EXAMEN EXTÉRIEUR DE L'ANIMAL : EXOSQUELETTE , MEMBRES
L'Écrevisse, comme beaucoup d autres représentants du sous-embranchement qui nous occupe, a les téguments durs, constituant un véritable squelette externe ou exosquelette. On constate, cependant, que malgré cette armure, lanimal vivant fléchit facilement de haut en bas toute la moitié postérieure du corps et qu'il meut sans la moindre difficulté ses pinces et ses pattes. En examinant la face ventrale, Tobserv ateur le plus superciel trouve immédiatement l'explication du fait : l'exosquelette du corps est composé d'une série d'anneaux
1. UÉcreTisse a fait l'objet de nombreux travaux; quelques-uns sont de véritables monographies ; le dernier en date est l'ouvrage de Huxley, The Crauftth, Londres, 1880, dont on a publié aussi une traduction Crançaise.
solides, rétinis entre eux par des portions de téguments molles et flexibles; la charpente des pattes et des autres appendices est formée de tubes creux emboîtés bout à bout et unis par un procédé semblable.
Toute Tenveloppe cutanée est donc divisée en un assez grand nombre de parties par des articulations. De là le nom d'ArtictUés donné au groupe. Les membres présentent la même structure que le tronc; de là le terme d'Arthropodes {ypOpov, articulation, noù;, pied).
L*exosquelette d'un animal articulé est toujours composé, au moins à Torigine, d une série d*anneaux distincts qu'on appelle somiies (^ûpa, corps, divisions du corps).
Ces somites ne restent jamais tous distincts et nettemeat séparés les uns des autres par des zones molles ou des articulations. Très fréquemment, ceux qui composent la tête, souvent aussi ceux d'autres régions, se sondent complètement, se fusionnent, de façon à donner lieu à des pièces squelettiques étendues.
Cependant, le naturaliste exercé pourra dire, sans risquer d'erreur, de combien de somites se composent, chez l'Écrevisse, ces pièces résultant de fusion. Voici pourquoi : tout somite ou anneau complet, typique, d'Articulé, sert de support à une paire d'appendices mobiles : pattes, pattes-màchoires, mâchoires, mandibules, etc., qui, quel que soit leur aspect, dérivent d'une forme primitive dont la patte résume à peu près la structure. Or, chez les Crustacés supérieurs, tous les anneaux, le dernier de l'abdomen excepté, portant leur
paire d'appendices réglementaires, il suffit évidemment de compter ces paires pour arriver au chiffre exact des somites. Uexosquelette de TÉcrevisse réunissant les caractères sur lesquels nous venons d'appeler l'attention, est donc d'une étude très instructive.
D'autres groupes ne nous ofirent point un rapprochement aussi grand du plan général théorique, et la structure de leur exosquelette ne peut être bien comprise qu'après un examen attentif de celui des Crustacés. Ainsi, dans des classes entières, les Insectes, les Arachnides, le nombre des appendices se trouve consi dérablement réduit et ceux-ci manquent même entièrement sur les somites abdominaux.
Chaque somite se compose lui-même de huit piècas que nous n'énumèrerons pas, pour ne pas trop multiplier les noms. Bornons-nous à dire qu'elles constituent, par leur réunion, deux arceaux, l'un supérieur, l'autre inférieur portant les appendices ou membres. Ces deux arceaux juxtaposés forment le somite entier.
Le plus souvent, les somites fusionnés entre eux, ne le sont que par les arceaux supérieur?, les pièces inférieures étant distinctes; ce qui facilite encore l'analyse. Enfin, des somites peuvent rester incomplets; tel est, par exemple, le cas pour les cinq segments de la région du corps de l'Écrevisse qui porte les pinces et les quatre paires de pattes locomotrices suivantes; ceux-ci sont incomplets dans leur région supérieure, mais recouverts, comme par une selle et complétés, au point de vue fonctionnel (et non anatomique), par l'arceau dorsal
énormément développé d'un ou de plusieurs somites céphaliques fusionnés venant chevaucher au-dessus d'eux '. (Voyez page 309.)
Nous allons, comme exercice, décomposer Texosquelette de TÉcrevisse, de façon à faire comprendre nettement ce qui précède; mais auparavant nous devons signaler quelques faits généraux concernant les appendices : P chacun d'eux, quel que soit son usage et le nombre d'articles dont il se compose, comprend constamment ime première pièce qui lui sert de base, l'article basilaire*, enchâssé dans un orifice de même contour de l'arceau mférieur du somite correspondant. 2^ Chez les Crustacés décapodes, comme l'Écrevisse, on peut les classer en cinq groupes : les appendices sensoriels, les appendices buccaux ou gnathites (yvaOo;, mâchoire), les appendices ambulatoires ou péréiopodes*, vulgairement pattes, les appendices abdominaux peu développés ou pléopodes, enfin, les rames caudales ou uropodes (ovpk^ queue).
1. Telle est aussi l'origine de la large carapace des crabes.