HELIX TRISTIS
Férussac, Prodrome ; Limaçons, pag. 60, n.° 435. PLANCHE 68, fig. 6 et 7.
Testa dextrorsa, ovato-inflata, vertice acuminato , striatila; cpidermide êruneo - fugact ; anfractibus $, ultimo ferè carinato, suturis non disnctis ; aperturä semilunatä ; peristomate intus incrassato , ferè dilatato; columellä albä, depressà, costà munitä; rimä umbihcal vix distinctä.
ELLE habite les îles Sandwich.
COCHLOGÈNES. — Sr7OoMOTOÏDES.
HELIX AURIS LEPORIS.
BULIMUS AURIS LEPORIS. Bruguière, Encyclop. méth. n° 62, Maw, Zravels of Brasil, pl. de coquilles, n.”* 1 et 2. Férussac, Prodrome , pag. 60, n.° 438.
a) Subtis plana, apertura lateralis.
Testa conico-oblonga, granulata, basi depressa, obliquata ; aperturä infernè elongatà ; columellä uniplcatä. Brug.
ELLE habite le Brésil, et est commune aux environs de Rio de Janeiro. La monstruosité z) a été trouvée dans les trous de l'aqueduc du Corcovado. M. le prince Maximilien de Neuwied l'a également rapportée du Brésil. Cette espèce présente ce fait remarquable , qu'elle se trouve dans deux contrées séparées par des mers immenses, et entre lesquelles il n'a jamais pu exister de communications. La description que donne Bruguière, qui, le premier, a découvert cette curieuse espèce dans une forét de bambous près la baie de Foulpointe, sur l'île de Madagascar, et les individus qu'il en a rapportés, dont plusieurs existent dans les cabinets de Paris, ne permettent pas de douter de ce fait particulier.
HELIX RAWAKENSIS.
Férussac, Prodrome ; Limagons, pag. 63, n° 465.
CETTE espèce habite l’île Rawak, d'où elle a tiré son nom.
GENRE PARTULE. — PARTULA.
PARTULA. Férussac, Prodrome, pag. 69.
HELIx. Linné, Muller.
Oris. Humphrey.
AURIS. Chemnitz.
Burimus. Bruguière.
VoLuTA. Dillwyn.
LE genre partule ayant été établi par suite des découvertes faites pendant le voyage de /'Uranie, nous croyons devoir entrer, à son sujet, dans quelques détails. Nous allons d'abord en tracer les caractères génériques.
Animal. Couverture, collier et pied, comme dans lhélix; orifice respiratoire sur le collier, à l'angle extérieur de l'ouverture.
T'entacules. Deux, cylindriques et rétractiles, oculés à leur sommet.
Organes de la génération. Réunis; orifice près du tentacule droit. La matrice, très-ample, est située derrière le collier ; elle occupe une partie considérable de l'emplacement ordinaire de la cavité pulmonaire chez les hélices. L'individu que nous avons observé contenoit trois petites coquilles bien formées | p/ 68, fig. 17 |, quoiqu'elles ne fussent pas toutes trois parvenues au même degré d'accroïissement, et trois ou quatre œufs plus ou moins développés. Le développement des uns et des autres étoit en raison de leur proximité de l'orifice des organes de la génération, et tous étoïent rangés à la file les uns des autres.
Test. Ovale pointu, spire conique; dernier tour renflé et plus long que les autres réunis; quatre à six tours de spire. Cône spiral, incomplet.
Ouverture. Droite dans la direction de l'axe, courte, quelquefois dentée ou munie de lames élevées. Péristome communément fort
réfléchi, bords dans le même plan vertical; côté columellaire, calleux à sa base.
Observations. Nous avons reconnu que Fhelx pudica devoit rentrer dans le genre helix, et faire partie du sous-genre cochlogène. Le genre partule n'est donc plus composé que de cinq espèces, dont trois sont dues au voyage de /’Urame.
L'animal offre, comme on vient de le voir, les caractères du genre vertigo; mais il est ovo-vivipare, comme les paludines. Les individus de la partula gibba recueillis avec leurs animaux, ont offert chez ceux-ci une matrice remplie de petites coquilles toutes formées, ayant deux et demi à trois tours de spire, et des œufs dans un état d'organisation plus ou moïns avancé. Les coquilles offrent aussi des caractères remarquables, qui se refusent, jusqu'a un certain point, à des rapports certains avec les hélices.
UC oquille dextre.
PARTULA GIBBA.
Férussac, Prodrome, pag. 70, n° 3.
a ) Rubro-nigra aut violacea.
PÉANCGHE 0680150 NO Et 17.
Zesta conico-ovata, perforata, sokduscula, striatula, pellucens, lners longitudinaliter æqualibus cœlata; albo vel carneo colore; spirä acutä , roseo-rubrà; suturis lacteis ; epidermide tenui rufescente ; anfractibus 4 +, ulumo ventricoso, gibbo, reliquis majore ; aperturä ovato-elongatä , subquadrangulart; peristomate reflexo , largo , dilatato, albo.
ELLE habite l’île Guam, où elle a été découverte, et d'où ül en a été rapporté un grand nombre d'exemplaires, conservés dans l'alcool avec l'animal, ou bien desséchés.
PARTULA FRAGILIS.
Férussac, Prodrome, pag. 70, n.° 4.
Testa ovato-elongata, perforata, fragihs, striatula, pellucida, rufescens; spirä obtusä ; suturis valdè notatis ; anfractibus 4, ultimo ventricoso ,
subcarinato , reliquis majore; aperturâ ovatä; peristomate subreflexo.
ELLE habite les îles Mariannes.
Vi Coquille sénestre.
PARTULA AURICULA.
Férussac, Prodrome, pag. 70, n.° 6.
Testa ovato-acuta , imperforata, crasstuscula, striatula , flavescens ; spirä comcà, apice obtuso ; anfractibus ÿ contiguis, ultimo ventricoso, subcarinato ; aperturä subquadrangulart ; peristomate acuto, intus incras-
sato, latere exteriore flexo ; columellä unidentatä, im fundo aperturæ lamellä elevatä valdè notatä, munitä.
CETTE espèce, rapportée du grand Océan, appartient peut-être aux auricules; cependant nous en doutons. Sa longueur ést de trois lignes, et sa largeur d’une ligne trois quarts.
Ce nouveau genre mérite de fixer l'attention des voyageurs qui auront occasion de l'observer vivant, et des naturalistes qui pour-
ront faire l'anatomie d'une des grosses espèces, sur des individus en bon état.
GENRE SCARABE. — ScarABus. Montfort.
Hezix. Linné.
Burimus. Bruguière.
AURICULA. Lamarck. :
STRIGULA. Perry.
Animal. Ventacules contractiles, déprimés, conico-triangulaires,
oculés à leur base interne, un peu en dessous. - Lèvres buccales larges et arrondies.
Orifice respiratoire et anus à l'angle extérieur de l’ouverture.
Organes de la génération séparés.
Orifice de l'organe mâle, à droite, en arrière et en dessous de la lèvre, près du pied.
Orifice de l’organe femelle, près de la séparation du tortillon, communiquant par un sillon.
Test : cochliforme, ovale pointu, comprimé dans le sens de sa longueur, et parallélement au plan de l'ouverture, de manière à former deux arêtes latérales. fire : enveloppante, de huit à neuf tours contigus, le dernier formant les deux tiers du test; sutures recouvertes, peu distinctes. Ouverture : longue, arquée, étroite, garnie de dents ou lames sur chaque lèvre. Pérstome : continu, épaissi, élargi, mais tranchant; le bord intérieur replié vers la base de la columelle, celle-ci garnie de lames élevées tournant avec elles. Fossette ombilicale sinueuse, plus ou moins perforée, quelquefois ombiliquée.
SCARABUS IMBRIUM.
Montfort, Conch. Syst. t. 2, p. 307.
COCHLEA IMBRIUM. Rumphius.
HELIX SCARABÆUS, Linn. Syst. nat.t. 12, p. 1241.
HELIX PYTHIA. Muller, Verm, hist, p. 88.
BULIMUS SCARABÆUS. Bruguière, 74.
a) Major, variegata. Bruguière , variété B. Chemnitz, t. 9, tab. 136, fig. 1249, 1250.
b) Bruneus unicolor.
c) Minor, variegata, Férussac, Prodrome, pag. 105.
CETTE espèce est commune à l'île d'Amboïne; et voici ce que Rumphius, qui l'a observée sur les lieux, dit de son genre d'habitation :
« On trouve le cochlea imbrium au bord de la mer, sous » l'herbe, les feuillages et les morceaux de bois pourris, et aussi » dans les terres; il y en a même sur les montagnes non fréquentées » par les hommes. »
On sait que les habitans de cette ile croyoïent que ces coquillages tomboïent du ciel lorsqu'il pleuvoit, vraisemblablement parce qu'ils se montrent en quantité après la pluie, comme tous les limaçons qui aiment l'humidité. Rumphius dit quon pensoit qu'ils étoient portés par les vents sur les montagnes.
Au reste, il ny a plus d'indécision sur cette espèce comme étant terrestre, puisqu'elle a été trouvée vivante dans les taillis de la petite île Rawak, où la terre meuble en contenoit beaucoup de mortes. C'est de là que viennent celles qui ont été déposées au Muséum, conservées avec leur animal dans l'alcool.
C'est à l'expédition de /'Uranie qu'on doit de connoître enfin l'animal de la singulière coquille connue depuis si long-temps sous le nom de /7 gueule de loup, de l’aveline, &c., dont on desiroit quelques individus pour en observer l'organisation.
GENRE AMPUELLAIRE. =— AmPüLzARIA. Lamk.
HELix. Linné.
NERITA. Muller.
BuriMus. Bruguière.
POMACEA. Perry.
* AMPULLARIA INTERMEDIA. Féruss.
Varietas notata.
PLANGHE 68, fig. 1, 2 et 3.
Testa globosa, ventricosa, umbihcata ; anfractibus propè suturam complanatis ; aperturà ovato-elongaté ; umbilico distincto ; colore obscurè vire ; multis fascus adornata.
L'AMPULLARIA INTERMEDIA habite le Brésil. C'est une espèce nouvelle dont une variété a été trouvée par l'expédition de /'Uranie. L'individu dessiné appartient à cette variété, qui se rapproche beaucoup de celles de l'apullaria effusa. L'ampullaire intermédiaire est ordinairement plus alongée , la spire est plus saïllante, et elle tient alors aux petites variétés de l'ampullarta guyanensis de Lamarck.
Le genre ampullaire est aussi remarquable par la beauté de ses espèces que par la taille qu'acquièrent la plupart d’entre elles. On na point encore trouvé d'ampullaires en Europe. Trois espèces sont connues en Afrique, l'une en Égypte, l'autre au Congo: elles sont sénestres et très-Voisines de l'espullaria Guineensis, Vulgairement la prune de reïine-claude , citée comme venant de la Guinée, et, avec peu de certitude, du Portugal. Les rivières d'Asie n'ont fourni jusqu'à présent que l'erpullaria ampullacea , vulgaïrement le
cordon bleu. L’A mérique paroît être la véritable patrie des am- Voyage de l'Uranie, — Zoologie. 62
pullaires , sur-tout l'Amérique méridionale; car il n'est pas certain encore qu'on en rencontre dans l'Ohio ni dans ses affluens. Les ampullaires habitent les petites rivières , les canaux, les mares d'eau douce, &c.: on n'en connoît aucune espèce à l'état fossile. Ce qui est très-particulier, c'est que toutes les espèces dextres de ce genre semblent se lier tellement les unes aux autres, qu'on est embarrassé pour établir des distinctions spécifiques entre elles. Les espèces d'ampullaires sont peu nombreuses, et l’on pourroït en doubler le nombre, si, n'ayant point une suite d'individus des divers pays, on ne possédoit que quelques exemplaires marquans des diverses variétés, parce qu'alors, n'observant pas les transitions qui les lient, on ne limiteroïit pas convenablement les espèces.
GENRE FIROLE. Brug. — PTEROTRACHEA. Forsk.
FIROLE ROUSSE. — PTEROTRACHEA RUFA. N.
PLANCHE, 87, fig. 2 et 3.
Pterotrachea, corpore elongato, cylindraceo; oculis cæruless; prnnä unicä dorsal ; dorso rufo, maculs albidis irrorato ; caudä explanatä bisulcä.
Nous primes cette firole dans la traversée de l'île Bourbon à la baie des Chiens-Marins. Elle a près de neuf pouces de longueur, de l'extrémité de la bouche à celle de la queue. Son corps est arrondi, et va en diminuant depuis l'endroit où sont les yeux jusquà la queue, qui est bifurquée et aplatie comme celle des cétacés. De son milieu part un filament très-délié et noueux en forme de chapelet. La partie antérieure se prolonge en une trompe élevée, simulant la courbure de la proue des navires anciens. Elle est munie d’une bouche cornée, bilobée, cïliée sur les bords, et ordinairement rentrée. Pour bien la voir, il faut exercer une légère pression sur le bout de la trompe. Le tube digestif, assez large, va s'ouvrir en ligne directe vers le tiers postérieur du corps, à l'endroit où est placé le nucléus que forment les branchies. Le dos est surmonté d'une grande nageoire , demi-circulaire, transparente et lisse. Les yeux, placés à la base de la trompe, de chaque côté, sont bleus, a-peu-près comme ceux de certains crustacés, un peu oblongs, et enfoncés dans la substance gélatineuse de l'animal.
Le système nerveux, très-visible, est composé d'un centre en forme de ganglion , ainsi que l'indique la figure 3, d'où partent en dessus deux filets qui remontent vers la trompe; latéralement, les deux nerfs optiques, et postérieurement, deux autres rameaux
presque parallèles, qui vont se perdre aux environs du nucléus.
Lé dos est roux, parsemé de taches blanchâtres irrégulières. Le faisceau des branchies est jaune par le haut, et le filet qui sort de la queue , noirâtre sur les nœuds. Le reste du corps est transparent.
Les firoles, quoique paroïssant beaucoup mieux organisées que d’autres mollusques nus, tels que les biphores, les diphyes, &c., ne jouissent cependant pas de la même vivacité de mouvemens. Celles que nous avons prises avec précaution pour ne pas les endommager, se déplaçoïient avec infiniment de lenteur dans le vase qui les contenoït. En les étudiant de cette manière, nous avons remarqué qu'elles tendoient le plus souvent à conserver en haut leur trompe et leur nageoïre dorsale : c'est ainsi que MM. Péron et Lesueur les ont vues nager. Maïs d'après MM. Cuvier et Blainville, elles se tiendroient dans une position opposée à celle qu'elles doivent naturellement prendre, et nageroïent renversées de la même manière que les janthines et les limnées, qui ont presque toujours leur pied en fair.
Du reste, les particularités relatives aux mœurs et à l'allure de ces animaux encore peu connus, ont besoin de nouvelles observations , pour être éclaircies; et la Méditerranée sera probablement le lieu où les naturalistes seront le plus à portée de les étudier, puisqu'au rapport de Forskal, on les y trouve par milliers.
Pour avoir de plus amples détails sur l’organisation des froles, il faudra consulter ce qu'en a dit M. Lesueur, qui na point de rivaux dans l'art de peindre les mollusques et les zoophytes pélagiens. ( Voyez Journal des sciences naturelles de Philadelphie, année RS 1720 Le
CNE EIMORIENNE = more N
Corps libre, alongé , gélatineux, cylindrique antérieurement, triangulaire et pointu postérieurement; munt d'un appendice labial, et d'un tube digestif à deux ouvertures. Point de nageoires ni de branchies. Peut être des yeux.
TIMORIENNE TRIANGULAIRE. — TIMORIENA TRIANGULARIS. N.
PLANCHE 87, fig. 1.
Timoriena , corpore gelatinoso , cyhndraceo, aspero; appendce carnosä anticè; branchüs et pinnis nullis ; caudä acutä, triangulari, rubrä.
CE nouveau genre de mollusques tire son nom de l'île Timor, près de laquelle nous l'avons trouvé. Avant de le décrire, nous dirons qu'il a quelques rapports avec une firole privée de sa nageoire supérieure et tronquée dans sa trompe. Nos observations à cet égard doivent lever tous les doutes. Nous avons pris plusieurs individus de la même espèce; et ce n'est qu'après avoir reconnu que tous étoient sains et parfaitement entiers dans toutes leurs parties, que nous les décrivimes, comme devant faire partie d’un genre séparé.
Les timoriennes que nous avons vues, avoïent un pied de longueur, quelquefois davantage. Elles nageoïent horizontalement à la surface des flots, où elles se faisoïent remarquer par la couleur rougeâtre de leur queue.
Celle qui est figurée ici, a environ sept pouces de long. La moitié antérieure de son corps est transparente, molle, arrondie, et comme renflée par des lignes musculaires. La postérieure va en
samincissant, et se termine par une pointe déliée, triangulaire, très-coriace, rugueuse, d'une couleur rougeâtre très-vive.
La partie antérieure présente une ouverture large, qui est la bouche, fermée en (7) par un appendice vermiforme aplati, musculeux, strié longitudinalement et de couleur violacée; de sorte que lorsque l'animal veut prendre des alimens, il est obligé d’abaïsser ou d'élever cette espèce de lèvre, selon la position dans laquelle il se trouve placé. Un peu après cette ouverture, de chaque côté du canal alimentaire, sont deux grands points noirs quadrilatères, logés dans la substance gélatineuse qui les recouvre, et auxquels se rendent deux filets nerveux : ce sont probablement des yeux.
Le tube digestif est large; on peut facilement suivre sa direction sur le dessin, où il présente une ligne bleuâtre; ïl va s'ouvrir dans l'enfoncement qui existe à la partie supérieure du corps, en (4). Cette disposition de l'anus pourroit faire supposer que ce mollusque a été considéré et représenté dans un sens renversé ; ce qui seroiït fort possible, car ces animaux ont une organisation si simple et des mouvemens si peu sensibles, que toutes les postures leur sont indifférentes.
La surface du corps est parsemée d’une multitude de petits tubercules , et l’on ne voit aucun vestige de nageoire ni de branchies.
GENRE MONOPHORE. — MonoPHor1. N.
Corps libre, gélatineux , transparent, alongé, pyramidal, un peu aplati; arrondi à une de ses extrémités, pointu à l’autre ; ayant un tube digestif à une seule ouverture munie de deux lèvres ou valyules. Deux yeux ? FE
MONOPHORE RUDE. — MonoPHORA ASPERUM, NN.
PLANCHE 87, fig. 4 et 5.
Monophora, corpore gelatinoso, hyalino, pyramidali, suprà rotundo, aspero ; ore valvules duabus instructo; Binis oculs nigres ?
M. BorY DE SAINT-VINCENT avoit donné le nom de s7o70phore à un moilusque qui depuis a été appelé pyrosome par Péron. Cette dernière dénomination ayant prévalu, nous donnons celle de monophore au nouveau genre que nous établissons.
C'est en allant à la baïe des Chiens-Marins, par 31° de latitude Sud, le thermomètre centigrade étant à 17, que nous avons trouvé cet animal gélatineux, transparent. Sa longueur est d'environ trois pouces, et sa largeur d'un seul. Mis dans un vase, quoique mort, il prit une position verticale. Sa partie supérieure est arrondie, couverte de petites aspérités coriaces; il diminue de largeur inférieurement, en se terminant par une pointe obtuse. L'ouverture de la bouche, située vers l'extrémité la plus large, est munie de deux petites languettes placées au dessus et au dessous. Dans la figure 4, la supérieure est relevée; l'inférieure, plus grande, est abaïssée, de
manière à laisser voir, au fond de cette cavité, deux points noirs qui ont l'apparence d'yeux. Immédiatement après, commence le tubé digestif (4), très-large, visible à travers le corps, parce que ses parois sont formées de fibres entrecroisées. Cet éxfundibulum se prolonge , sans issue, jusque près de l'extrémité pointue. Il n'existe aucune trace apparente de système nerveux; ce qui pourroit faire douter que les points noirs soïent des yeux.
Lorsque les'deux valvules s'appliquent lune contre l'autre, la bouche est entièrement fermée. Ce mollusque est dessiné vu de face et de côté. Nous ignorons quels sont sa position naturelle et son mode de progression dans l'état de vie. Nous en avons remarqué une variété qui avoit quelques taches rousses sur sa grosse extrémité arrondie.
M. Gaudichaud avoit aussi, de son côté, observé ce mollusque sans nous communiquer le résultat de ses observations : à Paris seulement, nous avons eu la satisfaction de voir que nos esquisses étoient semblables. C’est d'après les siennes que la gravure a été faite.
Sr nous plaçons les trois mollusques précédens à la fin des gastéropodes , ce nest pas que nous croyions qu'ils soient à leur vraie place. Ce sont de ces êtres qu'il sera toujours très-difficile de classer. Mais, nous le répétons, quoique nous nous soyons rapprochés, le plus possible, de l'ordre établi dans le Règne amimal de M. Cuvier, il ne faut pas perdre de vue que notre ouvrage nest qu'un simple recueil d'observations.
DES BIPHORES.
CE genre de mollusques, nommé #phore par Bruguière, thaha par Brown, sa/pa et dagysa par Gmelin , est celui que nous avons rencontré le plus communément. C'est sur-tout dans la Méditerranée que ces mollusques pullulent le plus : nulle part nous n'en avons autant vu à-la-fois ; il suflisoit quelquefois de jeter un filet, pour qu'il en fût aussitôt rempli. Dans l'Océan atlantique, le grand Océan, la mer des Indes, celle qui baigne les Moluques, la Nouvelle-Guinée, les Mariannes et les Philippines, dans tous les lieux que nous avons parcourus, dans toutes les mers que nous avons sillonnées, nous n'avons cessé d’en voir, soit attachés ensemble et formant de longues chaînes, soit nageant isolément, ou amassés en groupes sans se tenir accolés, et offrant ainsi des zones de plus d'une lieue d’étendue.
Nous ne sachons pas qu'on en aït remarqué dans les mers du Nord, ni dans celles qui avoisinent nos côtes : cependant, les mers orageuses de l'hémisphère opposé n'en sont pas dépourvues, car, par 59° de latitude, nous en avons vu des débris.
On a déja beaucoup écrit sur les biphores, et il reste encore infiniment à faire avant d'avoir tout dit M. Cuvier est le premier qui ait donné les détails de leur singulière anatomie. Ce savant, en déterminant la place respective que doïvent occuper la bouche et l'anus dans ces animaux, s'est trouvé en opposition avec ceux qui les avoïent observés nageant dans la mer. Cette dissidence dans les opinions tient manifestement à ce qu'on a voulu attribuer aux deux larges ouvertures qui terminent l'enveloppe des biphores, des fonctions qui ne leur sont point propres. Celle qui
se présente sur le devant, a-t-on dit, et par où l'eau entre, est la Voyage de l’Uranie, — Zoologie. 6;
bouche; et la postérieure, par où l'eau sort, l'anus. Maïs ïül aa dans cette manière de s'exprimer, une fausse acception de mots et une erreur d'observation. Ces deux ouvertures ne sont ni la bouche ni l'anus proprement dits; ce sont les issues d’un large canal, au travers duquel des colonnes d’eau doivent sans cesse passer pour servir à la progression, à la respiration et à la nutrition de l'animal. C'est un instrument accessoire, si lon peut s'exprimer ainsi, que la nature luï a donné, maïs admirablement bien disposé pour concourir à plusieurs buts à-la-fois. Dans cet instrument, sont contenus les viscères spéciaux de la nutrition, comme l'a démontré M. Cuvier. Dans un paquet coloré, nommé nucléus, qui se trouve toujours placé à l'opposé de l'ouverture qui absorbe l'eau, se voient, la bouche, le foie, une des extrémités de la branchie, un peu plus haut le cœur, et quelquefois l'anus; car, dans certaines espèces, il va s'ouvrir près de ce même orifice par où l’eau entre. Ainsi donc, M. Cuvier a nommé ouverture de la bouche où antérieure, celle près de laquelle se trouve la véritable bouche, et postérieure, l'opposée, parce que, nous le répétons, ïl ne les a considérées que dans leurs rapports avec la vraie place des organes digestifs.
Mais pour éviter toute équivoque dans la désignation de ces ouvertures, on nommera antérieure celle qui absorbe l’eau, par laquelle animal se présente constamment, et qui, plus consistante, est munie d'une valvule pour empêcher le fluide de rétrograder; et postérieure, celle qui, plus mince, est dépourvue de valvule, et par où l'eau s'échappe dans les contractions du mollusque, d'où résulte sa progression. C'est ce que M. Adalbert de Chamisso, paturaliste français au service de la Russie, a fait, en partie, dans un mémoire sur les biphores qu'il a.observés.
Nous avons sur ces mollusques quelques observations d’anatomie auxquelles on ne doit pas attacher une trop grande importance ; car à bord d’un navire à la voile, beaucoup d'obstacles
s'opposent à leur précision. Sans parler des parties les plus visibles
et qui ont été détaillées dans le mémoire de M. Cuvier, nous dirons que nous avons insufflé par l'estomac le canal assez large qui est adossé à la branchie, et l'air a fini par entrer dans cet organe de la respiration sous forme de globules ; mais il est possible que ce soit à la faveur d’une rupture. Nous avons souvent vu le cœur opérer ses mouvemens de dilatation et de contraction ; ce n'est même ordinairement que dans cette action qu'on peut bien le distinguer ; autrement il se confond dans la transparence générale. Après l'avoir percé ässez près de l'estomac, nous l'insuf flâmes de même que le canal qui lui est continu, et qui va finir à l'extrémité opposée, par deux lignes très-fines partant à angle droit. Péron dit avoir remarqué de la sanie dans ce canal.
Nous lisons dans des notes écrites à mesure que nous observions, que le nucléus formé par l’estomac et le foie est situé en dedans de la tunique interne, et non pas entre elle et l'extérieure, qui est infiniment plus dure et résistante. Dans l'état de vie, les biphores sont entièrement transparens; cen est qu'aprèsavoirété dans l'alcool, que ces lignes rubanées qu'on voit sur la tunique intérieure, se développent. Cependant, parmi plusieurs centaines d'individus vivans, nous en avons vu quelques-uns qui les laissoïent apercevoir. T'outefois, ce sont plutôt des particularités que des caractères constans.
L'alimentation paroîtroit se faire par succion; car, dans tous ceux que nous avons ouverts, nous n'avons jamais trouvé, dans les viscères digestifs, de débris de matières qui aïent servi à la nutrition. Et, à cet égard, il faut bien prendre garde, lorsqu'on examine ces animaux vivans, de ne pas considérer comme devant leur servir de pâture, les zoophytes ou les petits crustacés qui s'engagent quelquefois et par hasard dans leur cavité,
Dans les belles mers, ceux qui vont isolés nagent à-peu-près à la profondeur d'un pied, en se tenant un peu obliquement; ce qui provient de ce que l'extrémité où se trouve l'estomac étant plus consistante, gibbeuse, et en même temps plus pesante, tend à faire
s00 VOYAGE AUTOUR DU MONDE.
plonger cette partie. Quelques espèces se tiennent horizontalement; d’autres, lorsqu'elles sont réunies, affectent une position verticale. M. Cuvier appelle dos la partie la plus épaisse, celle où sont ordinairement placés Îles organes de la digestion ; tandis que M. Chamisso, considérant le mollusque dans son état le plus naturel, celui dans lequel ïl nage, nomme partie inférieure celle que M. Cuvier considère comme supérieure. En cela , nos observations se trouvent d'accord avec celles de M. Chamisso. Mais c'est une chose de peu d'importance. si
Dans les biphores qui vont réunis, et que pour cela on nomme confédérés, ils sortent ainsi de l'ovaire, grandissent et nagent en commun , jusqu'à ce qu'un accident les sépare. Lorsqu'ils arrivent à la surface et qu'ils agitent leur partie antérieure qui absorbe l'eau, ils font entendre un bruissement très-remarquable. Les mouvemens réguliers de cette sorte de bouche, sembleroïent au premier abord devoir faire accorder à ces mollusques une volonté subordonnée à la perfection de certains sens; il n'en est rien. Les biphores n’ont point d'yeux ni de ganglions; leurs mouvemens sont automatiques; ils ne recherchent point leur proie, qui doit leur être apportée par le courant d'eau qui les traverse sans cesse, et ils ne peuvent même fuir ce qui leur est nuisible. Ils sont tellement transparens, que souvent, dans leurs agrégations, on ne peut les distinguer que par la couleur de leurs nucléus orangés, qui, semblables à des grains de chapelets, leur en ont fait donner le nom par les matelots.
Lorsqu'on retire de la mer ces sortes de chaînes, elles se rompent facilement; et une fois que les individus ont été séparés ils ne se réunissent plus. C'étoit en vain que nous les placions dans un vase, ils passoïent les uns par dessus les autres, sans jamais se rejoindre. Cet assemblage s'opère chez quelques-uns à laide de petits tubericules, comme dans l'octophore où dans le pinné ; maïs dans d'autres, comme le #rostré, nous n'avons rien vu qui püt le faciliter; et cependant il étoit quelquefois si intime, qu’on déchiroit un indi-
vidu plutôt que de le séparer de son congénère. Ceux que nous avons remarqués ainsi confédérés, nageoïent ayant tous l'ouverture antérieure verticale ; aussitôt qu'ils étoient désunis, ils prenoïent une position oblique ou horizontale.
Nous ne chercherons point à prouver que les individus de ces chaînes ne participent point à une vie générale, et que chacun a la sienne propre : c'est une chose mise hors de doute par le travail de M. Cuvier, et°sur laquelle il n'est plus nécessaire de s'arrêter.
Les biphores sont, comme les autres mollusques, plus ou moins phosphorescens. Is le sont en tout ou en partie; cela tient aux espèces, et à des circonstances trop fugaces pour que nous puissions bien les déterminer. Les petits nous ont paru l'être plus que les gros ; et, parmi ces derniers, nous en avons vu qui ne Jouissoient nullement de cette faculté.
Ces animaux se réunissent quelquefois pour offrir de singulières particularités aux navigateurs. À environ cent lieues du Cap de Bonne-Espérance, par 36° de latitude Sud, nous vimes sur la mer de longues zones de couleur brun rougeâtre, dont nous ne pouvions quelquefois pas mesurer la longueur. Quelques personnes supposèrent d’abord que ce pouvoit être du fraï de poissons *; mais ayant traversé plusieurs de ces bandes, le filet destiné à recueillir les animaux pélagiens nous donna la facilité de reconnoître qu'elles étoient composées de myriades de petits biphores de deux à trois lignes de longueur, vivant et voyageant en compagnie. I falloit qu'ils fussent bien nombreux pour réfléchir une couleur aussi marquée, car leur nucléus n'étoit pas plus gros qu'un grain de millet. Ce qui
* En général, il arrive souvent que les marins prennent pour du frai de poissons tous les petits globules qui lottent à la superficie de la mer. Nous avouons n’en avoir jamais rencontré, et nous doutons fort que ces animaux exposent ainsi leurs œufs sur Océan, quand on sait surtout que le plus grand nombre recherchent pour cette opération les lieux les plus païsibles et les moins profonds ; souvent nous avons reconnu pour être des animalcules, ce que les matelots prenoient pour du frai. Les bacillaires rendent aussi la mer sale et grisätre ; au point qu’une fois, près de la Nouvelle-Guinée, Cook en fut effrayé, et crut être sur des hauts-fonds, Dans le voisinage des îles Moluques, nous avons eu occasion d’observer ce phénomène.
s02 VOYAGE AUTOUR DU MONDE.
surprit le plus, ce fut de voir, malgré l'agitation des ondes, les rapports qu'ils conservoient entre eux, au point que les lignes qu'ils formoiïent étoient parfaitement tranchées. Une autre fois ce même phénomène se reproduisit, à l'opposé du méridien de Paris, en allant des îles Mariannes aux Sandwich.
Ce ne peuvent être que des amas de petits biphores à nucléus trèsrouges, que M. Salt a eu occasion d'observer dans la mer Rouge; mais cette couleur étoit si intense que tout l'équipage du vaisseau en fut étonné. « C’est vraiment la mer Rouge, disoient les mate- » lots; c'est absolument comme le sang qui coule dans une boucherie ; » si nous disions cela en Angleterre, on ne nous croiroit pas. » (Salt, Deuxième Voyage en Abyssinie, 1.1, p. 252.)
Ces animaux sont très-nombreux en espèces. Nous en avons beaucoup vu et recueilli : un grand nombre ont été perdus sans être figurés, et la plupart de ceux que nous donnons ont été dessinés par notre collègue M. Gaudichaud. Si, dans tous, on distingue bien le nucléus, il n'en est pas de même de la branchie, et encore moins du cœur, qui sont souvent d’une transparence telle, qu'on ne peut pas les apercevoir. Nous pensons que lorsque de plus grandes recherches auront à-peu-près fait connoître l’ensemble des individus, on pourra les diviser en plusieurs sections, dont les caractères bien tranchés reposeront sur la présence ou l'absence des appendices qui ne servent point de moyen d'union entre eux. Aïnsi, par exemple, on auroiïtles
Un appendice à chaque extrémité.