‹ Zoologie descriptive; anatomie--histologie et dissection des formes typiques d'invertébrésChapitre 124 sur 139 · POLYCLADES. — T REM EL LAI RE · texte numérisé non relu

POLYCLADES. — T REM EL LAI RE

en les mettant dans des cuvettes dans lesquelles on établit un courant d’eau. A défaut d’eau de mer sous pression, on peut se contenter de renouveler l’eau une ou deux fois par jour, suivant la température. Enfin, à cause du mucus qui se dépose sur les parois des cuvettes qui contiennent un certain nombre de Trémellaires, il est bon de changer celles-ci de cuvettes de temps en temps. Si on néglige de prendre ces précautions, ou si l’eau n’est pas suffisamment pure, la Trémellaire monte au-dessus de la surface du liquide et on la trouve desséchée sur place, ou bien elle reste au fond de la cuvette et se désagrège progressivement. Il n’est pas rare de voir des Trémellaires, dont l'extrémité postérieure s’est ainsi détruite, continuer néanmoins à ramper jusqu’à diffluence complète du corps.

La Trémellaire fuit la lumière. Aussi est-il prudent de mettre les cuvettes dans lesquelles on les conserve dans un endroit peu éclairé et frais. Ces soins sont surtout nécessaires si l’on se propose d’obtenir des pontes.

Au repos, les Trémellaires se tiennent blotties dans le point le plus obscur de la cuvette où, généralement, elles se rassemblent toutes. Le corps a alors une forme ovalaire ou elliptique à contours irréguliers et, si on ne le dérange pas, l'animal reste souvent de longues heures à la même place. Il peut adhérer assez fortement aux parois du vase.

Quand il rampe, soit sur la paroi de Taquarium, soit même à la surface de l'eau, le corps allongé est élargi en avant ; il s’atténue progressivement en arrière et ses bords sont légèrement ondulés (fig. 250).

Si on excite la Trémellaire ou si on la fait tomber brusquement dans l’eau, elle se met à nager. Dans ce cas, ce sont les parties latérales élargies de la région céphalique

qui battent l’eau et jouent le rôle de rames, les bords du corps étant fortement ondulés.

La Trémellaire se nourrit de petits animaux et des particules organiques qu’elle trouve en abondance dans les byssus de la moule, sur les colonies d’Hydroïdes, de Botrylles, de Bryozoaires, etc.

Elle paraît pondre pendant une grande partie de l'année. J’ai en effet obtenu des pontes pendant les séjours que je fais à la mer pendant les mois d’août, de septembre, d’octobre et pendant les vacances de Pâques. Les pontes constituent des plaques plus ou, moins étendues, de 1 à 2 centimètres ordinairement, formées par un nombre d'œufs parfois très considérable. Ces plaques adhèrent aux parois du vase ou aux algues sur lesquelles elles sont déposées, mais cependant pas assez fortement pour qu’on ne puisse pas les détacher facilement et d’une seule pièce avec la pointe d’un scalpel. On peut alors les porter sur le porte-objet du microscope, à l’aide d’un pinceau, et reconnaître que chaque œuf est sphérique et entouré d'une coque résistante, transparente, polyédrique par pression réciproque et que l’œuf ne remplit pas entièrement.

L'accouplement n’a pas été observé. Mais la fécondation de l'œuf s'effectue certainement avant la ponte.

Morphologie externe. — Nous avons vu, dans le paragraphe précédent, les différentes allures de la Trémellaire au repos, dans la reptation et dans la natation.

Son corps est extrêmement aplati dorso-ventralement, ce qui justifie le nom de 'pellicule animée que Dicquemare et Dicquem ont donné à cet animal. 11 est aussi le plus

1» 0 L Y G L A D E S . — TRÉMELLAIRE

souvent d’une transparence parfaite et c’est ce caractère qui lit désigner la Trémellaire sous le nom de Planavia pellucida par Bosc et sous celui de Leptoplana hyalina par Ehrenbergh.

Ce qui frappe le plus l'observateur, après l'aplatissement et la transparence du corps, ce sont les ondulations des bords du corps et des parties latérales aliformes de la tête qui ont valu à cette espèce le nom que lui a assigné le premier O. Fr. Millier.

La longueur de la Trémellaire varie entre 1 et 2 centimètres ; sa largeur moyenne, vers le milieu de la région pharyngienne, est un peu moins du tiers de la longueur totale.

Cette espèce présente plusieurs variétés de couleurs.

Les individus recueillis à la côte, dans le nord et l'ouest de la France, ont une teinte générale d’un blanc très légèrement

jaunâtre ou verdâtre ; sur le dos, dans la région pharyngienne, se trouve un espace longitudinal qui est teinté de jaune ou de brun très clair. Cet espace brunâtre est parcouru sur la ligne médiane par une mince bande plus

Fig. 250.

Trémellaire vue par la lace dorsale. (Variété de la côte.)

claire, d’où partent, à droite et à gauche, des rameaux semblables : ce sont les fronces du pharynx qui produisent cet aspect, ainsi qu’on peut s'en assurer en examinant l’animal au microscope sous le compresseur. Une sorte d’anneau blanchâtre entoure l’espace brunâtre de la région pharyngienïie.

Les individus qu’on recueille dans les dragages faits au large, particulièrement à la profondeur de 30 à 60 mètres, ont, sur la face dorsale, de très nombreuses taches pigmentaires arrondies, d’un jaune brunâtre ou rougeâtre, parfois assez foncées. En outre, la région pharyngienne dorsale de ces individus présente la même coloration que les taches, mais plus foncée.

Les petites taches blanches, arrondies, qu’on voit par transparence sont produites par les ovaires.

J’ai trouvé à la Roche de Lineur, au Portel, sur les * rochers de la zone des Laminaires qui ne sont'accessibles qu’aux grandes marées d’équinoxe, quelques individus colorés comme ceux que l’on pêche au large et qui se trouvaient sur des colonies de Botrylles de même couleur. Ces individus sont certainement des Leptoplana tremellaris et cependant, transportés dans une cuvette d’eau pure, ils moururent très rapidement au bout de vingtquatre heures, tandis que, mis dans les mêmes conditions, les individus recueillis sous les pierres de la côte vivent facilement plusieurs semaines et même plusieurs mois.

En présence de cette mort rapide qu’on constate quelquefois chez les espèces commensales quand on les sépare de leur hôte ordinaire, je me suis demandé s’il n’y aurait pas une variété de Leptoplana tremellaris vivant en commensalisme sur les colonies de Botrylles.

POLYCLADES.

T REMELL A I H E

Dans la Méditerranée, Lang a signalé de son côté deux variétés de Leptoplana tremellaris. La forme qui vit, à de faibles profondeurs, dans les touffes de tubes de P/iyllochœtopterus , sur les corallines et les algues brunes, présente une couleur d’un brun sale qui est toujours plus intense dans la région moyenne où elle dessine un anneau allongé. Les branches intestinales de cette variété s’harmonisent, par leur coloration, avec celle des corps sur lesquels se trouve l’animal. Cette forme se rapproche de celle que l’on recueille dans les dragages, dans la mer du Nord et la Manche.

L’autre variété méditerranéenne, qui vit entre 30 et 100 mètres de profondeur, est plus transparente. Sa couleur générale est faible et d'un blanc tirant sur le rougeâtre ou le brunâtre.

Les deux variétés de la Méditerranée présentent en outre quelques autres différences, notamment dans la disposition des taches oculiformes.

Les yeux sont distribués en quatre groupes sur la région cervicale. Les yeux tentaculaires qu’on désigne ainsi, bien que la Trémellaire n’ait pas de tentacules, parce qu’ils occupent la place des tentacules nucaux qui existent chez d’autres Polyclades, forment deux groupes plus ou moins arrondis, composés chacun d’environ six gros et trois à six petits yeux noirs. Les yeux cervicaux forment, au-dessus du cerveau, deux bandes plus

C., cerveau. — y. t., jeux tentaculaires.— y. c., yeux cervicaux.

ou moins allongées et légèrement convergentes en avant, composées chacune d’environ vingt à vingt-cinq petits yeux noirs.

D’ailleurs le nombre des yeux varie d’un individu à un autre et, sur le même individu, il n’est pas rare de trouver des différences entre les groupes de droite et ceux de gauche.

Le pharynx occupe la place que nous avons indiquée plus haut, entourée par l’espace pigmenté.

Les ramifications gastriques sont bien visibles par transparence, surtout si l'on observe des individus qui ont mangé récemment.

Quant aux organes copulateurs, ils sont indiqués extérieurement par deux ovales opaques, d’un blanc mat, situés en arrière de la région pharyngienne (fig. 250). Le plus antérieur des deux correspond à l’organe copulateur mâle, l’autre à l’organe copulateur femelle. Les deux pores génitaux sont bien visibles au microscope.

Un organe adhésif existe entre l’orifice génital mâle et l’orifice femelle et immédiatement en avant de ce dernier, sur la ligne médiane. Nous l’étudierons après la description des téguments.

Les orifices externes sont : 1° la bouche, médiane, ventrale, située un peu en avant du milieu du corps ; 2° l’orifice mâle, arrondi, ventral, sur la ligne médiane et en arrière de l'organe copulateur mâle ; 3° l'orifice femelle, également arrondi, médian, ventral et situé immédiatement en arrière de l’organe copulateur femelle ; 4° les pores excréteurs, dorsaux, très difficiles à observer.

Dans les descriptions qui vont suivre, nous orienterons la Trémellaire la tête en avant et la bouche en bas.

l> 0 L Y C LADES. — T H K M E L L A I R E

Description des téguments. — Le corps est entièrement recouvert par un épithélium cilié très élevé (fig. 252, ep.) dans lequel on observe des rhabdites libres (lig. 252, rh.), des cellules à rhabdites et des glandes muqueuses.

Les cellules épithéliales vibratiles sont pourvues d’un grand noyau ovoïde ; elles se terminent, à la surlace du corps, par un plateau strié par le passage des cils et, à l’extrémité opposée, elles se prolongent en une sorte de pédicelle qui va jusqu’à la couche musculaire la plus externe.

Les rhabdites , ou organes en forme de bâtonnets, sont fusiformes et ordinairement orientés perpendiculairement à la surface du corps. Ils prennent naissance dans des cellules spéciales, cellules à rhabdites , arrondies, qui font partie de l’épithélium même. On voit

donc la différence qui existe, au point de vue du lieu de formation, entre les rhabdites des Triclades, qui prennent naissance dans le mésenchyme du corps, et les rhabdites des Polyclades, qui se forment dans F épithélium cutané.

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Coupe des téguments et du mésenchyme, d’après une préparation à l’alun de fer et d’ammoniaque et à l’hématoxyline.

c. v . , cils vibratiles. — ep., épithélium. — n. ép., noyaux des cellules épithéliales. — rh., rhabdite. — m. b., membrane basale. — m. co., fibres musculaires circulaires courbes. — ui. I. c., muscles longitudinaux externes. — m.

d., fibres musculaires diagonales. — m.

I. t., muscles longitudinaux internes. — il/., mésenchyme. — n. M. , noyaux du mésenchyme. — /'. d.-v., fibre musculaire dorso- ventrale.

Des glandes muqueuses granuleuses se rencontrent dans les téguments, elles déversent leur produit de sécrétion à la surface du corps.

La membrane basale (fig. 252, m. b.) présente une épaisseur qui est à peu près égale au tiers de la hauteur de

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Fitf. 253.

Schéma du système musculaire cutané ventral, en coupe transversale, (d’après Lang).

AB, ligne médiane du corps. — ép., épithélium. — m. b. membrane basale.

— m. co ., fibres musculaires circulaires courbes. — m. I. e., muscles longitudinaux externes. — m.d. e., fibres musculaires diagonales externes. — m. cire., fibres musculaires circulaires. — m. d. t\, fibres musculaires diagonales internes.

— m. I. i. , muscles longitudinaux internes.

l’épithélium. Même à un grossissement relativement faible, il est aisé de reconnaître qu’elle est finement striée perpendiculairement à la surface du corps. A un grossissement plus fort, on reconnaît que cette striation est due aux prolongements effilés des cellules épithéliales. Nous verrons plus loin que, parallèlement à ces prolongements épithéliaux filiformes, se trouvent de nombreuses fibres

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