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CHAPITRE XIV

Des Polypes à polypiers.

SECTION I

Remarques sur les Polypes à polypiers pierreux.

Carre classe d'animaux a été pour nous d'un grand intérêt, d'abord comme objet de zoologie, puis sous le rapport géologique, pour réfuter des assertions émises depuisdong-temps sur la formation de quelques îles de la mer des IndeS et du grand Océan.

Sous le premier point de vue, on sait combien cette partie est peu avancée, et combien de faits manquent pour coordonner ce qui est relatif à ces animaux et entreprendre leur histoire. Nous avons parcouru des lieux qui nous ont offert de riches matériaux pour ce genre de travail; maïs lorsqu'il a fallu les mettre en œuvre, il s’est élevé une foule d'obstacles insurmontables, dans le détail desquels nous allons entrer, afin que ceux qui, après nous, s’adonneront à cette étude, puissent les aplanir ou les éviter.

Le premier de tous a été le défaut de temps. Il est vrai que nous avons fait un séjour de plus de deux mois dans uneîle convenable à ces recherches : maïs on doit remarquer que ce n'est quà marée basse et par le temps le plus calme, que les polypes peuvent être étudiés; deux conditions qui ne se trouvant pas tou- Jours réunies , exigent quon ait le loisir de les attendre. Ce qui

porte naturellement à conclure qu'un naturaliste habitant sur les lieux est le seul qui puisse entreprendre un travail tant soit peu étendu sur ces animaux.

[ est indispensable que l'observateur sache dessiner; car presque toujours dans l'eau jusqu'à mi-jambe et même jusqu'à la ceinture, attentif à épier l'instant où l'animal qu’il examine se développera dans les positions les plus favorables, ïl ne pourroit pas avoir recours à une main étrangère. Cet avantage inappréciable nous manquoit. C'est à la bonne volonté, à l'extrême complaisance et au zèle deM. Taunay, fils du peintre célèbre de ce nom, que nous devons la planche relative à cette étude. |

Parlerons-nous des risques que l'on fait courir à sa santé, en s'exposant à l'eau, dans quelques contrées et à certaines heures de la journée , comme à Timor, par exemple, où il peut en résulter des frèvres ou des dysenteries mortelles’ Celui qui étudie la nature, et qui tout-à-coup se trouve transporté au milieu de ses phénomènes les plus rares, ne tient point compte de pareils inconvéniens : cest cependant €n négligeant de prendre les précautions convenables, que l'on contracte quelquefois des maladies qui font perdre le fruit qu'on auroit pu retirer d'occasions précieuses.

Toutes les contrées équatoriales ne sont pas favorables au genre d'étude qui nous occupe. Dans notre voyage, nous n’en avons rencontré, à proprement parler, que deux: la rade de Coupang à Timor, et lle Guam aux Mariannes. Nous croyons cependant que le port Sud-Est à l'He-de-France, que nous n'avons fait qu'entrevoir, doit être également mis de ce nombre.

Timor est notamment remarquable par ses alcyons et ses tubipores. Là seulement nous avons pu, parmi ces derniers, en recueillir de vivans qui heureusement se sont conservés dans l'alcool Jusqu'à notre retour, où ils ont été anatomisés. L'Ile-de-France, peu pourvue de grands alcyons branchus, si même il y en existe,

est riche en polypiers pierreux, en madrépores sur-tout. Maïs c'est Voyage de l'Uranie. — ‘Zoologie. TS

s94 VOYAGE AUTOUR DU MONDE.

à Guam que tous les genres de ces zoophytes viennent s'offrir aux regards de l'observateur , qui y trouve en outre un air salubre, et les commodités dont ïl est donné de jouir dans cette nature de recherches.

Devant le chef-lieu de l’île, est un récif très-étendu, en dedans duquel le peu de profondeur et la tranquillité de l’eau ont permis à ces animaux de multiplier paisiblement. Chaque fois que la marée étoit basse dans le jour, avant que la brise se fit sentir et vint rider la surface des ondes, c'étoit là que nous nous rendions tout habillés *, munis d'instrumens et de vases pour extraire et recevoir les polypiers. Nous parcourions avec ravissement cette solitude sous-marine, semblable à un parterre orné des fleurs les plus belles et les plus variées. Maïs , il faut le dire, les végétaux n'atteignent point à ce velouté si doux, si suave, sur lequel le regard se fixe long-temps sans se fatiguer. Outre l'objet spécial qui nous attiroit , ces dédales enchantés offroïent à notre vue une sorte de microcosme peuplé de petits poissons, de coquilles, de crustacés, de vers, enfin d'êtres de toute espèée qui y trouvent l'existence et l'abri.

Les polypes à polypiers ne sont point indifféremment répandus dans le lieu que nous venons de faire connoître. Les uns, coriaces comme les alcyons, ou pierreux comme le millépore bleu et celui que l'on nomme corne d'élan, occupent le milieu des courans passagers que forment le flux et le reflux. Les eaux y sont plus fraîches, et leurs nombreux polypes, étalés à l'extérieur, semblent préférer l'agitation qu'ils éprouvent , à l'immobilité que paroïssent rechercher

* Les petits détails paroïtront peut-être minutieux ; mais celui qui se munira d’un chapeau blanc à très-grands bords, qui aura un pantalon, et une chemise boutonnée aux poignets, se préservera de violens et douloureux coups de soleil, qui font souvent sur la peau l'effet d’un vésicatoire. Porter des souliers est une chose qu’on ne sauroit trop recommander, parce que dans ces climats, où le système nerveux est surexcité, on a vu le tétanos survenir à la suite d’une simple piqûre d’oursin. Du reste, il seroit difficile àun Européen de marcher dans les coraux sans chaussure,

ZOOLOGIE. 595 au contraire les méandrines, les astrées et quelques caryophyllies. Tous les madrépores proprement dits se trouvent dans les endroits les plus calmes. Leurs rameaux, portés sur un pédicule commun, s'étalent en roue ou bien forment des embranchemens; et lorsque leur accroissement est considérable , ils laissent en dessous des cavités dans lesquelles les pieds enfoncent et où l'on peut se blesser. Assez ordinairement il existe entre eux de petits espaces occupés par de jolis bouquets d’autres polypiers, dont les animaux, plus délicats, craignent d'être froissés. Si le fond est sablonneux, on y trouve des fongies libres, et d’autres pédiculées adhérentes à une base pierreuse.

En les considérant dans les détaïls de leur forme et de leur organisation, nous dirons que les méandrines fixèrent plus particulièrement notre attention par leur structure arrondie et par la variété de couleurs de leurs animaux. Les polypiers ne différoient quelquefois que fort peu, et souvent pas du tout: cependant les polypes étoient blancs dans les uns, jaunätres, bruns , rougeûtres dans d’autres, ou bien affectant différentes nuances de violet, et ceux-ci étoient les plus remarquables; quelques-uns avoïent une couleur d’ardoïse; on eût cru alors voir une tête de nègre, comme disoit l'homme qui nous accompagnoit. Les méandrines ont une croïssance déterminée qu'elles ne dépassent pas. Ainsi, toujours écartées les unes des autres, elles ne tendent point à s'agglomérer comme les madrépores et quelques astrées qui propagent indéfiniment leurs ramifications.

Les polypes occupent le fond des sillons; ïls sont différemment colorés selon les individus. Lorsqu'on les examine avec attention, l'on voit qu'ils forment des expansions membraneuses qui recouvrent les lamelles des ambulacres, mais rarement le sommet des collines, dont la blancheur indique la ligne de démarcation qui existe entre ces animaux. Ce sont, à vrai dire, des caryophyllies ou des fongies très-alongées au lieu d'être rayonnées. Ils sécrètent

de toutes les parties de leur corps une mucosité si abondante, qu'en renversant le polypier elle diflue et coule comme de l'albumine. Ceci a sur-tout lieu pour quelques espèces, principalement celles dont les polypes sont blancs. Ce même phénomène s'observe chez les agarices et les pavones, dont les animaux, excessivement petits, présentent les plus grandes difficultés pour être étudiés; on peut cependant s'en faire une assez juste idée par la forme du polypier. IH en est de même, mais à un plus haut degré, des madrépores; avec cette différence que la plupart de leurs animaux ne sont point colorés, et qu'ils ont dans la mer absolument le même aspect que dans les collections. Lorsqu'on les détache ou qu'on les brise, on voit découler de l'albumine, plus abondante vers leur extrémité. Si on les expose à l'air, leur partie animalisée se noircit en se putréfiant. On l'enlève par des lotions répétées, et c'est par ce moyen que ces polypiers acquièrent la belle blancheur qu'on leur connoît. II est cependant des espèces dont les animaux sont colorés; nous en donnons des exemples: chez d’autres, la cime seule du polypier acquiert de la couleur, tandis que les polypes sont blancs.

Les êtres animés qui peuplent les caryophyllies, et qui ont de si grands rapports avec ceux des fongies, présentent autant de variétés de teintes que de différences de formes. Dans l'espèce fasciculée, on en rencontre de blancs ou de verts, à Île-de-France, et de bruns rougeâtres aux Mariannes. En les examinant avec attention, nous avons toujours vu que les polypes ne dépassent que de fort peu les étoiles lamelleuses et découpées de leur demeure; ce qui leur donne un aspect particulier.

Certains millépores ont leurs animaux très-apparens. Dans d'autres on ne les aperçoit pas, à la vérité; mais en promenant la main à la surface, on sent qu'on ne touche point immédiatement la base pierreuse. Il en est où les sens ne peuvent faire distinguer nulle substance organique, et dont la surface est toutà-fait rugueuse et sèche comme le calcaire le plus aride; enfin

d'autres , tels que la corne d’élan, qui, malgré cet aspect, recèlent des animaux si petits et tellement enfoncés dans la matière calcaire, qu à la simple vue on ne peut les apercevoir. Leur couleur propre ne modifie en rien celle du polypier, qui demeure constamment la même , soit dans l'eau, soit à l'air libre. Cependant ce qui nous est arrivé à l'égard de ce millépore, prouve évidemment qu'il est recouvert de polypes; car un instant après l'avoir touché, nous ressentimes une cuisson insupportable suivie de rougeur, comme celle que font éprouver les physalies et certaines méduses. Entourés d'animaux divers, et en ayant plusieurs entre les maïns, nous fümes long-temps à connoître celui qui étoit doué d’une semblable propriété. La douleur fut beaucoup plus vive à la bouche, aux yeux et au nez, où par inadvertance nous avions porté les maïns.

Nous vérifiimes la nature caustique de ce millépore sur un matelot et sur M. Taunay. Ce dernier en ressentit bien les effets, mais moins fortement que nous : ce qui tient à la sensibilité propre de chaque individu, comme il arrive aussi pour les physalies , &c.

M. de Lamarck a nommé ”w/lipores quelques-unes des productions qui nous occupent, parce qu'on ny aperçoit aucune ouverture sensible, ni traces d'animaux. Nous en avons vu plusieurs de semblables, et nous ignorons entièrement le mode d'accroissement de ces corps.

Parmi ces masses de polypiers, il en est de tendres, de friables, et d’autres excessivement durs. Ces différences tiennent, comme on le pense bien, à la manière dont sont construites leurs diverses parties et à l'époque plus ou moins récente de leur formation; car celles qui ne font que d'être sécrétées, que l'animal recouvre encore, ne contenant que des molécules peu adhérentes entre elles, se brisent facilement. C'est ce qu'on sent sous les pieds, lorsqu'on se promène à la surface des coraux. Il n’en est pas de même des couches plus profondes, qui, abandonnées depuis long-temps, sont dures et résistantes, comme on peut le voir sur les madrépores

rameux et sur certaines caryophyllies. À Guam, on se sert, dans Îa construction de quelques édifices, de blocs de méandrines et d’astrées qu'on enlève facilement du fond de la mer. Cette pierre recelant alors beaucoup d'eau dans ses nombreux interstices , est tendre et facile à tailler ; maïs exposée à l'air, elle parvient à la longue à se spathiser.

De l'examen des nombreux lithophytes que nous avons observés, il résulte cette considération générale, que la forme lamelleuse, rayonnée plus ou moins régulièrement, paroît être le type dont la nature s'est servie dans la création de ces animaux. Nous l'observons dans toutes les espèces de la planche que nous donnons; et si elle est plus irrégulièrement marquée dans la méandrine et les madrépores, elle n'en existe pas moins pour cela. On la retrouve plus parfaite dans les fongies, les astrées, les oculines, les millépores , &c.

[ nous paroït évident aussi que, d’après la forme de leurs polypiers, ces animaux ne participent point et ne peuvent même point participer à une vie commune. Autrement ils Jouiroient, comme le dit M. de Lamarck, de qualités qui répugnent à la nature de tout corps vivant, car ts posséderoient la faculté de ne jamais mourir. Les rosettes de plusieurs espèces lamelleuses ne communiquent point entre elles, ainsi qu'on peut le voir dans les-caryophyllies, les astrées, et même dans certaines méandrines; il est alors évident que chacune est occupée par un polype. Souvent ïl y a continuité entre les sillons de ces dernières, et beaucoup d'animaux se touchent par leurs bords. Dans les polypiers foraminés plus consistans et beaucoup plus déliés, c'est par les tentacules que s'opère le contact. Aïnsi il n'est pas besoin d'admettre une continuité de substance qui ne feroit qu'une seule masse de tous ces polypes, pour expliquer la contraction brusque que tous éprouvent lorsqu'un seul est touché. I suffit, en effet, qu'il en rentre un subitement pour que ceux qui lui sont contigus en fassent autant, et successive-

ZOOLOGIE. sn ment tous ceux qui recouvrent le polypier. C'est ce phénomène, qui, superficiellement examiné, a pu faire imaginer que ces animaux participoïent à une existence individuelle et générale toutà-la-fois.

On a cru, et l’on répète encore dans quelques colonies, que la qualité vénéneuse de certains poissons est due aux polypes dont ils font leur nourriture. Cette opinion ést généralement abandonnée des naturalistes, et ne sauroit tenir contre plusieurs faits qu'on peut lui opposer.

D'abord ïl s'agiroit de savoir si les espèces qui, dans certains temps, sont malfaisantes, mangent réellement des polypes. Les termes dont on se sert pour exprimer ce fait, nous paroiïssent aussi vicieux que ce fait lui-même est peu prouvé. C'est quand corail est en fleur, disent les créoles, que ces poissons sont dangereux. Mais les coraux sont toujours ffeuris, c'est-à-dire que leurs animaux montrent en tout temps leurs appendices tentaculaires, sous diverses formes. Il n'y a donc point d'hiver ou d'été pour eux, ni par conséquent nulle intermittence dans leur développement. Peutêtre existe-t-il une époque où leurs gemmules peuvent être plus abondans : encore n'est-ce qu'une supposition amenée par des analogies tirées de fort loin sur d’autres zoophytes, et qu aucune observation ne confirme.

Ensuite, il ne faut pas s'imaginer que ces polypés, la plupart imperceptibles, découpés en lames minces et enfoncés dans leurs anfractuosités pierreuses, puissent être facilement détachés par le museau obtus des poissons. Et lon sait que les sphyrènes , les thons, les orphies, quelques clupes et les caranx, qui ont occasionné des accidens, ne cassent ni n'avalent de madrépores solides, seul moyen de se procurer leurs animaux, comme nous allons le dire tout à l'heure pour un autre poisson.

Ajoutez à cela que quelques-unes de ces espèces assez grandes ne fréquentent point les récifs madréporiques, et qu'on les a

trouvées tout aussi vénéneuses dans la haute mer, comme 1ïl arriva aux colons suisses qu'on transportoit au Brésil*.

Avouons-le, la cause qui rend la chair de quelques poissons nuisible à l'homme nous est complétement inconnue ; et rien ne prouve qu'elle doive être attribuée aux polypes saxigènes. Bien plus, nous étions même disposés, par la grande analogie qu'ont les fongies et certaines caryophyllies avec le tissu charnu et membraneux des actinies, quon mange sur nos côtes, à les croire aussi innocentes quelles , lorsque nous éprouvämes l'effet caustique du millépore corne d'élan. Nous savons très-bien, au reste, qu'il ne faut établir aucune analogie entre ces deux genres de polypes, et que des poissons n'iront pas avaler des coraux sur lesquels on ne voit à l'œil nu aucune trace d’animalcules, comme sur la corne d’élan, le seul qui ait manifesté une action délétère. Néanmoïns , dans le doute, et dans l'intérêt de la vérité, nous suspendons notre Jugement, jusqu à ce que de nouvelles expériences aïent mis à portée de décider la question.

Nous avons été bien près de jeter quelque jour sur cette matière, lorsqu'à Guam nous primes un gros diodon qui avoit dans son estomac environ deux livres de madrépore rameux grossiérement concassé. [I n'y avoit pas long-temps qu'il venoit de l’avaler, car les polypes étoient encore dans leur état d'albumine fluide. Nous lavions mis de côté pour le faire cuire, et procéder à toutes les expériences convenables pour éclaircir le sujet qui nous occupe; un accident nous priva de ce poisson. C'est le seul que nous ayons rencontré ayant l'estomac plein de madrépore. Il faut dire aussi qu'il est du petit nombre de ceux qui, par l'organisation de leurs fortes mâchoires, sont capables d’arracher

* Nous tenons de leur médecin, M. Bazet, que beaucoup de passagers du navire à bord duquel il se trouvoit, eurent des symptômes d’empoisonnement assez graves, pour avoir mangé de certains poissons qu'on prit en abondance, dont il ne put pas précisément nous dire le nom, mais que nous soupconnons être des scombres bonites ou des coryphènes dorades.

ZOOLOGIE. 6ot

et de broyer des polypiers pierreux. Du reste, dans aucun pays, on ne se nourrit ordinairement de sa chair; et aux Mariannes, aïnsi que nous l'avons dit à l’article Drodon, l'espèce de dégoût que sa vue fait éprouver aux indigènes, sembleroit être un indice qu'ils le considèrent comme nuisible.

SECTION IT

Remarques sur les Polypes à polypiers flexibles.

Si nous sommes peu avancés dans la connoïssance des polypiers saxigènes, à plus forte raison nous n'avons que bien peu de chose à dire sur les polypiers flexibles, qui, en général, beaucoup plus ténus et plus grêles, souvent moins bien organisés et habitant la mer à une plus grande profondeur , se dérobent aïnsi aisément à l'observation.

Si la baie des Chiens-Marins nous a paru dépourvue de madrépores et d’autres polypiers pierreux, nous l’avons trouvée, en revanche, riche en éponges et en ces sortes de masses organisées, perforées, qu'à tort on nomme des a/cyons, puisqu'on ne connoît pas encore Îles animaux qui les produisent. Les éponges doivent croître assez avant sous l’eau, car dans nos courses nous n'en avons trouvé que rarement d'animées : le plus grand nombre, arraché du fond de la mer, avoit été rejeté sur la plage. Le peu que nous avons vu de leurs polypes albumineux et diffluens, nous les a fait comparer à des méandrines irrégulières, qui auroient perdu tout-à-fait leur forme rayonnée. Mais, nous le répétons, c'est dans une eau paisible et limpide, dans un état de calme propre à l'observation, et quand on est muni d’une foule de moyens qui la facilitent, qu'il faudroit examiner ces productions. Autrement, à peine les a-t-on sorties de l'élément où elles subsistent,

que leurs animaux, pour ainsi dire liquides, et privés de leur Voyage de l'Uranie. — Zoologie. 76

6o2 VOYAGE AUTOUR DU MONDE.

support accoutumé, se mélent, se brisent, s'écoulent, et l’on ne voit plus rien.

Il en est de même pour beaucoup d’autres polypiers flexibles, sur lesquels on distingue très-bien les animaux en masse, sans qu'on puisse exactement déterminer leurs formes autrement qu'avec des instrumens grossissans; tandis qu'il en existe une infinité d'autres, aussi agréablement que parfaitement organisés, sur la substance crétacée desquels on n'aperçoit rien, absolument rien d’animé, à l'œil nu du moins, soit en les touchant ou en les examinant sous l'eau. Beaucoup de corallines, de mélites, d’antipates, de déchotomaires, d'adéones , de flabellaires sur-tout, sont dans ce cas. Des gorgones, des isis que l'on voit aux galeries du Muséum, conservent le même aspect, sont aussi fraîches, et quelques-unes aussi colorées, que celles que nous avons observées au sortir de la mer, au Port-Jackson, à Timor ou dans les Moluques.

Ordinairement les petites espèces de polypiers flexibles ramifrés ou encroûtés, fixent peu l'attention, parce qu'elles sont disséminées et comme perdues dans de grands espaces; et que, pour se les procurer, il faut les rechercher avec soin.

Il n'en est pas de même d'une espèce connue sous le nom de flustre, que nous vimes aux Malouines. Ses lames, excessivement minces , recouvrent, enveloppent toutes les substances marines. C'est sur les forêts de fucus qui encombrent les baïes de ces îles, que les flustres paroïssent se plaire davantage; on voit quelquefois de longues tiges feuillues de ces végétaux qui en sont entièrement garnies. C'est de là que viennent toutes celles que nous représentons dans notre Atlas zoologique. Aïnsi, les températures froides et humides, loin de nuire au développement de ces animaux, paroïissent au contraire le favoriser dans ces localités.

Il est à remarquer qu'on trouve assez fréquemment en Europe de ces productions fossiles, dans les marbres, le calcaire et le silex, qui ont de l'analogie avec quelques espèces existantes.

SECTION IL

Description des Polypiers flexibles.

LA plupart des polypiers flexibles recueillis durant notre voyage, l'ont été par les soins de notre collègue M. Gaudichaud, qui, ne soccupant point de zoologie, nous a remis tous ceux quil possédoit; et nous devons, comme nous l'avons déjà dit, cette partie du travail que nous présentons, aïnsi que l'anatomie du tubipore musique , à M. Lamouroux, professeur à l'académie de Caen.

GENRE FLUSTRE. — FrusrrA. Lamx.

FLUSTRE A GRANDE OUVERTURE. — FLUSTRA MEGASTOMA.

PLANCHE 93, fig. 6 et 7.

Flustra incrustans ; cellulis brevibus, latis, æqualibus , subimbricatis;

ore maximo, compresso, margine lævi, superficie tuberculosä.

CETTE flustre forme des plaques sur les coquilles et autres corps marins des îles Malouines. Elle est composée de cellules courtes, larges, d'un diamètre égal, un peu aplaties, comme imbriquées et situées en quinconce peu régulier. Leur surface est couverte de tubercules un peu aigus et saïllans ; leur ouverture est comprimée et de la grandeur des cellules.

La couleur de ce polypier est un fauve clair.

FLUSTREVONDULÉE EL nrocans coudre

Flustra incrustans ; cellulis elongatis, supernè undulatis, ore minimo rotundato ; ovarüs globulosis, lævibus, ore arcuato.

LA flustre ondulée forme des plaques roïdes, grossièrement arrondies, sur la surface des plantes marines. Ses cellules sont alongées, un peu renflées dans leur partie antérieure; la supérieure présente trois à six ondulations, d'autant plus profondes et larges qu'elles sont plus près de l'ouverture : cette dernière est trèspetite, ovale transversalement. Les ovaires sont globuleux, tant soit peu alongés : leur surface est parfaitement lisse.

La couleur de ce polypier est blanchätre. I se trouve sur les plantes marines des îles Malouines.

FLUSTRE ÉPINEUSE. — FLUSTRA: ACANTHINA.

‘ PLANCHE 89, fig. 1 et 2.

Flustra, cellulis planis, concavis, lineä prominente cihatä limitatis ; ciliis seu aculeis radiantibus, rigidis, gracilibus, fragilissimis.

Les cellules de cette flustre diffèrent beaucoup de celles des autres espèces ; elles sont planes ou concaves, et séparées les unes des autres par un bourlet ou ligne saïllante garnie de cils ou d'aïguillons longs, grêles, roïdes et très-fragiles. Les cellules sont rarement irrégulières. Les ovaires sont encore inconnus.

Elle se trouve sur les coquilles des îles Malouines.

FLUSTRE GRANULEUSE. — FLUSTRA GRANULOSA.

Flustra incrustans ; cellulis ovato-elongatis,, ore. minuto ; ovarts ovatorotundatis subglobosis, granulosis; granulis acutis.

CETTE flustre diffère de toutes les autres par la forme des cellules, et sur-tout par la surface des ovaires. Les premières sont alongées, un peu renflées dans leur partie supérieure. Leur surface est unie, et l'ouverture, moyenne, plus arrondie inférieurement que supérieurement. Les ovaires sont presque globuleux, trèssaïllans , un peu ovales, et couverts de granulations aiguës , semblables à des aïguiïllons à large base.

La flustre granuleuse, d'une couleur blanchätre un peu luisante, forme des plaques arrondies sur les plantes marines des îles Malouines et du Cap de Bonne-Espérance.

FLUSTRE MARGARITIFÈRE. — FLUSTRA MARGARITIFERA.

PLANCHE 92, fig. 7 et 8.

Flustra, cellulis approximatis, tuberculosis ; tuberculo prominente obtuso, hyalino seu margaritaceo, infernè radiato.

CELLE-CI, d'un blanc jaunâtre, présente des cellules très-tassées, saillantes, égales entre elles. Leur ouverture est ovale et transversale. A leur-partie inférieure se trouve un tubercule proéminent, obtus, à sommet très-luisant , semblable à du verre ou à de la nacre de perle ; de son pourtour partent des stries rayonnantes qui diminuent peu-à-peu et se perdent sur la surface de la cellule. Au-dessus de l'ouverture on remarque un renflement plus ou moins considérable et limité, que nous regardons comme l'ovaire.

Ce polypier se trouve sur les moules des îles Malouines.

FLUSTRE A PETIT VASE. — FLUSTRA VASCULATA.

PLANCHE 91, fig. 6 et 7.

Flustra, cellulis paululum distantibus , simplcibus, vasculiformibus ; superficie tuberculosà ; ore rotundato, magno.

CETTE espèce encroüte les corps marins flottant sur les côtes des îles Malouines. Elle est formée par des cellules un peu écartées, disposées en quinconce, simples, un peu saïllantes, en forme de petit vase, c'est-à-dire, globuleuses, avec un léger prolongement dans la partie supérieure, où se trouve l'ouverture, grande et arrondie. La surface des cellules est tuberculeuse; l'intervalle qui les

ZOOLOGIE. 607 sépare est lisse ou uni. Au-dessus de chaque cellule se trouve un petit trou alongé dont on ignore la destination.

FLUSTRE A PETIT NID. — FLUSTRA NIDULATA.

PLANCHE 05, fig, 4 ets.

Flustra incrustans ; cellulis nidulum referentibus , distantibus , super-

Jficre lœvi.

CET individu, d'un blanc nacré, offre des cellules en forme de petit nid de pigeon, ou de petite hotte, distantes les unes des autres et disposées en quinconce. Leur ouverture est demi-circulaire, quelquefois fermée par un petit opercule ; leur surface est lisse, tandis que l'intervalle entre les cellules est garni de petits tubercules presque épars.

Cette espèce habite aux Malouines sur les coquilles et autres corps marins.

FLUSTRE A GIBECIÈRE. — FLUSTRA MARSUPIATA.

PLANCHE 95, fig. 1, 2 et 3.

Flustra incrustans ; cellulis in quincuncem dispositis , eminentius , labiatis vel marsupii formä; superficie porosä, lucidä inter cellules ;

poris irregularibus , Marginalis.

CETTE flustre n'est pas rare sur les corps qui flottent autour des iles Malouines. Elle est très-roide, très-fragile, plus solide que flexible , et présente des cellules distantes les unes des autres, assez saïllantes, à surface lisse, arrondies inférieurement; leur ouverture, très grande, est fermée par une languette arrondie, garnie de chaque

côté d'un petit appendice. L'espace entre les cellules est plan, luïsant, percé de trous ou pores irréguliers; épars, un peu saïllans. Sa couleur est un blanc grisâtre.

FLUSTRE GLOBIFÈRE. — FLUSTRA GLOBIFERA.

Elustra incrustans; cellulis minutis ovato-elongatis , lævibus; ovaris sphæricis, prominentibus.

Les cellules de celle-ci sont petites, très-alongées, lisses, à ouverture moyenne; celles qui sont dépourvues d'ovaires forment une petite zone à la circonférence des plaques. Les autres, semblables aux premières dans leur partie inférieure, portent, à leur sommet, un globe saïllant, à surface lisse et à grande ouverture arrondie.

Cette espèce nous a paru être rare sur les moules des îles Malouines.

FLUSTRE GENTILLE. — FLusTra EUCHEN AD

PLANCHE 92, fig. 5 et 6.

Flustra incrustans; cellulis minutis, regularibus, subsparsis, ovatoelongatis , subteretibus ; ore rotundo , margine crasso.

Daxs cette espèce, les cellules sont petites, très-régulières, peu saïllantes, presque éparses, ovales, alongées, à ouverture ronde avec un rebord saïllant ou épais; les cellules à ovaires sont mélées avec les précédentes. Les ovaires sont presque globuleux et saïllans, à ouverture arrondie, et plus blancs que les cellules.

La flustre gentille, d’une couleur blanchâtre, forme des plaques assez grandes sur les coquilles des îles Malouines.

! FLUSTRE A PETITS SILLONS. — FLusTRA SULCULATA.

Flustra incrustans ; cellulis ovato-elongatris , transverse sulculatis; ovarus globulosis , inæqualibus , lucidis.

Daxs celle-ci, les cellules sans ovaires semblent différer de celles qui en sont pourvues. Les premières, placées à la circonférence et en lignes un peu rayonnantes, sont aplaties ou peu saillantes ; leur forme est un ovale alongé, un peu pointu à l'extrémité inférieure; leur ouverture est ronde et moyenne, leur surface marquée de légers sillons transverses et réguliers. Les cellules à ovaires, situées dans la partie centrale des plaques, sont presque entièrement cachées par les ovaires. Ceux-ci sont globuleux, très-saïllans, inégaux:; leur ouverture est plus grande que celle des cellules; leur surface est unie, luisante ou nacrée.

L'intervalle entre les cellules sans ovaires est visible et uni, tandis qu'il est caché sur les autres parties du polypier.

Il se trouve sur les moules des îles Malouines.

FLUSTRE A DIADEME. — FLUSTRA DIADEMATA PLANCHE 80 3 4 EL 0.

Flustra incrustans; cellulis ovalibus ore supernè rotundato, longè ciliato; 7—® cils radiantibus, fragilissimis , nigrescentibus , rarè integris.

"LES cellules de cette flustre sont ovales, assez saïllantes , ren-

flées vers leur tiers antérieur, offrant, sur un de leurs côtés, un trou Voyage de l'Uranie. — Zoologie. D

ou un petit tube dirigé en avant; quelquefois il n'existe pas. La bouche est presque ovale; le bord inférieur est moins arrondi que le supérieur : ce dernier est garni de sept à huit flamens rayonnans, très-fragiles, de couleur noirâtre, rarement entiers. Les cellules sont couvertes de trèspetites granulations. Les ovaires, lorsqu'ils existent, recouvrent presque la moitié des cellules ; leur surface est unie près de la bouche, et sillonnée antérieurement. Les sillons ressemblent par leur position aux cils de la bouche des cellules sans ovaires, qui ont adhéré à la surface de la membrane qui forme ces derniers. Leur ouverture décrit un ovale arrondi aux deux extrémités et courbé en arc. Les cellules à ovaires n'ont jamais ni trous ni appendices tubuleux.

Même contrée que les précédentes. Elle se trouve sur des moules.

FLUSTRE A COLLIER. — FLUSTRA TORQUATA.

PLANCHE 89, fig. 7 et 8.

Flustra orbicularis, radians; cellulis subdistantibus ; longè ovalibus, superficie granulosä ; ore rotundato, margine lævi.

CETTE espèce présente des cellules rayonnantes et disposées en quinconce. Elles sont toutes égales entre elles, parfaitement ovales, à surface finement granuleuse, jusqu'à une petite distance de l'ouverture, où cette surface devient lisse, et forme une espèce de rebord, de collier uni, qui borde l'ouverture ronde et assez grande. L'espace entre les lignes des cellules est très-petit et poreux.

La couleur de ce polypier , qu'on trouve, maïs assez rarement, sur le sytilus magellanicus des îles Malouines, est un violet pâle.

ZOOLOGIE. Gi

GENRE AGLAOPHÉNIE. — AGL4aoPHENIA. Lamx.

AGLAOPHÉNIE GAIMARD. —— AGLAOPHENIA GAIMARDI,

PLANCHE 95, fig. 9 €t 10.

Aglaophenia pinnata, articulata; pinnulis validè articulatis; cellulis brevibus, campanulatis ; ore lato ; ovarüs elongatis, lævibus, acutis.

CET1E singulière aglaophénie a été consacrée à l’un des naturalistes de /'Uranie, par l'auteur de l'Histoire des polypiers. Plusieurs tiges non rameuses sélèvent du même empatement; elles sont pinnées dans presque toute leur longueur, et fortement articulées, ainsi que les pinnules ; de plus elles sont alternes ; par la dessiccation elles sont jetées quelquefois toutes d'un seul côté. Les cellules, trèscourtes et campanulées, ont une large ouverture ronde, avec un appendice court et aigu à leur base. Les ovaires sont lisses, ovales, alongés, et terminés en pointe.

La couleur de ce polypier est fauve; il s'élève à huit ou neuf

lignes tout au plus, et se trouve sur les grandes hydrophytes du Cap de,Bonne-Espérance. |

AGLAOPHÉNIE CYPRES. — AGLAOPHENIA CUPRESSINA.

Lamx. Æist, polyp. pag. 169, n.° 282.

PLUMULAIRE BIPINNÉE. Lamk. Anim. sans vert. t. 2, p. 126, n.° 7.

‘PLANCHE O1, fig. 1, 2 €t 3.

Aglaophenta erecta, teres, squamata, ramosissima; bipinnata, pinnis pan-

nulisque bifarüs, brevibus, rigidis, confertis ; ovartis tereti-ovatis, subscabris.

CETTE espèce a l'aspect d'un cyprès ou de certaines fougères: ses tiges sont droïtes, cylindriques, écaïlleuses, trèsrameuses et presque triquetres. Les rameaux opposés et pinnés sont nombreux, principalement dans la partie supérieure du polypier ; les pinnules, courtes, droites, serrées, portent des cellules peu profondes , dépourvues d'appendice inférieur. Les ovaires sont pédiculés et cerclés en spires échinulées, interrompues par un prolongement du pédicelle. La couleur de cette aglaophénie est un brun olivatre presque noir. Sa grandeur varie de quatre à sept pouces. Elle n'est pas rare dans la mer des Indes. |

GENRE DYNAMÈNE. — DynNAmEnNs. Lamx.

DYNAMENE A COURTE CELLULE. — DYNAMENA BREVICELLA.

Dynamena parüm ramosa, dichotoma , capillacea, rigida; celluls distantibus, vix exsertis, oculo nudo invisibihbus, ore bidentato.

CE polypier devroit peut-être former un genre particulier, tant il diffère de toutes les sertulariées connues. Comme il se rapproche davantage des dynamènes que des autres groupes, on a cru devoir le placer provisoirement dans ce genre. Ses tiges, réunies en petit nombre sur un empatement, s'élèvent et se dichotomisent trois ou quatre fois au plus; elles ont le même diamètre que les rameaux. Les cellules sont opposées, très-éloïgnées les unes des autres, à peine saïllantes, et un peu longues. Leur bord est garni de déux dents, l'une supérieure, l'autre inférieure. La couleur et la substance du polypier ressemblent à celles de la corne. I acquiert environ un pouce de hauteur, et se trouve aux îles Malouines, où il est rare.

Cette espèce n'a point été figurée, à cause du mauvais état de l'échantillon. Elle semble se rapprocher des cymodocées.

DYNAMENE CRISIOÏDE. — DYNAMENA CRISIOÏDES.

PEANCHE 90, He FT et 12.

Dynamena pumila, cornea; ramulis articulatis , translucentibus ; cetlulis ore dentato elongatis, ad caulem alternis, suboppositis ad ramos.

IL existe peu de dynamenes aussi petites que la crisioïde; sa

hauteur ne dépasse jamais huit lignes; la tige est cartilagineuse et jaunâtre; les cellules y sont presque alternes, comme dans les sertulaires ; les ramuscules sont blancs et transparens, articulés d'une manière très-marquée ; chaque articulation est composée de quatre à six cellules, très-alongées et adhérentes presque en entier. Leur ouverture semble labiée. Elle se trouve assez communément sur des corps marins des îles Moluques.

Ce polypier semble lier les crisies aux dynamènes et aux sertulaires, par les caractères qu'il présente.

GENRE SERTULAIRE. — SERTULARIA. Lamx.

SERTULAIRE UNILATÉRALE. — SERTULARIA UNILATERALIS,

PLANCHE 00, fig. 1, 2let 3.

Sertularia pumila, flexuosa, inæqualiter teres, partim ramosa ; articulis P , q , »

longiusculis ; cellulis ad eamdem faciem conversis ; ovartis ovatis pedicellatis.

CETTE petite sertulaire, parasite sur une variété du ceramium scoparium de Roth, offre quelques caractères remarquables. Sa tige est très-petite, un peu flexueuse, très-inégale dans sa largeur; et, quoique cylindrique, toutes les cellules semblent se diriger vers la même face. Elles sont petites, avec une pointe alongée dans la partie inférieure de leur ouverture. Les ovaires sont pédicellés, ovales, remplis de corpuscules visibles, et terminés en pointe tronquée. La grandeur de cette sertulaire varie de quatre à cinq lignes. Sa couleur est un fauve brun foncé. Elle se trouve sur les plantes marines des îles Malouines, mélée avec des flustres et d’autres polypiers.

SERTULAIRE GAUDICHAUD. — SERTULARIA GAUDICHAUDI. | PLANCHE 90, fig. 4 et 5.

Sertularia arbusculata; ramis ramulisque capillaceis, gracilibus, alternis ; cellulis distantibus, ore quadridentato; ovaris ovatis subpedicellatis, trans-

verse rugatis.

CETTE élégante sertulaire, consacrée à M. Gaudichaud, est une

des plus remarquables par ses caractères. Elle ressemble à un petit arbrisseau à rameaux très-nombreux, capillacés, grêles et flexibles, de la même grosseur dans presque toute leur étendue. Ils offrent quelques ramuscules et des cellules alternes très-éloignées les unes des autres; elles sont campanulées , à ouverture quadridentée. Les ovaires, presque globuleux et pédicellés , sont marqués de lignes transversales presque spirales, qui ne sont bien sensibles en général que vers le milieu de l'ovaire.

La couleur de ce polypier est un jaune verdätre et vert bleuâtre dans l'état de vie; celle des polypes est un bleu clair. Sa hauteur varie d'un pouce et demi à deux pouces. Il se trouve sur le fucus buccinalis, près des îles Malouines.

GENRE :CLYTIE:— CzrrrameLamx.

CLYTIE A GRANDES CELLULES. -— CLyTiA MACROCYTTARA.

Chytia reptans; caule simplt ; cellulis magnis, campanulatis, solitarus, raris ; 0re marginato, quadridentato; pedunculo tortib.

CETTE clytie est tellement singulière par la grandeur des cellules, et par leur pédoncule tordu, qu'on a cru devoir la figurer, malgré sa petitesse. Elle offre une tige simple, adhérente dans toute son étendue : de cette tige sélèvent, de distance en distance, des cellules grandes , roïdes, campanulées, à ouverture quadridentée avec le bord garni d'un petit bourrelet. Le pédoncule qui les supporte est entièrement tordu et de la longueur de la cellule.

Cette clytie a été trouvée sur le caulimia antarctica de Ve de Doore dans la baie des Chiens-Marins.

CLYTIE ONDULÉE, — CLyrTiA UNDULATA.

PLANCHE 94, fig. 4 et 5.

Clytia ramosissima, stolonifera ; cellulis longé pedunculatis ; pedunculis undulatis ; ovarus ovato-lanceolatis.

CETTE espèce, très-voisine de la chytia urnigera de Lamouroux, présente comme elle une tige rampante, stolonifère, très-rameuse, à rameaux flexueux. Les cellules, campanulées, petites, nom-

Voyage de l'Uramre. — Zoologie. 78

breuses, à bord entier, sont portées sur des pédoncules longs et grêles, ondulés dans toute leur longueur. Les ovaires sont d'une forme ovale, très-alongés, sans aucune apparence d'ou-

verture.

La clytie ondulée a été trouvée sur les plantes marines du Port-

Jackson.

GENRE LAOMÉDÉE. — LaomEeDpEs. Lamx.

LAOMÉDÉE ARTICULÉE. — LAOMEDEA ARTICULATA.

PLANCHE 91, fig. 4 et S.

Laomedea surculosa, pumila, subsimplex ; caule articulato ; articulis lateralibus ; cellulis subpedicellatrs.

CETTE espèce, par la forme et Ja grandeur des cellules, ressemble un peu à la laomédée frutiqüeuse; mais elle en diffère par tant de caractères, qu'il est impossible de la confondre avec celle-ci. La racine est rampante; elle supporte quelques tiges simples, hautes d'un à deux pouces , articulées alternativement. Chaque articulation s'attache sur le bord de celle qui précède. Les cellules sont campanulées, un peu alongées , entieres , se terminant en pointe aïguë, ou en un pédicelle très-court, se fixant sur un petit plateau , comme dans la laomédée antipathe. La couleur de ce polypier est jaunätre ; sa substance est cartilagineuse.

Il se trouve sur les corps marins des côtes des îles Moluques.

GENRE TUBULAIRE. — TuBguzaAr14. Lamx.

TUBULAIRE CLYTIOIDE. — TuBuLARIA CLYTIOÏDES.

PLANCHE 95, fig. 6, 7 et 8.

T'ubularia pumila, reptans, stolonifera; cellulis campanulatis, pedrcellis ad basim extremitatemque annulosis, longissimis, flaccidis. Polypus,

corpore pyriformt, tentaculis granulatis vel nodosis.

CETTE tubulaire se rapproche des clyties par la forme des tiges, par celle des cellules et par la longueur du pédicelle qui les supporte ; mais elle s'en éloïgne par la forme de ces pédicelles, et sur-tout par celle du polype. La tige est stolonifère ou rampante; les cellules sont nombreuses, campanulées, portées sur de longs pédicelles annelés à leur origine et à leur extrémité, et non dans leur partie moyenne. L'animal est analogue à celui des autres tubulaires capillacées et rameuses ; il offre un corps pyriforme, à bouche située au sommet, et armée de nombreux tentacules noueux, ou garnis de plusieurs globules assez gros et séparés les uns des autres.

Cette tubulaire a été trouvée sur le fucus nageant et le baccifère, dans les parages des Açores *.

+ Une espèce de tubulaire qui approche beaucoup de la rameuse, abonde dans la rade de Rio de Janeiro; elle paroît croître constamment sous l’eau, et avec une telle rapidité qu’au bout de quinze jours le fond de nos canots en étoit couvert. Après un mois et demi, ces polypiers avoient acquis une longueur de cinq pouces. Les polypes sont très-contractiles ; et semblent préférer, pour leur prompt développement, une eau légèrement agitée et sans cesse renouvelée ; car, plusieurs fois, nous tentämes de conserver dans des bocaux, dont nous changions fréquemment l’eau, quelques-uns de ces animaux : ce fut en vain; ils ne vivoient que le temps convenable pour les faire dessiner, c’est-à-dire, quelques heures.

Les points noirs et de couleur purpurine que nous aperçcümes entre leurs tentacules, sont,

GENRE ACÉTABULAIRE. — AcETABULARIA. Lamx.

ACÉTABULAIRE A PETIT GODET. — ACETABULARIA CALICULUS.

PLANCHE 90, fig. 6 et 7.

Acetabularia pumila, peltä caliculiformi, margine crenato.

CETTE petite acétabulaire diffère de celles que l'on connoît, par la grandeur, l'habitation, et sur-tout par la forme de lombrelle. Elle représente un petit godet, à bords crénelés, porté sur une longue tige filiforme, offrant deux ou trois renflemens formés par un rang de pores alongés, situés en anneaux autour de la tige. Sa couleur est verdätre; sa hauteur, d'environ un pouce.

Elle a été trouvée dans la baïe des Chiens-Marins avec le po/y-

pluisa australis *

sans doute, les gemmules qui donnent si rapidement de nouveaux individus. Nous vimes aussi, sur les pédicules qui supportent les polypes, une foule de petites radicules qui semblent être des tubulaires naïssantes. enr

Des millions de chevrolles, de monoques, &c. habitent ces petites forêts sous-marines.

De nombreux échantillons, conservés dans l'alcool ou dans une solution mercurielle, ont été déposés dans les galeries d’anatomie comparée du Muséum.

2 Donati est celui qui a donné la meilleure figure de lacétabule avec lanimal. II décrit le tout comme une plante, sous le nom de callopilophore. ( Hist. nat. de l’Adriatique, pag. 28, pl. 3.) D’après lui, le polype sort par l'axe central de Fombrelle, et étend ses tentacules sur toute Îa surface. C’est ainsi que nous Pavons pareïllement observé dans Veau ; car lorsqu'on Jen retire, illes réunit en un seul bouquet, comme Pindique la figure de Fortis ( Voy.en Dalm. pag. 225, pl. 7 ), sous le nom d’androsace. L'histoire de ce zoophyte, que ces deux auteurs examinérent vivant et qu'ils soutinrent être un végétal, contre l’opinion de Linné, qui ne pouvoit qu’en avoir vu l'enveloppe, est encore une des preuves du génie et de la sagacité de ce grand homme pour les plus petites choses,

Le polype ou les polypes qui forment un petit bouquet implanté au centre perforé du disque, nous ont paru, de même qu’à Fortis, d’un brun rougeâtre. Du reste, il y a encore beaucoup à faire pour connoître parfaitement ce polypier.

GENRE NÉSÉE. — Neszs. Lamx.

NÉSÉE NODULEUSE. — NESEA NODULOSA.

PLANCHE 91, fig. 8 et 9.

Nesea canule brevi, crasso, subconico; ramis capillacers , numerosis ,

dichotomis, articulatis ; articulis nodulosis imϾqualiter moniliformibus.

Nous considérions les nésées comme particulières à la mer des Antilles ; celle-ci est la première qu'on ait trouvée dans l'Océan indien. Sa tige simple, courte, grosse et conique, est surmontée d'une tête presque globuleuse formée par une énorme quantité de rameaux Capillacés, dichotomes, articulés et noueux. Les articulations, d'une longueur souvent inégale, présentent des nodules quelquefois globuleux, quelquefois alongés, isolés ou concaténés. La grandeur totale du polypier est d'environ deux pouces. Sa couleur est blanchâtre. Cette circonstance paroît tenir à l'action des fluides atmosphériques.

I a été trouvé sur les rochers des îles Moluques, où il paroît rare.

GENRE GALAXAURE. — GALAXAURA. Lamx.

GALAXAURE ROIDE. — GALAXAURA RIGIDA.

Lamx. Hist. polyp. pag. 265, n.° 4o2, pl. 8, fig. 4. A. B. Var. B major.

PLANCHE 91, fig. 10 et 11.

Galaxaura ramis numerosis, rigidis, fragilibus, annulatis, hispidis.

CETTE corallinée offre des articulations invisibles à l'œil nu; ses rameaux sont roides et cassans, avec des anneaux transverses, couverts d'une rangée de poils très-courts et droits. Sa couleur est un vert rougeûtre.

La variété B, rapportée de fle-de-France, ne diffère de la variété À que par sa grandeur plus considérable. Cette dernière se trouve sur les plantes marines de la mer des Indes.

GENRE JANIE. — JAnr4A. Lamx.

JANIE COMPRIMÉE. — JANIA COMPRESSA.

PLANCHE 90, fig. 8, 9, 10.

Janta pumila, compressa, ranus ultimis teretibus.

LA janie comprimée est une des plus petites de ce genre si naturel et dont les espèces et les variétés sont si difficiles à distinguer. Elle offre un caractère particulier que lon n'observe sur aucune autre; c'est dans la forme des rameaux : ils sont très-comprimés jusqu'aux dernières articulations, les seules qui soient cylindriques. La longueur des articulations augmente à mesure qu'elles s'éloïgnent de la base; ainsi les inférieures sont les plus courtes. Les ovaires sont toujours placés à l’origine des dichotomies.

Cette janie a tout au plus deux ou trois lignes de hauteur. Sa couleur est blanche. Elle se trouve sur les plantes marines du Port- Jackson.

GENRE CORALLINE. — CoRaAzziNA. Linn.

CORALLINE SAGITTÉE. — CoRALLINA SAGITTATA.

PLANCHE 95, fig. 11 €t 12.

Corallina dichotoma; articulis sagittatis, extremitatibus acutis vel

ovartiferis.

CETTE coralline, ainsi que quelques autres espèces de la mer des Indes, est toujours dichotome; ses divisions sont nombreuses, pressées et comprimées ou presque planes. Les articulations ressemblent à des fers de flèche enfilés les uns dans les autres, de manière que les aïles ou les côtés soient en contact. Les extrémités de ces aïles sont très-aïguës ou garnies d'un ovaire ovale, ordinairement simple, rarement surmonté d'un appendice.

La couleur de cette espèce est un brun violet, verdätre ou rougeâtre dans l'état de vie, devenant d'une blancheur éclatante par l'action de l'air et de la lumière. Elle acquiert environ deux pouces, et se trouve sur les rochers de l'Ile-de-France.

Les corallines de la mer des Indes, voisines de la coralline sagittée, ressemblent aux janies par leur ramification dichotome, et aux corallines par la forme des articulations. Nous avons cru que ce caractère devoit être considéré comme plus essentiel que le premier, et déterminer la classification de ces polypiers On en formera peut-être, par la suite, un genre particulier, intermédiaire entre les corallines et les janies.

Voyage de l'Uranie. — Zoologie. 79

CORALLINE A PETITES PANICULES.— CoRALLINA PANICULATA.

Corallina ramosa, dichotoma , rare trichotoma; articulis compressis, subulatis, ramulosis ; ramulis paniculatis, teretibus.

CETTE coralline offre des caractères remarquables. Ses principales ramifications sont dichotomes, rarement trichotomes. Les rameaux supérieurs ont une forme paniculée produite par la grande quantité de ramuscules qui partent des articulations et qui se recouvrent : ces dernières sont comprimées, un peu saïllantes au centre, beaucoup plus minces sur les côtés; elles supportent, sur la même facette, deux ou quatre ramuscules composés d’articulations cylindriques et filiformes, simples ou à ovaires. Il existe une très-grande différence entre les articulations, sous le rapport de la forme et de la grosseur. Celles des principaux rameaux sont énormes, relativement à celles des ramuscules.

La couleur de cette coralline est verdâtre, rouge ou blanche. Sa hauteur varie d'un pouce et demi à deux pouces. Elle a été trouvée sur les côtes de l'Ile-de-France; et M. Labillardière l’a rapportée des iles Moluques.

GENRE AMPHIROË. — AxmpiRro4. Lamx.

AMPHIROÉË ÉPAISSE. — AMPHIROA CRASSA,

Amphiroa articulata, dichotoma; articulis crassissimis , inæqualbus ; superficte verrucosà.

CETTE amphiroé est assez régulièrement dichotome. Ses articulations, peu nombreuses, ont une longueur d'environ quatre lignes, sur une ligne et demie à une demï-ligne de largeur, principalement dans la partie inférieure du polypier : celles des extrémités sont plus étroites , et se terminent par deux ou trois appendices inégaux, courts, tronqués, isolés ou réunis. Le disque corné qui sépare les articulations est beaucoup plus petit et très-mince; quelquefois il est recouvert par la matière crétacée des articulations; leur surface présente une grande quantité de petits tubercules ronds et épars. La couleur de ce polypier est un violet rougeûtre; il s'élève d'un

pouce et demi, et on le trouve sur les côtes de la Nouvelle- Hollande, à la baie des Chiens-Marins.

AMPHIROÉ CYATHIFERE. — AMPHIROA CYATHIFERA.

Amphiroa trichotoma ; seu verticillata , rigida , fragiles ; articulis longis, teretibus , in apice cyathiferis.

CETTE espèce, très-rameuse, présente quelquefois des ramifications dichotomes, trichotomes ou verticillées, très-roïdes et trèsfragiles. Les articulations ont environ quatre lignes de longueur; elles sont cylindriques, droites ou courbées, et garnies à leurs extréinités d'un large bourrelet saïllant et relevé : ce qui fait ressembler

ON

cette partie, dans une articulation isolée, à un godet porté sur un pied. Lorsque le polypier est entier, il offre une grosse nodosité à la jonction des articulations. La couleur de cette corallinée est un violet rougeätre, qui présente les nuances de vert, de rouge, de blanc , &c., suivant l'influence qu'elle a reçue des fluides atmosphériques. Elle s'élève à un ou deux pouces, et se trouve assez abondamment sur les rochers calcaires des îles Moluques.

AMPHIROÉË FOLIACÉE. — AMPHIROA FOLIACEA.

PLANCHE 93, fig. 2 et 3.

Amphiroa dichotoma, rigida ; articulis infernè teretibus, supernè plants,

subfoliformibus, marginibus undulatis, nervo medium percurrente.

L'AMPHIROÉ foliacée se ramifie par dichotomies irrégulières. Les articulations sont inégales en longueur, rapprochées les unes des autres, rarement droïtes, cylindriques dans la partie inférieure du polypier, comprimées quelquefois dans la partie moyenne, et se terminant toujours par une ou deux articulations planes, larges environ d'une ligne, avec les bords ondulés et le milieu saïllant , comme sil étoit partagé par une nervure; ce qui lui donne le facies d'une feuille.

Cette corallinée, que la dessiccation a rendue blanchâtre, a été trouvée sur les roches calcaires des îles Mariannes.

GENRE ÉPONGE. — SPonNcr4. Linn.

ÉPONGE SPONGILLOÏDE. — SPONGIA SPONGILLOÏDES.

Spongia ramosissima; ramis subteretibus , inœqualbus , sordidè virrdibus , variè laxèque coalitis.

ÉPONGE très-rameuse, présentant un large réseau plan, à grandes mailles formées par la réunion des ‘rameaux presque cylindriques, inégaux dans leur largeur, et du diamètre environ d'une plume d'oie; leur couleur est un vert d'herbe sale.

Cette espèce paroît très-abondante sur les rochers calcaires des Moluques. Elle ressemble, par sa couleur et sa consistance, aux éponges d’eau douce nommées éphydaties dans l'Histoire des poly piers, et que M. de Lamarck appelle spongrles.

ÉPONGE GERCÉE. — SPONGIA RIMULOSA.

PLANCHE 94, ig. \21et,3:

Spongia subincrustans , plana, crassiuscula, rigida, superné rimulosa , colliculosa ; colliculis sæpè Sparsis, ad apicem osculatis.

L'ÉPONGE gercée recouvre les corps marins d'une croûte mince, presque plane, peu épaisse, et roïde, quoique son tissu soit trèsfin. La surface supérieure offre beaucoup d'inégalités, les unes coniques, les autres alongées comme de petits monticules. Ces diverses éminences sont percées à leur sommet d'un oscule très-petit, d'où partent, en rayonnant, les gerçures très-courtes, éparses et sans ordre, qui se répandent sur les autres parties du polypier. La

surface inférieure est beaucoup plus unie; les fibres longitudinales y sont beaucoup plus fortes que les transversales. Ce polypier, très-commun , d'une couleur verdâtre ou fauve, forme des plaques de deux à trois pouces sur les rochers des îles Moluques.

ÉPONGE ESCHARIFORME. — SPONGIA ESCHARIFORMIS.

Spongia ramosissima, plano-compressa ; ramis tænialibus, angustis, variè coalitis, subclathratrs.

CETTE éponge forme une masse large, plane, épaisse, composée de bandelettes très-nombreuses, très-serrées, anastomosées ou réunies de manière à présenter un réseau épais, serré, à petits intervalles, et inextricable. Sa couleur est un vert sombre, analogue à celui des éponges d'eau douce. Cette espèce, qui vient des Moluques, n'est jamaïs très-grande.

ÉPONGE VERMOULUE. — SPONGIA CUNICULOSA.

PLANCHE 92, fig. 1 et 2.

Spongia compressa, subplana, ramosa, in apice penicillata ; massä undique cuniculosà.

CETTE éponge présente une masse informe, comprimée ou presque plane, dont le dessus se divise en quelques rameaux presque planes aussi, terminés par des appendices pénicilliformes. Toute la masse estremplie de trous ou de canaux sinueux, cylindriques, d'une largeur presque égale dans toute leur longueur, aboutissant souvent à la surface du polypier. Sa couleur est verdâtre. Elle s'élève à cinq ou six pouces, et se trouve assez communément dans Îles mêmes localités que la précédente.

ÉPONGE DACTYLOIDE. — SPONGIA DACTYLOÏDES.

PLANCHE 94, fig. 1.

Spongia ramosa, ad basim lata, subplana, crassissima, superne in ramos compressos, elongatos, obtusos, marginibus seriatim osculatos, divisa ;

tenuiter laxèque fibrosa.

CETTE espèce ressemble un peu à l'éponge à longs doigts de M. de Lamarck, quoique les caractères qu'elle présente soient bien différens. Dans l'éponge dactyloïde, ainsi nommée à cause de la forme de ses rameaux, la base ou la partie inférieure est en général très-comprimée, très-épaisse et large. La partie supérieure se divise en rameaux ou digitations nombreuses, presque simples, comprimées, arrondies à l'extrémité, leur surface est parsemée de quelques oscules, beaucoup plus nombreux et formant une ligne droite sur les deux côtés. Le tissu de cette éponge est fin et lâche, ou presque droit, ou peu serré. Sa couleur est verdâtre, et devient fauve par la dessiccation.

Elle atteint jusqu'à huit pouces de hauteur, et se trouve sur les rochers des îles Malouines.

ÉPONGE LAMELLIFÈRE. — SPONGIA LAMELLIFERA.

PLANCHE 93, fig. 1.

Spongia frondosa ; frondibus lamellosis , simplicibus vel parüm divisis, planis, rigidis ; erectis, tenuissimè fibrosis, porosis.

CETTE espèce a les plus grands rapports avec l'éponge lamellaire de M. de Lamarck; elle en diffère néanmoins par plusieurs

caractères. Ses lames sont droites, sans aucune flexibïlité, en forme de feuilles minces, ordinairement simples, plus ou moiïns ovales, avec le sommet arrondi, quelquefois tronqué, et, dans ce cas, entier, ou deux ou trois fois incisé, mais peu profondément. Le tissu de cette éponge est très-fin: les surfaces présentent quelques petits sillons longitudinaux et un grand nombre de petits trous ou de pores épars ou en ligne.

Elle est d'un blanc lavé de jaunâtre, et s'élève d'environ cinq pouces. On la trouve en abondance sur les rochers polypifères des îles Mariannes , et la mer en rejette beaucoup sur le rivage.

GENRE OBÉLIE. — Ogzzr4, Lamx.

OBÉLIE RAYONNANTE. — OBELIA RADIANS.

PLANCHE. 80, flo. I1, 12 Et 13.

Obelia orbicularis ; cellulis tubulosis, elongatis , erectis, radiantibus , sparsis vel agglomeratis.

CETTE obélie offre des cellules tubuleuses, très-alongées, courbées etensuite redressées, quelquefois solitaires et éparses, souvent réunies en groupes de deux à six et même plus. Elles se dirigent toujours du centre à la circonférence en rayonnant; leur surface est fortement tuberculeuse; leur ouverture est simple et arrondie.

La couleur de ce polypier est un blanc lacté et luisant. II forme des plaques minces, d'un demi-pouce de largeur, sur les moules des îles Malouines.

OBÉLIE RAMEUSE. — OBELIA RAMOSA.

Obela ramosa; celluks alternis, distinctis.

CETTE obélie diffère, par sa forme, des deux espèces que lon connoît. Elle n'adhère sur les hydrophytes que par la partie inférieure, laquelle, se relevant un peu, pourroit être considérée comme une sorte de tige qui se divise en quelques rameaux, ordinairement simples. Leur surface supérieure offre deux rangs de cellules toujours distinctes et alternes. La couleur de ce polypier est un blanc nacré brillant. Il a à peine une à deux lignes de grandeur,

et se trouve sur le zzppra antarctica de la baie des Chiens-Marins. Voyage de l’Uranie. — Zoologie, 80

GENRE TUBIPORE. —— 7UprrorA. Linn.

TUBIPORE MUSIQUE. — TupiporA Musica. Linn.

Gmel. Syst. nat, p. 3753, n.° 1.

Sol et Ellis; p.144 1 tab 27

Lamk. t. II, pag. 209, n.° 1.

Cuvier, t. IV, pag. 71.

Lamx. p. 66, t. 27.

Chamisso et Eysenhardt. Ac. cur. nat. de Bonn.

T'ubipora ruberrima, Septis transversis tubos perpendiculares con-

nectens,

Os polyporum tentaculs octo cinctum.

BEAucOUP de naturalistes ont parlé du tubipore musique. Imperati, Welsch, Petiver, Tournefort, Valentin, Bütner, l'ont décrit sous le nom de txbulaire. J. Bauhin, Besler, Morison, Mercati, Rumphius, l'ont appelé 4/cyon. Ces auteurs ne disent rien ou presque rien de l'animal de ce brillant polypier, à l'exception de Gmelin, qui se borne à ces deux mots, anvmal nereïs, encore avec un point de doute.

Sir Joseph Banks et le docteur Solander, élève de Linné, dans leur Voyage autour du monde, rapportent qu'ils ont vu plusieurs fois des bancs énormes de tubipores musiques, avec les polypes qui les avoient construits.

Péron , dans la relation du Voyage de Baudin aux Terres australes, dit d'une manière plus poétique qu'exacte : « [ci l'animal du tubi- » pore musique, tout frer de l'éclat de sa demeure, étaloit ses beaux

» tentacules verts et frangés; on eût dit, en voyantau-dessus des flots » les grandes masses globuleuses qu'il forme, d'autant de pelouses » de verdure reposant sur un sol de corail. » Les polypes, lorsqu'ils sont étalés, ne doivent-ils pas recouvrir l'ensemble du massif? Ce contraste agréable produit par les masses rouges et vertes, n'existe que dans l'imagination; d'autant qu'un drap marin et une couche limoneuse recouvrent presque toujours le polypier *.

MM. Chamisso et Eysenhardt sont les seuls naturalistes qui aient indiqué ce que pouvoit étre l'animal du tubipore.

D'après cette analyse rapide de ce qu'ont publié les naturalistes qui nous ont précédés, il est aisé de voir combien sont bornées nos connoissances sur son organisation.

Le polypier présente plusieurs étages de tubes cylindriques, inarticulés, en général droits, quelquefoiïs flexueux, parallèles entre eux, et un peu rayonnans. Ils sont séparés les uns des autres par des intervalles assez grands, et se soutiennent réciproquement au moyen des cloisons horizontales extérieures qui les réunissent. De chaque tube sort un petit animal membraneux, de couleur vert d'herbe brillant. Sa bouche est au centre d'une petite concavité fermée par une membrane qui doit être relevée en bosse dans l’état de vie. Elle est entourée de huit tentacules parfaitement semblables. Leurs bords présentent deux ou trois rangs de papilles charnues, très-rapprochées, au nombre de soixante à quatre-vingts

+ C’est ce qu’on peut vérifier sur le fragment assez considérable contenu dans l'esprit de vin, et déposé dans les galeries d’anatomie comparée du Muséum de Paris.

Timor est le sel lieu où nous ayons rencontré ce polypier avec ses animaux. On en trouve beaucoup dans la baïe de Coupang, en masses isolées et globuleuses, mais jamais en bancs continus. Lorsqu'ils sont recouverts de quelques pouces d’eau, les polypes qui les habitent étalent leurs tentatules, et offrent véritablement alors une belle pelouse de verdure. Ils les rentrent dès que la mer, en se retirant, les laisse exposés à l’ardeur immédiate des rayons du soleil, et on ne voit plus que les plis de fa membrane extérieure. C’est à-peu-près l’état que le tubipore présente dans Palcool. ;

Ainsi, au premier aspect de ces polypes confluens, à celui de leur masse pierreuse souillée par le limon de la mer, on ne pourroit vraiment pas dire qu’ils appartiennent aux brillans échantillons de Ja même espèce qui ornent les collections,

de chaque côté. Ces papilles ont leur surface granuleuse ; elles sont égales entre elles, se réunissent, s’épanouissent, s’imbriquent ou se couchent les unes sur les autres, comme les folioles des feuilles des papilionacées, au gré de l'animal, qui semble également avoir la puissance de faire varier la forme de la surface inférieure de ses tentacules, en la rendant plane, concave, convexe, &c. La surface supérieure est parcourue dans sa longueur par un léger sillon correspondant au point de séparation de deux filamens oviferes : organes dont nous parlerons bientôt.

Sous la bouche, se trouve un sac ovale, trop peu apparent et en trop mauvais état pour être décrit. L'alcool dans lequel l'animal étoit conservé a presque détruit cette membrane, dont nous ne faisons mention que pour attirer sur elle l'attention des naturalistes.

Autour de ce sac, et presque immédiatement sous les tentacules, sont huit flamens presque triangulaires situés alternativement avec les tentacules. Libres dès leur origine, üls sont d'abord flottans; mais bientôt ils s'écartent, se portent vers la circonférence et s'attachent à une membrane qui tapisse l’intérieur du tube. Ils laccompagnent dans toute son étendue, en diminuant graduellement de grosseur. Dans les jeunes individus, ces filamens forment une ligne droite; dans ceux qui sont plus agés, ils offrent des ondulations et des flexuosités intestiniformes, semblables à celles qu'on remarque dans les lobulaires et les lucernaires. Ces filamens, dans leur partie supérieure libre et flottante principalement, semblent remplacer les ovaires. Leur surface interne est garnie d'œufs de différentes grosseurs attachés par de courts pédicelles. Ces œufs ou germes ne se voient jamais sur les flamens des jeunes individus.

Au point où les tentacules se réunissent aux filamens, on observe une membrane s'évasant en forme d’entonnoir, lorsque l'animal est rentré dans son tube. À l'ouverture de cet entonnoir, cette membrane se renverse en arrière et vient se confondre avec le tube calcaire. Sa surface interne se prolonge sous forme de pel-

licule mince, dans toute la partie du tube habitée par le polype, et se termine à un diaphragme solide, en forme de godet, ou bien à une petite sphère creuse de même nature que le tube, quoïque plus mince.

On retrouve les débris de ces diaphragmes dans l'intérieur des vieux tuyaux, à une distance variable les uns des autres. On ne peut les considérer comme des cloisons; maïs il semble que, dans ces polypiers, la nature s'essaie déjà à en former, pour leur donner par la suite et plus de régularité et plus de consistance.

La membrane en forme d'entonnoiïr ne se termine point d’une manière subite ou tranchée sur le tube calcaire: ce dernier en est le prolongement et le produit. La substance calcaire se dépose danscette membrane gélatineuse , de la même manière que la chaux phosphatée dans les os des très-jeunes mammifères. C'est un véritable changement de matière molle en matière dure et solide.

La manière dont ce tube se forme ne peut donc se comparer en rien, ni à ce qu'on observe dans les serpules, ni à la coquille des mollusques. Dans ces dernières, c'est une sécrétion de la peau, c’ést presque un produit épidermoïque. Dans les polypiers, au contraire, il y a changement de substance molle en substance solide , qui s'opère graduellement et non par couche. Nous ne doutons point qu'il n'en soit de même dans les polypiers, soit flexibles, soit sarcoïdes. La matière cornée des uns, l'axe et l'écorce des autres, doivent être entierement produits par un changement de substance molle et gélatineuse en substance cornée , à l'aïde de la membrane qui enveloppe toujours les polypes. Au reste, cet organe doit offrir mille modifications de formes, suivant ies familles, les genres et même les espèces. Quelquefois elle est très-étendue, très-développée et très-irritable : d'autres fois, adhérant aux parois des cellules dans toute leur longueur, le polype ne jouit d'aucun mouvement et reste toujours à l'ouverture de son tube. Nous considérons cet organe comme un des plus essentiels pour la composition des polypiers,

comme celui qui élabore constamment les matériaux de leur accroissement. Cette opinion, quelque hypothétique qu'elle paroisse, est fondée sur ce que nous avons observé dans les flustrées et dans les sertulariées , ainsi que sur le peu que nous savons de l'organisation des polypes madréporigènes.

L'enveloppe membraneuse du polype du tubipore musique est beaucoup plus épaisse que le tube, sur-tout au point où elle se plie. Elle devient plus mince graduellement, jusqu'à son point d'attache autour de la base des tentacules.

Pres du tube, elle semble unie; maïs bientôt on remarque sur sa surface huit sillons avec huit renflemens longitudinaux , beaucoup plus sensibles vers le milieu de la membrane, c'est-à-dire, au pli qu'elle fait lorsque l'animal est rentré dans sa cellule, que dans les autres parties. Les uns et les autres diminuent insensiblement et deviennent à peine visibles. Les huit sillons correspondent à un nombre égal de bandelettes fibreuses bien apparentes sur la surface extérieure de la membrane. Elles semblent destinées à élever ou à abaisser le polype lorsqu'il veut sortir de son tube ou y rentrer. L'organisation de cette enveloppe rappelle encore celle du polype de la lobulaire digitée et de quelques autres animaux de la même classe.

Lorsque le tube a acquis une certaine hauteur, l'animal, par un instinct particulier , ferme sa cloison extérieure; sa membrane s'étend horizontalement autour de l'ouverture; elle se double et forme un pli circulaire en revenant jusqu'à l'ouverture du tube. Cette partie de la membrane n'est plus irritable. Sa surface interne se réunit de manière à ne pas interrompre la continuité du tube. La chaux carbonatée se dépose, et bientôt une cloison saïllante, composée de deux lames soudées dans presque toute leur étendue, environne la cellule tubuleuse.

En général, plusieurs polypes du même polypier forment souvent leurs cloisons en même temps et sur le même plan. Dans ce cas,

ZOOLOGIE. 639 tous réunissent leur membrane gélatineuse. Point de vide : la soudure s'opère de la manière la plus intime; il en résulte une surface unie, solide et presque de niveau, d'où s'élèvent les tubes. Si l'animal établit sa cloison contre un tuyau déjà formé et solide, il la soude sans qu'on puisse apercevoir le point de réunion.

Quelquefois l'intérieur du tube offre quelques petits trous à la même hauteur que la cloison; c’est le résultat d’un défaut de soudure dans la partie interne de la membrane.

Lorsque le tube est isolé, là cloison extérieure que forme l'animal environne ce tube comme un collier horizontal, saïllant et très-mince, obscurément octogone.

Nous n'avons pu reconnoître aucune organisation dans le tissu de la membrane. |

Lorsque l'animal est rentré dans sa cellule, ses tentacules forment un faisceau cylindrique, alongé , terminé en pointe mousse. Les papilles qui le couvrent en partie, sont couchées les unes sur les autres comme les folioles de certaines mimoses dans l'état de sommeil.

Si l'animal sort de sa cellule, il contracte la membrane qui l'enveloppe et s'élève au-dessus de l'ouverture du tube. Étalant ses tentacules frangés, d'une couleur brillante, et recouvrant le polypier d'une enveloppe animée, il empéche d'en voir la couleur rouge, en général plus vive et plus intense que celle du corail.

Les filamens ovifères ne correspondent point aux tentacules ; ils sont situés alternativement. Cette disposition particulière, réunie à la facilité avec laquelle les tentacules paroïssent se diviser en deux parties dans le sens de leur longueur, doit produire quelquefois des individus dont le nombre des tentacules et des fllamens varie de huit à seize. j

Par où sortent les œufs qui tapissent l'intérieur des filamens! est-ce par la bouche’ Nous en doutons, vu leur grosseur. Nous croyons plutôt que lorsqu'un polype vient à périr, les œufs sortent

tous du tube; un seul se développe dans l'intérieur de cette longue cellule, tandis que quelques autres s'établissent sur les cloisons voisines et y forment un nouvel étage de tuyaux : c’est une jeune famille qui bâtit ses demeures parmi celles de ses pères, et qui les élève au même niveau que ces dernières.

Cet œuf ou ce germe, à la première époque de son développement, na aucun des organes qui le caractérisent, pas même un commencement de tube. C'est une simple membrane gélatineuse, repliée sur elle-même, et formant,sur la cloison un tubercule en forme de turban ; facile à confondre dans cet état avec des zoanthes ou d'autres zoophytes. Ce tubercule s’alonge par sa partie supérieure. Il s'élève, et, se développant de dedans en dehors, il offre bientôt un polype pourvu de tous ses organes; le sac qui le renferme est encore gélatineux dans sa partie supérieure et membraneux à sa base; peu à peu il diminue d'épaisseur, se solidifie et devient calcaire. Par le petit diamètre de cette base, il indique que le volume de l'animal a augmenté dans toutes les dimensions, avant de devenir parfait. Tant qu'il est jeune, ses filamens intestinaux n'offrent ni plis, ni courbures, ni germes.

L'intérieur du tube, quel que soit son âge, n’est jamais sillonné; il est semblable à l'extérieur, c'est-à-dire, légèrement granulé.

D'après cette description du polype du tubipore musique, on doit le considérer comme un animal très-voisin de celui de la Jobulaire digitée; rapprochement très-singulier, vu la grande différence qui existe entre les deux polypiers, soit vivans, soit desséchés et privés de leurs habitans , mais qui étonnera moins si l'on adopte l'hypothèse que nous proposons, celle d’un rapport constant d’organisation dans tous les polypes des polypiers. Nous osons encore avancer que plus on observera les animaux qui les construisent, peu importe les classes ou les ordres, plus on trouvera des preuves de cesrapports, d'abord entre eux, ensuite avec les ascidies agrégées, et enfin avec les mollusques.

Le genre tubiporerenfermetil plusieurs espèces! nous en doutons. Le plus ou moïns de grosseur des tubes, leur direction plus ou moins droite, leur couleur plus ou moins vive, ne sont pas des caractères assez tranchés, assez essentiels, pour constituer des espèces.

L'Océan indien est encore le seul pays d'où l'on ait rapporté le tubipore musique. Cependant un des auteurs de la Statistique du département” des Bouches-du-Rhône, M. Polydore Roux, le range parmi les productions naturelles de la Méditerranée.

Voyage de l’Uranie. — Zoologie. 81

GENRE RÉNILLE. — Renwrzza. Lamk.

RÉNILLE VIOLETTE. —— RENILLA VIOLACEA.

RENILLA AMERICANA. Lamk. Anim. sans vert. tom. 2, p. 429. PENNATULA RENIFORMIS. Solander et Elliss p. 65.

Pallas, Zoophyt. p. 374. de

Shaw, Miscell, 4, tab. 139.

Ellis, Acr. angl, vol. $3, p. 427, tab. 19, fig. 6 et 10. ALCYONIUM AGARICUM. Gmel. Syse nat, p. 3811, n.° 4.

PÉANGHE 864 np. 5° Get 7.

Renilla violacea; corpore reniformi pedunculato ; polypis lumbriciformibus , tentaculis octonis radiatis.

CE zoophyte, tel qu'il est représenté dans le cnquante-troisième volume des Transactions philosophiques, et qu'a copié et défiguré Shaw, paroït évidemment être le même que celui que nous donnons ici, quoique l'un soit rougeâtre et l'autre violet. Cela tient sans doute à ce que les naturalistes anglais auront eu des individus altérés, tandis que notre zoophyte a été dessiné vivant. Les calices qui supportent les polypes de la figure de Shaw, n'existent point dans la nôtre, et ils ont huit tentacules au lieu de six.

Si l'espèce que nous présentons n'est pas nouvelle, au moins sera-t-elle rendue avec toute l'exactitude que nous avons pu y apporter. Les rénilles ont des rapports naturels avec les anthélies, les xénies, les tubipores et une foule d'autres zoophytes à huit tentacules rayonnés, sur lesquels on pourroit faire un assez beau travail. Les matériaux en sont épars, et plusieurs auroient besoin d’être “vérifiés de nouveau.

L'individu qui nous occupe vient de Rio de Janeiro; il a été

amené du fond de la mer dans un filet de pécheur. Le polypier est réniforme, aplati, avec un pédoncule assez court, renflé à son extrémité, et qui ne nous a pas paru susceptible d’adhérer aux corps marins; si la masse entière se fixe quelquefois, c'est en se fronçant dans son contour. Le dessous est un peu rugueux, mais sans stries rayonnantes. La face supérieure est légèrement convexe, percée d'une multitude d'ouvertures par lesquelles sortent des polypes longs d'un pouce, vermiculaires, blanchätres, transparens, et dans l'intérieur desquels on distingue deux canaux, Leur extrémité s'épanouïit en huit tentacules jaunes, assez larges et très-légèrement frangés sur leurs bords; la bouche, placée au milieu, est ronde. La partie implantée dans le polypier nous a paru divisée en trois branches remplies de petits grumeaux qui sont peut - être des gemmules.

Chaque polype est logé dans une cellule particulière, comme le montre la coupe de la figure 6. Cependant ils paroïssent avoir entre eux des moyens de communication et agir de concert; car quand on en force un à rentrer, tous les autres en font subitement autant. Ce nest point par le contact de leurs tentacules que cela sopère, comme dans certains lithophytes; ils sont trop éloignés entre eux; cest plutôt par la base de leur polypier iritable, de même nature que celui des vrais alcyons, que se transmet la sensation qu'un seul éprouve.

La figure 7 représente un polype trés-grossi. Pour ces détails, nous avons été aïdés de toute l'intelligence du pinceau de M. Prévost.

Plusieurs rénilles, conservées d’abord dans une solution mercurielle, puis dans l'alcool, ont été déposées dans les galeries d’anatomie comparée.

Sie

SECTION IV

Description des Polypes lithophytes

GENRE FONGIE. — Funcr4. Lamk.

FONGIE ROUGE. — Funcra RuBRA. N.

PLANCHE 96, fig. 1 ct 2.

LA fongie rouge que nous donnons ici, est probablement la même, pour le polypier, que l'agariciforme de M. de Lamarck, ainsi caractérisée :

Fungia orbicularis, subtüs scabra; stellä convexä ; lamellis inœquabus, denticulatis ; majoribus radiorum longitudine.

Dans ce genre, on sera toujours obligé de prendre dans les formes diverses des polypiers, les caractères spécifiques; car les animaux ont tant de similitude entre eux, qu'il est difficile, pour ne pas dire impossible, d'y trouver des différences d'organisation. Si l'on excepte la couleur extrêmement tranchée de celui que nous avons fait dessiner , et qui est fort rare, tous les autres se ressemblent, c'est-à-dire que l'ouverture elliptique placée au centre, qui est la bouche du polype, est verdâtre, et que toute sa large surface en rosette mince, plissée, accommodée enfin aux nombreux sillons pierreux qu'elle-même sécrète, est blanchâtre. Dans toutes les fongies , quelques formes qu'elles nous aient paru prendre, soit qu'elles fussent alongées, libres, fixées, ou bien génées dans leur

développement, ces couleurs varient peu. Ce n'est qu'a Guam que nous fûmes surpris de l'éclat de la fongie rouge, dont nous ne trouvâmes que trois individus parmi une foule de l'espèce agariciforme. |

Le polype d'une fongie doit être considéré comme un animal charnu , membraneux , aplati, affectant le plus souvent une disposition arrondie, ayant à son centre une ouverture alongée, plus épais dans cette partie qu'à sa circonférence. Quoique ce soit lui qui forme le polypier sur lequel il n'est simplement que superposé, cependant, pour sen faire une bonne idée, ce sont les 1amelles de cette masse pierreuse qu'il faut étudier. On ne peut pas dire que la fongie aït des tentacules; c'est un large polype offrant une membrane mince, plissée en rayons, légèrement frangée sur son lymbe, ayant la faculté de sécréter par sa face inférieure une matière calcaire qui traduit toutes les formes naturelles de l'animal et celles mêmes qu'il peut prendre accidentellement. Aïnsi, par exemple, en examinant les divers polypiers de fongie, on voit qu'ordinairement ïl y a de grandes lamelles qui du centre vont à la circonférence; que d’autres ne prennent naïssance qua la moitié, et qu'enfin il sen trouve de bifurquées, comme s'il avoit plu à l'animal d'augmenter ses replis. Toutes ces cloisons sont triangulaires , beaucoup plus épaisses à leur base qu'au sommet, où la portion charnue qui recouvre cette partie est tellement amincie, que lorsque le polype est blanc, elle semble n'en être pas revêtue. Mais elle est très-distincte sur les espèces colorées. Sur les côtés, les lames sont couvertes de petites aspérités mamelonnées qui, s'enfonçant dans les replis de l'animal, font qu'il est tellement adhérent au polypier, qu'il est impossible de l'en détacher autrement qu'en lambeaux. Il en est de même pour le centre, qui, plus consistant, ressemble assez à la chair des actinies. Cette difficulté de l'isoler, méme en brisant la substance pierreuse, nous a empêéchés de distinguer les organes de la digestion et ceux de la reproduc-

tion. Dans l'état naturel, la bouche plissée du polype s'érige da: vantage, sans cependant s'élever au-dessus du sillon transversal qui la contient. Elle s'enfonce au moindre contact, ainsi que toutes les parties les plus saïllantes. Il semble alors qu'il n'y ait plus d'animal. Dans son accroissement, à mesure qu'il élève ses cloisons, il les agglutine et les bouche par la base. Cette augmentation en épaisseur est très-limitée; il en est de même de celle en largeur, qui ne dépasse guère six ou sept pouces de diamètre. Lorsqu'on le sort de l’eau, il laïsse écouler une albumine limpide et ne tarde pas à périr. Le plus ordinairement les gemmules des fongies se développent sur le sable sans y adhérer : alors elles sont planes, ou bien bombées en-dessus, concaves en-dessous. Quelquefois elles adhèrent à d'autres madrépores par un pédicule plus ou moins alongé. Ceci paroït plutôt tenir à des causes locales qu'à des dif férences d'espèces. I est rare qu'il y ait plusieurs individus réunis dans les fongies orbiculaires. Il n'en est pas de même dans celles qui prennent un très-grand développement en longueur, comme dans l'espèce connue sous le nom de race, par exemple, où il arrive assez souvent que plusieurs polypes travaïllent adossés; ce qu'on distingue très-bien sur le polypier par le nombre de sillons où se trouve toujours le centre de chaque individu.

Dans notre espèce rouge, comme dans toutes les autres, l'animal tapisse chacune de ses lames, et sur le sommet des plus grandes la teinte passe au jaune. La seule différence de forme qu'il nous ait présentée d'avec ceux qui n'étoient pas aussi vivement colorés, sont des languettes d'un rouge plus foncé, comme triangulaires, placées en rayonnant à quelque distance de la circonférence. Lorsqu'on touchoit ces appendices, ils s'affaissoient brusquement. Sontce de vrais tentacules! nous ne le croyons pas, parce qu'ils sont susceptibles de varier en nombre.

Nous ne connoïssons que Forskal qui ait donné, planche 42, une bonne figure du polype d'une fongie, sans dire de quelle

couleur il étoit. Les nombreux mamelons dont il est recouvert correspondent à ceux qui sont représentés ici, excepté que leur forme est arrondie , au lieu d’être triangulaire.

Les animaux des fongies, des caryophyllies, des oculines, des astrées, de certaines méandrines et de quelques autres encore, doivent être considérés comme ayant entre eux les plus grands rapports d'organisation, et tous voisins des actinies, dont plusieurs ont la forme et la consistance. Les fongies vivent ordinairement séparées ; mais nous venons de voir quon en trouve de réunies, et dont les animaux se touchent. En s'élevant peu à peu, ou en descendant, comme on voudra, on arrive par les oculines et certaines caryophyllies à étoiles excessivement rapprochées, jusqu'aux méandrines, qui ne présentent plus qu'une masse continue , et pour ainsi dire confluente, de polypes.

GENRE CARYOPHYLLIE. — CaryroPayzzr4. Lamk.

CARYOPHYLLIE ANGULEUSE. — CARYOPHYLLIA ANGULOSA.

Lamk. Anim. sans vert, t. 2, pag. 229, n.° :3.

Caryophyllia cespitosa; ramis brevibus, erectis, creberrimis ; stellis

orbiculato-sinuatrs , irregularibus.

APRES les fongies, viennent dans l'ordre naturel les caryophyllies, dont les animaux ont tant de rapports avec elles, ainsi qu'on peut le voir en comparant les parties du polypier sur lesquelles ïls sont implantés. Dans quelques espèces, il semble voir des fongies agglomérées et longuement pédiculées. Les polypes sont de même membraneux, charnus et étendus à la surface des étoiles terminales. Mais ils diffèrent autant les uns des autres par les couleurs que par les dimensions qu'ils sont susceptibles d'atteindre.

L'espèce de caryophyllie la plus remarquable par sa gentillesse, est la fasciculée, qu'on nomme vulgairement /’œrllet, et dont les animaux dépassent les rosettes pointues. Cela doit être ainsi pour qu'ils puissent déposer entre les faisceaux, la substance calcaire qui sert à les unir les uns aux autres, comme dans le tubipore musique. On en trouve de verdâtres à l'Ile-de-France, de vertes, de brun rougeâtre et d'autres teintes encore, aux Mariannes. Nous croyons même que des espèces, semblables pour la forme des polypes et des polypiers, varioïient dans les couleurs.

La caryophyllie de la planche 06, figure 11, n'est qu'une variété de l'anguleuse ; elle en diffère seulement en ce que le pédicule qui

supporte chaque étoile est moins long, et que les rosettes ont des lamelles moins profondes. M. Taunay la dessinée dans l'eau, lorsque ses polypes, d’un beau vert de pré et ne dépassant point le limbe de l'étoile, étoient dans la position dans laquelle ïls sont représentés. La réunion en groupe de ces animaux, formant des masses légèrement arrondies, produisoit sous les eaux un tres-joli effet.

Donati, qui a eu connoïssance du polype de la caryophyllie en arbre de la Méditerranée, en a donné une figure qui, bien qu'elle soit défectueuse en quelques points, indique cependant la forme générale qu'il doit prendre Sur le polypier. Mais sur-tout il ne faut pas s y méprendre, et croire que l'auteur ait voulu figurer un polype saisissant sa proie : il la tout simplement représenté très-grossi , occupant l'espace qui existe entre le centre et la circonférence de l'étoile. |

La figure r1 de la même planche est, pour la forme du polypier seulement, la vraie caryophyllie anguleuse de M: de Lamarck. La lettre À représente une étoile dépourvue de polypes, afin qu'on puisse plus facilement distinguer sa forme.

Les animaux qui occupent les rosettes du polypier, sont si singuliers, si différens de ce qu'ils devroïent être, que, bien qu'ils aient été examinés à plusieurs reprises et dessinés sur les lieux mêmes avec beaucoup d'exactitude, nous les donnons avec la restriction que l’on doit toujours mettre dans un fait qui paroît extraordinaire et contrarier l'ordre d'organisation établi dans ces lithophytes. En effet, un polypier lamelleux ne peut être produit que par un polype de même forme que lui. Ici, point du tout; la substance pierreuse est. bien lamelleuse, mais les animaux qui sont fixés dans ses anfractuosités, sont cylindriques, très-alongés, d'un vert foncé, arrondis chacun à leur extrémité libre, qui est marquéé d'une foule de petits points, et tellement pressés que, malgré les séparations qui existent entre les étoïles, ïls se touchent par leur sommet et

Voyage de l'Uranie. — Zoologie. 82

ne forment qu'une sorte de surface unie, d’un velouté admirable, sur lequel on se plaît à promener la main. Comme ils dépassent de plusieurs lignes les bords du polypier, ils retombent sur euxmêmes lorsqu'on les tire de l'eau. Dans cet état, on peut les prendre et en arracher des poignées.

Nous avons soumis à un savant et profond anatomiste, les dessins de ces animaux tels qu'ils sont représentés : mais d’après la forme du polypier qui les supporte et qui doit toujours traduire celle de l’animal qui l'a sécrété, M. de Blainville ne peut pas concevoir que ce soient eux qui l'aïent formé, et pense que ce sont d'autres espèces qui, en parasites , se sont implantées sur cette caryophyllie, dont les animaux étoient morts. Aujourd'hui la science de l’organisation des formes extérieures d’un bon nombre de polypes, est assez avancée pour que cette Judicieuse supposition puisse être considérée comme vraie. Si ce sont des polypes parasites, il est bien particulier qu'ils aient toujours choisi des caryophyllies parmi tant d’autres madrépores qui se trouvoïent abandonnés autour d'eux. Nous n’en avons jamais trouvé aïlleurs que sur cette espèce, dont ils recouvroiïent si exactement les masses, qu'il n y avoit aucune rosette de vide *.

* Cet article et la planche qui s’y rapporte étoient faits, lorsque nous avons eu connaïissance d’un mémoire de MM. Chamisso et Eysenhardt, inséré dans les Actes des curivux de la nature, de Bonn, page 360. vi

Ce mémoire est relatif aux animaux pélagiens que ces naturalistes ont découverts dans leurs voyages, parmi lesquels nous avons reconnu un individu absolument semblable, pour la forme des animaux, à notre caryophyllie anguleuse ; et dans le dessin que ces Messieurs ont joint à leur travail, planche >>, figure r, A, B, on remarque, éomme dans le nôtre, que le polypier est lamelleux, tandis que les nombreux polypes qui le surmontent sont cylindriques.

MM. Chamisso et Eysenhardt ont donné le nom de caryophyllia glabrescens à leur nouvelle espèce, dont les animaux sont d’un jaune brunâtre, tandis que les nôtres ont une belle couleur verte. Leur localité diffère d’environ cent lieues.

Sans nous communiquer, sans même nous connaître, nous avons vu, ou du moins cru voir de [la mêmé manière; ce qui n'indique pas que nous W’ayons bien pu nous tromper les uns et les autres sur l'organisation du zoophyte qui nous occupe : ou bien, si le fait que nous avons observé est rigoureusement vrai, si des polypiers lamelleux peuvent être formés par des polypes cylindriques, il faut admettre que certaines caryophyllies ont, de même que les

actinies, avec lesquelles elles ont beaucoup de rapports, des tentacules excessivement longs, comme ceux que nous représentons, Nous rapportons ici le texte des naturalistes que nous venons de citer :

CARYOPHYLLIA GLABRESCENS.

« Dichotoma, hinc indé trichotoma. Ramïi crassitie digiti minimi, vel crassiores, extus » glabriusculi vel obsoletè striati, versüs truncum glabri. Stellà concavä, centro profundis- » simo, lamellis margine integerrimis vel obsoletè dentatis, alternatim majoribus.

» Caryophylliæ fastigiatæ proxima; differt ramis extus glabriusculis et stellæ centro pro- » fundissimo. Icon ramos extremos exhibet. Animal actinioides, luteo-brunnescens, saummam » ramorum partem basi corporis brevis complectens, tentaculis numerosissimis apice capitatis » extensilibus et contractilibus. Animali irritato tentacula pigre eriguntur, deflectuntur. Pigre » quoque extenduntur et contrahuntur, neque omnia motu consentaneo. Os centrale nos » fugit, adest autém sine dubio. Animal sensim findi et in animalia duo vel tria dividi » videtur, undé trunci dichotomia et trichotomia.

» Ad insulas Radack actiniarum more etiam in istis locis, quæ à: defluente mari relicta » sunt. »

GENRE MADRÉPORE. — Maprerors. Lamk.

MADRÉPORE EN CORYMBE. — MADREPORA CORYMBOSA.

PLANCHE 96, fig. 3.

Madrepora ramosissima orbiculata; ramis ascendentibus, ramulosis;

ramuls creberrimis, in corymbum latissimum et obliquum digestis. Lamk. Anim, sans vert, t. 2, p. 270.

MADRÉPORE PROLIFÈRE. — MADREPORA PROLIFERA.

PLANCHE 96, fig. 4.

Madrepora ramosa; ramis longis, gracilibus, teretibus, ad apices proliferis ; papillis tubulosis , longiusculrs.

Lamk. Anim, sans vert, t. 2, p. 281.

Nous avons fait figurer ces: deux madrépores, parce que leurs animaux nous ont offert deux couleurs très-distinctes, qui n'étoïent point communes à plusieurs autres individus de leur espèce, parmi lesquels ils se trouvoient. Les difficultés qu'on éprouve , et dont nous avons déjà parlé, à étudier ces polypes dans l'eau, jointes à leur excessive petitesse et à leur état diffluent, ne nous ont pas permis de mieux déterminer leurs formes qu’elles ne le sont dans le dessin qu'en a fait M. Taunay. Tout ce qu'on peut voir, c'est que la cellule saïllante qui contient chaque individu, est échancrée en dessus, rugueuse, friable, très-poreuse, et qu'entre elles setrouvent des ouvertures qui paroïssent aussi polypifères.

Le madrépore en corymbe a ses polypes jaunes et le fond du polypier d'un brun foncé. Le prolifère les a verdâtres, tandis que la substance pierreuse est rougeûtre.

Les masses d'où nous avons extrait ces deux échantillons n'étoient polypifères que vers le sommet des rameaux. Le reste, inerte et abandonné, avoit la couleur blanchâtre ordinaire à ce genre de lithophyte.

un,

GENRE MÉANDRINE. — MEAnDRIN4. Lamk.

MÉANDRINE CÉRÉBRIFORME. — MEANDRINA CEREBRIFORMIS. PLANCHE 96, fig. 8.

Meandrina subspherica ; anfractibus tortuosis, prælongis ; lamellis basi dilatatis, denticulatis ; colhibus truncatis, subbicarinatis, ambulacri-

formibus.

Lamk. Anim, sans vert. t. 2, p. 246.

EN donnant cette figure, nous avons voulu seulement indiquer l'aspect que présente sous l'eau une masse de méandrine sans détails de ses polypes. Nous avouons même que si cette gravure n'avoit pas été faite avant que le mémoire de M. Lesueur sur ces polypiers eût paru, nous ne l’eussions pas produite. Ce naturaliste ayant été à portée d'étudier tout à son aise, dans les Antilles, les animaux de divers lithophytes, les a rendus avec la précision qu'on reconnoît à son pinceau. Nous renvoyons par conséquent, pour de plus amples détails, au travail qu'il a fait insérer dans les Mémoires du Muséum de Paris, 3.° année ou 13.° des Annales, page 271.

Nous avons déjà dit que la couleur des méandrines varie comme leur forme: celle de cette espèce, représentée par M. Taunay, est d'un rouge brun. Les polypes habitent le fond des sillons. Ces animaux quoique séparés et ayant chacun une vie particulière, concourent cependant à l'agrandissement uniforme du polypier; et comme ils sont tous susceptibles de se toucher par leurs bords, il en résulte une surface continue et sans vide. Cette disposition permet qu'ils exécutent un mouvement simultané de contraction,

ZOOLOGIE. 655 que leur peu de consistance et la légère profondeur des sillons rendent à peine sensible.

En terminant l'article de ce lithophyte, nous dirons que l'un de nous en trouva une espèce toute particulière sur les rives d'Ombai, ile près de Timor, dont les cellules étoient tellement déliées, que la masse entière, privée de ses habitans , et assez considérable, flottoit sur l’eau. Elle a été déposée au Muséum. I seroit assez curieux de rechercher si la matière calcaire est bien identique avec celle des polypiers connus qui ne surnagent pas; si cette propriété dépend entièrement de l'extrême porosité; ou bien, si, sur ces rivages volcaniques, les eaux ne tiennent pas en dissolution des substances particulières qu'élaborent ensuite les polypes.

Dans la treizième édition de Linné par Gmelin, il est fait mention, d'après Séba, d'un wadrepora natans, que nous avons en vain cherché dans l'auteur, à l'endroit indiqué, #. 7, pag. 2071, pl. 99, fig. 9 et ro. Nous y avons seulement trouvé des méandrines, dont lune, nommée chou-fleur marin, ressemble assez à la nôtre; mais le texte ne dit nullement quelle soit susceptible de flotter.

GENRE POCILLOPORE. — Pocrzmorora. Lamk.

POCILLOPORE BLEU. — PocILLOPORA CÆRULEA.

PLANCHE 06, fig. 5, 6 et 7.

Pocillopora compressa, frondescens, in lobos erectos et complanatos divisa, intus cœrulea ; poris cylindricis, parietibus lamrello-striatis ; interstitirs scabris.

Lamk. Anim, sans vert. t. 2, p. 276.

CE polypier est assez connu dans les collections sous le nom de millépore où de madrépore bleu, et suffisamment décrit dans les auteurs; pour que nous nous bornions seulement à parler de ses polypes. j:

Ordinaïrement, lorsqu'il est privé d'animaux, il présente une couleur d'un gris bleu, parsemée d'une foule de petits trous visibles à l'œil, entre lesquels s'en trouvent d’autres en bien plus grand nombre, tellement petits qu'on ne peut les apercevoir qu'à l'aide d’une forte loupe. Aïnsi examinés, les premiers paroïssent cylindriques et lamelleux sur les bords, ce qui en fait autant de petites étoiles. Les seconds affectent probablement aussi cette forme, mais leur ténuité ne permet pas de s’en assurer. Tous se terminent à un centré commun, pierreux comme eux, et perforé de cellules régulièrement arrondies, qui coupent à angle droit celles qui viennent du dehors rayonner autour, c’est-à-dire qu’elles se dirigent dans le sens de l’axe des rameaux. Pour bien voir cette disposition, il faut en casser une branche, qui alors offre dans son intérieur une belle couleur bleu de ciel. Le polypier couvert de ses animalcules a une

teinte tout-à-fait différente. La première fois que nous le vimes ainsi dans l'eau, nous ne pûmes le reconnoître. I étoit d’un fauve rougeâtre, hérissé d’une foule de polypes excessivement déliés, à tentacules rayonnés, qui, sortant par les innombrables interstices dont il est perforé , recouvroïent entièrement leur base pierreuse. Tous s'agitoient avec vitesse; mais dès que nous y eûmes porté la main, ils rentrèrent brusquement et si complétement qu'il n'en paroïssoit plus de traces au dehors. La surface du lithophyte devenoit alors rugueuse. Un instant après, ils reparoïssoïent pour s'enfoncer de nouveau au moindre contact. En renouvelant souvent l'expérience, nous vimes que quand la masse étoit considérable, tous ne rentroïent pas; quil ny avoit par exemple que ceux qui appartenoïent au même rameau. Ce qui tient à ce que ces polypes ne communiquant entre eux que par leurs tentaculeset à l'extérieur, la commotion qui les fait se cacher diminuant à mesure qu'on s'éloigne du point de contact, les plus éloïgnés n'éprouvent plus rien.

Ce pocillopore semble aimer les lieux où l'eau est légèrement agitée: c'étoit dans les endroits où les courans se faisoient le plus ressentir que nous allions les chercher, devant la barre d'Agagna, à Guam. Du reste, comme les fongies, les caryophyllies, et en général tous les polypes saxigènes qui ne se nourrissent point de substances apercevables, ils trouvent dans le milieu dans lequel ïls vivent, comme une foule d’autres mollusques, et un aliment tout préparé, sans cesse en rapport avec eux, et la matière qu'ils élaborent pour construire leurs demeures.

Voyage de l’Uranie. — Zoologie. 8 3

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