SCIURUS AUREIVENTER
Is. Geoffroy, Mag. 2001.
Les caractères extérieurs de cet Écureuil sont bien décrits et très-faciles à reconnaître; mais nous avons cru devoir signaler quelques particularités de son crane. Ses dents molaires sont au nombre de # seulement , la petite molaire antérieure des trois espèces précédentes lui manquant. Sa tête osseuse est aussi de forme un peu différente; elle est élargie, bien séparée dans ses parties cranienne et faciale, celle-ci étant élargie en dessus, et comme quadrilatère entre les cavités oculaires, où elle est inégalement déprimée, de manière à présenter uue sorte de fossette transversale peu profonde. Les mêmes parties, chez les trois Écureuils qui précèdent, ont une disposition un peu différente, quoique analogue. Les os du nez y sont moins busqués, et la face est assez courte et peu étroite. L'Inde, ainsi que nous avons pu le voir par les collec-
Bonite, — Zool. Tome I. Partie I, 4
tions de M. Adolphe Delessert et par ce que lon connaissait déja, possède plusieurs Écureuils de l’une et l’autre de ces formes, et elle en présente de plus une troisième catégorie rentrant dans le groupe des Tamias, et dont le Palmiste (genre Funambulus, Lesson, Ilustrations de Zoologie) est un exemple; mais c'est un sujet sur lequel nous ne devons pas nous étendre ici.
Disons seulement que les Sciurus maximus, hip- purus, aureiventer et autres espèces indiennes qu’on a considérées comme se rapprochant des Macroxus américains, constituent plutôt un groupe particulier, subdivisé lui-même en deux petites catégories, suivant la présence ou l'absence de la dent molaire gemmiforme. La forme du crâne de ces Écureuils les fait aisément reconnaitre; il en est de même pour ceux de l'Amérique septentrionale, ainsi que nous l'avons vu, et l’on peut dire qu'il existe toujours un caractère spécial dans la forme cranienne des Écureuils, ainsi que des Tamias, d’un même pays. Les dents molaires, ou du moins la cinquième d’en haut, mais qui tantôt existe, tantôt n'existe pas, fournit un caractère d’une moindre valeur, puisque l’une ou l'autre de ces particularités peut également coïncider avec une tête os-
seuse de même composition.
GENRE PHLOEOMYS. — Phlæœomys, Waterhouse.
PHLOEOMYS DE CUMING.
Phlæomys Cumingii, Waterh.
Paroromys Cumincrr, Waterhouse. — Proceed. z001. soc.
Lond., 1840.
PLancuE 7, FIGURES 3-8, ET PLANCHE 8.
M. de la Gironnière, qui a habité pendant plusieurs années l’île Luçon et qui à fait dans cette île des collections et des observations tout à fait dignes d’intérêt, a bien voulu nous remettre deux exemplaires, l’un empaillé et l'autre conservé dans lesprit-de-vin, de ce singulier rongeur. On lui en doit donc la premiere découverte, quoique depuis l'espèce ait été publiée en Angleterre par M. Waterhouse, savant zoologiste de Londres, d’après un exemplaire recueilli par M. Cuming.
Ce mammifère, appelé PAlæomys par M. Waterhouse, a les poils généralement roux cannelle à leur base, et terminés de blanc sur presque tout le corps, qui est glacé de cette dernière couleur. Au museau et à la queue, les poils conservent, dans toute leur longueur, la couleur rousse; une tache aupres de loreille est aussi dans ce cas. Les poils des pattes antérieures sont entièrement de couleur blanc sale, et il v en à
quelques-uns qui sont roux à la face supérieure de celles de derrière ; un petit mufle nu, de couleur brune, entoure les narines percées presque à ses côtés. Les poils des moustaches sont roides et noirs. Les membres antérieurs ont quatre doigts et un pouce rudimentaire, mais onguiculé; les ongles des quatre autres doigts sont robustes; les doigts sont assez forts, peu velus et non palmés; la paume est nue et de couleur pâle, ainsi que le reste de la peau des paltes. Aux membres postérieurs, il ÿ a cinq doigts bien développés, couverts, ainsi que les antérieurs, de squames ou petites écailles épidermiques ; la plante et le dessous des doigts sont nus. Les ongles, de même qu’en avant, sont de couleur claire. Les oreilles sont médiocres, velues à leur face extérieure, non pénicillées et nues à leur face interne; leurs poils extérieurs dépassent un peu ceux de la tête. La queue est écailleuse et néanmoins velue , à poils courts, roides, égaux entre eux et de la couleur cannelle ou chocolat clair du museau.
Longueur, du bout du museau à la queue, r pied (0,925
Longueur de la queue seule, 9 pouces (0,24).
Dans l’exemplaire conservé dans lesprit-de-vin, et qui est jeune, le pelage est plus soyeux, mais les couleurs sont les mêmes, si ce n’est que la couleur rousse de la base des poils est plus visible. La Iongueur du corps et de la tête est de 8 pouces, et celle de la queue égale 7 pouces.
Le Phlæomys à, dans sa physionomie extérieure,
ORDRE DES RONGEURS. 19 une grande analogie avec le Capromys, mais ses caractères ostéologiques ne permettent pas de le placer dans la même famille que ce dernier.
Le crane du Plœomys adulte, à peu près grand comme celui du Capromys prehensilis où du Plugiodontia ædium, en diffère à la première vue par la petitesse de son trou sous-orbitaire, grand comme celui des Gerbillus, des Mus et des Lemmus, et semblablement disposé, c’est-à-dire, remonté à Ja hauteur de l’arcade zygomatique, comprimé, un peu plus élargi supérieurement, et en communication avec le canal lacrvmal. Les Capromys ont, au contraire, comme beaucoup d’autres rongeurs, et particulierement les Ctenomys, Echümys, Myopotamus, Hystrix et Cavia, le trou sous-orbitaire fort grand. Le crâne du PAlæomys est allongé, très-peu bombé, un peu élargi au front, qui est très-déprimé, ainsi que l’espace interorbitaire ; son apophyse postorbitaire forme une petite saillie en palette, et qui communique avec la crête sourcilière. L’apophyse orbitaire antérieure est peu considérable. Le chanfrein est tres-légèrement bombé, et les os propres du nez sont presque plans. La partie faciale est peu élargie. Le palais est étroit, à peu près dans une direction rectiligne. Les arcades 2Ngomatiques sont médiocrement fortes el sans apophyse inférieure ni orbitaire. La crête occipitale est petite, et elle donne verticalement une petite crête médiane qui descend perpendiculairement à la courbure supérieure du trou occipital.
Les dents incisives n’ont pas de rainure a leur face
antérieure; elles sont de force moyenne, et jaunàtres en avant. Il n'y a que ; molaires de chaque côté, l’antérieure la plus grande. Ces dents ont, dans leur nature, quelque analogie avec celles des Gerbilles; Pémail forme , à leur couronne, des ovales ou ellipses bien séparés entre elles. La mächelière antérieure de la mâchoire d'en haut a trois de ces ovales, dont celui du milieu le plus grand, et lantérieur le plus petit; la moyenne en a deux seulement, dont lantérieur un peu plus grand, et la troisième également deux et dans les mêmes rapports, mais proportionnellement plus petits. À la mâchoire inférieure, la molaire antérieure à trois ovales, le premier le plus petit el le troisième le plus long; la deuxième en a trois, dont le plus petit est en arrière, et la troisième deux; le dernier de ceux-ci est le plus large de tous. Ceux qui ont la plus grande longueur absolue ont, proportionnellement, le diametre antéro-postérieur ou petit diamètre moins considérable.
La partie osseuse de la mâchoire inférieure n’a rien qui indique une force musculaire plus grande que chez les Gerbilles ou les Rats, et elle n’a ni saillie à son bord inférieur ou près de son condyle, ni prolongement de sa partie angulaire. Le crane n’a pas non plus l’apophyse styloïde prolongée, comme cela se voit, par exemple, chez le Plagiodontia , et ses bulla ossea ne sont pas plus développés que ceux des Rats. À la mâchoire supérieure, la barre ou espace vide entre les deux sortes de dents est plus
grande que la longueur de la série des molaires.
Longueur du crâne, 0,09. — Largeur aux arcades zYgomatiques, 0,042.
Nous n'avons vu du sujet adulte ici décrit que le crâne et la peau ; mais le jeune Phlæomys dont il a été parlé précédemment nous a permis, malgré son âge, d'étudier les particularités essentielles du squelette de ces animaux.
Il ya 13 vertebres dorsales, et par conséquent autant de paires de côtes, dont 5 fausses ; les sternebres ou pièces du stérnum sont au nombre de 6, subarrondies, et dont la première est la plus longue. Les lombes ont 6 vertébres; le bassin n’est en communication articulaire qu'avec une seule des vertebres sacrées ; le nombre des sacro-coccygiennes est de 18.
Les membres antérieurs ont des clavicules bien développées, et, ce qui est un caractère fort rare chez les rongeurs, l’humérus présente un trou à son condyle interne pour le passage du nerf médian. Les Sciurus, à l'exception des Scuiroptères , les Ptéromys et l'Hélamys sont les seuls rongeurs qui nous aient offert le même caractère. Le radius et le cubitus du Phlæomys sont séparés dans toute leur longueur.
Le péroné et le tibia se soudent, au contraire, mais sans se confondre , pres de leur extrémité inférieure. Le carpe est court, et le tarse, ainsi que le reste de la jambe, sont également dans les proportions ordinaires aux espèces du genre Rat, sans rien offrir qui rappelle l'allongement propre à certains groupes de l’ancien genre Drpus.
Quoique notre exemplaire fût jeune , il avait déjà
un rudiment de l’osselet du pénis long de deux lignes environ. Les dents de cet individu étaient déjà des dents de remplacement. En haut, il y avait deux parres de molaires sorties, déja un peu usées, et la troisième, en germe, toute prête àse montrer hors de la gencive ; à la mâchoire inférieure, les trois dents apparaissaient; mais aux deux antérieures seulement, tous les ovales de la couronne avaient été entamés par le frottement. Nous ne connaissons pas les intestins du PAlœomrs.
Le Phlæomys est rare et peu connu à lile de Manille. On le trouve dans les bois, où il vit, dans des espèces de terriers. Il se nourrit d’écorces d'arbres, suivant M. Cuming, ainsi que de racines, d’après M. de la Gironnière. Il est plutôt nocturne que diurne. Ses molaires sont en partie recouvertes d’une couche d’un brun foncé, comme les dents des peuplades indiennes qui màchent le bétel (1).
Le Phlæomys a été indiqué par M. Watherouse comme étant de la famille des Muridæ; il nous paraît,
(1} Parmi les animaux rapportés de Lucon par l'expédition de la Bonite , et qu’on n’y avait point encore signalés, nous citerons le Fespertilio borbonicus , qui est une espèce de Nycticée, ainsi que la Musaraigne, si répandue dans l’Inde, et qu’on appelle depuis Pallas, Sorex myosurus. L'ile Lucon, malgré son éloignement , possède un nombre remarquable d'animaux mammifères, et il serait curieux de publier sur sa faune mammalogique un catalogue semblable à celui que MM. Salomon Muller et Temminck ont donné récemment pour les principales iles de l'archipel indien : Java, Sumatra, Banka, Bornco, Célèbes, Amboine, Banda et Timor, ainsi que pour la Nouvelle-Guinée,
ORDRE DES RONGEURS. 49 en effet, se rapprocher des espèces du genre us, parmi lesquelles il forme un sous-genre particulier. Ses dents lui donnent aussi quelque chose des Gerbilles, qui ne sont d’ailleurs qu'une subdivision du grand oroupe des Rats. Le Rat Perchal montre même déjà dans ses molaires un indice de ce caractere.
Les PAlæomys de M. de la Gironnière ont été pris dans la province de Nueva Exoica, sur les montagnes, au nord-est de Manille, à quarante ou cinquante lieues de cette ville.
Cette curieuse espèce de Rongeurs n’a encore été trouvée que dans Pile de Lucon, et il paraît qu’elle n°v est pas commune. Dans l’espace de dix ans, M. de la Gironnière, malgré des chasses et des excursions fréquentes, n’en a vu que deux exemplaires, et il a bien voulu nous les remettre. Ces animaux font actuellement partie des collections du Muséum d'histoire naturelle de Paris , ainsi que le squelette du plus jeune d’entre eux, que nous avons fait préparer pour le cabinet d'anatomie comparée.
On ne trouve les PAlæwomys que dans l’intérieur de l'ile, et les naturels les considerent comme une espèce de Lapin; leur nom nigritos est Parout. Hs sont trés-vigoureux, et le plus adulte de ceux qu'a rapportés M. de la Gironnière avait grièvement blessé un chien en se défendant. Toutefois, ces animaux sont susceptibles de s'apprivoiser facilement, et lun d’eux a vécu librement, pendant un certain temps, dans la chambre de son maitre, montant sur son lit quand
la fantaisie lui en prenait, et venant souvent manger
dans sa main. Sa nourriture consistait en pain et en riz ; il dormait tout le jour et ne commençait jamais à courir que le soir.
D’après M. Cuming, les PAlæomys se nourrissent d'écorces, et c'est même cette particularité qui leur a valu ce nom. Ainsi que nous l'avons dit, M. de la Gironnière ajoute qu’ils mangent aussi des racines et de jeunes pousses. Ils ne terrent pas.
Leur iris est de couleur bleu clair.
Nous avons fait représenter le Phlæœomys entier, ainsi que son crâne , ses dents et ses pattes antérieures
et postérieures.
ORDRE DES RONGEURS. >| GENRE RAT. — Mus, Linné.