APPAREIL DIGESTIF
L'animal étant âxé, comme il est dit plus haut, on fend la peau avec précaution, à l'aide de ciseaux, suivant une ligne qui longe tout le côté gauche du corps, à deux ou trois millimètres au-dessus du bord du pied. On renverse la peau du dos à droite et on la fixe, à droite, avec des épingles.
On trouve alors toute la cavité du corps occupée par les organes internes enroulés les uns autour des autres sous forme d'un cylindre à structure complexe.
Quelques indications topographiques sont nécessaires ; nous renvoyons pour les lettres à la fig. 45, A, dessinée d'après un individu entièrement disséqué.
Tout à fait en avant s'observent de petits appendices noirs, les tentacules (t, t) ; on coupera les muscles rétracteurs qui sont très visibles. Puis vient l'origine renflée du tube digestif ou pharynx (phj, immédiatement sur la partie postérieure duquel est situé un
figure 45.
ARIOK BMPiaiCOBUM DISSiQUi.
Figure 46.
A. Abion BMPiRiooBUM disséqué au point de Tue de rapptrcil dîgettif, de l'ipporal reproducteur et du système nerreux.
(D'après nature, réduit d'un tiers.)
tentaeules rétractés ; les muscles rétracteurs sont coupés.
ph, pharynx.
gt, glandes salivaires.
ce, CBBophage.
t, sac stomacal.
gd, glande dîgestÎTe.
m, intestin moyen.
it, intestin terminal.
gh, glande hermaphrodite.
e$, canal efférent.
gOf gUnde albuminipare.
gou, gouttière efférente.
w, oviducte ou utérus.
ed, canal déférent.
p, pénis.
V, Tagin.
pc, poche copulatrice.
d, cloaque.
z, ganglions cérébroldes.
y, ganglions parieto-splanchniques.
z, ganglions pédieux.
-|-, position de Totocyste.
B, M, m&choire (grossissement 6).
s, fragment de la sur&oe de la radula (grossissement 160).
collier blanc constitué par les centres nerveux (xj. Dans le voisinage de celui-ci sont deux glandes blanches légères comme une dentelle, les glandes dites salivaires (gs). Le reste de l'espèce de boudin formé par les viscères se compose de quatre cat^ories d'organes offrant souvent quatre teintes différentes, savoir: 1** antérieurement, quelques anses d'un canal blanc-jaunàtre, l'oviducte (ov) ; 2^ des tours à peu près alternatifs d'un canal vert-foncé ou verdâtre, le tube digestif (im), et 3<* d'un organe glandulaire énorme, à lobules nombreux, gris-foncé ou brun, la glande digestive fgd) ; 4^ tout à l'extrémité postérieure, une masse d'aspect glandulaire, violette, la glande génitale hermaphrodite (gh).
Tous ces organes sont parcourus à leur surface par les ramifications très élégantes de canaux d'un blanc pur : les vaisseaux sanguins artériels. Enfin, ils sont, de plus, reliés entre eux par des brides ou des lames conjonctives délicates.
La dissection de l'Arion n'est pas difficile; mais il faut, comme pour toute dissection un peu délicate, commencer d'une manière déterminée, si l'on veut réussir. On constatera que la glande génitale violette (gh) offre une profonde incision médiane, et que de la région antérieure de cette incision sortent deux canaux parallèles ; l'un, d'un blanc de craie, est un vaisseau ; on le coupe ; l'autre, qui est, comme nous le verrons, un canal génital eff'érent, doit être respecté. Ceci fait, on déroule d'abord la glande digestive lobulée grise (gdj, en coupant tous les vaisseaux et toutes les lames minces qui la rattachent
au canal alimentaire; on en déjette les masses à dix)ite et à gauche ; puis le reste se sépare aisément , toujours en coupant les vaisseaux. On étale les organes au fond du baquet comme dans la figure 45, A.
Supposons ces opérations effectuées avec lenteur et patience, et passons à Tétude des parties qui ont été ainsi isolées les unes des autres.
Le tube digestif est beaucoup plus long que le corps ; il décrit deux anses principales et vient aboutir, à droite, par un anus distinct, tout près de lorifice respiratoire. Comme chez beaucoup d autres Mollusques, le tube digestif est donc ployé en deux, de façon à ce que Torifice anal se rapproche de Torifice buccal.
Le canal est divisible , ainsi que celui des Vertébrés, en intestin buccal, intestin moyen et intestin terminal.
La bouche est armée, à sa face supérieure, immédiatement en arrière d'un repli en forme de lèvre, d'une mâchoire de consistance cornée, brune, arquée, munie de sillons verticaux et de bords sinueux (fig. 45, B, m). (Test à l'aide de cet organe que TArion coupe les substances végétales dont il se nourrit. Il n'y a pas de mâchoire inférieure , mais le plancher du pharynx musculeux qui fait suite à la bouche est occupé par une saillie résistante , la langue , sur laquelle repose une lame transparente, la radula (radula, racloir), garnie, sur toute sa face, d'innombrables petites dents siliceuses, pointues, disposées en rangées transversales serrées et se recouvrant plus ou moins comme des écailles de poisson ( fig. 45, B, r ).
La Torme et le nombre des dents de la radvla sont assez différents chez les divers Mollusques gastéropodes pour fournir d*excellents caractères dans les classifications. Chez TArion , il y a 160 rangées de 101 dents chacune ; la langue est large et courte, tandis que chez d*autres Gastéropodes, les Patelles, par exemple, elle peut être très longue. Son extrémité antérieure fonctionne comme une lime, et des Gastéropodes marins carnassiers, parmi lesquels nous citerons le Buccin onde (Buccinum undatumj, si commun sur nos côtes, s en servent pour perforer les coquilles d'autres Mollusques. L'extrémité postérieure de la radula est enroulée sur elle-même en cornet ou en tube. Un tube court ayant cette origine détermine une saillie à la face inférieure du pharynx de TArion.
Dans le pharynx s'ouvrent les canaux excréteurs de deux grandes glandes incolores, du type des glandes en grappes, à cellules sécrétoires rondes. On les a prises longtemps pour des glandes salivaires; cependant leur sécrétion n est point comparable à la salive des Vertébrés. Il résulte, en eflet, des expériences de M. Frédericq, qu'elle est sans action sur les aliments; on n'y rencontre ni ferment transformant les féculents en glycose, ni ferment actif vis-à-vis des albuminoïdes * . Il est probable que les glandes en question sont des glandes à mucus dont le produit favorise le glissement des aliments dans l'œsophage (fig. 45, A, gs).
1. ^«1* la digestion de$ alàumifw'idtê chez quêlquet Invertébrés. (Bulletins de
Ce qui suit de Tintestin antérieur se compose d*un œsophage et d un tube stomacal rectilignes, s étendant presque jusqu'à Textrémité postérieure de la cavité du corps (fig. 45, A, oe, e).
L'intestin moyen est excessivement long; il débute par un coude brusque, se dirige en avant en s enroulant en partie autour de l'estomac, puis se replie en arrière, pour reprendre enfin une direction antérieure. A son origine, immédiatement après le pylore, des conduits assez larges y déversent le liquide sécrété par l'énorme glande que nous avons déjà signalée sous le nom de glande digestive (fig. 45, A, gd).
Cette glande, composée de deux lobes allongés, divisés eux-mêmes en lobules nombreux , a porté et porte encore dans beaucoup d'ouvrages le nom de foie ; sa sécrétion, d'un brun plus ou moins jaunâtre ou verdâtre, a nécessairement été considérée comme de la bile. Nous avons déjà dit qu'il n'existe ni foie, ni bile par conséquent, en dehors des Vertébrés. Toutes les recherches modernes le prouvent.
D'après les expériences de MM. Frédericq* et Krukenberg *, le liquide sécrété chez l'Arion, par la glande en question, dissout les albuminoïdes et renferme de plus im ferment transformant la fécule en glycose. Le
r Académie royale de Belgique, 2^ série, tome zlvi, 1878, page 218.)