et Darmesteter, ou Larousse, n’attribue ce sens a qualifie. D’apres les lexicographes,

une personne qualifiee, c’est une personne de qualite, une personne noble, appartenant a cette classe privilegiee de gens dont Moliere a dit qu’ils «savent tout, sans avoir jamais rien appris»; ou bien, c’est une personne distinguee ou considerable, d’un grand merite ou d’une grande influence.

Faut-il en conclure que qualifie employe avec le sens de competent soit un anglicisme ?

Non pas.

II est des mots ou des acceptions qui ont cours dans le meilleur frangais, bien qu’ils ne se trouvent pas dans les dictionnaires. C’est le cas de qualifie pris pour competent. Les citations qui suivent l’etablissent sans conteste.

«Et cela lui deplait que, sans en avoir seulement sollicite la licence, on critique, on enseigne, que l’on patrocine, mais encore bien plus, si Ton croit avoir decouvert dans le Code civil une disposition facheuse, que l’on prenne sur soi de la denoncer et d’en proposer le remede, puisque, en effet, plusieurs sortes d’hommes sont diplomes, qualifies et meme appointes pour cela.» (Brunetiere, Questions de Critique, p. 170.)

«Je crains de n’etre pas qualifie pour parler devant vous du grand orateur catholique (de

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Mun).» (M. Louis Barthou, Revue des Deux Mondes, 15 mars 1923, p. 274.)

«Nul n’est mieux qualifie que ce maitre du barreau (Me Henri-Robert) pour developper un sujet qui lui est, depuis si lopgtem.ps, familier.» (Le Bonhomme Chrysale, les Annales, 17 juin 1923,)

«Je ne suis point qualifie pour juger techniquement de la partition.)) (M. Pierre Brisson, les Annales, 15 avril 1923.)

«Je ne crois pas que l’on puisse declarer que M. Marcel Proust n est point qualifie pour le prix Goncourt. . . » (M. Jacques Boulen-

ger, Mais V Art est dijficile, lre serie, p. 87.)

((Laissons a de plus qualifies le soin de mesurer 1 influence de la sociologie de Durckheim.» (M. Jacques Boulenger, Mais V Art est dijficile, 3e serie, p. 2.)

«Des voyageurs seuls sont qualifies pour mettre quelques notes critiques au bas des plus fameuses pages de leurs eloquents predecesseurs.» (M. Emile Henriot, Lines et Portraits, p. 319.)

((En depit de la passion politicienne qui s'y plait, il n’y a rien de plus ridicule et de plus dangereux qu un debat parlementaire sur la religion, ridicule parce que les deputes sont

les moins qualifies des hommes pour en connaitre. . . » (M. Louis Romier, le Figaro, 21

mars 1925.)

«I1 y a des radicaux en Saone-et-Loire qui se croient aussi qualifies que M. Caillaux pour sieger au Luxembourg.)) {U Opinion, 21 mars 1925, p. 4.)

«Quant a M. Scelle, il etait d’autant moins qualifie qu’il s’etait engage sur l’honneur a n’etre pas le concurrent de M. Lefur.» ( Le Figaro, ler avril 1925.)

«Nul n’etait plus qualifie pour prendre la tete de la campagne qui l’obtiendra que vous, mon cher Boissy, qui avez eu deja l’idee du feu qui ne s’eteint pas sur la tombe du soldat inconnu.)) (Lettre de M. Lucien Dubech dans Comcedia, citee par V Action frangaise du ler aout 1925.)

A ces exemples, je pourrais a j outer ceux de gens de lettres tout aussi. . . qualifies. Mais en voila assez pour montrer que, loin d’etre un anglicisme, qualifie au sens de competent a cours en France sous la plume d’ecrivains faisant autorite.

Mais que

Cette locution conjonctive s’emploie cou-

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ramment dans nos parlers populaires pour: quand, lorsque, des que, apres que. A sa mere, qui se plaint de la durete des temps, un enfant dira par exemple: «Dis rien, maman; mais que je sois grand, je te ferai vivre a rien faire.» Et le patron qui ne veut pas faire attendre le client auquel il a donne rendezvous, fera la recommandation suivante a ses commis: <(\ous m’avertirez mais qu'un tel soit arrive.))

C’est la parler comme on parlait a la cour de Louis XIV. Vaugelas ecrivait, en effet, dans ses Remarques sur la langue franqaise, en 1647: «On dit a toute heure, et mesme a la Cour: Venez-moi querir, mais qu' il soit venu, pour dire: quand il sera venu.»

Cette locution est d’usage tres ancien, dans la langue frangaise.

On 1 a relevee dans des ecrits de la premiere partie du treizieme siecle: «Pour quoy, dit Charlemagne, j abandonne la ville (Narbonne) a cellui qui le hardement osera emprendre de la garder contre la geste sarazine, mais que je l’aye conquestee.»

Au quipzieme et au seizieme siecle, elle est usuelle dans le frangais litteraire. Olivier Basselin s’en sert dans ses Vaux de Vire :

Ne laissons point secher Le passage des vivres;

Mais que nous soyons yvres.

Nous nous irons coucher.

De meme, Tournebu en fait usage dans les Contens: «Mon pere, mais que j’aye dit deux mots a madame Frangoise, je vous iray trouver»; Bouchet, dans ses Serees: «Vous prendrez bien encores plus de passe temps, mais que vous m’ayez entendu conter ce qui s’est passe» ; Bonaventure Des Periers, dans ses nouvelles: «Et bien, disoit-il, mais que j’y sois, je ferai mes recommandations moi-meme.)) On la trouve aussi dans Rabelais et dans Marot.

Au commencement du dix-septieme siecle, Racan l’emploie encore:

Helas! ma fille, helas! qui me clorra les yeux Mais que mon pale esprit soit monte dans les cieux ?

Malherbe, le «t,yran des mots et des syllabes», ecrivait, lui aussi: «Vous aurez le Grand Roman des Chevaliers de la gloire, mais qu’ il soit acheve d’imprimer)); et ailleurs: «L’affection avec laquelle j’embrasserai votre affaire, mais que je sache ce que c’est, vous temoignera. . . » Mais Vaugelas et, apres lui, Corneille, l’Academie et Richelet decidaient que ceux-la seuls

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qui parlent tres mal disent mais que pour quand, meme dans le discours le plus familier.

Et depuis, cette locution n’a plus cours dans le frangais litteraire.

Elle n’est usitee que dans les parlers populates, particulierement ceux de la Normandie, du Maine, de l’Anjou, de la Champagne, du Berry, de la Bourgogne.

Qu’ri

L usage, en ce qui a trait au verbe querir, est assez etrange.

D’abord, ce mot ne prend pas l’accent qu’il faut pourtant donner a ses congeneres acquerir, conquerir et requerir.

En outre, il ne s’emploie plus qu’a l'infinitif, et encore n est-ce qu’apres des verbes de mouvement, tels que venir, aller, envoyer.

Enfin. il a deux prononciations : une pour la langue litteraire, une pour le langage populate.

Actuellement, sa prononciation academique est. ke-Tir. Mais il n’en a pas toujours ete ainsi.

A la fin du dix-septieme siecle, les grammairiens Hindret et Andry de Boisregard recommandaient de ne pas fate entendre Ye de que-

rir, sauf «dans le discours soutenu, ou en lisant des vers.». D’autre part, l’r finale des infinitifs en ir, comme celle des infinitifs en er, etait muette autrefois; et elle Test restee jusqu’au milieu du dix-huitieme siecle. Au temoignage de Thurot ( De la Prononciation frangaise depuis le commencement du XVF siecle, II, pp. 161-162), Jacques Dubois (Sylvius) traduit, en 1531, le latin mori par mouri ou mourn ; Tabourot conseille, en 1587, de prononcer couri au lieu de courir; Oudin (1633), Duez (1639), Vaugelas (1647), Chiffiet (1659), Raillet (1664), Lartigaut (1669), Menage (1672), Berain (1675), Hindret (1687), Thomas Corneille (1687), De la Touche (1696), Regnier- Desmarais (1705), Buffter (1709), Restaut (1730), Antonini (1753) «s’accordent a enseigner qu’en conversation Yr est muette devant une consonne, et Duez, Raillet, Regnier-Desmarais, De la Touche, Buffier, Antonini ajoutent qu’elle est muette devant une pause, et meme une voyelle». Quand done Duez et Hindret ecrivent que querir doit se prononcer kri, ils ne font qu’appliquer les regies qui etaient alors en vigueur.

Vers le milieu du dix-huitieme siecle, l’usage imposa le son de l’r dans les terminaisons en

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ir. Comme il arrive generalement en pareil cas, le peuple resta fiddle a l’ancienne prononciation. A telles enseignes que Hatzfeld et Darmesteter, comme Littre, prennent la peine d’indiquer dans leur dictionnaire la prononciation populaire kri a cote de la prononciation correcte ke-rir, et que Ton peut relever cette prononciation populaire dans les glossaires de la Normandie, de la Bretagne, du Poitou, de la Saintonge, de l’Aunis, du Maine, du Berry, du Nivernais, de l’Anjou, de l’Orleanais, de la Bourgogne, de la Lorraine, de la Franche-Comte.

Dans nos parlers populaires, comme dans ceux de France, querir se prononce kri et s’emploieau sens de chercher avec mission d’apporter ou d’amener. «C’est l’heure d’aller qu’ri les vaches, les petits gars»; — «Le docteur leur a dit que c’etait mieux d’envoyer qu’ri le pretre» ; — «On ne l’a pas revu depuis qu’il est venu qu’ri son heritage.))

Chez nous, comme dans la plupart des provinces de France, on va qu’ri une chose quand on sait ou la trouver; quand on l’ignore, on va plutot la chercher.

Ajoutons que, dans nos parlers, qu’ri prend

aussi quelquefois l’acception de demander. Ainsi, l’enfant du voisin qui vient demander l’heure dira souvent: «C’est maman qui m’envoie qu’ri l’heure.)) II dira egalement: «C’est maman qui m’envoie chercher l’heure.)) Cette extension de sens n’a pas lieu de nous surprendre. Ne dit-on pas en bon frangais: chercher son pain, pour: mendier, demander son pain?

Approprie

Souvent les dictionnaires, — les petits dictionnaires surtout, — au lieu de definir les mots se bornent a les traduire. Et le lecteur est induit en erreur. II finit par croire que la signification du mot traduit et celle du mot donne comme equivalent sont absolument identiques. Or, il n’y a pas de synonymes parfaits dans une langue achevee comme le frangais.

Celui qui parle ou qui ecrit doit avant tout mettre son soin a user des mots qu’il faut, a s’exprimer avec justesse. II se gardera done de confondre les termes, meme ceux dont le sens se touche de tres pres. Par exemple, il ne se servira pas indifferemment de l’adjectif propre et du participe approprie, parce que leur destination est differente, parce que le

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sens attache a ces deux vocables n’est pas le meme.

Mais est-ce a dire, comme on le pretend, que l’on ne saurait employer approprie absolument, sans commettre un anglicisme ?

Les dictionnaires, il est vrai, ne contiennent guere d’exemples ou approprie, pris dans l’acception de convenable, adapte, ne soit accompagne d aucun complement. De fait, on n’en trouve qu’un, dans le Littre, et qui est: «Des remedes appropries .))

Le participe approprie s’emploie generalement avec un complement. Mais ne peutil pas se prendre absolument ? Pourquoi ne pourrait-on pas sous-entendre le complement apres approprie, comme apres le participe adapte, par quoi la plupart des dictionnaires le traduisent d’ailleurs ? Car l’Academie admet qu’on dise: Une comparaison mal adapiee; Des vers bien adaptes; — Un passage bien adapte.

Malgre le silence des lexicographes, les auteurs modernes ne se font pas faute d’em- Ployer approprie sans complement aucun.

M. Henri de Regnier, academicien, ecrivait dans le Journal des Debats du 13 juin 1910, au sujet de la piece de Fonson le Manage de made-

moiselle Beulemans : ((Ajoutons que le dialogue en est excellent et que ce dialogue a 1’ a vantage de nous offrir un choix des plus admirables locutions beiges, prononcees par d’excellents acteurs avec l’accent approprie »; et dans le Figaro du 29 avril 1925, au sujet d’un ouvrage de M. Jacques Boulenger sur Rabelais: «Rabelais a joue au dix-septieme et au dix-huitieme siecle un role politique assez surprenant avant de devenir pour le Romantisme un vertigineux penseur. M. Jacques Boulenger nous le demontre par des citations appropriees ...»

Au temoignage de M. Andre Beaunier (Revue des Deux Mondes du ler avril 1924, p. 699), M. Henry Bordeaux, un autre academicien, aurait ecrit dans son Saint Francois de Sales : «Elle avait cinq ou six chateaux dissemines en Savoie et se rendait de Tun a l’autre dans sa berline aux saisons appropriees : l’ete dans la montagne, l’automne en pays de vignes, et l’hiver dans le voisinage des villes.»

Un autre ecrivain, qui, s’il n’est pas academicien, n’est pas moins correct, M. Jacques Bainville, disait dans f Action frangaise)) du 23 janvier 1925: «I1 s’agit d’eclairer la masse americaine et, par des paroles appropriees, de creer

ce sentiment de vergogne sans lequel la simple equite n’apparait meme pas a la vue courte et aux appetits grossiers des democrates.»

M. Joseph Galtier notait dans le Temps de Paris, le 24 mars 1925: «La pratique grandissante chez nous des sports entraine l’usage de son vocabulaire anglais, quoique, d’une fagon generate, nous possedions des termes frangais parfaitement appropries.))

M. Leon Daudet, publiciste bien connu, ecrivait dans V Action frangaise, en juin 1925: «Je me suis engage publiquement a faire au Senat ce que j’ai fait a la Chambre, c’est-a-dire a combattre, a 1 aide des moyens appropries'. 1° les lois laiques. . . »

M. Jacques Boulenger, qui a publie avec M. Andre Therive les Soirees du Grammaire- Club, disait dans V Opinion du 11 juillet 1925: «Et M. Beraud ecrit admirablement, dans un style fort approprie.))

Ces quelques textes ne suffisent-ils pas a etablir que l’emploi d’ approprie sans complement n’est pas un anglicisme ?

Cheveux en balai

M. Louis Forest ecrivait recemment dans un des billets qu il publie au Matin de Paris:

«I1 parait qu’a Nice circule une mondaine qui porte les cheveux courts en brosse ! Elle fait sensation ! On parle d’elle. Elle consacrerait sa vie au bien universel qu’elle ne serait pas plus remarquee. Peut-etre le serait-elle moins !. . . Pour moi, j ’admire la femme qui porte les cheveux en brosse, mais non point a cause de la brosse. Elle porterait sa chevelure en plumeau ou en balai que je n’en serais point autrement emu ...»

De toute evidence, l’expression «chevelure en balai» n’a pas cours en France, et c’est pour plaisanter que M. Forest en use. Le fait de l’accoler aux mots ebouriffants «chevelure en plumeau » ne laisse subsister aucun doute a ce sujet. M. Forest serait done surpris d’apprendre que cette expression, qu’il vient de lancer en guise de trait, est usitee au Canada, et depuis longtemps, en parlant des cheveux de femme ou de fillette.

Des cheveux en balai sont des cheveux failles egaux, un peu au-dessus de la nuque. On voit sans effort l’origine de cette fagon de dire. Des cheveux en balai sont des cheveux qui ont l’aspect d’un balai.

Jusqu’a ces derniers temps, les chevelures en balai n’etaient pas portees chez nous. A

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vrai dire, on n’en voyait guere hors des orphelinats et des hospices d’alienees. Aujourd’hui, elles regnent j Usque dans les milieux les plus huppes. Mais elles s’appellentautrement: cheveux a la Jeanne d’Arc, cheveux bobes (l’horrible anglicisme !), que sais-je ? La mode, en changeant leur nom, les a rehabilitees, les a fait adopter par le gout du jour. Est-ce toi, Shakespeare, qui as dit: « What’s in a name ?»

Ces nouvelles appellations valent-elles mieux que celle qu’avait trouvee tout naturellement notre peuple, grand faiseur de metaphores? Cheveux en balai, cela est image, se voit les yeux fermes. Puisqu’on donne, en France, le nom de cheveux en brosse aux cheveux droits, herisses comme le poil d’une brosse, pourquoi ne pas admettre cheveux en balai pour designer les cheveux tattles egaux, ayant l’aspect d’un balai? D’ailleurs, l’exemple de M. Louis Forest ne nous y autorise-t-il pas ?

Oh ! je sais bien qu’en certains boudoirs on tient le balai pour un ustensile peu aristocratique. Mais c’est faute d ’imagination. Nos grand-meres et nos meres le proclamaient, elles, le sceptre de la menagere. II y aurait, ce me semble, de la poesie, et une poesie sou-

riante, dans des phrases comme celle-ci: «Tu vois, n’est-ce pas ? la grande dame qui passe en sautillant; elle a les cheveux en balai.y>

Quand et

Quand et est d’un usage continuel chez nous, avec la signification de: avec, en meme temps que, en compagnie de. Meme en ete, nos gens se levent souvent quand et le soleil. Les jeunes filles n’aiment pas a se coucher quand et les poules. Et nos gars, s’ils ne sortent pas toujours de l’eglise quand et leur blonde, s’arrangent pour en revenir quand et elle.

Cette locution (on ecrivait aussi quant et) etait tres frequente en France, au seizieme siecle. On la trouve dans les Memoires de Comines, parus en 1523: «Le seigneur de Lescut emmena quant et luy le confesseur du due de Guyenne» ; dans les Contes et devis de Bonaventure Des Periers: «I1 avoit le medecin quant et luy»; ainsi que dans les oeuvres de Rabelais: «I1 vint des pelerins. . . lesquels «amenoyent quant et eulx du vin par charroy.» Montaigne et Amyot l’affectionnent. «Ils ont acheve leurs jours quant et la liberte de leur pais», ecrit celui-ci; et celui-la: «La menterie et Topiniastrete croissent quant et eux (les en-

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fants)» ; — «Y a-t-il quelque chose qui ne vieillisse quant et vous ?»

Mais au dix-septieme siecle, la locution quand et tomba bientot en desuetude. Elle n’est employee que par quelques ecrivains du commencement du siecle, par Malherbe entre autres, et plus tard, par La Fontaine. Des 1647, Vaugelas fait observer que quand et moi, equivalant a avec moi, se dit ordinairement, mais que les bons auteurs ne l’ecrivent pas. Et ces observations de celui qu’on a surnomme le ((greffier du bel usage)) sont confirmees par ses annotateurs. Selon Patru, il n’y a plus que «le menu peuple» qui fasse usage de la locution quand et. Au dire de Chapelain et de Thomas Corneille, «le peuple l’a tous les jours dans la bouche», mais elle est «si populaire et si basse» qu’il faut eviter de s’en servir, meme dans la conversation. Et l’Academie la rejette a son tour, parce qu’elle «n’est dans la bouche d’aucun de ceux qui parlent bien».

Depuis, Chateaubriand et Paul-Louis Courier ont tente de rajeunir quand et. Ainsi, Chateaubriand l’a risque dans ses Memoir es : «Mon pere me menait quand et lui a la chasse.» Et Paul-Louis Courier a ecrit dans une de ses traductions: «Cambyse fit mourir sa soeur,

venue quand et lui en £gypte.» Mais cette tentative n’a pas reussi.

Cette locution, qui est courante dans nos parlers comme dans ceux de la Normandie, du Maine, du Berry, du Nivernais, de l’Anjou, de l’Orleanais, de la Bourgogne, est restee archa'ique. Ceux qui ont le souci de ne pas barbariser doivent done eviter de l’employer.

Badrer

Ce verbe s’emploie, dans nos parlers, pour tanner. Mais il a un sens beaucoup plus large que celui-ci. II signifie, suivant le cas: ennuyer, fatiguer, importuner, lasser la patience, molester, tracasser, vexer, contrarier, gener, embarrasser, incommoder, deranger, inquieter, tourmenter, et le reste.

Badrer est d’un usage tres repandu, de meme que ses derives badrant, badreux, badrage, badrement, badrer ie (ou badeurrie). Les enfants badrent leurs parents avec des questions sans fin. Certaines femmes badrent leur man tant qu’elles n’ont pas le chapeau qu’elles desirent. Quand un gargon commence a badrer une jeune fille, il est a la veille de recevoir son conge. On est badre par les cris des voisins, par les importuns, et aussi

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par les choses facheuses. Les electeurs qu’on a badres pour obtenir leurs suffrages, badrent ensuite de toutes sortes de demandes leurs deputes, qui, a leur tour, badrent les ministres. £a badre les enfants d’etudier, certaines femmes d’avoir des enfants, et quelques maris de passer la soiree avec leur moitie. On n’aime guere a se badrer de commissions; mais on ne songe pas que c’est badrer autrui que de lui en donner. Quand on va a l’eglise, on ne veut pas se badrer d’un chapelet ou d’un livre de prieres, mais on ne manque pas de prendre sa canne, ou d’apporter avec soi sa houppe a poudre de riz, et que sais-je ? II y a des choses et des besognes badrantes, comme il y a des gens badrants ou badreux, comme il y a des badrants ou des badreux. Et le badreux n’est pas seulement un facheux; si vous entendez jamais dire de quelqu’un: «Pour lancer une affaire, c’est un badreux)), tenez-vous pour avertis, et veillez sur votre pauvre argent. Bref, tout n’est que badrer ies (ou badeurries ). Et si vous tenez a ce qu’il n’y ait pas de bddrage chez vous, le mieux est d’afficher sur votre porte les mots: «Pas de badrement)), et de la fermer a double tour.

Badrer et sa famille ont depuis longtemps,

chez nous, la reputation d’etre d’origine anglaise. Au dire de nos puristes, badrer serait la francisation de 1’ anglais bother, qui signifie: ennuyer, tourmenter, tracasser, fendre ou casser la tete. Est-il bien certain que badrer vienne de bother ?

Et d’abord, ce terme abstrait est d’usage general chez les Canadiens frangais, meme chez ceux qui n’ont jamais ete en contact immediat avec des Anglais. Et cela devrait rendre les puristes circonspects.

De plus, s’il s’agit vraiment d’une francisation, pourquoi dit-on presque toujours badrer, et non pas badeurer ou bader ? Car bader s’emploie rarement, et probablement pour dissimuler le defaut de prononciation qu’on appelle grasseyement.

Au surplus, badrant et badrer ont cours dans certains pays de langue d’o'il.

En Picardie, ou ant se prononce ain ou en, «une mere dira a son enfant: «Veux-tu te «taire, badren ?» quand celui-ci lui fera des questions auxquelles elle ne voudra pas repondre». L’auteur du glossaire auquel j’emprunte ce texte dit que badren est alors un diminutif de badaud, pris au sens de niais. Mais une mere canadienne ne parlerait pas autre-

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ment a son enfant qui l’importunerait de questions.

Badrer s’emploie aussi dans les parlers franco-normands de Jersey et de Guernesey. On releve ce verbe dans une chanson jersiaise:

Qu’i sont heureux les viers gargons!

I n’ont ni efants, ni maisons,

Ni femm’s a leus badre{r) la tete!

Et Georges Metivier, dans son Dictionnaire jranco-normand ou recueil des mots particuliers au dialecte de Guernesey, enregistre badrair (les Normands prononcent en air la terminaison des verbes de la premiere conjugaison) avec l’acception de (danterner, importuner, abasourdir». Jersey et Guernesey, il est vrai, sont possessions britanniques depuis Guillaume le Conquerant, et les habitants de ces iles, bien qu’ils aient conserve le vieux dialecte normand, emploient nombre d’anglicismes. Leur vocable badrair ne serait-il pas une corruption de bother ? Metivier ne le croit pas. II insiste sur le fait que bother est recent dans la langue anglaise et il rattache badrair a l’ancien frangais bader. De fait, l’introduction de bother dans le vocabulaire anglais remonte a peine a la premiere motie du dix-huitieme sie-

cle. Ce sont des auteurs irlandais (T. Sheridan, Swift, Sterne) qui se sont servis les premiers de ce verbe; ce qui indiquerait que bother est d’origine celtique. Les etymologistes Garnett et Skeat le rattachent en effet au gaelique buaidhrim, je vexe, je derange. Mais les auteurs de Y Oxford Dictionary inclinent a croire, avec Wedgwood, que bother est une corruption de l’anglais pother, qui avait cours depuis longtemps avec la meme signification.

Le mot ancien bader, auquel Metivier rattache badrair, signifiait simplement babiller, bavarder. Mais qui bavarde finit par ennuyer, par importuner. On le trouve encore avec cette acception dans les parlers du Berry, de l’Orleanais, de la Saintonge et du Poitou; dans ceux de l’Anjou, il a le sens de reprimanded gourmander, morigener. II viendrait du celtique bada, equivalant a agir, parler en etourdi. Bader aurait donne badrer par epenthese de l’r, comme chardon et verrue, par exemple, ont donne chardron et verrure.

Ajoutons que, dans le vieux frangais, le substantif badree servait a designer de la farine ou toute autre substance delayee dans de l’eau et que ce mot designe encore, dans l’Anjou, de la marmelade ou une bouillie epaisse, et dans

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la Picardie, la Normandie, la Flandre frangaise, le Berry, de la patisserie sur laquelle on a etendu une marmelade de pommes ou de poires. Dans 1’ Anjou, on dit aussi, comme chez nous, badras pour battoir de blanchisseuse et badrasser pour taper du linge a coup de badras.

Mais, quelle que soit 1’origine de badrer, il faut eviter de l’employer. Pour repeter un mot d’Emile Faguet, badrer «n’est frangais dans aucune langue».

Tanner

On peut fort bien faire usage de tanner au lieu de badrer, lorsque, pour parler comme les anciens, (d’opportunite s’y adonne».

L’Academie admet le verbe tanner ainsi que l’adjectif tannant : tanner avec l’acception de fatiguer, d’ennuyer, de molester; tannant avec celle de fort ennuyeux. Mais ce sont des termes populaires.

Tanner est tres ancien. On le trouve j usque dans les chansons des trouveres. II prenait autrefois des formes diverses. Les textes que citent Godefroy, La Curne et Littre dans leurs dictionnaires donnent taner, tanner, tasner , tamer, tayner et tenner. En voici quelques-uns:

Du treizieme siecle :

Ce dist Renart, ne vous lanez.

( Roman de Renart.)

Ne m’estuit pas (il ne me faut pas) taner en tan, Quar le resveil

Me lane assez quant je m’esveil.

(Rutebeuf.)

Du quinzieme siecle: «Vous nous tanes de tant parler.» (Froissart.) — «Ennuyez de la longueur du siege de Pamprelune, les Espagnols se commencerent a tenner.)) (Froissart.) — «Tous les notables de la ville de Brqges se tannerent de la guerre.)) (Olivier de la Marche.)

Ainsi mon temps en douleur use et passe Dont le surplus desja me tanne et lasse.

(A. Chartier.)

S’ils en sont coursez et tennez ;

Autant en emporte ly vens.

(Villon.)

Du seizieme siecle:

. . . Car vostre esprit contemne Ores plaisir, mais jamais ne se tenne De prier Dieu. . .

(Marot.)

Depuis l’heure que je fuz nee Ne me trouve aussi tenn'ee.

(Roger Bontemps.)

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Chez nous, comme en Normandie et en Picardie, tanne a une signification plus large que celle que lui reconnait l’Academie. Ainsi, il se prend quelquefois avec l’acception de harasse: «Quand on commence a travailler a la barre du jour on est tanne avant la breunante.))

Dans nos parlers, tannant s’emploie tantot adjectivement, tantot substantivement. Sous Tune ou l’autre forme, il sert souvent a exprimer une idee de superlatif. Ainsi, pour faire entendre qu’une robe est magnifique, on dira: «C’est une tannante de robe.» De meme, en parlant de quelqu’un qui est habile, retors, roue, on dira: «C’est un tannant)), et quelquefois: «C’est un tannant aux portes.)) Cette derniere locution est vraisemblablement une extension de l’expression tannant aux portes qui s’emploie en parlant des chevaux atteles qu’on ne peut laisser fibres aux portes des maisons. Ces chevaux sont generalement fringants, fougueux et prompts a s’emporter.

Nos gens font aussi usage de tannerie, dans le sens de chose ennuyeuse: «Queu tannerie que de demenager !» On l’emploie meme en parlant des personnes, avec une acception correspondant a peu pres a celle que le franfais

donne a plaie: «Cet enfant-la, c’est une tanneries il est tou jours ici.»

Tannerie a une signification presque aussi etendue que badrerie. Et comme ce dernier, il parait avoir pris naissance chez nous, car on ne le trouve dans aucun parler de France.

Itou, etou

Nos gens emploient communement itou, etou au lieu d’aussi. «Quand le pere pis la mere boivent, les enfants boivent etou)), proclame la philosophic campagnarde. «Tu t’en vas diner ? demande un rentier a son compagnon de flanerie. Moe itou, je vas y aller.» Itou, etou se prononcent sou vent tou lorsqu ils suivent un mot finissant par une voyelle: Moe tou, toe tou, lui tou.

D’ou viennent les particules adverbiales itou, etou ?

Des mots latin ita, item ou etiam, pourraiton repondre si l’air de famille etait une preuve suffisante de la paternite. Mais il n’est pas sfir que ce soit la l’origine des vocables itou, etou. Bien qu 'itel ait eu cours dans la langue d’oll du douzieme, du treizieme et du quator^ieme siecle, atout, et tout, otout figurent aussi dans le frangais du moyen age et de la Renaissance, et

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la presence d’un t final dans ces dernieres expressions pourrait bien indiquer qu’elles sont d’une famille autre que celle des mots latins precites.

Au seizieme siecle, et tout etait, semble-t-il, la forme preferee. Montaigne ecrivait dans ses Essais : «Toutes choses ont leur raison, les bonnes et tout)); et Brantome, dans ses Vies des dames gal antes : «Le roi Louis XI mangeoyt la plupart du temps en commun, avec force gentilshommes de ses plus privez, et autres et tout.))

Itou, etou sont-ils des variantes, des corruptions des vieilles expressions atout, et tout, otout ? ou du vieux mot itel ? C’est un point sur lequel les etymologistes ne sont pas d’accord. D’ailleurs, on trouve itout dans un fabliau du treizieme siecle, oeuvre de Rutebeuf:

Ge connais Hunbaut tranche-coste

Triant, Tra'iant, et Enbatout

Des menestrels connais itout.

Ce qui est certain, c’est que les locutions itou et etou sont d’usage quotidien et presque general dans les parlers rustiques de France. On les releve Tune et l’autre dans les glossaires de la

Normandie, du Maine, de l’Aunis, du Poitou, de la Saintonge, de l’Anjou, du Berry, du Nivernais, de la Bourgogne, de l’Orleanais, de la Picardie. De plus, itou a cours dans la Bretagne et dans le Hainaut; etou, dans la Lorraine; aiton, dans la Franche-Comte; et aetou dans la Vendee. Dans les parlers poitevins, on dit aussi metout pour: moi aussi.

L’emploi de l’adverbe itou est tellement general que la plupart des lexicographes frangais l’enregistrent. Mais, comme dit un personnage de Marivaux, ce mot «n’est pas de trop bonne maison». Littre fait remarquer que c’est «une expression de la campagne qui ne peut etre admise que dans le langage le plus familier, et meme tout a fait populaire». Les ecrivains la mettent quelquefois dans la bouche des paysans, pour imiter leur langage. Ainsi, Moliere fait dire a un des personnages de Don Juan : « Comme tu sgais bian le gros Lucas aime a batifoler, et moy par fouas je batifole itou.)) Ce que Thomas Corneille, dans sa traduction en vers, a rendu par les alexandrins:

Pour v’nir batifoler, Gros-Jean ne charche qu’oii;

Et moi, par fouas aussi, je batifole itou.

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Et dans une piece de Marivaux, le Prejuge vaincu, on echange ces propos: «Ah ! ah ! me conseilles-tu d’oter mon chapeau ? — Le chapeau et la familiarite itou.)) D’autre part, Le Roux de Lincy a recueilli ce vieux proverbe rustique :

Quand la ch&vre saute au chou

Le chevreau y saute itou.

Victor Hugo, dans les Miserables, a tente de rajeunir l’expression et tout: ((Comment! une pelisse de satin, un chapeau de velours, des brodequi is et touth Mais sa tentative parait avoir ete vaine. Et tout non plus qu ’itou n’a jamais ete admis a l’honneur de figurer dans le dictionnaire de l'Academie avec l’acception d’aussi. II faut done eviter d’employer Tune et l’autre de ces locutions.

TABLE ALPHABETIQUE

A (nasillation d’), 49.

A et o (confusion d’), 47.

A clair, 50.

A clair (tout), 50.

Acquet (avoir autant, plus d’), 127.

Affirmative (dans 1’), 129.

Agrains, 131.

Agrais, 132.

Agr4yains, 132.

Agr6ver, 119.

Air (en 1’), 61.

Air (otre en 1’), 61.

A la campagne, 51.

A l’4querre, 69.

An prononc4 a, 100.

Anlim4, 48.

Annim4, 48.

Appropri4, 205.

Aquet, 47.

Aripiaux, 57.

Article, devant un nom de jour, 109.

Article faisant partie de titres (contraction de 1’), 166.

Arupiaux, 57.

A toutereste, 155.

Attraper la chienne, 35.

Auditeur, 127.

Au respect que j’vous dois,

Auripiaux, 56.

Avoir autant d’acquet, 127.

Avoir autant de quitte, 127.

Avoir du chemin, 53.

Avoir du jeu, 54.

Avoir la chienne, 35.

Avoir la parole en bouche, 77.

Avoir le bouquette, 176.

Avoir plus d’acquet, 128.

Avoir plus de quitte, 128.

Bader, 215.

Badeurrie, 213.

Badrage, 213.

Badrant, 213.

Badras, 218.

Badrement, 213.

Badrer, 213.

Badrerie, 213.

Badreux, 213.

Balai (cheveux en), 208.

Barr4, 56.

Baudet, 45.

Belle-bergeire (cache), 83.

Bienhureux, 33.

Bob6, 208.

Boete, 91.

Bora, 67.

Border, 82.

Bordures, 82.

Botterleaux, 72.

Bouche (avoir la parole en),

Boucher quelqu’un, 71.

Bouchon, 87.

Bouchon (mettre un), 71.

Bouchon de cuisine, 87.

TABLE ALPHABETIQUE

Bouchon de vaisselle, 87.

Boudin (faire un, son, du, un bout de), 82.

Bouette, 91.

Bouquet, 172.

Bouquet (mettre le), 176.

Bouquets blancs, 175.

Bouquets jaunes, 175.

Bouquette, 174.

Bouquette (avoir le), 176.

Bouquette (tenir le), 176.

Boura, 67.

Bout de boudin (faire un), 82.

Breunante, 31.

Breune, 31.

Breunir, 31.

Broqueur, 58.

Brunante, 29.

C prononc6 gu, 186.

Cache, 58.

Cache-belle-bergere, 83.

Cache-la-bague-tiens-la-bien ,

Cache-la-belle-bergere, 83.

Campagne (5. la, en), 51.

Capot (etre), 92.

Capot (faire), 92.

Carr6, 66.

Cash, 58.

Casser, 88.

Castanade, 63.

Castonade, 62.

Casuel, 89.

Casvel, 89.

Cat^chime, 85.

Cat6chisse, 85.

Cela est d£i au fait que, 77.

Chagui^re, 98.

Changer, 88.

Chanteau, 99.

Chanter le coq, 1.

Chateau, 99.

Chaud, 26.

Chaudasse, 26.

Chaudet, 26.

Chaudiere, 96.

Chauguiere, 98.

Chauyere, 98.

Chayere, 98.

Chernin (avoir du), 53.

Chemin (donner du), 53.

Cheveux en balai, 208.

Chienne (attraper la), 35.

Chienne (avoir la), 35.

Chienne (la), 35.

Chienne grimpe sur le dos de (la), 35.

Chienne monte sur le dos de (la), 35.

Chienne prend (la), 35.

Cinquante, 98.

Clair, 93.

Clair (&), 50.

Clair (etre), 94.

Clair (tout k), 50.

Claire-Fontaine (rue de la),

Cloque, 144.

Cocotier, 157.

Comment etes-vous ? 120.

Comprend (en parlant, on se), 86.

Consonnes de la syllabe finale (suppression d’une des),

TABLE ALPHABETIQUE

Contraction, 166.

Coq (chanter le), 1.

Corde a virer le vent, 162.

Cour (mepris de), 188.

Courir le poisson d’avril, 163.

Cuisine (bouchon de), 87.

Dans 1’ affirmative, 129.

Dans la ligne de, 170.

Dans la negative, 129.

De, devant un nom de rue,

Debarbouillette, 51.

D5guiser, 100.

Dentition, 103.

Denture, 103.

D6peche des affaires, 37.

D6plet, 72.

D’Splet, 73.

D6pl5te, 72.

D6put£, devant un titre,

D’6querre, 69.

Derridre (ne pas avoir de porte de), 20.

D6vorer, 104.

D prononc£ gu, 18, 22, 98.

Dichette, 22.

Dichette (c’est bon d’avoir un petit), 25.

Dise de (en), 18.

Disse de (en), 18.

Donner du chemin, 53.

Elision devant voyelles et h muette, 166.

Emploi de Particle devant un nom de jour, 109.

En balai (cheveux), 208.

En bouche (avoir la parole),

En campagne, 51.

En dise de, 18.

En disse de, 18.

Enfait, 55.

Enlair, 61.

En Pair (etre), 61.

En parlant on se comprend,

Enregistree (lettre), 148.

Enregistrer, 148.

Enregistreur, 148.

Envoyer un side, 152.

fiplet (d’), 73.

fiquerre (h P), 69.

fiquerre (d’), 69.

Equierre, 71.

Ere pour ere, 98.

Bripiaux, 57.

Et final (prononciation d’), 22, 47.

fitalon, 7.

Etelon, 10.

fites-vous? (comment), 120.

Etlon, 9.

Btou, 221.

Etre bien, 124.

Etre clair, 94.

Etre d5plet, d6pl5te, 73.

Etre dd au fait que, 77.

Etre en Pair, 61.

Etremal, 124.

Etre pay ant, 64.

Eupourtt, 31.

Examen de t6moins, 112.

TABLE ALPHABETIQUE

Examiner un t&noin, 112.

Faire des paques de renard,

Faire du boudin, 82.

Faire le renard, 164.

Faire son boudin, 82 Faire un boudin, 82.

Faire un bout de boudin, 82.

Fait (en), 55.

Fait que (cela est dti au), 77.

Faitque (le), 77.

Flasque, 67.

Fleur de lit, 184.

Fleur de lys, 180.

Garir, 185.

Garir du segret, 180.

Grayer, 114.

Grimpesur le dos de (la chienne), 35.

G dur, pour d, 18, 22, 98.

Guerir du secret, 180.

Guichet, 24.

H aspir6e (prononciation de 1’), 47.

Habitant, 10.

Hucher, 132.

Hureusement, 33.

Hureux, 33.

Iouc, 139.

Itou, 221.

Jase, 146.

Jasette, 146.

Jeter un sifle, 152.

Jeu (avoir du), 54.

Jouc, 139.

Joug, 139.

Jouqu<$ (etre), 143.

Jouquer, 143.

Jouquer (se), 143.

Jour (article devant un nom de), 109.

Jugement renvers5, 161.

L pour n, 49.

L’ (agglutination de), 47.

Lacher un sifle, 152.

Laquet, 47.

Le, devant un nom de iour 109. J ’

Le fait que, 77.

Lettre enregistr£e, 148.

Ligne de (dans la), 170.

Loqu5t, 47.

Mais que, 199.

Malhureusement, 33.

Malhureux, 33.

Manger, 104.

Maquillon, 5.

Marbe, 27.

Marbre, 27.

Matillon, 5.

M6pris de cour, 188.

TABLE ALPHABETIQUE

Mettre le bouquet, 176.

Mettre un bouchon, 71.

Moe tou, 221.

Momorency, 16.

Monte sur le dos (la chienne),

Mortal, 16.

Morial, 18.

Negative (dans la), 129.

Ne pas avoir de porte de derriere, 20.

N’etre pas d’6querre, 70.

Nichette, 24.

Nom de jour (article devant un), 109.

Nom de rue (de, devant), 136.

Noms propres (Elision devant), 166.

On se comprend (en parlant),

Opposer, 153.

Oquet, 47.

Oripiaux, 56.

Ot final (prononciation d’),

Ouete, 156.

Ouster, 156;

Ourler, 82.

Parlette, 146.

Parole en bouche (avoir la),

Payant, 64.

Payer, 64.

Peche, 108.

Pendandrilloche, 44.

Pend’areille, 42.

Pend’oreille, 39.

Pendrilloche, 43.

Pendriloque, 44.

Pendrioche, 43.

Pi6ter (se), 75.

Piler, 177.

Piler du poivre, 177.

Piler sur, 178.

Poisson d’avril (courir le),

Poivre (piler du), 178.

Police montde, 76.

Porte de derri&re (ne pas avoir de), 20.

Pousser une jase, 147.

Prend (la chienne), 35.

Prendre une jase, 147.

Qualifi6, 196.

Quand et, 211.

Quitte (avoir autant, plusde),

Qu’ri, 202.

Paques de renard, 164. Rammancheux, 181.

Parlant, on se comprend (en), R’bouteux, 181.

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