RUE CLAUDE-BERNARD
Et dans toutes les bonnes Librairies
La Vérité est en marche. Rien ne l'arrêtera.
(Zola, pour Dreyfus, A «rore, (1898).
Où donc est-il, le bon tyran qui rejettera la Vérité dans son puits, mettra les journaux au pilon et les journalistes sous clé?
(Zola, pour les panamistes, Figaro, 1895.)
Trois fois le gouvernement de la République a fait annoncer la translation des cendres de Zola au Panthéon. Trois fois il a reculé. Pourquoi ?
L'audace ne manque pourtant pas à Clemenceau, qui prêche le patriotisme après avoir déserté en 1870, et le militarisme après avoir couvert l'armée d'outrages ; à Clemenceau qui tripote l'affaire du Maroc après avoir déclamé contre l'affaire du Tonkin, et qui fusille le peuple après l'avoir flagorné. Que craint-il ?
La même majorité qui i'a jadis chassé du Parlement avec des clameurs de haine rampe sous sa cravache ; elle l'avait conspué comme agent de l'Angleterre : il la tient par les subsides anglais. La même majorité qui a flétri Dreyfus et Picquart avec Zola les honore aujourd'hui pour lo.OOOfrancs.
L'apothéose de Nana, de Pot-Bouille, de la Terre, ce serait l'apothéose de la Troisième République. En divinisant le défenseur des panamistes, le diffamateur de la femme française, l'adorateur
de l'argent, le maniaque de pornographie, c'est lui-même que le régime dresserait sur l'autel, è-v Ecoutez M. Anatole Fkance (de l'Académie française), dreyfusard de la première heure :
Zola fatigue par Vaccahlante monotonie de ses formules ...
La grâce des choses lui échappe, la beauté, la majesté, la simplicité le fuient à Venvi...
Il ignore la beauté des mots comme il ignore la beauté des choses.
Il prête à tous ses personnages « Vaffolement de Vordure )>. En écrivant La Terre, il a donné les Géorgiques de la crapule...
Son œuvre est mauvaise ^ et il est un de ces malheureux dont on peut dire qu^il vaudrait mieux qu^ils ne fussent pas nés.
Je ne lui nierai point sa détestable gloire. Personne avant lui n'avait élevé un si haut tas dHmmondices. C^est là son monu7nent, dont on ne peut contester la grandeur.
Jamais homme n'avait fait un pareil effort pour avilir Vhumanité, insulter à toutes les images de la beauté et de Vamour, nier tout ce qui est beau et tout ce qui est bien. Jamais homme n'avait à ce point méconnu V idéal des hommes... M. Zola est digne d'îine profonde pitié. (La Vie littéraire.)
Ecoutez M. Jules Claketle (de l'Académie française), qui mena la bataille dreyfusarde au Temps sous un prudent pseudonyme :
Le vice, le grand vice, le vice irrémédiable de
M. Zola, c^est de ne se complaire, matériellement et moralement, qu^à la peinture de la fange. A rencontre de ce personnage des contes de fées qui changeait en or tout ce qu'il touchait, M. Zola change en boue tout ce quHl manie. Une odeur de bestialité se dégage de toutes ses œuvres. Ses livres sentent le bouc.
Ce priapisme morbide, qui n'est autre, après tout, que celui des romans de Marc de Montifaud, se retrouve partout chez lui,.. Il est tellement secoué de cette lubricité littéraire que les sentiments naturels deviennent avec lui hideux,..
Et sur V Assommoir, que publiait hier comme un programme le citoyen Jaurès :
Le peuple, çà ? Le peuple, ce ramassis d'ivrognes et de débauchés qui, lorsqu'ils ne sont point canailles, sont idiots ? M. Zola Vécrit et le déclare tout net à la seconde page de sa préface : « Mon livre est le premier roman sur le pteuple qui ne mente pas et qui ait F odeur du peuple, »
Ce serait le peuple, ce Coupeau, ce Lantier, ce M es- Bottes, ce serait le peuple qui travaille, qui lutte, qui espère ? — Eh ! parbleu oui ! ont répondu les adversaires de la démocratie...
En caressant ainsi les instincts haineux ou méprisants d^en haut, en étalant à plaisir les pourritures d'en bas, M. Zola s'est fait une clientèle parmi ceux-là mêmes qu'il avait attaqués une fois l'empire tombé : oui, ce sont les amis de S. Ex. Eugène Bougon qui ont déterminé la vogue de ^Assommoir.
8 ZOLA AU PAISTHÉON
M. Zola, après tout, sHnquiète fort peu que son livre plaise ou déplaise à la démocratie, pourvu qu^il se vende. Il nous a fait récemment connaître son critérium. Il est d'avis que les nombreuses éditions sentent toujours bon.
(Jules Claretie, la Presse.)
De ce jugement, rapprochez le jugement de M. Albert Sarraut, premier sous-secrétaire d'Etat de M. Clemenceau et dreyfusard tardif mais enthousiaste :
Uorgueil détermina Zola à entrer dans cette aventure (V affaire Dreyfus). Cet homme prendrait volontiers son nombril pour le centre du monde. Après lui-même il n^a qu^un culte : Vargent.
Il passe sa vie à se convaincre qu^il est un grand génie, ou à compter les sacs d^écus que lui rapportent ses œuvres.
MeilJiac, présenté à Zola, ne Ventendit, p^endant qyrès de deux heures, causer que de ses œuvres, de ses multiples éditions, de ses gains. Si bien qu'en sortant de cette entrevue, Meilhac disait à Vobligeant amiqui avait fait la présentation : « Mais c^est un Juif, votre Zola ! Il ne parle que d^argent. •»
Zola a vu, dans V affaire Dreyfus, une immense et colossale réclame.
De Dreyfus, au fond, il se fiche comme d'une guigne ; ce qui Vintéresse, c'est lui Zola. (Dépêche, 23 février 1898.)
Ecoutez encore les premiers disciples littéraires de Zola, MM. Paul Margueritt^, Lucien Descaves,
J.-H. Rosny, Paul Bonnetain, Gustave Guiches, jugeant l'œuvre du Maître dans un manifeste fameux :
Non seulement Vohservation est superficielle, les trucs démodés, la narration commune et dépourvue de caractéristiques, mais la note ordurière est exarcerhée encore, descendue à des saletés si basses que, par instants, on se croirait devant un recueil de scatologie (1).
Et, si j'ose me citer en si brillante compagnie, laissez-moi rappeler ce que j'écrivais après la victoire dreyfusarde :
La notoriété universelle et de mauvais aloi que Zola avait conquise par la scatologie le fit choisir par la famille Dreyfus pour lancer V Affaire. M. Bernard Lazare, véritable artisan de la revision, dicta
(1) On peut se croire aussi devant un recueil de bêtise, à Tusage de Jocrisse et de Bobèche. Lisez, dans L'Attaque du Moulin :
Dominique ajouta : « Je suis étranger, mais Je loge une balle dans une pomme à cinq cents mètres. Tene^, mon fusil de chasse est là derrière vous. »
Quelle opposition y a-t-il (mais) entre la qualité d'étranger et l'adresse au tir? On n'a jamais visé ni vu une pomme à cinq cents mètres. Un fusil de chasse (en 1870) ne porte pas à cinq cents mètres. Le fait qu'un fusil est accroché au mur ne prouve pas que son propriétaire est adroit, ni que les pommes sont visibles a cinq cents mètres, ni que la portée de l'arme est fabuleuse. Impossible d'entasser plus de sottises en moins de mots. Cela seul mérite le Panthéon.
Varticle J'Accuse au romancier, qui ne doutait pas que son influence sur le public ne décidât de la victoire.
Quand il se vit conspué, menacé, traduit en justice, il fit une triste figure. Il n'avait pas prévu ça ! Il se sauva en Angleterre.
Il eut pourtant quelques compensations ; il plaça à TAurore, pour cent mille francs, payable moitié d^avance, moitié en cours de publication, des feuilletons qu'aucun autre journal n'aurait publiés et payés à cette époque. Pour Fécondité, par exemple, Zola exigea 50.000 francs, dont 25.000 francs d"* avance, et 25.000 francs contre livraison de h, seconde moitié du manuscrit.
Or, r argent fit proynptement défaut à /'Aurore. Pour po.yer les 100.000 francs de Zola, il fallut taper jusqu'aux rédacteurs, et réduire jusqu^aux appointements des garçons de bureau. Pendant que nous nous faisions écharper à Paris dans V atroce mêlée, Zola filait à Londres, où il mangeait confortablement nos 100.000 francs dans uyi hôtel de radjahs.
Ainsi, lancé dans la bataille par vanité, Zola s'y montra cupide et pleutre.
Cupide ? Es doivent tous l'en glorifier, dans cette tourbe politicienne où chaque homme est à vendre, où chaque ministre est à la solde des compagnies de finance et des grands fournisseurs, où la moitié des représentants du peuple représentent, en réalité, des syndicats de spéculation et d'escroquerie, où les lanceurs d'affaires se vantent de trouver
toujours trois cents votes à louer, où les pots de vin sudistes, panamistes, coloniaux, sucriers, s'ajoutent aux distributions de Fonds secrets, grossis des fonds britanniques.
Il pleut de l'or sur les parlementaires cyniques, sur les journaux corrompus. Et le Parlement jette trois cents millions aux armateurs pour naviguer sur lest ; trois cents millions à la métallurgie pour construire six cuirassés monstrueux. Ni Clemenceau, ni Caillaux, ni la commission de la marine, ni la majorité n'en voulaient ; mais Thomson distribue largement les arguments du syndicat métallurgiste, et soudain Clemenceau, Caillaux, la commission, la majorité ratifient tout ; plaques de blindage et canons sont payés des prix fous ; les actions des Sociétés atteignent des cours fabuleux ; tout le monde est riche !...
On publie les documents qui montrent la Société des Lits militaires versant trois millions de courtage à Reinach et Cornélius Herz pour voler cinquante-cinq millions à l'Etat : aussitôt la Chambre nomme Reinach II vice-président de la commission de l'armée : bonnes affaires !... Un seul fournisseur filoute, avec complicités ofiîcielles, 1.400.000 francs sur des chaudières de cuirassés. R/ival de Thomson, Etienne donne de la main à la main les grands marchés de la Guerre. Dans les arsenaux des ports, vingt-six mille ouvriers sont laissés sans travail, mais avec solde entière, parce que l'industrie privée enlève les commandes à force de pots de vin. Après avoir recouvré, moyennant pourboire aux ministres, les créances Tubini-Lorando à Constantinople, la flotte et l'armée
12 ZOLA AU PAXTHÉO^"
françaises vont faire au Maroc les affaires de dix syndicats financiers : Banque du Maroc, Compagnie du Maroc, Compagnie marocaine, Crédit foncier du Maroc, Syndicat minier du Maroc, etc.
Au cœur de Paris va se dresser ie monument du grand corrupteur Waldeck-Rousseau, patron de Demagny et complice des Assurances américaines ; l'Algérie statufie le Bertagna des phosphates : le buste d'Edgard, cher aux tripots comme aux Chartreux, est béni par Delpech, sénateur des coulissiers véreux.
Et partout des « fuites )), partout la trahison. Dans les bureaux les plus secrets de la défense nationale, un journahste demande certain renseignement sur les submersibles à l'ingénieur Laubœuf ; l'ingénieur le refuse ; quarante-huit heures après, le journahste montre à Laubœuf la copie de tout ie dossier en disant : « Ça m'a coûté 150 francs. » Si la trahison du Juif Dreyfus reste douteuse, la trahison du Juif Ullmo est avouée ; le Juif Reinach occupe tous les postes d'où l'on peut trahir. Vienne la guerre, nous sommes vendus et hvrés d'avance.
C'était jadis une infamie pour les parlementaires et pour les journalistes d'émarger aux Fonds secrets. On passe maintenant sans se cacher à la caisse de l'Intérieur. L'importance professionnelle du pubhciste ou du politicien se mesure aux subsides qu'il reçoit place Beauvau; M. Rouvier, président du Conseil, établit un hen nécessau^e entre l'inscription aux Fonds secrets et la désignation pour la Légion d'honneur. Le leader du Parti sociahste applaudit aux fusillades de Chalon et de la Marti-
nique, sous Waldeck-Rousseau , à l'expulsion de quatre députés républicains espagnols par Combes, mais il fulmine contre les fusillades de Narbonne et de Raon-l'Etape, contre l'expulsion de quatre journalistes républicains espagnols par Clemenceau, parce que Clemenceau a méchamment supprimé les subsides dont le gavaient Combes et Waldeck-Rousseau. Et le « prolétariat conscient » marche toujours, sans comprendre.
Quel pays, quel régime se vantera jamais d'avoir offert à la fois le spectacle de l'affaire Thomas et de l'affaire Dufour? A Limoges, Thomas, chef de la loge maçonnique des Enfants de Gergovie, agent électoral du Garde des Sceaux Guyot-Dessaigne, organisant sur toute la France le pillage des églises (A bas la calotte !) ; à Bourges, Dufour, maire d'Issoudun, député, dirigeant la' pillage des arsenaux (Vive l'armée !). Le voilà, le patriotisme parlementaire ; le voilà, le zèle purificateur des politiciens socialistes : corrompus par les fournisseurs qui vendent au poids de l'or le matériel de guerre, les représentants du peuple rachètent ce matériel à vil prix, comme rebut, pour le brocanter... Deux moutures du même sac; deux fortunes dans la même mine. Armes, vaisseaux, vivres, uniformes ; vieux chiffons, ferraille à vendre ! Le vol et la brocante, des bandits et des fripiers, toute leur République en deux procès.
Pleutre, Zola ? Mais nous sommes à l'apogée de la pleutrerie !
Le chef du gouvernement, c'est M. Clemenceau, le patriote tardif qui abrita ses ardeurs dans la
mairie de Montmartre, à trente ans, pour ne pas affronter les Prussiens. Le chef de l'armée, c'est M. Picquart, qui se réfugiait derrière les compagnons anarchistes pour fuir la trique de son camarade Esterhazy. Le chef de la diplomatie, c'est M. Pichon, qui se cachait dans les caves de la Légation anglaise pendant les troubles de Pékin. Le chef du parti sociaHste, c'est le citoyen Jaurès, souffleté en pleine tribune par le comte de Bernis, et qui recrutait des spadassins dans les bouges pour défendre son honneur et servir de chevaUers à ses femmes.
A Cherbourg, le capitaine de frégate Louis-Marie Jaurès, commandant la défense mobile, se risque une seule fois dans un sous-marin, le Français. Dès la plongée, il s'évanouit de peur et souille d'excréments son uniforme ; il faut que son second, M. Benoist d'Azy, ramasse cette loque humaine, la fasse sortii' de l'arsenal par une porte dérobée, l'emporte dans un fiacre à domicile pour qu'on la nettoie. Mais le ministre Thomson doit payer le silence du groupe sociaHste dans l'affaire de six cuirassés ; il remanie le tableau d'avancement et fait une promotion extraordinaire pour nommer Marie Jaurès au grade supérieur. A Toulon, pendant que Vléna saute et que les officiers accourent, le nouveau capitaine de vaisseau se tapit derrière un groupe de chaudières, puis se sauve à toutes jambes.
Tous des pleutres !
Des pleutres, les catholiques qui laissent chasser leurs prêtres, dévaliser leurs éghses par les brocanteurs juifs, fouiller les malles de leurs rehgieu-
ZOLA AU PANTffÉON 15
ses par des policiers. Des pleutres, les ouvriers libertaires ou socialistes qui laissent envahir leurs Bourses du Travail par les mouchards, condamner leurs meilleurs militants sur d'absurdes délations, déchirer leurs chartes corporatives et politiques par les agents provocateurs promus gendarmes ou ministres. Des pleutres, les vignerons du Midi, les mineurs du Nord, les prolétaires de Fourmies, de Chalon, de Raon-FEtape, de Narbonne, qui laissent égorger leurs frères et leurs filles, sans autre riposte que des gémissements et des palabres. Des pleutres, les officiers qui mendient la faveur de leurs ennemis victorieux, qui désertent en masse les sacristies pour se faufiler aux Loges, vénèrent Picquart et Dreyfus après avoir voulu les assassiner, subissent le contact de Yousouf Reinach, de tous les espions et de tous les traîtres sans les cravacher.
Tous à genoux î
Gentilshommes du Bazar de la Charité qui se sauvent en assommant les femmes ; matelots de la Bourgogne qui se sauvent en noyant les passagers ; officiers et soldats de la place de la République aplatis derrière un bec de gaz en entendant claquer le revolver de Law ; généraux qu'il faut traîner sur le terrain pour échanger, à cinq plumes d'autruche, « une balle sans résultat » ; députés qui hurlaient d'épouvante sous l'inoffensif pétard de Vaillant, et qui chassent leurs ministres au premier froncement de sourcils du Kaiser : tous tremblants, suant la lâcheté.
Au Panthéon, Zola !
La France est ruinée. Sans cesse elle descend plus bas sur le tableau des échanges économiques. Un seul commerce la sauve : la traite des blanches. Les troupeaux de filles qui écument jour et nuit le trottoir attirent à Paris les centaines de millions, les milliards sur lesquels nous vivons.
Qui donc a porté au monde entier, jusqu'au fond de la brousse australienne, de la jungle et des pampas, la nouvelle que Paris est une vaste maison de débauche ? et que les pudeurs obligatoires en tout pays du monde sont abolies chez nous ? et que nos femmes sont une proie ofierte aux rastaquouères nantis de guinées, de dollars ou de piastres ? Qui, sinon l'illustre Zola, traduit dans toutes les langues ?... C'est grâce à lui que la fille pubhque s'appelle une French girl de Chicago à Calcutta ; grâce à lui, que le cowboy, le mineur, le fermier, le pick-pocket de n'importe quelle nation fait des économies pour les offrir aux catins de Paris.
Au Panthéon, Zola, bienfaiteur de la patrie !
C'est Zola qui a consacré vingt volumes compacts à peindre l'ouvrier des villes et l'ouvrier des champs comme de dégoûtantes brutes. Il les montre, perdus d'alcool, ballottés de la fainéantise à la fureur, bourreaux de leurs femmes, souillant leurs filles et leurs sœurs, assassinant leurs parents par avarice, menteurs, filous, cruels. Et les représentants du peuple attestent que Zola n'a pas menti : « Car, disent-ils, si le Peuple n'était pas tel que le prétend Zola, nous ne serions pas ses élus ! »
Au Panthéon, Tinsulteur des ouvriers !
La Famille française, dont les fortes vertus avaient fait un peuple honnête, sain, bien vivant, disparaîtra. Elle a reçu de Zola les derniers coups. Dans sa cervelle étriquée de « petit-bourgeois », Zola n'avait pas conçu pour le peuple d'autre moyen de salut (Fécoridité) que de faire beaucoup d'enfants. Mais il n'en faisait lui-même qu'à sa bonne. Le Conseil d'Etat, saisi d'une généreuse requête, va donner à la famille adultérine le nom que la loi, par respect pour la famille légitime, lui interdisait de porter. Fameux coup de pioche dans le Code civil. C'est réellement la consécration du « concubinat » antique, ou l'instauration de la polygamie.
Que tous les enfants prennent le nom de leur père, à la bonne heure ! Le fils de Mme de Lurcy (première dame Lavedan) pourra s'appeler enfin Paul-Deschanel... A bas la famille régulière ! Vive la cabane à lapins et Zola au Panthéon !
Le culte renaissant de Jean-Jacques Rousseau présageait ce mouvement d'opinion. Car ce qu'adorent les dirigeants actuels dans la personne de Jean-Jacques, ce n'est pas « le fou de génie » qui échauffa les âmes pour la conquête d'une illusoire liberté ; c'est le ruffian qui, par choix, se fit laquais plutôt qu'ouvrier, qui sut voler, mendier, mentir, qui vécut aux crochets des vieilles femmes dont il partageait les faveurs avec d'autres valets. Hommes politiques, écrivains à gi'os profits, financiers tout puissants se reconnaissent en cette
18 ZOLA AU PAÎfTHÉON
image ; ils ont suivi la même carrière et prospéré par les mêmes voies.
C'est pourquoi la plume de Zola manque à l'Histoire pour enregistrer leurs exploits. ; Elles seront sincères, les larmes que nous verserons derrière le char triomphal du Maître. Lui seul, qui pouvait entasser infatigablement un Pélion d'ordures sur un Ossa d'infamies, était capable de chanter nos héros et nos princes : les aventures de Merlou et celles d'Hanotaux, dont Merlou rougirait ; la fortune et l'infortune de Clémentel, ex-notaire, ex-ministre, commis-voyageur en pneus, avec la succession Knowles et le maître d'armes napohtain ; les souvenirs complets de Mme Syveton et l'avarie des époux Ménard ; les crises de conscience du Président de la Ligue des Droits de l'Homme au Chabanais, et la fondation de la Sociale-Lucullus par le Père de la Communiante dans le lupanar de la rue d'Argout.
!N"ous avaient-ils assez mystifiés, les vertueux RépubKcains, en fulminant contre la corruption monarchique et la dépravation impériale, contre les orgies du Parc-aux-Cerfs, les scandales de Compiègne et de Saint-Cloud ? C'étaient des berquinades. Xous avons vu mieux. Nous connaissons la mort priapique du Président Félix Faure dans les bras de la Fallary aux cheveux courts. Nous avons payé la dotation princière du confident Le Galî, administrateur du sérail élyséen, et les 12.000 francs de pension nationale à la vieille maîtresse qui soignait la syphilis de Gambetta.
Le commandement du Chanzy, croiseur de la
marine française, étant vacant, le chef d'étatmajor général présente trois noms d'officiers au choix du ministre : « Bien, bien, dit le ministre ; celui-ci... ou celui-là... Ah ! mais non, sapristi ! Je l'ai promis, le Chanzy. » — « A qui, monsieur le ministre ? » — « A qui ?... C'est que je ne sais plus. Demandez-donc à Valentine ».
Le chef d'état-major général va trouver Mlle Valentine Thomson. «. A qui le Chanzy ?» — « Le Chanzy ? C'est vrai ! j'ai oublié le nom. Amiral, demandez donc à mon sculpteur. »
On s'informe auprès du sculpteur qui faisait alors le buste de Mlle Thomson. « Hein ? répond l'artiste ; le Chanzy ? Ma foi, je n'y pensais plus. Attendez que je me rappelle. C'est une espèce de grand type, tout déplumé, que j'ai rencontré chez Fursy. Quel diable de nom m'a-t-il donné ? Je dois avoir encore sa carte dans une de mes poches ».
On cherche, on retourne les poches ; on finit par trouver la carte du commandant Mauger. Cet officier, qui faisait naguère des chansons pour le Chat Noir, avait en effet échangé des bocks à la Boîte à Fursy av^ec le sculpteur de la fille de M. Thomson, et lui avait demandé entre deux soucoupes un bon commandement, aussitôt promis.
Ainsi fut conduit à sa perte le croiseur Chanzy. Les commandants du cuirassé aS'w/Zî/ et du croiseur Jean-Bart, voués aussi à la catastrophe, avaient été nommés de la même façon.
Ce n'était pas sous Louis XV, c'est sousFalhères que les conseils du gouvernement se tiennent chez les filles d'Opéra. Au coup de téléphone des pages
de cabinet, les divers Clareties qui remplissent les fonctions d'eunuques blancs dans les trois harems ou théâtres subventionnés (1) expédient une charretée de danseuses, de chanteuses et de comédiennes au petit hôtel de la S... ou de la C... Le vieux roquentin Clemenceau, qui se régale des restes de Féhx Faure comme il se régalait naguère des restes du duc d'Aumale, demande aux savants massages de la rue 3Iiromesnil la fugitive illusion d'un réveil. Et c'est parmi les bouteilles vidées, les femmes retroussées, les gravelures, les cynic[ues défis, que le Gouvernement de la Démocratie décide de jeter vingt-deux millions en pâture à la valetaille parlementaire, d'envoyer des soldats tuer et mourir au Maroc, de faire mitrailler les vignerons du Midi ou les mineurs du Nord.
C'est au pavillon d'Armenonville, en compagnie de tziganes et de catiiis, que le massacre de Xarbonne fut célébré le soir même par trois des ministres qui l'avaient ordonné. C'est pour dédommager un mercanti juif de son cocuage complaisant que le juif Thomson, ministre-forban de la marine, lui donne les commandes de canons qui partent par la culasse. C'est en prostituant sa femme au Président du Conseil qu'un sénateur
(1) L'élévation de l'indemnité parlementaire à 15.000 fr. doit entraîner la suppression des subventions théâtrales. Les 6.000 fr. supplément ires permettant aux représentants du peuple de rétribuer directement leurs hétaïres, l'entretien des trois Parcs-aux-Cerfs républicains ferait double emploi.
famélique gagne une ambassade et devient « l'ambassadeur de la Favorite ^).
Quand Clemenceau dépose « un petit cadeau » de 30,000 francs (trois ans d'arrérages d'une illégale retraite) sur la cheminée du comte d'Aunay, il se prend pour Lauzun ; mais il lui faut égorger des jeunes filles pour pouvoir dire « qu'il ne les a pas ratées » — comme il rate les autres. Tandis que dans la loge de Mlle Sorel, le Jaurès du Jourdain, gluant de sueur, las du canapé où le relègue le confesseur de son épouse, promène sa panse en mugissant : « La vie large ! il me faut la vie large ! Toute joie dérive de la joie infinie et éternelle qui est en Dieu ; car Dieu n'est pas une abstraction triste ; il est la joie absolue. Et vivent les petites femmes pour les gros tribuns ! » En même temps il commence dans son journal, pour moraliser le peuple (Octobre 1907) :
Utile propagande
NANA par Emile Zola CarnaradeSy Faites lire notre riouveau feuilleton. Distribuez nos feuilles à vos amis, à vos voisins, à vos voisines, dans la rue même...
Ainsi rouleront au trottoir les ouvrières affamées par le négrier socialiste dans les ateliers des Cent mille Paletots. Heureusement, la fille du citoyen Jaurès ne lit par le journal de son père. Pour la pornographie comme pour la reUgion, les
22 ZOLA AU PAÎsTHÉON
enfants des tribuns ne sont pas au même régime que « les enfants des voyous». \. :
La plume qui traça le portrait de Nana devait nous décrire cette bacchanale.
Zola mort, qui chantera dignement les progrès de la vertu républicaine depuis la pissotière de l'infortuné Grerminy jusqu'aux idylles du «Morny socialiste » ? Qui nous expliquera l'âme de ces mères de famille et de ces institutrices, menant leurs filles et leurs élèves aux harangues du satyre universitaire ? de ces recteurs, proviseurs, professeurs, l'échiné respectueusement pliée devant le Grand Maître exhibitiomiiste ?
La seule présence du citoyen Briand au pouvoir Sb déchaîné cette épidémie de viols et de forfaits sadiques dont la France est écœurée. Incestes, attentats contre nature, enfants souillés et mutilés : la liste s'allonge tous les jours. En septembre 1907, à Bordeaux, c'est un jeune homme de « la meilleure société » (Marquis-Sébie) qui viole et syphihse une petite fille de onze ans, avec la complicité de sa maîtresse. La première chambre du Tribunal de la Seine décide (21 juin 1907) qu'une mère ne peut s'opposer au mariage de son amant avec sa fille, même ayant elle-même un enfant de ce futur gendre. De telle sorte que la fille devient la belle-mère de son frère utérin, légalement reconnu par sa mère et par son mari. Et le Président Fallières est obligé de gracier l'immonde Soleilland, qui a tué une petite fille comme Clemenceau et commis un outrage à la pudeur comme Briand, parce que T exécution du monstre flétrirait du coup ces deux ministr^a.
Imaginez là-dessus les commentaires de Zola !
Lorsque Arthur Meyer de Turenne trône au château de la duchesse d'Uzès et que. dans le salon des Noailles, s'étale Jaurès l'Abject (1) ; quand, aux réceptions des Greffulhe, parade le Briand de Saint-Nazaire et de Montmartre, le compagnon anarchiste salarié par la banque Péreire et par le vicomte Cornudet — pleurons l'auteur de Pot- Bouille : seul il eût trouvé les mots crus, les phrases nauséeuses qui conviendi'aient ici.
Faute de Zola, l'histoire delà Troisième République ne pourra parvenir à la postérité qu'en cartes transparentes.
L'appétit des choses putrides est la marque des sociétés qui vont mourir.
Ce n'est pas seulement un calcul pratique, le
(1) Louis XVII reste une des figures les plus touchantes de Ihistoire. Le sort de ce malheureux enfant, précipité du faîte du bonheur aux abîmes de la souffrance, assistant au supplice de ses parents, torturé dans son cœur et dans son corps jusqu'au dernier souffle, avait ému les plus farouches révolutionnaires.
Le citoyen Jaurès, toujours en quête d'une ordure, acharné à venger sur les femmes et sur les enfants les soufflets qu'il a reçus de tous les hommes, imagine {Histoire Socialiste, V. 105; que le fils de Louis XVI et de Marie-Antoinette mourut a de ses sales habitudes. » Et ce misérable — il suffirait de dire : salif/aud — s'en va criant qu'on outrage sa fille, quand on rappelle qu'il la baptisa à l'eau du Jourdain, qu'il lui fit préparer sa première communion chez les Sœurs de Villefranche, qu'il la poussa vers le couvent et la folie mystique. (V. La Réalité du monde sensible). Ce n'est pourtant pas la même chose.
désir de trouver parmi les idoles du peuple imbécUe des complices à bon marché, qui pousse les aristocrates et les grands financiers vers un Jaurès ou vers un Briand. Non : c'est un besoin de se frotter de fange et de respirer l'égout.
C'est la démence qui amène au Ruisseau du Juif Wolf des milliers de Français et de Françaises pour applaudir au plus mortel outrage : « Les femmes qu'on ramasse dans la boue sont encore les plus propres de ce pays-ci ».
C'est le sadisme qui excite chaque soir des millionnaires, des femmes couvertes de diamants, à quitter le luxe de leurs hôtels pour courir aux bouges de Babylone, pour dîner dans les cabarets du Rat crevé, pour souper dans les assommoirs, pour flairer la sueur des acrobates et des lutteurs, le musc des prostituées et des gitons, le hoquet des ivrognes et le sang mal séché au couteau des apaches.
Au Panthéon Zola, qui comprit les hommes de son temps, et qui fut digne de les peindre !
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Leur Républic