REPONSES DE M. EMILE ZOLA
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LES CONFIDENCES DE SALON Page d'interview pour une suite (Revue illustrée, 1892).
Et combien étrange, également, le caractère des hommes, quand on songe que ce grand révolutionnaire intellectuel se fit tout particulièrement remarquer par ses idées d'ordre, de méthode, de symétrie.
Cette face de sa physionomie ne saurait se voir plus clairement que sur les portraits, sur les instantanés photographiques qui l'ont pris à sa table de travail; car , contrairem ent à ce que l'on pourrait supposer, il ne s'agit pas d'arrangements de circonstance, mais bien de la réalité dans toute son exactitude.
Ecoutons, en effet, le docteur Toulouse, celui-là même qui n'hésite pas à ranger Zola parmi les névrosés supérieurs : « Chaque chose a sa place autour de M. Zola, sur son bureau, dans son appartement, et le désordre lui est très pénible. J'ai cru, très longtemps, qu'il ne travaillait pas à Paris, dans le cabinet oii il me recevait, tant sa table était
UN MATERIALISTE Cartonnage populaire publié par Hayard, en 1898.
Le nez de Zola s'obtenait au moyen du doigt, que l'on passait au travers du trou, suffisamment visible par le rond blanc.
EMILE ZOLA, en 1900 (d'après la photographie de Paul Berg
nette et bien ordonnée; sur elle aucun papier ne traînait jamais. L'encrier, le porte-plume, le sablier, une foule de petits objets étaient rangés dans un ordre immuable.
« Quand il écrit, M. Zola classe toutes ses notes dans des chemises qui forment des paquets distincts, destinés, chacun, à des tiroirs spéciaux. »
Esprit d'ordre, de classement et amoncellement de dossiers — car, particularité très significative, Zola qui n'était ni iconophile, ni bibliophile de race, ni iconographe, ni bibliographe d'instinct, ne fut pas l'homme des fiches, — mais de cet esprit d'ordre et de cet amoncellement de dossiers on ne saurait être surpris chez celui qui poussa si loin le sens du document vécu, observé, du document humain, pour tout dire.
Enfin j'ajouterai que Zola fut un esprit photographique, aimant à composer, à grouper des ensembles, tableaux de natures mortes dont il fixait la silhouette à l'aide de l'appareil , — telle l'image ici reproduite — et parce
due la T>hf)tncrraTïhlP Carte P°$t-aIe Publiée Par le Comptoir parisien que Là. pUOlOgrapnie d'Editions photographiques (1907).
ZOLA, par L. Braun.
(Le Cri de Paris, 11 juin 1899.)
Le dessinateur Braun a exécuté ainsi, sous forme démasques, les portraits de plusieurs contemporains illustres : Rochefort, Drumont et autres. Chose assez curieuse, ce portrait de Zola est presque le seul qui ait été publié durant la période si agitée de l'affaire Dreyfus, en dehors des simples reproductions photographiques.
revêtait à ses yeux, en matière d'image, cette précision, cette clarté qui constituaient pour lui une des faces du document et qu'il aimait à retrouver en tout et partout.
Qu'il ait eu comme toute lumière, ses côtés d'ombre, comme toute médaille son revers, Zola, quoi qu'on puisse dire, quoi qu'on puisse écrire aujourd'hui encore — car ses ennemis n'ont point désarmé et, cinq ans après sa mort, continuent à jeter sur l'homme et sur l'œuvre des amas de boue(i) — Zola, dis-je, fut et restera le géant, alors que ceux qui le dédaignaient, qui, pour le repousser, se drapaient en leur « immortalité » de convention — comme s'il appartenait aux vivants de se sacrer immortels — n'apparaissent aux yeux de tous que comme de bien piètres et bien petits personnages — les pygmées que nous montre l'image du Nebelspalter, de Zurich, publiée au moment de la fin tragique du maître.
(i) On pourra en juger par ces quelques extraits d'un article de M. Léon Daudet, publié dans la Libre Parole, en juin 1907 :
« Plus on pense au cas de Zola, plus il apparaît extraordinaire et symbolique. Il a ouvert des écluses de fange. Il est, sans conteste, le père de la littérature ordurière qui se vautre actuellement aux étalages, comme une belle fille rousse, elle aussi, et prépare, dans l'ombre obscène dont parle Shakespeare, des générations de vicieux cruels. Il est le corrupteur sans horizon. Il fouille les plaies d'un museau goulu. Il est bas et plat comme le Diable, un Diable sinistrement ennuyeux qui ne se soulage pas en moins de six cents pages. Il a laissé sa glu immonde sur toutes les belles choses que nous respectons et vénérons, sur l'amour, la famille, le drapeau et la croix. Il a empoisonné son époque.
« Or, c'est lui que les Juifs ont choisi pour défendre leur cause devant l'histoire, qu'ils ont oint à la Cour d'assises, sacré à la Cour de cassation et qu'ils embaument au Panthéon. 11 est la statue de leur cité et l'apôtre de leur Dreyfus.
« Réfléchissez... et concluez. »
Hélas ! la conclusion serait peu honorable... pour M. Léon Daudet.
L'iconographie de Zola, — en tant qu'il s'agit de la reproduction plus ou moins fidèle des traits de son visage, de son effigie en buste, à mi-corps ou en pied — se borne-t-elle aux portraits, que nous venons de mentionner? Assurément non.
Comme tous les personnages en vue, Zola eut l'avantage de voir ses traits sans cesse reproduits, puisque, sans cesse, l'actualité se trouvait dans l'obligation de fournir au public un portrait sous lequel se pût inscrire la légende : Émile Zola.
Comme tous ceux qui, à un moment donné, occupèrent la situation d'homme du jour, Zola se trouva donc avoir une iconographie double, résultat de sa célébrité, souvent amenée parles mêmes événements; l'image visant au portrait et... la caricature, quoique, à vrai dire, certains portraits soient quelquefois les pires caricatures qui se puissent rencontrer.
A citer ou à reproduire ces portraits quelconques, il n'y aurait en réalité que médiocre intérêt, un catalogue d'effigies personnelles, si soigneusement rédigé soit-il, manquant toujours quelque peu de pittoresque.