CELLULES ET TISSUS
Le corps d'un animal, d'un cheval, d un oiseau ou d'un poisson, comprend une série d'organes offrant chacun quelqu'usage déterminé. Tous nous avons appris, dès l'enfance, à connaître les membres, pattes, ailes ou nageoires, organes de la locomotion ; les yeux, les narines, les oreilles, oi^anes des sens, etc. Si nous ouvrons le corps de cet animal, nous y observerons des organes respiratoires, les branchies ou les poumons ; un organe mettant le sang en mouvement, le cœur ; des oi^anes de la digestion, estomac, intestin et une foule d'autres. Une véritable dissection, en nous armant du scalpel et même, au besoin, de la loupe, nous fera faire un grand pas de plus; nous constaterons que ces organes ont une structure complexe, qu'ils se composent de membranes, de muscles, de nerfs, de vaisseaux, de cartilages, d'os, etc. Enfin, si nous soumettons au microscope composé des fragments de ces muscles, de ces nerfs, de ces vaisseaux, de ces cartilages et de ces os, nous pourrons nous
1. Pour tons les organes auxquels il est fait allusion dans ce chapitre, Tojes le chapitn V.
assurer qu*aucime de ces parties n*est homogène ; qu*elles sont constituées par une association de très petits corps : ici en forme de fibrilles, là en forme de petites lamelles polygonales, ailleurs avec Taspect de cellules, petites masses sphériques, cylindriques ou polyédriques à caractères spéciaux dont l'étude nous fera pénétrer très avant dans la connaissance des phénomènes intimes de Torganisme (voir les figures 4,5, 14, 20, 28).
Il nous sera loisible d'examiner ces petits corps avec de forts grossissements, de voir qu'ils sont eux-mêmes souvent décomposables en couche enveloppante et en contenu liquide ou demi-liquide où flottent des granules, des gouttelettes de graisse ; qu'ils renferment, en outre, fréquemment un petit noyau ; mais nous ne pourrons pousser au delÀ la décomposition de l'animal. Nous sommes arrivés, en efi*et, aux derniers éléments figurés dont l'être entier est composé. De là vient que l'on donne ordinairement le nom d'éléments anatomtques aux cellules et aux fibrilles, lamelles et autres formations qui toutes dérivent de ces cellules.
Cherchons donc à nous faire de la cellule et de ses propriétés une idée aussi nette que possible. Dans ce but, assistons d'abord à son apparition chez l'être vivant.
A l'exception de ceux qui constituent les groupes très inférieurs , tous les animaux se reproduisent par des œufs et, bien que cela puisse sembler étrange au vulgaire , les animaux à mamelles ou mammifères , par
conséquent Tespèce humaine, les singes, les chevaux, les ruminants, les rongeurs, etc., rentrent dans la règle commune. Seulement, chez les mammifères, le développement se passe dans le corps de la mère, et le produit n'est ordinairement expulsé que lorsque ce développement est à peu près complet ; tandis que chez les oiseaux, la plupart des reptiles, des amphibies et des poissons, Tœuf est pondu et le jeune ne commence, en général, à s*y former d'une manière bien visible, pour des yeux peu exercés, qu après cette ponte.
Les organes femelles internes dans lesquels se forment les œufs, portent le nom d'ovaires; ils sont au nombre de deux chez le plus grand nombre d'animaux supérieurs. Dans ces ovaires existent de très bonne heure, puisqu'on les observe déjà, bien avant la naissance, chez la jeune femelle, de nombreuses et très petites sphérules transparentes, constituées chacune par une gouttelette de matière albuminoïde* incolore, un peu visqueuse,
1. Les substances organiques azotées, animales ou végétales, auxquelles on a donné le nom commun de subêtaneet àUmmindides, d'une constitution très complexe, généralement incristallisables et se putréfiant facilement, se composent toutes de carbone, d'hydrogène, d'azote et d'oxygène dans des proportions très analogues ; elles renferment, en outre, de petites quantités de soufre et de phosphore. Ces substances jouent, dans l'économie, un rôle d'une importance énorme dont nous aurons donné une idée en disant que, chez les animaux, par exemple, V albumine est un des éléments essentiels et constants de tous les liquides, le sang, la lymphe, le liquide amniotique, le blanc de l'œuf; que làjibrmâ s'extrait du sang, du chyle, de la lymphe; la tyntontHâ, des muscles; que la eoiiinç s*ob$erve dans le lait de tous l^
dont le centre est occupé par un noyau ou sphérule plus petite, d'un éclat mat, offrant elle-même un petit nucléole réfringent ( figure 1 ).
^^S'*" ^- Les sphérules en question sont
de jeunes ovules, de jeunes œufs ; le liquide qui en constitue la partie principale est de la matière animale vivante dans son état le j»uNB OVULE P^^^ simple; on lui donne le nom
M MAXMiFàu (grossi). de protoplasme (trpwro; , premier, II, protopUsme. TT/aTu», de 7rXa<7(7«, former);
b, Tésicule germinalire.
e, Uche germiiittiTe. 1© noyau S appelle vésicule ger-
tntnative; le nucléole est ordi- Jiairement désigné sous le nom de tache genninative* . .La composition de Tovule nous permet d'acquérir en même temps une autre notion importante : toutes les observations modernes ont démontré que le jeune œuf n'est qu'une ceUule dans le sens que les histologistes* attachent à ce mot. Une cellule est donc, en principe,
animaux à mamelles, etc. En résumé, si Ton en excepte les graisses, les parties dures qui serrent de charpente, les os, les écailles, la corne et quelques autres, le eorps entier de rhomme ou d'un animal n*est presque qu*une association de toutes les formes possibles de substances albuminoldes.
1. Nous adressant ici à des lecteurs pour lesquels Tembryologie est chose absolument nouvelle, nous avons nécessairement cherché k être très simple. Une foule de détails sont donc intentionnellement supprimés ; les faits absolument indispensables sont seuls décrits.
' 2. VhUtohgie est la science qui a pour objet l'étude microscopique des (issus ; c'est l'amitomie microsoopii^ue.
une petite masse distincte de protoplasme munie dun noyau.
Le protoplasme, qui est probablement un mélange de diverses substances albuminoïdes, est doué de tous les caractères de la vie : il possède, en effet, V une contractilité propre, c'est-à-dire la propriété de modifier spontanément ses dimensions ; les masses isolées de protoplasme s'allongent, se raccourcissent, émettent ou rétractent des prolongements, se gonflent ou se contractent; 2® il s'accroît en empruntant par absorption les éléments nécessaires à cet accroissement, et 3<* il engendre son semblable, se multiplie par division, toute masse protoplasmique pouvant se scinder spontanément en deux ou plusieurs masses plus petites»
Revenons à Tovule pour assister à la manifestation des propriétés que nous venons de mentionner. Depuis rinstant de sa formation, jusqu'au moment où il quitte l'ovaire , le jeune œuf augmente graduellement de volume ; fait dû à l'absorption de matières empruntées aux liquides qui imprègnent l'organe qui l'enveloppe* D'abord nu, il se montre, au bout d'un certain temps, revêtu d'une couche limitante transparente dont l'origine varie d'un type animal à l'autre. Tantôt l'enveloppe en question résulte simplement d'une modification de la surface même du protoplasme devenu plus dense et moins fluide, elle porte alors le nom de meinbrane vitellinc; tantôt, au contraire, l'enveloppe est sécrétée par le tissu de l'ovaire et prend le nom de chorion. En outre, le protoplasme a perdu sa limpidité; il est
devenu trouble, blanch&tre, parce qu*il s'est chargé d*un grand nombre de granulations, les unes de nature albuminoïde, les autres de nature graisseuse. Le contenu de Tœuf, c'est-à-dire ce mélange du protoplasme primitif
et des substances nou- ^*^"^* Telles qui raccompa-
gnent, est le vitellus* • Au stade de développement où nous le supposons arrivé, Tœuf se compose donc d'une enveloppe, membrane vitelline ou chorion, du viteUus et de la vésicule ge)*minative avec son nucléole (figure 2).
Cet état n'est que transitoire : il résulte, en effet, de nombreuses observations , que l'ovule subit encore une série de modifications auxquelles on a donné le nom de phénomènes de maturation et qui finissent par le rendre