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Zoloë

Zoloé, sur les limites de la quarantaine, n'en a pas moins la prétention de plaire comme à vingt-cinq ans. Son crédit attire sur ses pas la foule des courtisans et supplée en quelque sorte aux grâces de la jeunesse. A un esprit très fin, à un caractère sou pif ou fier selon les circonstances, un ton 1res insinuant, une dissimulation hypocrite, elle joint une ardeur pour les plaisirs cent fois plus vive que Lauréda, une avidité d'argent qu'elle dissipe avec la promptitude d'un joueur, un luxe effréné qui engloutirait le revenu de dix provinces.

Zoloé n'a jamais été belle, mais à quinze ans sa coquetterie déjà raffinée, cette fleur de la jeunesse qui souvent sert, de passeport à l'amour, de grandes richesses avaient attaché à son char un essaim d'adorateurs.

Loin de se disperser par son mariage avec le comte de Barmont, avantageusement connu à la cour, ils jurèrent tous de n'être pas malheureux, et Zoloé, la sensible, ne put consentir à leur faire violer leur serment. De ©ette union sont nés un fds et une fille, aujourd'hui attachés à la fortune de leur illustre beaupère.

Zoloé a l'Amérique pour origine. Ses possessions dans les colonies sont fameuses, mais les troubles qui ont désolé ces mines fécondes pour les Européens l'ont sevrée du produit de ces riches domaines, qui eût été si nécessaire ici pour alimenter sa prodigieuse magnificence.

Lauféda justifie l'opinion que l'on a connue de la nation espagnole ; elle est tout feu et lout amour.

Fille d'un comte de nouvelle date, mais extrêmement riche, sa fortune lui permet de satisfaire tous ses goûts et son penchant décidé pour la singularité. Trois demeures dans différents quartiers de la capitale sont tour à tour les sanctuaires sur lesquels elle va sacrifier à l'autel de Vénus.

Egalement éprise et des lubricités d'Ovide et des fureurs de Sapho, elle a épuisé toutes les combinaisons de la volupté.

L;mréd;i n'a conservé de sa première beauté qu'une taille avantageuse, de belles dents, un bras charmant, mais les ans et plus encore la fatigue des jouissances outrées ont fait sur sou teint et sur ses traits des ravages çfuejs que l'art de la toilette, le savant mélange du blanc et du rouge, ne put réparer.

Ce n'est guère que dans la langueur des petits soupers que ses yeux lancent de ces éclairs qui embrasent le cœur d'un amant.

A son lever, Lauréda annonce trente ans ; dans l'éclat de sa parure, elle en paraît dix de moins. Mais ce que le temps ne peut lui

ravir, c'est un excellent cœur, un zèle officieux qui est prêt volontiers à obliger par son crédit et sa bourse même ; c'est infiniment d'amabilité avec tout le monde.

On se persuaderait, en la voyant sans cesse entourée des cortèges du plaisir, qu'elle est heureuse. Hélas ! elle porte dans son sein un ver rongeur : le regret mortel d'avoir admis pour époux un homme confondu autrefois dans l'obscurité de la valetaille.

Elle a beau chaque jour ombrager le front de cet insolent parvenu de ce panache qui ne blesse que l'amour-propre ; une rupture amiable, un divorce, même consenti pour la paix commune, n'a pu faire oublier à l'a méchanceté qu'elle a porté l'ignoble nom de Fessinot.

Volsange avail épousé, non Je marquis d'Obzemback, capitaine des Royal-Suisse; noble et vaillant comme Tancrède, mais sa fortune.

Les liaisons du sang avec Zoloé ont ren-

forcé les nœuds de la sympathie entre ces deux femmes.

Vive, quoique déjà prête à atteindre son sixième lustre, enjouée et folâtre comme sa cousine, elle n'a d'autres dieux que sa personne, d'autres bonheurs que ceux de jouir, d'autres tourments que la soif de l'or pour assouvir ses fantaisies et ses sens dévorés de convoitise.

Des hommes assez lâches pour abandonner la patrie malade à des empiriques, à des insensés qui l'ont tuée sous prétexte de la sauver, lui ont reproché d'avoir déserté leur parti.

Elle se venge noblement de cette injuste prévention en servant a\ec courage, avec chaleur, les victimes de l'Anarchie, les peureux et ceux même qui ont à rougir de leur exaspération.

La beauté n'est rien ; ce n'est que le souffle de la nature, que quelques années ont bientôt flétrie ; cependant, combien elle a de charmes pour nous séduire il On ne peut l'en-

tendre sans être enchanté : tel est l'effet magique que produit la présence de Volsange.

Elle porte, sur un corps superbe, élevé, une tête noble et pleine de grâce.

Sur son aimable visage et sur toute sa personne sont réunis les attraits les plus piquants : bouche divine, front couroné d'une riche chevelure ; des yeux d'où jaillissent mille traits de flamme, un sein que ne peut contenir un vil jaloux, un pied dessiné par l'Amour.

Que d'autres achètent le tableau... Je brise mes crayons ; ils sont impuissants pour le rendpe.

Le jeu de sa physionomie annonce infiniment de finesse, de pénétration et de résolution.

Son regard, comme celui de l'aigle» fixe avec rapidité.

A\ec autant de moyens, quand on se jette dans la carrière de l'intrigue, on marque dans la société ; on se fraie un chemin aux

emplois, au crédit qui les obtient ; on se fait nombre de partisans et d'envieux.

Les exploits de Volsange dans les galantes escarmouches mettent son nom au-dessus de tout ce qu'il y a de plus fameux dans le genre ; elle mérite, et par le nombre et par la variété et la quantité des heureux qu'elle a faits, de figurer avec honneur dans la fédération de Zoloé et de Lauréda.

Mais quel est le trait d'union assez fort pour entretenir une si parfaite harmonie entre ces trois têtes, entre ces trois prêtresses de l'amour, souvent rivales ? Le plaisir.

Eh ! n'est-ce pas lui, n'est-ce pas l'intérêt personnel que l'on honore du beau nom d'amitié ? D'ailleurs, de quoi n'est pas capable l'incomparable d'Orbazan ?

C'est lui le feu régénérateur du trio féminin. Il est comme le moteur suprême ; il apaise, il irrite, contriste, égaie, refroidit, échauffe à son gré ces âmes versatiles à toutes les passions qu'on leur suggère.

Ainsi se trouve résolu, par la dextérité de

cet adroit mentor, le problème de trois femmes parfaitement et longuement unies de la plus étroite amitié.

Que l'on nous pardonne ces détails ; ils vons nous conduire à démêler ce que présenteraient d'obscur les faits qui vont suivre.

Nous imiterons les peintres : nous esquissons les traits des principaux personnages avant de les présenter en action.

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