CL AT URINE
coriacea. Mais, dans la région occidentale de la Méditerranée on trouve encore la vraie coriacea ; à Banyuls elle est assez répandue, quoique moins abondante que plusieurs autres espèces du même genre ( cerebrum ou surtout contorta, Bwk). Puisque la coriacea paraît manquer complètement dans la faune de Naples, il serait intéressant de rechercher jusqu’à quel point cette espèce se répand dans la Méditerranée vers l’Orient. Il est probable qu’elle se trouve dans tout le golfe de Lion.
Dans la Manche, notre espèce est très abondante entre les limites de la marée dans les endroits abrités. On la trouve sans difficul té, en cherchant à marée basse sous les cailloux, dans les petites flaques d’eau, sur les rochers. Pour trouver les plus beaux échantillons, il faut enlever les grands cailloux ou ceux qui sont fixés entre les rochers et qui ne peuvent pas être déplacés facilement par la force des vagues. Pour la recueillir, il faut donc prendre une pince ou quelque instrument pour enlever ou briser les pierres.
À Roscoff la Olathrine atteint très souvent un riche développement dans les flaques d’eau situées très haut dans les rochers, surtout dans celles qui ne sont pas couvertes à marée haute pendant la morte eau, et qui restent comme des îlots entourés par la mer. 11 est inutile de la chercher dans les flaques d’eau situées au même niveau près de la terre, probablement à cause de l’eau douce qui y pénètre.
La clathrine n’est jamais à sec dans les marées ordinaires. Elle se trouve dans les endroits où elle est couverte par l’eau, fixée sur les rochers et très rarement sur les algues. Exceptionnellement pendant les grandes marées on peut la rencontrer à sec sur les rochers, mais elle est normalement couverte par l’eau même à marée basse.
Dans ce cas ce sont des colonies souvent de très grande taille,
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qui se présentent toujours dans un état de contraction extrême et prennent par conséquent une apparence dure et coriace, « comme une pièce de cuir brûlé » ; c’est de là que dérive le nom de cette espèce (voy. fig. 41). Les échantillons du niveau le plus bas se trouvent indifféremment fixés sur les algues, les ascidies ou sur les cailloux.
A Banyuls la Clathrine coriace est assez abondante sur les rochers à un par deux mètres de profondeur dans les endroits abrités. En grattant les rochers avec un filet, on peut en recueillir sans difficulté, fixées surtout sur les algues et moins souvent directement sur les rochers ou les cailloux.
Description extérieure de l’animal. — On voit, par ce qui précède, que la Clathrine coriace habite des localités où les conditions de la vie sont très variées. Elle doit se maintenir en luttant contre la force très violente des vagues ou des courants. Comme c’est un être très fragile, qui, une fois fixé, ne peut plus se déplacer, il n’est pas étonnant de trouver dans cette espèce un polymorphisme très prononcé, qui atteint non seulement la forme extérieure, mais se répercute même sur la structure anatomique.
La Clathrine se présente, en effet, sous des formes tellement différentes que l’on pourrait les classer à première vue dans des espèces ou même des genres différents. 11 ne s’agit pas, cependant, de variétés distinctes ou de nouvelles espèces qui sont en train de se différencier ; chaque forme paraît n'être que la résultante directe du milieu dans lequel la jeune Clathrine vit pendant sa croissance.
Pour comprendre comment naissent les formes différentes, il faut commencer par l’étude des jeunes individus et colonies (fig. 35).
ÉPONGES CALCAIRES. — CLATHRINE 1H
Le point de départ de toutes les variétés est la forme que Hæckel a baptisé Olynthus, tout en croyant qu’elle représentait un genre distinct des éponges calcaires. L’Olynthe (fîg. 35, a) est un organisme très simple, en forme d’un petit vase ou sac, attaché par sa base ; à l’extrémité supérieure se trouve un grand orifice, fos-
Fig. 35.
Clatlirina coriacea. Echantillons très jeunes, provenant de Roscoff
(X 5. à peu près).
a, olynthus — ô,c,e?,e, échantillon à un oscule. — f. échantillons à deux oscules. ÿ, jeune colonie à six oscules. — Os, os, oscules. — d, diverticules. — T7, système tubaire.
cule (os) et la paroi est perforée par de nombreux pores microscopiques, à travers lesquels un courant d’eau passe continuellement dans la cavité gastrale vers l’intérieur pour sortir par l’oscule.
Par ses caractères l’Olynthe est une Homocœle, c’est-àdire que la cavité gastrale est revêtue par une couche continue de cellules à collerette, qui produisent les courants d’eau par la vibration de leurs flagelles.
L'olynthe représente l’individu simple qui résulte du développement d'une larve ou d’un bourgeon libéré et se trouve , en effet , comme un stade transitoire dans
V ontogénie , non seulement chez la Clatlirine , mais aussi chez toutes les éponges calcaires , les formes ou les caractères de V individu ou colonie adulte , dépendent de la manière particulière de croître de VOlynthe.
Les Olynthes des éponges calcaires, même les plus éloignées dans le système, ne diffèrent guère entre eux que par les caractères triviales du squelette ou des cellules qui existent également chez l’adulte et sont des caractères spécifiques.
Dans la Clatlirine, l’Olynthe croît très lentement dans la direction verticale, mais sa paroi se plie pour former des diverticules tubulaires qui s’allongent surtout dans une direction horizontale et s’étalent sur le fond où la Clatlirine se trouve fixée (fig. 85 6, c, d, e). Les diverticules ainsi formés se ramifient et s'anastomosent entre eux, de sorte qu’elles donnent origine à un système tubaire , un réseau plus ou moins compliqué de tuyaux qui communiquent entre eux et avec un tube osculaire central, représentant l’Olynthe originelle.
Les cavités intérieures de tous ces tubes ne sont que la cavité gastrale primitive prolongée dans les diverticules. Comme la complication du système tubaire s’augmente continuellement, l’oscule primitif de l'Olynthe ne tarde pas a être insuffisant, et de nouveaux oscilles se forment de deux manières.
L’oscule peut se diviser en deux, par plissement et scission longitudinale ; ou bien, méthode plus commune, un diverticule s’élève du système tubaire et croît dans la direction verticale pour former un tube osculaire dans lequel un oscule se forme par perforation à l'extrémité du cul-de-sac. 11 en résulte une colonie composée d’un
ÉPONGES CALCAIRES
CL ATHRINE
réseau plus au moins compliqué de tubes, d’où se dressent un ou plusieurs courts tubes osculaires, chacun terminé par un oscule (fig. 35, g).
Par suite de variations très simples dans la manière de croître des tubes et des oscules, on peut distinguer plu-
Fig. 36.
Clathrina coriacea. Forme A. Colonie incrustante (Roscoff; X 5). os. 1, oscule principale. — os. 2, oscule plus jeune.
sieurs variétés A, B, G, D, E, dont les formes typiques sont assez distinctes, quoique liées entre elles par de nombreuses transitions.
A. Colonies incrustantes (fig. 36). — Dans cette forme les tubes croissent continuellement dans le plan horizontal et forment un réseau très aplati et étalé sur le fond.
Le système tubaire se compose donc, d’ordinaire, dans
les colonies incrustantes, d’une seule couche de tubes ; quelquefois cependant il en existe de deux couches dans le voisinage des plus grands oscules. Les tubes osculaires sont courts, mais souvent d’un diamètre relativement considérable.
Cette forme paraît être la mieux adaptée de toutes pour résister à la force des courants ou les vagues; ainsi on la trouve très répandue partout à Roscoff, entre les limites de la marée, sous forme de petites plaques blanches qui atteignent souvent une étendue de 2 ou 3 centimètres.
B. Colonies revêtantes (fig. 37). — Dans cette forme, les tubes se ramifient en tous sens, mais restent de très
Fig. 37.
Clathrina coriacea. Forme B. Colonies revêtantes (Roscoff).