GERMINAL OU LE PRINTEMPS DE
Dessin d'Adrien Marie. (Le Monde Illustré.)
Germinal avait été traité par Monselet de « spectacle pénible et sans intérêt », et nombre de chroniqueurs avaient encore renchéri sur cette façon de voir. Une revue mettant à profit le printemps mouillé, alla jusqu'à donner la représentation de Germinal sous l'eau.
Papa
Images des quotidiens ou des revues répondant aux mêmes soucis d'actualité et d'un intérêt tout aussi médiocre ; portraits de toutes grandeurs, de toutes faces, de tous côtés, provenant toujours du même cliché initial.
Puis, ce sont les plaquettes, les volumes, tout ce qui, à des titres divers, et sous des formes multiples, constitue la littérature sur Zola, littérature nombreuse, mais peu documentée graphiquement, car les portraits qui y figurent sont quelconques, souventes fois reproductions d'effigies déjà parues dans les journaux.
Raffaelli, de qui l'on trouvera, ici, l'amusant croquis, Zola et Manet à table, fit bien un jour un portrait d'après nature du maître, mais ce portrait très vivant, très étudié, et non destiné à la publicité, ne fut point publié et ne le sera peut-être jamais, — ce qui est grand dommage. Exécuté pour de Goncourt, il figure, en effet, sur la couverture d'un exemplaire en grand papier de V Assommoir, et a été compris dans la
Lithographie d'Orens pour une série de cartes postales sur l'affaire Dreyfus.
Papa Vérité fut publié le 10 septembre 1902, c'est-à-dire Je jour même de l'apparition en librairie du dernier roman de Zola.
PORTRAITS DU MAITRE ET DOCUMENTS
vente du célèbre écrivain (i). Intéressant également, quoique d'une allure toute différente, le portrait que Steinlen dessina pour l'éditeur Pelletan et qui orné le Discours d'Anatole France, rareté bibliographique tirée par le même éditeur au nombre de soixante-quinze exemplaires. Or, de ce portrait, comme du précédent, il ne sera, sans doute, jamais fait de reproduction.
Que nous reste-t-il alors ? Le portrait exécuté par un artiste de talent qui eut son heure de célébrité, Dantan, pour l'édition illustrée de Une page a" amour (Jouaust, 1884); le portrait gravé à l'eau-forte par Desmoulin pour les Soirées de Médan (Charpentier, 1890) ; quelques pâles croquis d'après nature, croquetés, — ce sont ses propres termes et ses propres appréciations, — par le regretté Félix Régamey, à l'usage d'un éditeur qui ne s'en servit point; le portrait qui ouvre le volume :
Bagatelles (Dentu, 1892) ; le portrait placé en tête du Livre d'hommage des Lettres françaises à Emile Zola (Société libre d'édition des gens de lettres, 1898) ; les portraits des
(1) Acquis 980 francs à la vente, par le libraire Champion, pour le compte d'un amateur. C'est le portrait qui se vendit le plus cher.
£<? Rédacteur en chef de La Plume vous prie de lui faire l'honneur d'assister nu cinquième Dîner de la dite Revue, qui aura lieu le mardi 8 novembre, à 7 heures et demie précises, Café du Palais, 5, place St-Michel, sous la présidence effective de M. A UGUSTR VaCQUERIE et la vice-présidence de MM. JULES Cl.ARF.T1E
François Coppée. Aurêuen Schoi.l et Emu e Zola.
Prière tin retenir sa place avait le 3 novembre, ai, ru» Bonaparte.
Prix du Dîner CINQ FRANCS, vins compris Après le dîner, Café du Soleil d'Or. /, place St-Michel, soirée littéraire et musicale ouverte aux personnes munies de cartes d'entrée
Le Rédacteur en chef
de La Plum*
Léon Deschamps
Composition de L. Lebèguc pour une invitation au banquet de La Plume (novembre 1889).
Zola est en moine ayant à ses côtés Claretie, Coppée, Vacquerie et Aurélien Scholl, — tous plus ou moins ressemblants.
plaquettes — bien peu nombreux, car, chose étrange, qui paraîtra pour le moins singulière à notre époque de vulgarisation graphique, des plaquettes, tout en faveur du maître, comme le A propos de l'Assommoir, de Edouard Rod (1879), ou le Emile Zola, de Fernand Xau (1880), sont dépourvues de toutes les portraitures qu'on croirait si bien devoir y rencontrer.
S'en trouve-t-il par hasard — tel est le cas pour les plaquettes de Guy de Maupassant (Emile Zola, dans les Célébrités contemporaines, collection publiée par Quantin, i883) et de Boyer d'Agen (Des hommes, n° 5) — ce ne sont, alors, que ces clichés de tout acabit dont je parlais tout à l'heure.
Quant au Emile Zola, de Paul Alexis, l'éditeur Charpentier s'est contenté de l'illustrer du portrait exécuté par de Liphart pour la Vie moderne. On le voit, c'est peu de chose.
Les nombreuses éditions, illustrées, d'œuvres du maître (E. Flammarion ou Librairie Illustrée) se présentent également sans nous donner les traits de l'auteur. Était-il considéré par les éditeurs comme personne trop connue, ou bien son faciès n'était-il pas assez décoratif, ne présentait-il pas les qualités requises pour servir d'attirance, et, par suite, de publicité, auprès de certain public féminin toujours friand des mâles et romantiques beautés ? Je croirais cela plutôt.
A cette pénurie portraiturale, l'étranger, il est vrai, devait répondre par la multiplicité des effigies Jrontispiciales ; mais là également la plupart des portraits ne sont que reproductions de photographies ou de clichés, portraits anciens, si l'on peut les qualifier ainsi, qui se retrouvent en tête de brochures, de volumes ou de traductions d'œuvres du maître, en toutes langues et en tous pays. Portraits pour les publications de De Amicis, de De Sanctis, de Faul Lin-
POllTîlAITS DU MAITRE ET DOCUMENTS
Gl
dau, de Jean Ten Brinke, pour des éditions anglaises, allemandes, hollandaises, russes, italiennes, grecques même. Est-ce que, en 1899, un nommé Nahum Slouchz n'ira pas jusqu'à publier, à Varsovie, un ouvragehébreu : Emile Zola, sa vie, son œuvre, lequel est, lui aussi, agrémenté d'un por-
Carte postale éditée en vue de la cérémonie du Panthéon, d'après une composition d'Orens (1907)
trait? En réalité, parmi celles parues à l'étranger, je ne vois guère que deux belles effigies de Zola à signaler : celle qui se trouve en tête d'un volume anglais (Londres, 1893) et celle qu'un peintre-graveur allemand, Hans Weyl, a fait figurer dans sa collection àl'eau-forte des écrivains contemporains.
Le Zola littéraire eut également les honneurs de la petite estampe, je veux dire de ces multiples petits papiers d'actualité: programmes de représentations, menus de banquets ou de soupers, cartes d'entrée à des soirées ou à des bals;
Couverture du « J'accuseX »
Imprimé sur les presses à bras de Christophe Plantin et offert en 1899 à Emile Zola par la Ville d'Anvers . (Le volume mesure 70 centimètres de hauteur sur 5o de largeur.)
Sur la couverture en cuir repoussé, se détache, au centre, ainsi qu'on peut le voir, le portrait d'Emile Zola, gravé sur fond bleu par M. Louis Dupuis. Le J'accuse au-dessus du portrait est en lettres d'or. Les ornements sont empruntés à des éditions plantiniennes. A droite et à gauche, les armes de Belgique ; en haut et en bas, au milieu, les armes d'Anvers.
(Obligeamment communiqué par Mmo Emile Zola.)
Titre-page du J'accuse, entouré d'une guirlande de feuilles et de boutons de rose, coloriée en tons plats.
mais combien peu de chose en ce domaine, quelquefois si précieux pour l'iconographie de certains personnages. La plupart du temps, du reste, aux lieu et place de Zola, ce ne sont que les personnages de ses créations : tel l'éventail pour la Centième de Nana ; telle la carte d'entrée au Bal pour la Centième de V Assommoir. Devant la grandeur de son œuvre et, surtout, devant la popularité des personnages et des scènes représentées, l'homme disparaissait comme il arrive assez souvent. On le retrouvera accouplé à son collaborateur dévoué, à son second lui-même, j'ai nommé Bruneau, chaque fois qu'il s'agira d'une œuvre musicale, et cela sur de petits médaillons généralement dessinés ou gravés par Desmoulin.
Après la petite estampe, la réclame sous tous ses aspects, la réclame par les papiers distribués dans la rue, par la chanson, par les faïences, par les assiettes, par la pipe, et même >par le pain d'épice ; la réclame multiple et diverse, sous mille formes qui surgissent et, souvent, échappent à tout contrôle. Qui, aujourd'hui, se souvient de la brasserie : Le Ventre de Paris, et de cet autre établissement : L'Assommoir Coupeau, qui, toute une semaine, fit florès à La Chapelle ? Qui a gardé la mémoire de ces petits objets dus à l'esprit 'inventif du camelot parisien, véritables étrennes de la rue qui, durant la semaine du jour de l'an, font notre joie, et de ces canards d'actualité disparaissant aussi rapidement qu'ils surgissent ?
Ainsi apparurent, nouveauté parisienne, amusement du jour, Nana-Coupeau, un petit cartonnage de rien du tout qui se tirait, — et une lyre très mince, papier calembourdier chargé de figurer le delirium tremens.
Un jour, l'on entendit les camelots, par bandes, crier de cette voix harmonieuse qui leur est particulière : « De-
theose de cette fête pat ancre russe a été pour !
vous préparez à pré triomphe de notre F selle, qui couronnera ne
in
Première page de la Lettre au Président de la "République. (J'accuse!)
La fameuse lettre est imprimée dans son entier en caractères plantiniens. L'M donne le type des majuscules.
GG
mandez le discours de M. Zola, le jour de sa réception à V Académie française. » Et il s'agissait — le croirait-on? — d'un simple papier tournant entre deux fils, lequel mis Petit médaillon avec la pho- en mouvement faisait apparaître
tographie de Zola ayant servi
de fève pour la galette des Rois triomphalement le mot de Gam-
en janvier 1899.
bronne.
Une autre fois, les mêmes bandes de camelots inondaient encore le boulevard et de la même voix élégante criaient à gorge déployée : « Demandez le Nana... turaliste, journal de Mlle Nana;» etmieux encore: « Demandez Alphonse et Nana, » un journal rien chouette, sur le titre duquel on voyait une fille sortir une thune de ses bas pour la remettre à son cher Phonphonse hautement casquetté d'un beau trois-ponts tout neuf. Et sur ces canards flamboyait, comme rédacteur en chef, le nom illustre : Emile Zola.
Tout comme Boulanger ou le tsar, même comme Félisque, notre écrivain eut les honneurs de la céramique. En 1889, un fabricant de faïences de Paris (1) éditait des assiettes avec des portraits -charges de Zola (portraits d'après des caricatures de Gill et de Demare, ou encore d'après une gravure du Petit Parisien). A Bordeaux, un autre fabricant publiait tout un service en bleu , reproduisant, les scènes de V Assommoir . La fessée, naturellement, eut un succès tout particulier ailleurs même que chez les filles de
Médaille populaire frappée en
l'honneur de Zola (avers).
(1) Il s'agit de la maison Klotz, fau- Le revers donne le buste du
bourg Poissonnière. colonel Picquart.
la rue de la Lune, et le brave général dut souvent caracoler dans les maisons closes à côté du pétard flamboyant de la Mouquette. Accouplements étranges des célébrités humaines !
Derniers objets, dernière incarnation de la popularité : la pipe Gambier et le pain d'épice. On a pu se payer le luxe de fumer Zola ou de piper dans la tête de Zola, à une époque où l'on ne se doutait certes guère que le grand penseur serait bêtement fauché, un matin d'octobre, par la fumée s'échappant des fissures d'une cheminée. Et quant au pain d'épices, ceux qui fréquentaient la foire du Trône, aux approches de 1880, peuvent se souvenir de petits cochons à têtes, plus ou moins ressemblantes, de Zola et de Nana pompeusement baptisés : Lui et Elle.
Voilà la gloire !
La réclame par la publicité ne vint que plus tard, avec l'afBaire Dreyfus qui devait complètement absorber, annihiler le Zola littéraire pour le remplacer par le Zola politique. Alors apparurent en toutes langues, dans les journaux du monde entier, les Zola-Mariani, les Zola-Far ina, les Zola-Pears en autant de portraits clichés d'après les photographies du moment. De même tous les Zola pour les « célébrités du jour », petites cartes photographiques que les Potin et autres grands marchands de denrées glissent avec leurs pâtes et fécules. De temps à autre, durant la mêlée des jours de bataille, un prospectus, une carte-réclame sont lancés et distribués — avec des portraits, par les partisans; — avec des caricatures, par les ennemis. En réalité iconographie peu nombreuse (1).
Mais voici la carte-postale illustrée. Et alors, de toutes
(1) Voir mes publications l'Affaire et l'Image (album in-4) du Siècle; l'Affaire Dreyfus et l'Image, 1 vol. in-12 (Flammarion, éditeur).
PORTRAITS DU MAITRE ET DOCUMENTS 69
parts, dans tous les pays, se publient et se vulgariseront à l'infini les portraits de Zola, portraits en buste, en pied, mé-
Médaille exécutée en 1 846 pour les premiers travaux du Canal Zola : Le Canal Zola (irrigation, besoins publics et domestiques, force motrice, distributions pour l'agrément des parcs et jardins et pour l'industrie), déclaré d'utilité publique par ordonnance royale du 3 1 Mai 1 844, fut constitué par actes des 28 Août 1845 et 9 Juin 184 S. M. François Zola, père d'Emile Zola, mourut le 27 Mars 1 847, au moment où commençait l'exécution de son plan. (Appartient à Mme Emile Zola).
daillons, portraits avec le J'accuse, le terrible J'accuse (i),
(i) Une amusante parodie du J'accuse (au point de vue titre, s'entend) est le : Je m'accuse, de Léon Bloy.
Titre lithographie par E. Buval, pour la chanson d'Antonin Louis, publiée en 1888.
A madame JACQUINJeBa-twfàp