‹ Zone a Avicula contorta; ou, Étage Rhaetien; état de la questionChapitre 15 sur 63 · ITALIE · texte numérisé non relu

ITALIE

Nous ne citerons pas ici les travaux de M. de Collegno, qui, le premier peut-être, a attiré l'attention des géologues sur les schistes de Guggiate (1), parce qu’en décrivant ces dépôts, cet auteur les confond dans son groupe jurassique et avec les marbres de Varenna, que des recherches plus récentes donnent comme triasiques et avec les calcaires de Moltrasio, qui appartiennent au Lias proprement dit.

Il n’y a rien de concluant à dégager non plus des recherches de M. de Sismonda sur les terrains stratifiés des Alpes entre le mont Blanc et le comté de Nice (2), bien que ce géologue cite une discordance de stratification entre ce qu’il appelle les Conglomérats infra-liasiques et les roches cristallines primaires ou métamorphiques.

Comme rien, en effet, ne prouve qu’il ait compris dans son Infra-Lias la zone à Avicula contorta dont il ne fait aucune mention, on ne saurait dire si cette discordance doit être placée ici au-dessus ou au-dessous de la zone susdite.

C’est réellement à M. Escher de la Linth (3) que l'on doit, en Lombardie, les premières notions détaillées qui aient été publiées sur cet horizon litigieux.

Aujourd’hui encore on ne saurait donner une meilleure coupe de ces dépôts que celle qu’il a prise en 1853 entre Menaggio et Bene, et que nous reproduisons ci-après :

(1) Sui terrent stratificati delle Alpi lombarde (Bibl. ital., 1845, t. X, p.176 — Elementi di geologica, 1847, p. 263.

(2) Mem. della r. Accad. di Torino, 2 série, t. XIE, 1852.

(3) Geol. Bemerkungen über dus noerdliche Vorarlberg, etc, Zurich,

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trichiens ; … 2 Calcaire noirâtre à cassure testacée, de la puissance - de plus de 100 pieds, avec Gervillia inflata ? Schafh ; … 3° Schistes noirs argileux, gras, à surface ocreuse, avec …… rognons de calcaires noirs (Avic. speciosa, et Baetrylium striolatum, Heer) ; 4 Calcaire noirâtre ; 5° Schistes noirs ; 6° Calcaire ; 1° Schistes noirs avec Cardita austriaca, Cardium Rheæticum, Avicula contorta, etc., et restes de reptiles indéterminés ; 8° Calcaire ; 9° Schistes noirs comme le n° 3, avec Gervillia inflata ; E. 10° Banc grisâtre, facilement décomposable et ressem- . blant à la dolomie ; 41° Alternance de schistes et de calcaires, avec Avicula speciosa et débris de reptiles indéterminés ; 42 Bancs puissants de calcaire compacte; 13° Marnes noires à Avicula contorta (Av. Escheri, Mer.); 14 Calcaire compacte très puissant, d’un gris sombre, riche en coraux et en gros bivalves (Megalodon scutatus) ; 15° Schistes et marnes ; 16° Calcaire gris, compacte, pétri de coraux ; 17 Calcaire gris-brun et schistes arénacés avec Cardita austriaca, Plicatula intusstriata, Avicula contorta, Myophoria et grosses Pholodomies ; 18° Couches calcaires avec banc de Térébratules lisses ; 19 Couches alternantes de calcaires et de marnes avec Gervillia inflata ; 20° Calcaire compacte ; 21° Calcaire marneux d’un gris foncé, à surface rugueuse avec ramifications de diverses sortes en saillie ;

22% Marnes brunesfavec petites bivalves indéterminées ;

Lias, grande masse de calcaires gris fumeux n’ayant pas

moins de 4,000 à 1,200 pieds de puissance.

L'auteur rapportait alors au Saint-Cassian les vingt-deux assises antérieures à ce dernier dépôt; mais nous verrons dans le chapitre suivant qu’il a depuis changé d’avis à cet égard, et qu’il est disposé maintenant à les considérer comme un équivalent des couches de Koessen, à l’exception de la couche dolomitique n° 1, que tous les géologues regardent aujourd'hui comme essentiellement triasique.

M. Escher ne mentionne de discordance de stratification ni àla base ni au sommet de ce groupe auquel il attribue une épaisseur de 200 à 300 mètres.

M. Omboni dont les recherches ont suivi celles de M. Lo cher, a peut-être eu le tort de laisser ignorer ce qu’il devait aux travaux de ses devanciers (1).

En ce qui concerne les dépôts à Avicula contorta qu’il a étudiés en compagnie de M. Balsamo-Crivelli depuis le lac de Lugano jusqu’au lac de Come, cet auteur ne nous apprend rien de bien nouveau, ni sur la paléontologie, ni sur ja stratigraphie de ces assises.

Comme le géologue suisse dont nous venons de rappeler les travaux, M. Omboni range ce groupe dans le Saint- Cassian, sous le nom de schistes noirs fossilifères, tout en faisant observer que les fossiles recueillis à Guggiate sont rapportés au Lias par d’Orbigny, et au Trias par M. Escher.

Ces schistes noirs que l’auteur présente comme étant compris entre les calcaires noirs à veines spathiques du Lias, et les marnes vertes et rouges du Trias, ne sont, ainsi que M. Stoppani l’établira plus tard, que la partie inférieure de la zone à Avicula contorta (2).

(1) Série des terrains secondaires de la Lombardie (Bull. soc. géol. de France, 2 série, t. XIL p. 517.) (2) Voir Bull. soc. géol. de France, 2e série, t. XIV, p. 348, 1857,

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M. Omboni ne cite aucune discordance entre ces dépôts. Du reste, la confusion dans laquelle il tombe en ce qui concerne les calcaires de Maltrasio, de Perledo, la lumachelle d'Esino et le marbre noir de Varenna qu’il indique comme appartenant à la division la plus inférieure du Lias, prouve combien les caractères pétrographiques sont peu tranchés,

et les limites naturelles difficiles à saisir entre ces diverses

formations. à

M. Curioni, vers la même époque (1) signalait à Marône et le long de la vallée de l'Opol, sur la rive gauche du lac d'Iséo, des marnes charbonneuses et des calcaires noirs avec Cardita crenata, qu’il considérait de son côté et pro-

. bablement sous la même inspiration, comme un facies mar-

neux des couches de Saint-Cassian. La superposition de ce dépôt au groupe de la dolomie moyenne ne lui paraissait pas douteuse ; et cependant il inclinait à le considérer comme synchronique du groupe de Gorno et de Dossena.

Plus tard, il est vrai, ce géologue s’aperçoit de cette erreur et rattache aussi ces assises aux couches de Koessen en les indiquant sous le nom de schistes de Guggiate (2). Toutefois, M. Curioni venait de faire une précieuse découverte et rendait un service signalé à la science en faisant connaître que les grandes bivalves cardiformes se rencontrent à deux niveaux différents, et que des espèces distinctes caractérisent chacun de ces horizons.

S'il fallait l’en croire, le Cardium triquetrum (Megalodon) serait exclusivement confiné dans les calcaires ou dolomies triasiques formant la base de la zone à Avicula contorta, tandis que le Megalodon scutatus, espèce très distincte, serait spécial aux couches qui surmontent ladite zone.

(1) Sulla successione normale, etc. (Mem. dell’Ist. lomb. 1855).

(2) Appendice alla memoria della successione, etc. (Afti. dell’Ist, lomb., 1857, t. VII, p. 123).

Nous ne citerons ici que pour mémoire les observations mises à l’appui de la carte géologique de Lombardie, publiée par M. de Hauer ; parce que ce travail n’est qu’une sorte de résumé des publications que nous venons de citer. Nous ferons remarquer cependant que cette étude a le mérite de mettre en pleine évidence les rapports des schistes noirs de ces contrées avec le Koessener-Schichten et ses divers équivalents.

M. l'abbé Stoppani, dont il nous reste maintenant à analyser les recherches, a commencé par classer la partie supérieure de la zone à Avicula contorta (dépôt de l’Azzarola) dans le Lias et les schistes noirs marneux, partie inférieure, dans le Saint-Cassian (4).

Mais il a depuis plusieurs fois changé d’avis dans ses diverses publications.

Son étude sur les couches à Avicula contorta est la seule dont nous ayons à nous occuper ici (2).

Ce travail commencé en 1860 et achevé en 1864, contient quatre parties bien distinctes que nous allons successivement passer en revue.

Dans la première, consacrée à l'historique des couches à Avicula contorta en général, on ne sait pas comment l’auteur est amené à donner l’Infra-Lias de M. Leymerie, comme équivalent de ces dépôts (3). On ne s’explique pas davantage sa prétention d'étendre cette synonymie aux grès d'Hettange et de Luxembourg (4) qui, de même que le Choin-bâtard des environs de Lyon, appartiennent exclusivement aux zones à Am. planorbis et angulatus.

On dirait qu’au début de ses recherches, le paléontolo-

(1) Studii geolog. e paleont. sulla Lombardia, Milano, 1887.

(2) Description des fossiles de la zone à Avicula contorta, Milan, 1860. (3) Loc. cit., p. 12.

(4) Idem, p. 22,

UE à CR UC UE

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giste milanais n’a pas une idée bien nette de la constitution des dépôts dont il entreprend de faire l’histoire.

De ce que certains auteurs ont signalé des espèces du Bone-bed dans les zones supérieures et vice versa, M. Stoppani semble conclure que ces divers termes de la série en sont des équivalents, sous une autre forme, et il est dis-

posé à considérer les dépôts à Avicula contorta comme

occupant tout l’espace compris entre le Trias et le calcaire à Gryphées, ou Lias proprement dit.

Dans la seconde partie, réservée à l'examen des couches à Avicula contorta de Lombardie, on ne remarque aucune donnée stratigraphique nouvelle sur l’ensemble de ces assises, si ce n’est la division des dépôts en deux groupes distincts : l’un supérieur (dépôt de l’Azzarola), l’autre inférieur (schistes noirs marneux), c’est-à-dire celui que M. Stoppani avait d’abord regardé comme un équivalent de Saint-Cassian.

D’après l’auteur, le premier de ces dépôts se compose presque exclusivement d’une alternance de marnes claires et de calcaires compactes, tandis que l’autre consiste en calcaires noirs, en lumachelle et en schistes noirs. Au point de vue paléontologique, cette division n’a qu’une importance très secondaire, car les espèces les plus caractéristiques passent de l’un dans l’autre groupe.

Quant à la position stratigraphique qu’occupe la zone en Lombardie, voici comment M. Stoppani l’établit de haut en bas :

4° Formation de Saltrio, masse calcaire variée d’aspect et de puissance avec Gryphea arcuata et Am. bisulcatus ;

2 Dolomie supérieure, zone calcaire ou dolomitique peu puissante à Megalodon scutatus, Schf.; c’est le Dachsteinkalk des géologues autrichiens ;

3° Couches à Avicula contorta, divisées en deux groupes. Le supérieur ou dépôt de l’Azzarola, comprend le banc madréporique, qui, tout à fait supérieur à Barni, descend un

peu à l’Azzarola, occupe le milieu des assises au Val-d'Erve, et descend presque à la base à Caino ;

4 Dolomie moyenne, caractérisée par la faune d'Esino, synchronique, par conséquent, des dépôts d’Allstadt et de Saint-Cassian ;

d° Groupe de Gorno et Dossena, équivalent des couches de Raibl ou Keuper proprement dit.

Au moment de conclure, l’auteur, débordé par les productions de toutes sortes qui se publient incessamment sur cet horizon, est obligé de se replier en arrière, pour procéder à un nouvel inventaire bibliographique et répondre aux nombreuses objections qui lui sont faites.

Ce n’est pas ici le cas de le suivre dans cette polémique dont il se tire avec plus ou moins de bonheur; aussi nous passons de suite à ses conclusions que voici :

La constitution des couches à Avicula contorta en Lombardie ne diffère pas de celle des régions alpines où les

zones à Am. planorbis et angulatus paraissent remplacées .

par les calcaires ou dolomies à Megalodon scutatus.

Sous le rapport paléontologique ce groupe se rattache au Trias par quelques espèces, et au Lias par un bien plus grand nombre.

Dans l'opinion de l’auteur, les couches à Avicula contorta constituent un étage à part, l'étage infra-liasien.

Mais ici une confusion regrettable s’introduit dans l’esprit de M. Stoppani, qui, après avoir insisté sur la nécessité d'élever au rang d'étage les couches à Avicula contorta, les réunit à l’Infra-Lias proprement dit ou zones à Am. planorbis et angulatus dont elles ne constituent plus que la partie inférieure.

La conclusion est d'autant plus contraire aux prémisses que rien en Lombardie ne semble rappeler la faune Hettangienne à laquelle se trouve ainsi subordonnée celle de la zone à Avicula contorta. Il est extraordinaire que M. Stoppani ne s’en soit pas aperçu.

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