SC H I Z 0 P 0 DES
LA M Y S I S
Quant au canal sous-abdominal,
il émet dans chaque
Appareil circulatoire. — A ( Mysis vaU/aris d’après van Beneden). B ( Podoptiis Slabbert d’après van Beneden).
segment abdominal un courant distinct qui s'élève de bas en haut : ces courants se réunissent à la région dorsale
pour former une grande lacune tergale dont le sang, chassé d’arrière en avant, baigne l’aorte descendante et l'intestin et qui aboutit au cœur, à côté de l’aorte postérieure. Celle-ci émet, à son tour, dans chaque somite abdominal, un courant artériel de haut en bas qui va se mêler avec le courant du canal sous-abdominal.
Ce qui est remarquable dans l’appareil circulatoire des Mysidæ, comparativement à celui de l'Écrevisse et autres Macroures, c’est qu’il y a :
1° Un seul courant sous-abdominal d’avant en arrière;
2° Un double courant dorsal artériel et veineux;
3° L’absence de veines ;
4° Le mélange du sang veineux et du sang artériel dans la plupart des artères.
Appareil branchial. — La chambre branchiale fait défaut a. s dans les Mysidæ qui sont
même dépourvues de véritables branchies et chez lesquelles la respiration est tégumentaire ou primitive. Toutefois, chez les Mysis, les pattes thoraciques offrent chacune une petite lamelle probablement respiratoire ; dans les Siriella mâles, les organes respiratoires existent et consistent en tubes (fig. 419) attachés à la base de l’endopode des pattes abdominales, tubes tantôt cylindriques et droits, tantôt contournés ou spiralés. Avec les Euphausiidæ, on trouve des branchies dans la position normale qu’elles occupent dans les Po-
Fig. 419.
Tubes branchiaux de Siriella Thompsonii mâle (d’après Sars). — a, lobe branchial du 1er pléopode. — b , lobe branchial du 2° pléopode.
SC HIZOPO DES .
LA MYSTS
dophtalmes. Ce sont des podobranchies digitiformes-arbo-
Fig. 420.
Branchies d 'Euphausia pellucida (d’après Sars). — a, branchie de l’antépénultième paire avec globule lumineux. — è, branchie de la dernière paire.
rescentes (fig. 420), dont la taille augmente d’avant en arrière et placées sur le basos des II et IIIe maxillipèdes et des pattes thoraciques (fig. 404).
Mai s ces branchies, par suite de la non-formation d’une chambre branchiale, sont découvertes et llottent librement à l’extérieur.
Toutefois la dernière branchie envoie sous le corps une des trois touffes dont elle est compo-
Fig. 421.
see.
Chez les Eucopiidæ et Lophogastridæ, l’élargissement du céphalothorax et le développement des brandi iostégites contribuent
Bases d’une paire de pattes avec leurs branchies chez Gnathophausia lonf/ispina, Sars (d'après Sars) .
à la formation d'une chambre branchiale, moins com-
plexe que celle des Décapodes, mais dans laquelle est contenue une partie de branchies. Celles-ci (arthrobrancliies) consistent en trois ou quatre touffes ou branches principales dont la plus interne est logée dans la chambre respiratoire, tandis que les autres font librement saillie entre les pattes (fig. 421).
Appareil excréteur. — La glande rénale occupe lamême position et présente la même composition que dans les Macroures.
Organes génitaux males. — Il y a dimorphisme sexuel.
Organes copulateurs abdominaux d 'Euphausia pellucida (d’après Sars). — a , endopode du 1er pléopode. — 6, endopode du 2e pléopode.
Dans les Mysidæ, le mâle est plus petit; il porte sur l’an-
tennule un appendice olfactif qui fait défaut à la femelle;
il possède des fausses pattes relativement développées ;
enfin , la quatrième fausse patte prend un allongement
exagéré, au point que sou extrémité libre atteint Lextré-
SCIIIZOPODES.
LA MYSIS
mité de la queue. Sert-elle à la copulation ? Rappelons la présence de lobes branchiaux sur l’abdomen des mâles de Siriella.
Dans les Euphausiidæ, les deux premières paires de fausses pattes se modifient en organes copulateurs accessoires très polymorphes et de structure fort complexe, destinés à fixer les spermatophores qui existent dans cette famille. La modification intéresse l’endopode de ces membres (fi g. 422).
L'organe génital mâle comprend chez les Mysis (fig. 423), d'après Van Beneden ( loc . cit.), une série double de vésicules pyriformes au nombre de huit ou dix couples, placées immédiatement au-dessus de l’intestin et s’abouchant sur un canal commun. Celui-ci (canal déférent) décrit une anse en avant et s’écarte en arrière pour aboutir dans un pénis légèrement courbé, obtus au bout, armé ou non de crochets ou de digitations et annexé au coxa de la 5° patte thoracique (fig. 415, b).
Organes génitaux femelles. — Dans les Mysidæ, la femelle (fig. 424) porte généralement en dedans des 4e et 5e pattes thoraciques des feuillets qui se recourbent en dedans pour circonscrire une chambre ou poche incubatrice. Ces lamelles peuvent par exception être plus nombreuses et exister à la base des 2e et 3e maxiliipèdes et
Appareil génital mâle de Mysis vulgaris (d’après van Beneden).
des cinq thoraciques (Boreomysis , Petalophtalmus), disposition commune aux Eucopiidæ et aux Lophogastridæ, tandis que les lamelles incubatrices font défaut complètement aux Euphausiidæ.
L’appareil génital consiste en un ovaire impair1, s’ouvrant par deux conduits latéraux dans deux grands cæcums
Appareil génital femelle de Mysis vulgaris (d’après van Beneden).
ou utérus. De la partie postéro-externe de ces derniers, naît, de chaque côté, un oviducte qui se termine à la base de la cinquième thoracique.
Développement. — Dans les Mysidæ , les œufs tombent dans la poche incubatrice h Comme le développement est direct, leur nombre est très restreint (de 40 à 50); ils y sont libres et non réunis par grappes. Le vitellus, d’aspect granuleux et incolore, est entouré d’une membrane vitelline mince et délicate.
Van Beneden 2 a étudié, mais par transparence, le
1 On trouve des femelles avec des œufs dans toutes les saisons.
2 Van Beneden. Faune littorale de Belgique. Crustacés. Acad. Roy., Belgique, 1861.
SGHIZOPODES
LA MYSIS
Développement de la Mysis flexuosct (d’après van Beneden).
A, embryon avec repli caudal rudimentaire. — B, embryon plus avancé avec queue dessinée. — C, embryon débarrassé de sa membrane vitelline avec fourche caudale, antennules et antennes (Nauplius). — D, Nauplius avec fourche caudale relevée, lobe céphalique, glande digestive, intestin et lige oculaire. — E, le même vu de profil et montrant les appendices, gnathothoraciques. — F, embryon s’apprêtant à muer avec antennules et antennes bifurquées, appendices abdominaux et caudaux définitifs. — H, embryon sur le point de vivre librement avec pattes abdominales.
développement de Mysis chameleo (31. flexuosa , Müller), qu'il divise en trois périodes (fig. 425) :
Première période. — Il se forme à l’un des pôles (pôle postérieur) le blastoderme par segmentation partielle. Ce feuillet qui a l’apparence d’un godet ou repli (lèvre caudale), progresse, envahissant successivement toute la masse vitelline et donne naissance à la bandelette primitive ventrale. Ce repli, arrondi et court, s’échancre ensuite vers le milieu et montre les premiers rudiments qui borderont plus tard la queue. Le lobe céphalique se dessine en avant, pendant que la queue se différencie en se repliant à la face ventrale. Apparaissent alors deux paires de mamelons (antennules et antennes) et, peu après, une autre paire représentant les futures mandibules.
L'embryon, arrivé dès lors au stade nauplien, se débarrasse de son tégument primitif, la membrane vitelline. A la base de chaque appendice, dans l’intérieur de la gaine, liait un tubercule qui s’allonge rapidement, de sorte que ces appendices deviennent bifides. Par épaississement du blastoderme les pédoncules oculaires se dessinent enfin.
L’embryon montre donc à ce moment un corps ayant l’aspect d’une poire un peu allongée et divisé en lobe céphalique et en abdomen , deux pédoncules oculaires, deux antennules, deux antennes, deux mandibules et un prolongement caudal bordé de soies.
Deuxième période. — Avant meme la distinction du thorax et de la tête, les appendices de ces deux régions se montrent tous simultanément, de sorte que le nauplius, vu sur le côté, ressemble à une lamelle dentée. Ces dents
S C HIZOPODES.
LA MYSIS
ou moignons, d’abord simples, se dédoublent par l’allongement d’un tubercule basilaire, de la même façon que les antennes par exemple. Pendant ce temps, la queue se déploie et se replie très sensiblement sur le dos.
Se forme ensuite une troisième série d'appendices, lesquels, au nombre de cinq paires , correspondent aux fausses pattes, la sixième et dernière paire ne se montrant qu’un peu après.
En même temps ou peu de temps après que les rudiments de pattes apparaissent, il se forme pour chaque appendice un somite distinct qui se développe de bas en haut. Cette métamérisation semble débuter à l’extrémité postérieure de l’abdomen. Puis, les lobes céphaliques se délimitent de plus en plus et le tube digestif s’organise.
Troisième période. — C’est pendant cette période que les appendices de la Mysis s’achèvent et que la mue s’accomplit avec un changement complet dans la forme et l'aspect des caractères extérieurs.
Lorsque l’embryon a revêtu l’aspect définitif, il quitte la chambre incubatrice pour mener une vie propre1.
Ces phénomènes embryogéniques, presque identiques dans les autres familles de Schizopodes, sont différents dans les Euphausiidæ. Par suite de l’absence de lamelles incubatrices chez celles-ci, les métamorphoses sont extérieures (fîg. 426).
L’Euphausia 1 éclot au stade nauplien , avec trois paires d’appendices (les deux postérieures biramées), un
* MetschnikofF. Ueber ein Larvenstciclium von Eupliansia. Zeit. F. wiss. Zool., 1 8C>9 et 1871. — Balfour. Traité d'embryologie , t. I, 1883. — Sars. The Voyage of Challenger, Schizopoda, vol. XIII.
Fig. 426.
Phases larvaires de Nyctiphanes australis, Sars (d’après Sars). — métanauplius. — b , le même vu de côté. — c, premier stade de calyptopis vu de côté. — c/, le même grossi et vu de face. — e, second stade de calyptopis.
corps non segmenté, une bouche et une queue bifurquée.
Après la première mue, poussent trois paires de mamelons (mâchoires et premier maxillipède), tandis qu’il apparaît un anus entre les deux branches caudales, un œil impair médian en avant et une lèvre supérieure près de la bouche.
Après une nouvelle mue, formation du métastome et du bouclier céphalothoracique dont les denticulations marginales sont caractéristiques.
Muant de nouveau, la larve allonge beaucoup la queue et acquiert une courte épine qui prolonge en arrière le bouclier. C'est à ce moment une protozoea (Claus).
Presque aussitôt, changement en zoé (décrite par Dana comme un Calyptopis) par suite : l°de la segmentation du thorax en sept anneaux très courts, et 2° de l’allongement et de la métamérisation de la région abdominale encore dépourvue de membres. Toutefois le second maxillipède manque.
A la phase zoéenne succèdent d’autres formes larvaires (formes Furcilia et Cyrtopia) pendant lesquelles les divers appendices font leur apparition.
1 Voir pour plus amples détails l’embryologie du Mysis Chameleo, par J. Nusbaum, Archiv. Zool. expér ., t. V, 2e série, p. 123.