C L A T II R I N E
Cette forme est plus locale que la précédente, mais elle se trouve abondamment en certains endroits; à Roscoff, par exemple, sous les cailloux dans les flaques d’eau près de la chapelle Sainte-Barbe.
C. Colonies conulaires (fig. 38, 39). — Ici la colonie prend la forme d’une masse plus ou moins conique ou de
Fi g. 38.
Clathrina coriacea. Forme C. Colonie conulaire (Roscoff; X 3).
os. 1, oscule principal. — os. 2, jeunes oscules.
plusieurs masses de cette forme souvent de taille assez grande et qui ont jusqu’à 2 ou 3 centimètres en hauteur. Chaque cône est composé d’une masse de tubes enchevêtrés qui se dirigent principalement vers le sommet,
où elles se fondent dans un oscule terminal, souvent de diamètre considérable. Au bord de la colonie les tubes
s’étendent dans plusieurs directions sur le fond, pour former des cônes nouveaux.
Cette forme est assez répandue à Rosoff, mais il lui faut surtout des endroits très abrités pour qu’elle puisse se développer librement. On la trouve principalement, dans les flaques d’eau situées très haut. A Banyuls, au contraire, on rencontre la forme
Fig. 39.
Clathnna coriacea. Forme C. Colonies conulaires (Banyuls ; x 3).
os, oscules.
ordinaire de cette espèce qui s’étale sur les algues en forme de petits cônes, liés entre eux et terminés chacun par une oscule (fïg. 39).
C’est surtout dans la forme conulaire qu’on trouve les variations les plus frappantes de couleur. L’échantillon de la ligure 38 était d’une teinte rouge orange, celui de la figure 39 d’un jaune citron.
D. Colonies compactes ( ou massives ) (tig. 40, A, B). —
ÉPONGES CALCAIRES. — CLATHRINE 117
Dans cette variété, l’éponge prend une forme compacte ou massive, avec un ou plusieurs oscules très courts.
Fig. 40.
Clathrinea coriacea. Forme D. Colonies compactes (Roscoff, trou d’argent; X 4). A. Echantillon bien épanoui, à une oscule. — B. Echantillon contracté, à quatre oscules.
Elle n’est pas étalée sur le fond, comme les précédentes, mais se fixe en quelques points seulement, de sorte que dans les cas extrêmes, or pourrait presque décrire l’éponge comme rattachée à son support par des tiges.
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Ces colonies sont très délicates et fragiles, mais se rendent souvent plus résistantes par contraction. A Roscoff, on les trouve très bas dans les grottes abritées; par exemple dans le trou d’argent, où l’on ne peut entrer qu’à mer basse pendant les grandes marées.
E. Colonies coriaces , forme Auloplegma de Hæckel (fig. 41, A, B). — Dans ces formes, qui ne sont que des échantillons excessivement contractés, l’éponge est dure
Clathrina coriacea. Forme E. Colonies coriaces, excessivement contractées (Roscoff, grotte Duon ; grandeur naturelle) . A. Echantillon moins contracté ; on voit encore les « conules » (c), c’est-à-dire les oscules fermés.— B. Echantillon aussi contracté que possible.
et tenace ; les tubes sont de taille très réduite et minces, sans orifices osculaires. Quand la contraction n’est pas poussée trop loin, on distingue encore des petites « conules », qui représentent les oscules fermées et contractées (fig. 41 A, c) ; mais, dans les cas extrêmes, les conules même disparaissent et l’éponge devient presque uniforme.
Gomme nous avons dit plus haut, on trouve cette forme
EPONGES CALCAIRES.
CLATHRINE
abondamment à Roscoff, pendant les grandes marées. La couleur est jaune citron, jaune paille ou blanche ; en mettant des colonies jaunes dans l’alcool, on obtient un liquide jaune à fluorescence pourpre.
Elles ne sont probablement que des grandes colonies conulaires. Comme on peut se rendre compte que les échantillons épanouis des formes conulaires peuvent se rétrécir jusqu’au dixième au moins de leur taille ordinaire, par suite de leur contraction, les formes coriaces doivent être de très beaux échantillons dans leur état d’épanouissement. Malheureusement, leur habitat rend impossible leur récolte dans cette condition.
Comparaison des formes L — La forme typique de V éponge est la forme conulaire , dont les autres ne sont que des modifications. A insi la forme incrustante n'est qu'une colonie conulaire très aplatie; la forme revêtante se compose de nombreux individus conulaires très petits liés ensemble , et la forme compacte doit être considérée comme une colonie conulaire que , si je puis m' exprimer ainsi , a ramassé ses jupes , et se redresse afin de s'élever au-dessus du niveau des objets environnants. Il est vraisemblable que l'éponge prend toujours la forme conulaire , lorsque les conditions de la vie ne l'obligent pas à s'adapter en modifiant sa croissance.
L’individualité de l’éponge est une chose assez discutée. La théorie la plus raisonnable consiste à considérer l’oscule comme la marque d’un individu, et la colonie, comme un composé d’autant d’individus qu’il y a d’oscules.
Les diverticules n’auraient ainsi que la valeur d’un plissement
1 Voyez d’autres figures, pas très exactes, de cette éponge chez Ilaeckel, Kalkschwâmme, t. III, pl. III. Bowerbank (British Spongiadæ, t. III, pl. 111, fig. 1 1-141 donne des figures d’échantillons coriaces desséchés.
de la paroi, et quand un diverticule devient un tube osculaire, c’est un pli qui a pris la fonction d’un bourgeon.
Quelques auteurs ont émis une opinion tout à fait opposée, et considèrent chaque diverticule comme un bourgeon réduit. Ainsi l’échantillon représenté à la figure 35 d serait, d’après Hæckel, trois individus avec une seule bouche ou oscule (plutôt cloaque). Dans la figure 38 on compterait quelques milliers d’individus, l’on pouvait les distinguer les uns des autres. Cette manière de voir paraît forcée et peu naturelle.
Couleur. — Une chose plus difficile à expliquer que les diverses formes, c’est la variation extraordinaire de couleur. A Roscoff, on trouve souvent sur le même caillou des échantillons blancs, rouges, oranges, lilas et jaunes.
La couleur est contenue dans les granules des cellules de la couche dermale ; elle se dissout vite dans l’alcool, de sorte que les échantillons conservés sont blancs ou bruns. La couleur paraît n’avoir aucun rapport fixe ni avec la forme de la colonie, ni avec l’habitat de l’éponge, ni enfin, avec aucun caractère interne ou externe de la Clathrine.
On manque d’observations pour déterminer si la coloration est constante. Les larves sont colorées comme leurs mères, ainsi les petits, produits par une éponge jaune, par exemple, sont également jaunes; cependant, il est possible qu'une éponge peut changer de couleur complètement dans certaines conditions.
La variation de la couleur des granules de la couche externe du corps est un problème physiologique très important, mais dont la signification n’est point connue.
A Banyuls les teintes les plus communes sont rouge orange, jaune citron et blanc. Dans les cas des deux espèces voisines qui habitent la Méditerranée, l’une, primordialis , est variable comme coriacea, l’ autre, clathrus, est constamment d’une teinte jaune citron.
En général, les éponges calcaires sont blanches, ce qui est aussi la teinte la plus commune chez la Clathrine coriace ; les tons vifs si répandus chez cette éponge et les espèces voisines
EPONGES CALCAIRES.