‹ ZoologieChapitre 4 sur 50 · PAR M. DE BLAINVILLE · texte numérisé non relu

PAR M. DE BLAINVILLE

Dans le cours d’une expédition pendant laquelle un bâtiment de l'État doit parcourir des mers et toucher en différents points du continent qui n’ont pas encore été explorés dans aucune des cireumnavigations scientifiques précédentes, il serait sans doute fâcheux pour la science et pour nos collections publiques, que MM. les officiers ne pussent pas faire des recherches zoologiques, et recueillir les animaux qu'ils rencontreront. Toutefois, comme la nature du voyage de la Bonite, d'après la lettre même de M. le ministre, ne permettra malheureusement que desreläches assez peu nombreuses et de courte durée, l’Académie se bornera à attirer l'attention du commandant et de l'état-major plus spécialement sur un certain nombre d'animaux, en les invitant, s'ils ne peuvent se les procurer eux-mêmes, à vouloir bien au moins les signaler aux amis de la science qu'ils pourront rencontrer.

L’Académie recommande d'une manière partieu-

Bonite, — Zool. Tome I. Partie I, a

Il INSTRUCTIONS ZOOLOGIQUES.

lière de tâcher de se procurer à l’état de peau et de squelette, et surtout conservés dans l’esprit-de-vin, lorsque cela sera possible :

1° Parmi les Mammiferes,

L’Orang-Outang adulte, ou Pongo, de Bornéo et de la Cochinchine.

La Guenon nasique, du même pays.

Le Gibbon hoolack, de M. Harlan, espèce de la Chine et remarquable par l’absence de callosités ischiatiques.

Le Tarsier, des Moluques.

Le Galéopithèque, des mêmes îles.

Le Gymnure de Sumatra, qui manque à toutes nos collections.

Les espèces d’Ours du nord du Mexique et des fronlières de la Californie.

Les espèces de Loups et de Renards de ces mêmes pays, et entre autres le Loup rouge , ainsi que les Cabiais, les Antilopes, le grand Fourmillier tamanoir et les Sarigues du Mexique.

Le Chlamiphorus truncatus, espèce de Tatou fort singulière et qui n’est encore connue en Europe que par la figure et la description qu’en a données M. le docteur Harlan.

Le prétendu Cheval bisulque ou à deux doigts, de Molina, qui parait d’après une note de M. Gay, n'être autre chose qu’une espèce de Chévrotain de la taille d'un Cerf ordinaire.

Le Viscache et en général tous les petits Quadrupedes des genres Taupe, Musaraigne, Campagnol, Rat,

INSTRUCTIONS ZOOLOGIQUES. 111 trop généralement négligés par les voyageurs, comme ne différant pas des espèces européennes.

Les espèces de Cerfs du Mexique et surtout deux assez petits Ruminants à cornes, lAntilocapre de Ord et lAntilope mexicaine, lun dont les cornes sont fourchues, et l'autre dont les poils sont fort longs.

Les différentes espèces de Phoques à oreilles ou sans oreilles, et entre autres celle trouvée dans l'ile San-Lorenzo, au Pérou, par M. de Humboldt.

Les Dauphins et les Cétacés des parties plus ou moins septentrionales du Grand Océan ontaussi besoin d’étreétudiés, et l'Académie recommande, outre les dessins que l’on en pourra faire, d’en rapporter au moins la tête osseuse, ou garnie de sa peau, ainsi que les pattes coupées au-dessus de articulation.

2° Parmi les Oiseaux, nous pouvons dire d’une maniere générale que les espèces du versant occidental du Mexique et de la Californie manquent assez généralement à nos collections.

Nous citerons entre autres un superbe Trogon remarquable par un luxe de plumes, un peu comme chez les Oiseaux de paradis, que M. de Humboldit à vu aux environs d’Acapulco, mais sans pouvoir se le procurer.

L’Ornithologie des iles Sandwich, des Mariannes, de la Cochinchine et même des Philippines, est également fort peu avancée et tres-incomplétement représentée dans nos collections.

L'Académie demande plus particulièrement à MM. les

officiers de l'expédition le squelette du €hionts au bec

iv INSTRUCTIONS ZOOLOGIQUES.

en fourreau , qui se trouve assez fréquemment aux attérages des îles Malouines et du cap Horn.

Quoique la Bonite ne doive sans doute pas séjourner longtemps au Brésil et surtout dans ses parties septentrionales, il serait important que l'on voulût bien demander avec quelque instance le squelette des deux espèces de Kamichi, ainsi que ceux du Cariama, du Coq-de-Roche, du Guacharo, de lHoazin, etc., et tâcher de se procurer aussi celui du grand Manchot, du Grébifoulque, aux Malouines ; du Phytotoma, des Tinochore et Attagys, au Chili; du Gymnocéphale, du Gymnodère et du Tyran royal, au Pérou ; d’une nouvelle espèce de Manchot découverte par M. de Hum- Loldt dans l'ile San-Lorenzo , près de Lima, et par conséquent dans les tropiques ; de l’'Héorotaire et du Psittacin, aux îles Sandwich, squelettes qui, pour la plupart, sont encore entièrement inconnus, et qu'il serait utile de se procurer pour le perfectionnement des méthodes ornithologiques.

Il serait également fort avantageux pour l'Ornithologie de pouvoir observer et rapporter dans nos collections les œufs et les nids des espèces d’Oiseaux qu'il sera possible de recueillir.

Parmi les Reptiles, lun des animaux les plus intéressants à se procurer serait la grande Tortue à cuir qui vient quelquefois jusque dans nos mers européennes, et dont cependant nos musées ne possèdent qu'un fort petit nombre d'individus desséchés et dont le squelette est presque entièrement inconnu, ou du

moins ne fait pas encore partie de nos collections.

INSTRUCTIONS ZOOLOGIQUES. v

Il serait également curieux de rechercher s'il existe, comme on l’a assuré à M. Lesson, une espèce de Crocodile dans les rivières du Mexique occidental.

Les différentes espèces de Reptiles du Mexique decrites dans ces derniers temps par M. Wiegman, dans son /Lerpetologia mexicana, el parmi lesquelles plusieurs constituent des genres assez singuliers, manquent généralement à nos collections, et nous ne saurions trop en recommander la recherche à MM. les officiers de l'expédition.

Dans la classe des Amphibiens, on remplirait des lacunes assez nombreuses en nous rapportant surtout les espèces de Salamandres terrestres où aquatiques, en faisant des recherches sur l'Axolotl de M. de Humboldt, sur les Cécilies ou Serpents à peau nue, et principalement sur les Tétards et les métamorphoses des espèces américaines de cette classe.

Les espèces d’Amphibiens qui habitent la Cochinchine et les Philippines nous sont complétement inconnues.

Quant aux Poissons, outre les espèces qu'il sera nécessaire de recueillir, surtout dans la traversée du Mexique à la Cochinchine et à Manille, en ayant soin de noter les couleurs et les particularités qu’elles peuvent offrir, il faudra surtout tâcher de se procurer les espèces d’eau douce du Mexique, des Philippines, et en général de tous les pays où lexpédition pourra sé- Journer. Quant aux squelettes qu'on pourra bien se borner à dégrossir et à sécher, il sera utile de signaler

les sexes.

vi INSTRUCTIONS ZOOLOGIQUES.

Parmi les Insectes hexapodes, les Hyménoptéres et les Diptères ont été généralement trop négligés dans la plupart des expéditions scientifiques; il serait donc important que dans celle-ci les recherches entomologiques fussent dirigées plus spécialement de ce côté.

On peut en dire autant des Arachnides, des Myriapodes, des Vers Annélides ou Chétopodes, des Vers proprement dits, des Intestinaux, des Lernées et autres parasites sur les Mammifères, les Oiseaux, les Poissons, animaux qui jusqu'ici ont été fort peu étudiés.

Dans le type des animaux Mollusques, il en est surtout trois sur lesquels l’Académie désire plus spécialement fixer l'attention des officiers de l’expédiüon, savoir : la Spirule, que l’on n’a rencontrée qu'une seule fois avec son animal; le Nautile flambé, sur lequel M. Owen a donné, il ya peu d'années, des détails intéressants, mais qui n’a encore été trouvé qu'une ou deux fois; et enfin l’Argonaute , dans la coquille duquél on n’a rencontré jusqu'à présent qu’une espèce de poulpe parasite.

Ces trois animaux, essentiellement de la mer des Indes, ne pourront sans doute être observés qu’en pleine mer, et probablement aussi dans des temps de calme parfait, et peut-être le plus ordinairement à la chute du jour.

L'Académie verrait aussi avec intérêt qu'il fût possible aux naturalistes de /a Bonite de se procurer, sur les côtes du Chili, les animaux décrits et signalés par

Molina, et entre autres les espèces du genre Seiche de

INSTRUCTIONS ZOOLOGIQUES. vil Linné, dont quelques-unes paraissent être fort singulières.

Elle leur recommande en outre de ne pas négliger d'observer et de recueillir les coquilles microscopiques dont les animaux ne viennent à la surface de la mer que dans les temps calmes et à la chute du jour, ce qu'on peut faire assez aisément, à l’aide de filets de gaze ou de crêpe noir, trainés à l’arrière du bâtiment et fréquemment retirés et visités.

En général, les animaux Mollusques, terrestres et fluviatiles des îles Chiloë, Sandwich, Philippines, manquent à nos collections.

Les Zoophytes à polypiers flexibles, les Pannatules, sont à peu près dans le même cas, et comme ils ont été assez négligés depuis l’expédition du capitaine Baudin, 1l est probable qu'on trouvera beaucoup de choses nouvelles en s’en occupant dans toutes les

circonstances favorables.

Nous terminerons enfin nos recommandations au

commandant et aux officiers de /a Bonite, en les invitant à faire des recherches, toutes les fois que l’occasion s’en présentera, sur la température des Mammiferes, des Oiseaux, des Reptiles et des Poissons, en prenant les précautions convenables pour que les expériences soient exactement comparables, c’est-à-dire qu’elles soient faites sur les mêmes tissus, les mêmes organes ou les mêmes parties, la température extérieure préalablement estimée.

Nous demanderons aussi que lon cherche à faire des expériences sur la nature des gaz contenus dans

VIIT INSTRUCTIONS ZOOLOGIQUES.

la vessie natatoire des Poissons, pris à des profondeurs et à des latitudes déterminées et variées, ainsi que sur la phosphorescence que présentent un grand nombre d'animaux marins de différentes classes, phénomène encore si mal connu, surtout dans son étiologie.

Nous n'avons pas besoin d'ajouter que les recherches d'histoire naturelle devront comprendre l'espèce humaine, et qu'il serait, par exemple, fort intéressant de ne plus se borner à rapporter, pour nos collections, les crânes d'âge et de sexes différents des principales races où variétés d’'Homme qu'on pourra rencontrer, mais de tâcher d’y joindre les squelettes complets, et seulement plus ou moins dégrossis.

Il ne serait pas moins utile d'étendre, si cela était possible, les expériences demandées plus baut sur la température des animaux à l’espèce humaine, en recherchant si la chaleur des mêmes individus de léquipage, transportés dans des climats si variés que ceux par lesquels passera /« Bonite, n'offrirait pas des différences appréciables ; mais pour que ces expériences fussent un peu concluantes, il faudrait qu'elles fussent faites aux mêmes heures de la journée, à la même distance des repas, sur un certain nombre d'individus, d'âge et de tempérament déterminés, toujours les mêmes, soumis au même régime de nourriture, de vêtements et même d'exercice corporel.

D’après les desiderata zoologiques exprimés dans celte instruction, il est évident que le moyen le plus

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