ZOLA NE S'ÉTAIT POINT TROMPÉ
(£/ Tiijo del Abuizote, de Mexico, 1899.)
Cette dernière image peut être considérée comme résumant l'affaire Dreyfus, à partir du moment où Zola intervint directement.
ce pauvre Alfred Le Petit dont Zola se trouva être, on ne sait trop pourquoi, le perpétuel cauchemar; Zola porcine, éclairant les millions de Rothschild destinés à corrompre la France ; Zola porcine, se vautrant sur le trône de France.
Toujours les mêmes attaques : le cochon et la cochonnerie.
Et les choses durèrent ainsi entre zolaïstes et anti-zolaïstes jusqu'au jour où, prompte comme l'éclair, la nouvelle de la
mort du grand maître vint surprendre tout le monde, amis et ennemis.
Mais cette surprise bien naturelle ne devait rien modifier. Et les mêmes sentiments d'enthousiasme et de haine se firent jour comme par le passé.
Alors, en eflet, abondèrent les portraits-charges orduriers, les têtes émergeant du pot de chambre « tombeau naturel du naturalisme » ; — voir le Zola de Ta GueuV — — et celui-là suffit — et surtout les chansons-complaintes comme La Mort de Zola.
Zola, barca, chouyall tous les refrains immondes de Y Affaire revinrent au jour. Ce n'était plus, il est vrai :
Le voilà, l'gros Zola
On n'sait pas trop ce qu'il a,
De la rage il crèv'ra
Ou bien du choléra.
Ce qui l'attend, c'est Bicêtre, Vaucluse ou Gharenton.
Mais ce fut — ô vieille chanson française, faite de noble enthousiasme, voile-toi la face !
Zola la mouquette Est mort et bien mort, Et puis dans la poudrelte, Poudrette, poudrette,
Dreylus qui le regrette Partagera son sort.
La mort de Zola! mort tragique, entre toutes! Devant une fin aussi inattendue, aussi angoissante, toutes les inimitiés devraient, ce semble, disparaître. Or, on sait ce qu'il en
lia MORT
de ZOLA
Titre d'une chanson d'actualité contre Zola, paroles de E. Maudelonde Édition Musicale française, 19, faubourg Saint-Denis.
fut; on sait ce qu'il faudra penser de la noblesse d'âme du Français à l'aurore du vingtième siècle, en 1902.
La Mort de Zola. Chanson d'actualité, « camelotée » dans les rues, sur l'air de Ninette, et dont on a vraiment quelque honte à reproduire les paroles :
Zola l'pornographique, Le fameux romancier, Par l'acid' carbonique Vient d'mourir asphyxié.
Ce fut un' drôle « d'Aurore »
Que cell' de c'matin là, On en frémit encore...
Plaignons c'pauvre Zola.
Larbin de la Juiv'rie, Zola jusqu'à sa mort Gueulait contr' la Patrie, .
Criait tant et plus fort ; Et, pour Dreyfus le traître,.
(Ce fameux bout coupé) Il allait fair' paraître Le roman « Vérité ».
Et il y a six couplets comme cela. Ne vous récriez pas, ne protestez pas, car cette littérature du ruisseau devait offrir mieux que cela encore, avec Zola dans la poubelle.
Rendons hommage à Gaston Montéhus, « le chansonnier du peuple » comme il s'intitule, car lui au moins, admirateur de l'« œuvre magique » du maître, publia sous forme de marche un Hommage à Zola dont il voyait déjà le nom briller au temple de V Humanité.
Le temple de l'Humanité ! n'était-ce pas le Panthéon de la Révolution? le Panthéon sous les voûtes duquel Zola, héritier des grands penseurs, chevalier du Droit et de la Vérité, continue Voltaire et Rousseau.
Tandis que l'esprit public français, pareil en 190a à ce qu'il était sous la Ligue, continuait à méconnaître un de ses plus grands génies, l'étranger se recueillait, l'étranger, une fois de plus, affirmait sa foi en une humanité meilleure, — quelquefois outrepassant la mesure, quelquefois prenant trop violemment parti dans nos querelles intestines.
Alors abondèrent, venant d'Italie surtout, les caricatures ouvertement dirigées et contre l'armée française et contre le clergé; alors se vulgarisèrent de grandes images aux couleurs violentes, d'un goût douteux, quelquefois, — on en jugera par le spécimen ici reproduit— qui, dans tous les ateliers dans toutes les imprimeries, trouvèrent leur place en pleine lumière, et fournirent ainsi un nouvel aliment à la propagande socialiste et anticléricale. Le plus grand ennemi de Vétat major; le plus grand ennemi des curés, ainsi le baptisèrent quelquefois les légendes des portraits donnés en prime par toutes les Gazzeta et toutes les Tribuna.
Le fameux Seuls enfin trouva là un nouveau et dernier pendant. On vit apparaître, publiée par une petite feuille cléricale de Rome, une allégorie portant pour légende : Enterré enfin.
Et il en fut ainsi jusqu'à ce que le calme se fît sur l'affaire, calme légèrement troublé par la reprise du jugement de Rennes.
Celte fois, la Vérité allaitvoir disparaître la dernière feuille qui la cachait encore quelque peu, qui l'empêchait de se montrer ainsi qu'elle en a, seule, le privilège, toute nue, en la toilette toujours seyante de Madame Ève.
Cette fois, Zola allait apparaître en archange ailé prenant sa revanche et glorifié sous toutes les formes, par l'estampe allégorique.
La Vérité et Zola !
Il semble que désormais, ces deux figures doivent rester étroitement unies, comme en cette image populaire allemande qui, voulant rendre à notre grand penseur un suprême hommage, a pris pour légende cette indication caractéristique :
Zola, l'homme qui, le premier, a su faire sortir la Vérité du puits!
Liste alphabétique des caricaturistes dont les œuvres se trouvent ici reproduites, avec indication des journaux ou publications