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LES TROIS RÈGNES ORGANIQUES

Linné * , illustre naturaliste suédois du xviii^ siècle, dont les admirables travaux eurent une énorme influence, admit dans Tempire organique, ou empire des êtres vivants, deux grandes divisions : le règne végétal constitué par les plantes, le règne animal composé des animaux.

Pendant longtemps on considéra les limites entre ces deux groupes comme nettement tranchées et, encore aujourd'hui, pour le vulgaire, il n*y a presque rien de commun entre la plante et Tanimal.

Mais nos naturalistes modernes ne s'arrêtent plus à la surface des choses : l'emploi du microscope, les progrès de la chimie, la physiologie expérimentale, science dont les savants du temps de Linné avaient à peine ridée, ont révélé un monde de faits nouveaux et nous ont donné des preuves multiples et surabondantes que cette distinction nette entre les animaux et les v^étaux

1. Charles Lmné, né à Boesholt en 1707, moii à Upsal en 1778.

était une illusion, qull n'existe de difTérences un peu importantes entre les êtres appartenant aux deux règnes linnéens que lorsqu'on s'adresse à des extrêmes, lorsqu'on cherche à comparer un animal supérieur, un cheval ou un lion, par exemple, avec un végétal supérieur aussi, un rosier ou un chêne.

Et même, si on laisse de côté la forme extérieure qui n'a ici aucune importance, puisque, par la forme seule, le cheval dififere au moins autant d'une araignée ou de l'animal du corail, qu'il diflfere du chêne ou du rosier, on constate que les différences entre l'animal et le végétal se réduisent à bien peu. En effet, nous savons aujourd'hui qu'il existe des plantes sensibles * , des plantes qui exécutent des mouvements, des plantes carnivores qui se nourrissent de la chair des insectes qu'elles capturent*, que les plantes digèrent les substances nutritives de la même manière que nous, qu'elles respirent exactement comme les animaux, en absorbant de l'oxygène et en dégageant de l'anhydride carbonique, que leurs tissus obéissent aux mêmes lois de multiplication que ceux des animaux, etc., etc.

1. Mimosa puàiea ou sensitiye, Drosera, Bùmoea museipuia, Sparmmnia afrieatia, etc.

2. Nepentheê, Cephalotuê, Sarraeenia, Drosera, Dionoea, Aldrtwanda, DrosophyUum, Utriculartu, Pinguietda, etc. Les mœurs de ces plantes singulières ont été étudiées par Hooker, Ch. Darwin, Francis Darwin, Qorup Besanez, Will, Ed. Morren, W. Clark. Des collections spéciales de plantes camiTores figurent aotueUement dans toutes les grandes expositions florales.

Voilà pour les êtres supérieurs.

Si maintenant nous nous adressons aux organismes inférieurs, à ces milliers d'êtres à structure simple qui peuplent surtout Tocéan et nos eaux douces, les Infusoires, les Rhizopodes, les Diatomées, les Algues, les Monères, les Bactéries, etc., les différences s'effacent tellement, les organisations sont si voisines, les modes de reproduction sont si semblables que, souvent, le naturaliste le plus imbu de Tidée d'une séparation tranchée entre les animaux et les plantes est forcé d avouer qu'il lui est impossible de dire si l'être inférieur qu'il étudie est un végétal ou un animal.

L'immense légion des êtres organisés peut donc être représentée par deux lignes divergentes partant d'un

point commun comme les branches d'un V.

Les organismes supérieurs occupent les extrémités libres de ces lignes, le long desquelles nous supposerons groupés les animaux d'un côté, les végétaux de l'autre.

Les êtres inférieurs sont voisins du sommet du V, et ceux qui occupent ce sommet même ont tant de caractères communs qu'ils ne sont ni animaux ni végétaux : ce sont des intermédiaires par lesquels les deux règnes de Linné se trouvent liés l'un à l'autre.

Végétaux \

/ Animaux

supérieuwA

/supérieur».

Végétaux y

/ Animaux

inférieursA

/ inféricurt.

^«OTIBT***

Pour rendre ce fait capital accessible à toutes les intelligences, pour le faire entrer dans la pratique de la science élémentaire, Ernst Haeckel, professeur à rUniversité dléna, propose l'admission d'un troisième règne, le règne des Proiisies*.

On peut donc diviser les êtres organisés en trois règnes, le règne animal, le règne des Protistes et le règne végétal; mais il faut bien se pénétrer, en même temps, de Tidée fondamentale qu'aucune démarcation ne sépare ces trois groupes; la nature vivante forme un tout, et ces groupes imaginés par l'homme pour classer les faits, sont liés les uns aux autres par des gradations insensibles.

Il résulte de tout ce que nous venons de rappeler qu'une définition absolument générale de l'animal est impossible. Elle ne peut être vraie qu'à la condition de s'appliquer à des êtres relativement supérieurs. La définition suivante empruntée à Claus suppose donc cette restriction indispensable. Nous avertissons de plus le lecteur qu'elle ne peut lui être parfaitement intelligible qu'après l'étude des chapitres II, III, IV et V. Il en serait de même pour toute autre définition proposée ailleurs.

L'animal est •* un organisme libre, doué de mouve- ** ment volontaire et de sensibilité, dont les organes se «* développent dans l'intérieur du corps, qui se nourrit

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