LE T R 0 Q U E
en un ganglion branchial visible sans dissection. Au niveau du rein, la commissure croise le corps de gauche à droite en restant très superficielle et atteint le ganglion viscéral , situé au point où l'uretère s’engage dans le manteau. Ce ganglion fournit trois nerfs principaux (fîg. 500).
La branche sous-intestinale de la commissure partant du ganglion viscéral, pénètre dans la cavité du corps, émet
Fig. 502.
Masse sous-œsophagienne.
une longue anastomose allant au grand nerf palléal droit (Bouvier), passe sous l’œsophage et aboutit à la corne gauche de la masse sous-œsopliagienne. La commissure viscérale est donc tordue en 8 de chiffre et il n’y a pas de ganglion sus-intestinal ni sous- intestinal.
La masse sous-œsophagienne se prolonge en arrière et en bas en deux gros cordons ganglionnaires qui pénètrent obliquement dans le pied. Le sillon latéral qui sépare les ganglions pédieux des pleuraux se continue sur leur face externe. La partie dorsale des cordons donne des nerfs à l’épipodium ; la partie ventrale fournit au pied et s’unit
de distance en distance à sa congénère par des anastomoses irrégulières.
Cette partie ventrale est certainement un prolongement des ganglions pédieux, mais en est-il de même de la partie dorsale, ou bien celle-ci est-elle un prolongement des ganglions pleuraux ? Dans le premier cas l’épipodium serait de nature pédieuse (flg. 503, schéma B), dans le second, de nature palléale, et représenterait une sorte de manteau inférieur (fig. 503, schéma A).
La théorie delà nature palléale de l’épipodium a été soutenue d’abord, en 1859, par M. de Lacaze-Duthiers 1 chez YHaliotide (qui présente les mêmes dispositions), admise par M. Wegmann 2 ( II alio tide ), reprise en 1885 par M. de Lacaze-Duthiers 3 qui l’étendit aux Troques, admise par M. Boutan chez la Fissiirelle 4 5 * et le Parmopkore s. Enfin, en 1890, M. de Lacaze-Duthiers G a confirmé encore une fois ses premiers résultats.
MM. Bouvier et Fischer se sont également ralliés à cette manière de voir et l’ont étendue aux Pleurotomaires 7 .
1 De Lacaze-Duthiers. Mémoire sur le système nerveux de l'IIalio-
tide (Ann. Sc. nat., 4° série, XII, 1859, p. 272).
2 Wegmann. Contribution à l'histoire naturelle des Halioticles (Arch. zool. expér., 2° série, II, 1884).
3 De Lacaze-Duthiers. De V épipodium chez quelques Gastéropodes (Compt. rend. Acad. Sciences, C, 9 février 1885, p. 320-325).
‘ Boutan. Recherches sur V anatomie et le développement de la Fissurelle (Arch. zool. expér., 2° série, III bis, 1885).
5 Boutan. Le système nerveux du « Parmophorus australis », dans ses rapports avec le manteau, la collerette, et le pied (Arch. zool. expér., 2e série, VIII, 1890. Notes et revue, p. xliv).
0 De Lacaze-Duthiers. De la valeur relative de quelques procédés d'investigation en Anatomie comparée (Arch. zool. expér., 2° série, VIII, 1890, p. 617-086).
7 Bouvier. Système nerveux, etc., p. 348 et 481. — Bouvier et Fischer. Sur l' organisation et les affinités des Pleurotomaires (Compt. rend. Acad, sciences, CXXIV, n° 13, p. 695-697, 29 mars 1897). Bouvier et Fischer. Etude monographique des Pleurotomaires actuels Arch. zool. expér., 3e série, VI, 1898, p. 146).
le; troque:
Au contraire M. Spengel 1 déclare que pour lui la séparation du cordon en deux parties n’existe pas, et M. Bêla Haller2 appelle ce dédoublement une « Illusion ». Enfin M. Pelseneer 3 surtout
Fig. 503.
Masse sous-œsophagienne. — A, interprétation de M. de Lacaze- Duthiers. — B, interprétation de M. Pelseneer. — La partie pleurale est en rouge, la partie pédieuse en noir.
s’est attaché à démontrer la nature pédieuse de l’épipodium. 11 s’appuie sur l’absence de différence histologique entre les deux
A Spengel. Das Geruchsorgan and das Nervensystem der Mollusken (Zeit. f. wiss. Zool., XXXV, 1881, p. 343-344).
- B. Haller. Untersuchungen über marine Rhipicloglossen, lt0 Studie (Morph. Jahrb., IX, 1884, p. 3 et p. 22).
; Pelseneer. Entre autres : Sur l'Epipodium des Mollusques lre note. Bull, scientif. France et Belgique, XIX, 1888, p. 183 ; 2* note, Ibid., XXII, 1890, p. 138 ; 3e note, Ibid., XXIII, 1891.
parties du cordon, la nécessité d’admettre dans l’autre hypothèse une commissure entre les deux ganglions pleuraux (fig. 503, schéma A), ce qui n’existe pas chez les autres Gastéropodes, l’union intime de l’épipodium et du pied.
L'école adverse objecte l’existence du sillon latéral, que l’autre hypothèse n’explique pas, la continuité visible des pleuraux avec la partie dorsale du cordon, la différence d’aspect des deux parties du cordon, surtout chez certains Troques, où la région dorsale est blanche, la ventrale jaune, le mode de distribution très caractéristique des nerfs pédieux et épipodiaux, le fait que, chez le Parmophore, la partie dorsale donne, outre des nerfs épipodiaux, des nerfs manifestement palléaux.
Enfin M. Thiele 1 2 soutient une troisième opinion : l’épipodium, auquel il rattache les palmettes et les tentacules céphaliques, serait un organe de la ligne latérale, comparable à celui des Polyclades ; il posséderait un plexus nerveux particulier (chez l’Haliotide), comparable aux nerfs latéraux, palléo-viscéraux, des Amphineures. Mais cela conduit cet auteur à homologuera l’épipodium les branchies du Chiton,et à repousser l’homologie du manteau de cet animal avec celui des autres Gastéropodes.
Histologie 2 (fig. 501, B). — Le système nerveux est entouré d’une membrane conjonctive mince, qui lui forme une gaine complète. Les ganglions, toujours assez mal concentrés, comprennent une couche corticale formée surtout de cellules, et une partie centrale médullaire. Celleci est constituée par un réseau très serré de fibrilles nerveuses, renforcé, par places, de cellules multipolaires;
1 J. Thiele. Beitrâge zur Kenntnis der Mollusken , 1, Ueber das Epipodium (Zeit. für wiss. Zool., L11I, 1892, notamment p. 579, 580, 584, 585).
2 Bêla Haller. Untersuchungen iiber marine Rhip idoglossen, II, Textur des Centralnervensystemes and seiner Hüllen (Morph. Jahrb., XI, 1886, p. 321-436. (La figure est imitée de la figure 46, planche XXI de ce mémoire.)
Il A S T K R 0 1*()DES.
les fibrilles coupées transversalement lui donnent, sur les coupes, une apparence ponctuée ( Punktsubtanz de Leydig). Les cellules, anastomosées entre elles, émettent, pour la plupart (surtout les plus grosses) un prolongement interne, mieux limité que les autres, qui : ou bien se ramifie et se confond avec le réseau, ou bien se continue directement en une fibre allant dans un nerf. Les nerfs reçoivent aussi des fibrilles nées directement du réseau central.
Organes des sens. — Œil1. — C'est une invagination des téguments dont l’épithélium se différencie en deux
...cjeH.pigmentcnre, m .'SceXL. sensorielle.
Œil. — A, coupe sagittale. — R, éléments rétiniens. — C, des mêmes dissociés. — 1), coupe transversale des mêmes. — Les cellules sensorielles sont en rouge.
sortes de cellules : les unes sensorielles, claires, terminées en pointe, les autres étroites, fortement pigmentées à leur extrémité distale. Les cellules pigmentées sont réunies
1 Ililger. iieitràge zur Kennlniss dex Gastropodenauges (Morph. Jahrb., X, 1885, p. 351-371).
par petits groupes de quatre à six autour des cellules claires, et chaque groupe est coiffé par une sorte de bâtonnet hyalin en forme de cloche. Tout l’intérieur de la cavité de l’œil est rempli par un gros cristallin sans structure cellulaire. Les fibrilles du nerf optique se mettent en rapport avec les cellules sensorielles.
Otocyste. — Ils sont situés à la face dorsale de la masse sous-œsophagienne et présentent la même structure que chez la Patelle 1 . Le nerf acoustique, qui en part, se soude presque aussitôt au ganglion sous-jacent ; mais M. Pelseneer 2 a suivi, par les coupes, son trajet jusqu’au connectif cérébro-pleural 3 *, par lequel il gagne le cerveau, suivant la loi générale établie par M. de Lacaze- Duthiers.
Tact. — Ce sens paraît surtout exercé par des cellules de Flemming, qui sont disséminées sur toute la peau.
M. Bêla Haller 1 a décrit chez les Trochidés une agglomération de ces cellules avec des éléments de soutien et un petit ganglion à la base de chaque tentacule épipodial.
M. Thiele 5 a indiqué le premier une série de petits boutons sensitifs qu'il est aisé de retrouver dans l’angle inférieur droit de la cavité palléale (fi g. 505).
1 Voyez p. 362.
2 Pelseneer. Sur V Epipodium des Mollusques, 3* note. (Bull, scientif. France et Belgique, XX 111, 1891, p. 450-431).
3 Sur la figure 302, le trajet du nerf acoustique est indiqué en pointillé d’après la figure 2, planche XIV du mémoire précédent.
1 Bêla Haller. Untersuchungen über marine Rhipidoglossen, 1 u Stiulie (Morph. Jahrb., IX, 1884, p. 57.
5 Thiele. Beitràge zur Kenntnis der Mollusken, III, lîeber Hautdrüsen and dire Derivate (Zeit. fürwiss. Zool., LXII, 1897, p. 641).
GASTEROPODES.
LE TROQUE
Osphradium. — Sur la partie libre du côté efférent de la branchie, le support branchial est renforcé par une tige blanche de consistance cartilagineuse. Le long de cette tige, l'épithélium cilié, entremêlé de cellules glandulaires, de la branchie, se renlle légèrement et il y apparaît de
Fig. 505.
A, coupe du bord osphradial du support branchial. — La double tige cartilagineuse anhiste est en noir. — B, coupe d’une lamelle branchiale. — G, coupe perpendiculaire du corps au niveau de la ligne 9, ligure 495. — Les feuillets branchiaux étant coupés obliquement, la coupe en rencontre plusieurs. — U, éléments épithéliaux de la branchie. — 1, cellule de Flemming. — 2, cellule ciliée. — 3, cellule glandulaire.
nombreuses cellules de Flemming. Un nerf, issu du ganglion branchial, envoie de nombreux filets à cet épithélium (fig. 505, À).
Tel est ici le représentant de la fausse branchie des Monotocardes, appelée Osphradium par Ray Lankester. Spengel1, qui l'appelait organe olfactif , y comprenait le
1 Spengel. Geruchsorgane, etc., 1881, p. 335-336).
ganglion branchial ; mais celui-ci fournit aussi un nerf branchial ; il n’est donc pas purement sensoriel. Il ne représente pas non plus le ganglion sus-intestinal, car il peut coexister avec celui-ci (Fissurelle) b
Branchie2. — Nous avons déjà décrit (p. 386) la disposition générale de la branchie ; il nous reste à indiquer sa structure. La coupe du bord ventral (efférent) du support branchial montre que la tige cartilagineuse est double et qu’elle se continue avec une membrane de soutien très fine qui sert de support à l’épithélium dans toute l’étendue du support branchial. Ces formations sont anhistes : ce sont probablement des produclions des cellules conjonctives qui sont appliquées à leur face interne. L'espace interne du support branchial limité par ces lames, est divisé par des tractus rnusculo-
conjonctifs qui isolent assez incomplètement un sinus efférent du côté ventral et un afférent dorsal. Le sinus efférent renferme un nerf issu du ganglion branchial et distinct du nerf osphradial.
Les lamelles branchiales triangulaires sont insérées perpendiculairement sur chaque face du support branchial.
Chaque lamelle est plissée dans sa partie moyenne.
L’épithélium y renferme les mêmes éléments que dans l’osphradium, mais les cellules ciliées ordinaires y sont beaucoup plus nombreuses ; elles atteignent un développement considérable vers le bord efférent.
1 F. Bernard, Recherches sur les organes palléaux des Gastéropodes Prosobranches (Ann. Sc. nat., 7° série, IX, 1890, p. 167).
2 Bernard. Organes palléaux, etc., p. 281.
L E T R OQUE
Glande hypobranchiale . — Les cellules à mucus sont très abondantes sur le support branchial du côté allèrent. Des deux côtés du rectum, mais surtout à droite, il y a aussi un grand développement de ces cellules (glande hypobranchiale de Bêla Haller). La glande de droite serait pour Bêla Haller 1 le reste d’une branchie droite atrophiée.
M. Thiele2 voit un rudiment de l’efférent de cette branchie dans un petit sinus, situé dans l'angle ventral droit de la cavité palléale et aboutissant à l’oreillette droite.
Circulation. — Le cœur est situé au fond de la cavité palléale, dans un péricarde très mince. Il se compose d’un ventricule traversé par le rectum et de deux oreillettes, la gauche en avant, la droite, plus petite, en arrière du ventricule. Les deux oreillettes sont aplaties, et leur bord aminci est frangé. En ces points, l’épithélium qui les revêt est formé de cellules irrégulières, assez élevées, à granulations claires, évidemment glandulaires3. C’est la glande péricardique.
Du ventricule part, à gauche, un gros tronc renflé en une sorte de bulbe intrapéricardique. Il s’en échappe, à la partie inférieure, un vaisseau allant sur le rein et se recourbant ensuite, ventralement, vers l’intestin, auquel il donne ses dernières branches. Du renflement bulbaire part, en arrière, l’aorte viscérale, qui fournit à l’estomac,
1 B. Haller. Untersuchungen über marine Rhipidoglossen, Ile Sludie,
p. 28, note.
4 Thiele. Beitràge zur Kenntnis der Mollusken, 111, p. Cil.
3 Rémy Perrier. Recherches sur l'anatomie el l’histologie du rein des Gastéropodes V rosobranches (Ann. des Sciences nat., 7e série, VIII, 1889, p. 126).